‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 118 sur 182 · Le RdI de Suède · texte numérisé non relu

Le RdI de Suède

2. Voici ce billet de Gustave III : « Je prie V. M. de ue pas douter de la part sei siJ>le que nous prenons tous à votre mallxeur. Vos amis ne vous abandonneront pas. Soutenez avec Uim&ts votre état présent, comme vous avez soutenu les daogerjs qui voiji^ environnaient ; ne souffrez surtout pas qu'on avUis&e en votre personne la dignité royale, et les rois viendront à votre secours. C'est le conseil de votre plus ancien allié et de votre pto tiMI# ami. »

si vous paraissiez. Nous sommes gardés à vue jour et nuit,

cela m'est égal ^ Soyez tranquille, il ne m'arrivera

rien. L'assemblée veut nous traiter avec douceur. Adieu.. .^ je ne pourrai plus vous écrire... » ^.

Le 4 juillet Fersen reçut encore la lettre suivante :

« je peux vous dire que je vous aime et n'ai même

le temps que de cela. Je me porte bien. Ne soyez pas inquiet de moi. Je voudrais bien vous savoir de même. Écrivez moi par un chiffre par la poste : l'adresse à M. de Browne... une double enveloppe à M. de Gougens. Faites mettre les adresses par votre valet de chambre. Mandezmoi à qui je dois adresser celles que je pourrois vous écrire car je ne peux plus vivre sans cela. Adieu le plus aimé et le plus aimant des hommes. Je vous embrasse de tout cœur » *.

Quatre jours plus tard le 8 juillet la Reine répondit à la première lettre de Fersen qui était du 27 juin :

Le 8 juillet 1791.

« Le roi pense que la prison resserrée où il est retenu et l'état de dégradation totale où l'Assemblée Nationale a porté la Royauté en ne lui laissant plus exercer aucun acte quelconque est assez connu des puissances étrangères pour qu'il soit nécessaire de l'expliquer ici.

« Le roi pense que c'est par la voie des négociations seule que leurs secours pourrait être utile à lui et à son royaume ; que la démonstration des forces ne doit être que secondaire' et si l'on se refusait ici à toute voie de négociation.

« Le roi pense que la force ouverte, même après une première déclaration, serait d'un danger incalculable,

1. Les passages désignés par des points ont été effacés dans le texte. Cf. eh. VIII.

2. Ni Khnckowstrôm ni M. de Heidenstam n'ont publié cette lettre, bien qu'elle se trouve dans les archives de Stafsund. M Lucien Maury la publia pour la première fois dans la Revue ^leue. Klinckowstrôm l'a probablement prise pour une lettre de Fersen puisqu'elle n'est pas écrite de la main de Marie-Antoinette, mais seulement avec ses chiffres. M. de Heidenstam n'en a pas eu connaissance.

non seulement pour lui et sa famille, mais pour tous les Français qui, dans Tintérieur du royaume, ne pensent pas dans le sens de la révolution. Il n'y a pas de doute, qu'une force étrangère ne parvienne à entrer en France, mais le peuple armé comme il est, en fuyant les frontières et les troupes du dehors, se servirait dans l'instant de leurs armes contre ceux de leurs concitoyens que depuis deux ans on ne cesse de leur faire regarder comme leurs ennemis, dans notre voyage et surtout....

« Le roi pense, qu'un plein pouvoir illimité tel qu'il est composé, même en le datant du 20 juin, serait dangereux pour lui dans l'état où il se trouve. Il est impossible qu'il ne fût pas communiqué, et tous les cabinets ne sont pas également secrets.

« On annonce, que d'ici quinze jours les articles regardés comme constitutionnels seront présentés au roi ; qu'alors on le remettra en liberté, le laissant maître d'aller où il voudra, pour qu'il se décide à les accepter, oui ou non ; mais en gardant son fils, ce qui rendrait la liberté illusoire. On doit regarder tout ce qui s'est fait depuis deux ans comme nul, quant à la volonté du roi, mais impossible à changer, tant que la grande majorité de la nation sera pour les nouveautés, c'est à faire changer cet esprit qu'il faut tourner toute notre application.

« Résumé : Il désire que la captivité du roi soit bien connue et bien constatée des puissances étrangères ; il désire que la bonne volonté de ses parents, amis et alliés et des autres souverains, qui voudraient y concourir, se manifestât par la manière d'un congrès où on employât la voie des négociations, bien entendu qu'il y eût une force imposante pour les soutenir, mais toujours assez en arrière pour ne pas provoquer au crime et au massacre.

« Il serait important que le B : de Bret. se réunisse avec les frères du roi et ceux qu'ils choisiront pour cette importante négociation.

« Le roi ne croit pas devoir ni pouvoir donner un plein pouvoir illimité ; mais il envoie ce papier écrit en blanc, pour être remis à ses frères.

« Nous n'osons pas répondre au roi de Suède. Soyez près

mmm

9m 'w «'«■■in

Vf

ii-t

de loi l'interprète de notre reconnaissance et de notre attachement ».

Cette lettre ne ressemble pas du tout aux précédentes que Fersen avait reçues de Marie- Antoinette.

Il faut surtout voir là une suite de l'orientation politique de la famille royale au lendemain de Varennes. La Reine venait en effet d'entrer en relations avec les constitutionnels.

Barnave était un des commissaires qui avait été envoyé de Paris pour ramener la famille royale et il a été beaucoup écrit sur sa passion soudaine pour Marie-Antinette. On sait qu'une conversation s'établit entre Barnave et la Reine en cours de route. Marie-Antoinette y fit allusion lorsqu'elle lui écrit pour la première fois, quelques jours après son retour à Paris, par l'intermédiaire de Jarjayes, colonel aux gardes de corps du Roi et dont la femme était attachée à la personne de la Reine. Ce premier pas inaugura de longues négociations qui furent intimement liées à toute la politique constitutionnelle du moment. C'est la première fois qu'on vit la Reine faire de la politique pour son propre compte.

Fersen ne savait pas que Marie-Antoinette se servait d'autres conseillers en même temps qu'elle avait recours à lui. Cette lettre du 8 juillet le surprit. Mais une surprise encore plus grande lui était réservée et qui aurait une répercussion considérable . dans l'Europe entière. Le but des constitutionnels, dans leurs négociations, avait été de faire accepter la Constitution par Louis XVI et d'employer Marie-Antoinette pour la faire reconnaître par l'Europe. Dans le premier point ils réussirent à imposer leur volonté le 14 septembre 1791. Ma rie- Antoinette en informa Fersen par une lettre du 26 septembre :

« Votre lettre du 28 m'est parvenue. Depuis deux mois je n'avais pas eu de vos nouvelles, personne ne pouvait me dire ou vous étiez. J'ai été au moment, si j'avais su son adresse, d'écrire à Sophie ; elle m'aurait dit, où vous étiez ^ nous voici dans une nouvelle position depuis

Page 1