‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 156 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

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Reine. Mais alors survint la nouvelle de l'échec du général Dumouriez. Fersen note dans son Journal :

« L[undi] 8. Tems gris frais. J'etois occupe le matin a écrire a la R. la nette ci-jointe lorsque TEveque de Pamiers entra ches moi et me dit que Tarmee de Dumouriez s'etoit révoltée contre lui, qu'il etoit passé a Mons avec tout son état major, presque tous les ofF: de génie et d'art : et beaucoup de trouppes de ligne et que le reste le suivroit ; c'etoit Dampierre qui avoit débauche les gardes nat:[ionales], que Dumouriez, lorsqu'il s'etoit appercu qu'on tramoit quelque chose avoit voulu livrer l'art : et la caisse mais qu'il avoit même ete fusillé par un de ses détachements dans le l:er moment cette nouvelle me frappa, les craintes pr la R[eine] renaisserent car sans cela, la nouvelle auroit ete bonne. Leur armée etoit désorganisée, et Dumouriez qui auroit ete une puissance ayant 50.000 h : a ses ordres n'etoit plus rien. La consternation parmi les François était aussi grande que leur joie l'avoit ete ils craignaient tout perdu ».

Les jours d'exil étaient finis pour Fersen et ses amis. Us quittèrent Dusseldorf le 14 avril et arrivèrent à Aixla-Chapelle le 15. C'est ici qu'ils apprirent que le duc d'Oriéans et sa famille avaient été fait prisonniers et enfermés au château d'If en Provence. Fersen rencontra également Dumouriez qui venait d'arriver à Aix-la- Chapelle en même temps que lui. Nous citons le récit qu'il a fait de cette curieuse rencontre :

« Mei{credi] 17 tout était blanc vent froid. Dumouriez arriva a 2 h 1 /2 : je fus le voire avec Simohn a la poste, nous perçâmes une foule de monde et le trouvâmes dans une salle basse les fenêtres etoient assiégées de monde il étoit seul avec trois aides de camps. Il reconnut Simolin je me nommai il me fit un compliment disant qu'il auroit du me reconnaître a ma belle figure, je le remerciais des politesses qu'il avoit fait a Brehn il me rep : que s'il n'avoit pu en faire toujours ce navoit pas ete sa faute mais celles des circonstances, je lui dis que j'etois bien aise de le voir ici il me rep : qu'il en avoit depuis longtems le projet il nous dit que St. Foix navoit rien a craindre que la peur etoit a Paris et qu'on n'oseroit rien lui faire. Je lui dis, exphques moi M:eur ce que vient de se passer pour M. le D. d'Orléans — Je ne puis vous en donner aucune explication Mr le C: car je n'ai jamais eu

LA CATASRTOPHEl

de relations avec Mr le D d'Orl :[eans] [que 'j'ai toujours [méprisé et que j'ai regarde ccmme un scélérat je sais cependant... Il me dit beaucoup de bien du Duc de Chartres qui disoit-il ne ressembloit en rien a son père... il se plaignit de la lenteur des Aut:]richiens[ qu'il falloit plus d'activité contre ces gens la et quon en viendroit facilement a bout, qu'il n'y avoit plus darmee, que tout les troupes de ligne passeroient des quelles pourroient... quon avoit déjà propose dechanger les 4 commissaires arrêtées contre la fam: R:ale, que son opinion avoit ete qu'il falloit tout accorder pour avoir la fam : R:ale et quil ne falloit ensuite rien tenir a ces gueux la, que même en reconnoissant la Republique on pouvoit ensuite continuer la guerre. En tout je trouvai en lui un vrai François, vain, confiant, et étourdi, ayant de lesprit et peu de jugement, tout son plan a manque par un excès de confiance dans ses forces et son influence sur l'armée, il n'avoit pas asses préparé la chose. Je le trouvai fort inquiet et emu au moindre bruit qui faisoit la foule qui etoit a la porte et aux fenêtres il avoit lair de craindre quelque mésaventure.»

Le 20 avril Fersen et ses amis rentrèrent à Bruxelles, et la vie d'autrefois reprenait peu à peu. « Je jouissais de passer dans un pais conquis sur les françois », note-t-il dans son Journal « La joie était vraie a Bruxelles, et dans tout le pais d'en être délivrés. »

Le soir la ville était illuminée et la joie fut générale, mais comme le dit Fersen, peu bruyante, selon l'habitude flamande.

. Le retour à Bruxelles s'était fait à un moment heureux. Jamais, depuis Varennes, les prévisions n'avaient paru aussi optimistes, l'armée française était dans un état de dépression et ne possédait pas encore cet esprit national qui rendrait possible l'impossible. Les Français étaient refoulés au-delà de la frontière et la route de Paris était sans couverture. De plus, le royalisme avait relevé la tête à l'intérieur de la France et la réaction semblait se fortifier de jour en jour. Axel écrit à Sophie le 12 mai :

« Malheureusement Dumouriez n'a pas réussi a rendre le service qu'il avoit promis, mais sa défection est toujours très importante par les lumières qu'il a données, et par la désorganisation totale de l'armée des rebelles et la privation du seul homme qui

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pouvoit les mener. Les succès n'en seront pas moins surs mais ils en sont un peu retardés car il faut le tems de rassembler les moyens pour les assurer et ne pas s'exposer au moindre revers, c'est le rassemblement de tous ces moyen qui cause l'inactivité actuelle »... ^.

Sophie a dû lui reprocher encore une fois son manque d'énergie, puisqu'il finit sa lettre par une phrase, où voulant le rassurer, perce néanmoins une légère irritation :

< Je sens comme vous, ma chère et bonne Sophie la nécessité de tout ce que vous me dites et croyes que quand il en sera tems rien ne m'empêchera de me rendre la ou il faudra et que je braverai tout, pour faire ce que je me dois et ce que je dois aux autres » *.

Ne peut-on déjà lire entre les lignes une certaine lassitude ? Depuis plus d'une année — et quelle année — Fersen n'avait pas vu Marie-Antoinette, il y avait plus de neuf mois qu'il n'avait eu un mot de sa main. Les mots de devoir et d'obligation venaient de plus en plus souvent sous sa plume et l'affection était refoulée au second plan, n était las, exténué. Epuisé par le surmenage et la tension nerveuse de plusieurs années, il n'avait plus la force de souffrir, à peine avait-il celle d'aimer. Un seul sentiment était encore vivace en lui : la haine. Il haïssait la Révolution, il haïssait même toute la nation française, la haine seule le soutenait.

Si déjà au temps de l'adversité, les émigrés s'étaient occupé de former des ministères et nommer des fonctionnaires, que ne serait-ce alors au moment où la roue de la fortune tourna, où les succès et les victoires fournissaient une base plus solide à leurs plans et projets 1 Quelle ne fut pas leur joie en apprenant la capitulation de Mayence, et, le 23 juillet, que les Alliés venaient de prendre la ville de Valenciennes où stationnait autrefois le régiment de Fersen. Aussitôt après, Fersen s'y rendit pour revoir quelques vieilles connaissances.

1. Publié par M. de Heidenstam avec d'insignifiants changements.

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