‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 130 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

Vienne de la part de la R : pr instruire TEmp : de leur position de l'Etat de la France et de leur désir positif detre secouru. Il les a vu secrettement la R : lui a dit dites a l'Emp : que la nation a trop besoin du Roi et de son fils pr qu'ils ayent rien a craindre c'est eux qu'il est interressant de sauver quant a moi je ne crains rien et j'aime mieux courir tous les dangers possibles que de vivre plus longt( mps dans l'Etat d'avilissement et de malheur ou je suis. Sim : a ete touche aux larmes de sa conversation il m'a porte des lettres charmantes de la R : a rimp : et a l'Emp : et au prince Kaunitz. »

Le départ de Fersen eut lieu le 11 février. C'était une entreprise risquée, car depuis Varennes il était très mal vu en France où on le considérait généralement comme un émigré. Aussi le voyage fut-il très mouvementé. Accompagné seulement de son ordonnance, Reuterswàrd, il se mit en route. Les deux voyageurs, déguisés en courriers diplomatiques, étaient porteurs de missives de Gustave III, Roi de Suède, pour la Cour de Portugal, missives fictives que Fersen s'était donné beaucoup de mal à fabriquer, mais qui toutes portaient le sceau royal. Ils arrivèrent pourtant heureusement à Paris, après de multiples incidents. Mais ce n'est qu'à l'arrivée que comjnencèrent les véritables difficultés.

Le plus difficile fut peut-être de se soustraire à la jalousie de Craufurd, car m:me Sullivan tint Fersen caché dans une chambre à l'étage supérieure de la maison de Craufurd, à l'insu de celui-ci. On fit croire au valet de chambre qui lui servait les repas au lit, que Fersen était le fils de m:me Sullivan qui s'était enfui de la cour de Wurtemberg et devait se cacher. Ce n'est que lorsque les soupçons de Craufurd s'éveillèrent, que Fersen se décida à sortir de sa cachette. Au moyen d'une lettre fictive à m:me Sullivan, il fit croire à Craufurd qu'il venait d'arriver à Paris et qu'il repartirait aussitôt. Pour plus de sûreté, Fersen s'éloigna en effet pour quelques jours de Paris.

Mais il y avait d'autres difficultés que celles dont nous venons de parier. En se rendant aux Tuileries, par exemple, il s'exposait à de multiples risques.Le premier soir de son séjour à Paris il eut une entrevue avec Marie-Antoi-

nette et le lendemain il vit le Roi. Les notes de son Journal Intime pendant ces jours sont très personnelles. Comme elles se rapportent à son dernier séjour à Paris et relatent sa dernière entrevue avec Marie-Antoinette, nous les publions ici intégralement. Elles sont d'autant plus intéressantes qu'elles nous donnent une idée de ce que fut la double vie que menait Fersen au cours de ces années.

«S, 11. tems gris doux. Envoyé par le courrier de Sim : une 1 ettre a Steding. Simolin parti a 1 1 h : moi a 9 1 /2 h : en chaise de Courier avec Reutersverd sans domestique nous avions un passep : de courier pour le Portugal sous des noms supposes les lettres et le mémoire du Roi au Roi de Fr : adressés a la Reine de Port : que j'avois mis sous l'enveloppe de l'amb : de Suéde a Paris avec un faux chiffre en contrefaisant la signature du Roi et une de même contrefaitte a Bergstedt le charge d'affaires signée Franc : le tout cacheté des armes de Suéde faittes ici. J'avois aussi pr ma suretée une lettre de créance comme ministre près de la R : de Portugal. A 8 h : nous étions a Tournay couché la.

« D. 12. Beau et doux parti a 3 1 /2 h : du mat : Reutersverd fut voir le soir M d'Avoncourt commandant pour avoir les portes il le prit pour un courier suédois et lui dit qu'il n'arriveroit de 15 jours a Paris et seroit arrête partout. A Orchies on ne nous dit rien nous déjeunâmes a Bouchain dinames a Bon Avis et couchâmes a Tournai notre chariot cassa a Peronne nous y fumes 4 h :. Arrivé a Tournai al 1 /2 h : du mat : je me tenois très cache j'avois une perruque partout on fut très poli et surtout a Peronne même les gard : nat :

« L. 13. Très beau et doux. Parti a 9 1 /2 h : arrêté deux h : a Louvres pr diner, arrivé sans accident a Paris a 5 1 /2 h du soir sans qu'on nous dise rien. Laisse descendre mon officier a l'hôtel des Princes Rue de Richelieu pris un fiacre pour aller ches Gog : rue Pelletier le fiacre ne savoit pas la rue crainte de ne pas la trouver un autre fiacre nous l'indiqua Gog : n'y etoit pas, attendu dans la rue jusqu'à 6 1 /2 h : pas venu cela m'inquiéta voulu aller prendre Reuters : il navoit pas trouv^é place a l'hôtel des Princes on ne savoit ou il etoit allé retourné chez Gog : pas rentré pris le parti d'attendre dans la rue enfin a 7 h : arrivé. Ma lettre netoit arrivée que le même jour a midi et on n'avoit pu le joindre avant. Aile ches elle, passe par mon

Page 1