Gustave III
3. Dans la marge de ce passage Fersen a indiqué : « Ecrit sous^sa propre dictée ». Klinckowstrôm a omis cette notation.
à l'Angleterre quelques possessions dans l'Inde, ou même la totalité en se réservant d'y commercer. Le roi répugne fort à un si grand sacrifice, et attend là-dessus l'avis du Baron de Breteuil »
A mesure qu'approchait la date de la mise à exécution du plan d'évasion, les préparatifs se faisaient plus fébriles. Fersen maîtrisait à peine ses inquiétudes. Les continuels retards lui inspiraient beaucoup d'inquiétude. Il avait tout d'abord été décidé que la fuite aurait lieu fin mai ; on l'avait ensuite reculée pour que le Roi pût toucher; le 1er juin, les deux millions trimestriels de la liste civile , puis nouveau retard jusqu'au 12, parce que le Dauphin avait une femme de chambre qui était « enragée » et qui ne devait quitter son service que le 11 ; enfin, d'autres retards parce que la femme de chambre du Dauphin reculait son départ. Mais ces retards ne l'inquiétaient pas outre mesure. Il craignait surtout que Bouille ne commît une faute. Les événements se chargeaient, hélas, de lui donner raison I Tout échoua par suite de l'incapacité de Bouille, dirait-il plusieurs années plus tard. Mais cette réflexion n'est nullement une constatation faite après coup, il s'en était rendu compte dès le début. Les instructions qu'il transmettait à Bouille respirent une crainte perpétuelle de voir le général mettre en mouvement un appareil trop considérable qui éveillerait des soupçons et attirerait l'attention générale. A une lettre sans date de Bouille à Fersen où il lui énumérait tous les détachements qu'il allait placer le long de la route et dont il confiait l'inspection pour la première partie du chemin à Fersen — « occupez-vous bien de la sûreté de la route jusqu'à Châlons )) — celui-ci répondait le 26 mai :
« Il n'y a pas de précautions à prendre d'ici à Châlons, la meilleure de toutes est de n'en pas prendre ; tout doit dépendre de la célérité et du secret, et si vous n'êtes pas bien sûr de vos détachements, il vaudrait mieux de n'en placer que depuis Varennes, pour ne pas exciter quelque attention dans le pays. Le roi passerait alors tout simplement. C'est de ne pas faire du mouvement à Châlons qu'on ne peut pas rassembler de gardes du corps ».
L'AMI DE LA REINE
Ce n'est pas une, mais plusieurs fois, qu'il écrivait à Bouille que les détachements auraient un effet contraire à celui qu'on escomptait et qu'ils pourraient même compromettre la réussite de l'entreprise : « Assurez-vous bien des détachements ou n'en placez que depuis Varennes. » « Il faudrait pour éviter tout soupçon et tout mouvement à Châlons, que le détachement du pont de Somervesle n'y arrive que le mardi à midi, car le Roi pourra y être à 2 1/2».
Il ne voyait pas moins clair dans le choix des personnes à employer et se refusa, par exemple, à donner au jeune duc de Choiseul un rôle trop visible dans l'entreprise : « Tâchez, s'il est possible de ne pas envoyer le duc de Choiseul ici », écrit-il à Bouille, « personne n'est sans doute plus attaché, mais c'est un jeune homme, un brouillon, je crains quelques indiscrétions; il a trop d'amis, des parents et peut-être une maîtresse à sauver ? Renvoyez plutôt Goguélat sous quelque prétexte... »
Plus tard, il se résigna quand même à approuver le choix de Choiseul, puisque Bouille l'avait déjà envoyé au reçu de la lettre de Fersen.
Aucun sacrifice ne lui paraissait trop considérable lorsqu'il s'agissait de faciliter l'entreprise ; il donna tout l'argent qu'il possédait ou put emprunter en Suède. Il emprunta 300.000 aux dames Stegleman et von Korff, 300.000 à son amie M^^e Sullivan, et même 3.000 à son concierge, Louvet. Selon son livre de dépenses, il payait au cours des années qui suivirent les intérêts de tous ces emprunts. Mais en dehors de ces grosses dépenses, il en avait bien d'autres. Son livre de dépenses pour ces quelques mois indique en janvier « pourboires à deux suisses du palais 48 livres », le 18 mars « pourboire au palefrenier du roi 24 livres », en mai « 50 livres au cocher d'Éléonore \ 600 livres à Frantz chez Éléonore », ainsi que «le restant du loyer rue de Miromesnil 4.575 livres ». Et puis en juin • «dessin pour voiture 12 livres », « chevaux de poste pour Bondy et Bourget », « à John pour le voyage 720 livres »,