Lignes effacées
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23 juin.
« Votre ami est dans le plus grand danger. Sa maladie fait des progrès effrayants. Les médecins n'y connaissent plus rien Si vous voulez le voir, depêchez-vous. Faites part de sa malheureuse situation à ses parents. »
26 juin,
«Je suis fâchée de ne pouvoir vous rassurer sur la situation de votre ami. Depuis trois jours cependant la maladie n'a pas fait de progrès ; mais elle n'en a pas moins des symptômes alarmants ; les plus habiles médecins en désistèrent Il faut une crise prompte pour le tirer d affaire, et elle ne s'annonce point encore ; cela nous désespère. Faites part de sa situation aux personnes, qm ont des affaires avec lui, afin qu'elles prennent leurs précautions ; le temps presse... »
3 juillet.
a J'^ai reçu votre lettre du 25 N : o onze ; j'en ai été
bien touchée. Notre position est affreuse ; mais ne vous inquiétez pas trop ; je sens du courage, et j'ai en moi quelque chose qui me dit que nous serons bientôt heureux et sauvés. Cette seule idée me soutient. L'homme que j'envoie est pour M. de Mercy ; je lui écris très-fortement pour décider qu'enfin on parle. Agissez de manière à en imposer ici ; le moment presse et il n'y a plus moyen d'attendre. J'envoie les blancs seings comme vous les avez demandés. Adieu. Quand nous reverrons-nous tranquillement ? »
24 juillet.
c Dans le courant de cette semaine l'Assemblée doit décréter sa translation à Blois et la suspension du Roi. Chaque jour produit une scène nouvelle, mais tendant toujours à la destruction du roi et de sa famille ; des pétitionnaires ont dit, à la barre de l'Assemblée, que si on le
destituait, ils le massacreraient. Ils ont eu les honneurs de la séance. Dites donc à M. de Mercy, que les jours du roi et de la reine sont dans le plus grand danger ; qu'un délai d'un jour peut produire des malheurs incalculables, qu'il faut envoyer le manifeste sur-le-champ, qu'on l'attend avec une extrême impatience, que nécessairement il ralliera beaucoup de monde autour du roi et le mettra en sûreté ; qu'autrement personne ne peut en répondre pendant vingt-quatre heures ; la troupe des assassins grossit sans cesse. »
Ne sent-on pas déjà dans ces lettres l'angoisse devant la mort ?
Que pensait Fersen ? Que répondait-il ?
On est très étonné à la lecture de ses réponses — elles ressemblent si peu aux lettres de Marie-Antoinette ! U est vrai qu'elles sont pleines d'admiration pour le courage et la résistance de Marie-Antoinette et Louis XVI, « votre mari », et on voit bien que Fersen se rendait parfaitement compte du grand danger qu'ils couraient. Mais il ne se lassait pas de leur répéter de rester à tout prix à Paris. C'est là que le secours viendrait. Il ne croyait pas non plus à l'imminence du danger. Lui, comme les autres conspirateurs qui se trouvaient hors de France, étaient habitués aux lenteurs de l'Ancien Régime. Ils ne connaissaient pas la nouvelle France qui était sur le point de naître, ils ne savaient rien du sentiment national qui s'éveillait, ni de la xénophobie ou de l'état d'esprit surchauffé du peuple. Ils ignoraient aussi tout de l'évolution de la situation intérieure de la France dont la rapidité fut telle que, selon Marie- Antoinette, il aurait fallu écrire au moins deux fois par jour pour donner mi récit, tant soit peu exact, des événements. Depuis la déclaration de guerre, les royalistes croyaient que l'entrée à Paris n'était plus qu'une question de jours. Fersen maudissait lui-même les lenteurs des Alliés, mais, en annonçant à Marie-Antoinette, que le duc de Brunswick franchirait la frontière dans six semaines, il montre bien qu'il ne se rendait aucunement compte des dangers, qui s'accumulaient à l'intérieur des frontières, ni avec quelle rapidité les événements se succé-
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daient. Au lieu d'agir, les Alliés lancèrent un manifeste ^ et se querellèrent sur la manière de le rédiger. On fit encore rimprudence de publier ce manifeste, avant de savoir, si on pouvait faire suivre les paroles par des actes, et ainsi l'ironie des choses voulut que ce même manifeste, « libellé », comme il dit lui-même, par le fidèle Fersen, devînt la principale cause de la chute rapide de la Monarchie. Si Fersen était assez intelligent pour comprendre que le moment où les armées étrangères franchiraient la frontière française serait gros de dangers pour la famille royale, il ne se doutait pas quand même un seul instant combien grave serait la situation. Ainsi il écrit :
Bruxelles ce 28 juillet 1792.
« Je reçois dans ce moment »la déclaration de Brunswick, elle est fort bien ; c'est celle de M. Limon, et c'est lui qui me l'envoie : pour éviter tous les soupçons, je ne vous l'envoie pas, mais M. Cr[aufurd] l'envoie à l'ambassade d'Angleterre à Milord Kery, il la donnera sûrement à M. Lamb /esc /. Voici le moment critique, et mon âme en frémit. Dieu vous conserve tous, c'est mon unique vœu. S'il était utile que vous vous cachiez jamais, n'hésitez pas, je vous prie, de prendre ce parti ; cela pourrait être nécessaire, pour donner le temps d'arriver à vous. Dans ce cas il y a un caveau dans le Louvre, attenant à l'appartement de M. de Laporte ; je le crois peu connu et sûr. Vous pourriez vous en
servir.
« C'est aujourd'hui que le duc de Brunswick se met en mouvement ; il lui faut huit à dix jours pour être à la frontière. On croit jénéralement à une tentative sur Maubeuge. »
Huit à dix jours ! Les distances étaient moins rapprochées alors qu'aujourd'hui! En entendant Fersen parler de ce caveau du Louvre, ne dirait-on point qu'il croyait tout simplement à une répétition des journées d'octobre 1789 ?
En attendant, les émigrés de tous les camps travaillaient
à la formation d'un ministère et d'une Cour. Fersen s'em-