Mots effacés
dont ils sont capables, mais ils n'ont dans ce moment que les brigands et les scélérats pour eux ; je dis dans ce moment, car d'un jour à l'autre tout change dans ce paysci et on ne s'y reconnaît plus. Le département doit porter aujourd'hui ou demain son adresse au roi, contre le décret des prêtres ; j'en suis charmée, parce que, si cela ne fait pas de bien, au moins cela déclare la guerre entre les partis et force celui-là par la démarche même, à soutenir et se rallier au roi. L'adresse est faite par un M. Garnier, et rédigée par Du Port et Barnave, mais cela est un secret. Le comte Louis de Narbonne est enfin ministre de la guerre, d'hier ; quelle gloire pour M:me de Staël et quel plaisir pour elle d'avoir toute l'armée ^.... à elle ! Il pourra être utile, s'il veut, ayant assez d'esprit pour rallier les constitutionnels et bien le ton qu'il faut pour parler à l'armée actuelle. Au reste, il me paraît vouloir s'attacher à M. Bertrand ^ au conseil, et il a raison, car c'est le seul
qui vaille quelque chose. Mais, comprenez-vous ma
position et le rôle que je suis obligée de jouer toute la journée ; quelques fois je ne m'entends pas moi-même et je suis obligée de réfléchir pour voir si c'est bien moi qui parle ; mais que voulez-vous ? tout cela est nécessaire, et croyez que nous serions plus bas encore que nous sommes, si je n'avais pris ce parti tout de suite, au moins gagnerons-nous du temps par là, et c'est tout ce qu'il faut. Quel bonheur si je puis un jour redevenir assez pour prouver à tous ces gueux que je n'étais pas leur dupe !
« L'adresse du département est arrivée ; elle est parfaitement bien pour la discussion sur le décret des prêtres, mais les gueux ont eu peur, et ont mis, du reste un tas d'impertinences. M. de Narbonne a fait à son entrée à l'Ass. un discours d'une platitude peu croyable pour un homme d'esprit. J'attends M. Craufurd avec impatience, mais je suis fâchée pour vous qu'il vous quitte ; j'espère qu'ils ne seront pas l'hiver ici, et qu'il retournera à Brux.;