Omis par Fersen
Reine en la supposant complice de ce complot ; on voit par les papiers qu'il y a une grande confusion dans ce païs, cela ne peut plus aller ainsi. Goguelat revenu de Condé croit que c'est d'ennui que la garnison s'est rendu, car il y avoit des vivres.
« S[amcdï\ 20. Des lettres de Paris mandent, que la Reine voit son fils chés elle une heure tous les jours, c'est du moins quelque chose. Cette séparation me fait grande peine. Goguelat qui etoit venu passer quelques jours ici partit ; je lui donnoit un cheval. Il me dit qu'il etoit fort mécontent des airs que le D: de Choiseul se donnoit sur le Roi et la Reine, que la R: en a\oit toujours ete fort ennuyée et ne lui avoit jamais donnée ni les bagues ni le portrait dont il se vante ».
Le 9 août, Fersen eut connaissance du transfert de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Il écrit dans son Journal :
« V[endredi\ 9. Il se repandit un bruit que la R- avoit ete menée le 2 a la Conciergerie et livrée au tribunal révolutionnaire ; c'etoit un homme qui pretendoit l'avoir lu dans une gazette de Fr. a Namur, mais des lettres du 3 arrivées ici n'en parloient pas, et cette nouvelle paroissoit évidemment fausse. M. de'Mercy qui vint le soir ches Me Sulivan ne le croyc it pas.
« S]amedi] 10. Asses beau, du vent. Tout le monde etoit rassure sur les nouvelles affreuses de la R— ,lorsque le soir le Cte de Mercy me donna les gazettes du 2 et du 3. Elles confirment ce malheur, mon ame en fut de hirée. Je me représentai son état, ses douleurs, ses souffrances et je sentois vivement aussi tout ce que j'ai perdu depuis l'arrestation de Varennes. Eleonor* seule pouvoit me consoler un peu, mais ne m'empechoit pas de sentir vivement, et l'incertitudv sur ce que je ferois rendoit encore ma situation plus affreuse, car je regardois la perte comme inévitable et cependant je tachois de me flatter. J'eus bien de la peine a cacher ma douleur affreuse.
m D[imanché\ 11. Beau, pas chaud. Comme j*avois causé avec La Marck sur les moyens de sauver la Reine et que nous avions trouvés qu'il n'y en a\oit que de pousser sur le champ un gros corps de cavallerie sur Paris, ce qui etoit d'autant plus facile qu'il n'y avoit plus d'armée devant et que touttes les granges etoient remplis de vivres, je fus ches le Cte de Mercy et je le trouvai de glace sur cette idée. Il y voyoit de l'impossibilité et le second tome de la Champagne, si on le tentoit. Il croyoit la faro : Rôle perdue sans qu'on puisse rien faire pour elle. Il ne croyoit pas que
les factieux voulussent traiter, mais qu*ils se porteront aux derniers excès pr lier tellement toutte la France a leurs forfaits, qu'il n'y auroit plus pour les individus d'autre parti à prendre que celui de vaincre ou de mourir et finit par me dire, qu'il n'y avoit rien a faire. Je le quittai et pressai La Marck de lui parler, il l'engagea en effet a écrire au Mal de Coburg et me promit de me montrer la lettre le lendemain. Je fus a la comédie pour éviter tout ce qui pouvoit avoir l'air d'affectation. J'y trouva tous les François qui y sont d'ordinaire même les femmes. Quelle nation, grands Dieux I
« L[undi] 12. Très beau. La Marck vint me voire ; il me montra la lettre au Pce de Coburg, qu'il avoit faitte pour le C*® de Mercy ; «lie etoit très pressante et très bien faitte. Il propose de marcher sur Paris et prouve combien il seroit impolitique de retourner a Maubeuge et Le Quesnoy au lieu d'attaquer Cambrai. M. de Mercy n'exige rien, mais ces propositions sont très pressantes, et si le Pce Coburg ne s'y rend pas, il est responsable de tous les malheurs.
« [Mardi] 13. Beau et chaud. Les gazettes de France du 7, 8 et 9 ne parloient pas de la R, mais je suis convaincu qu'on n'en parlera que comme des autres criminels pour annoncer son jugement. Mr de Mercy a écrit hier au Duc d'York pour qu'on marche en avant. Il a aussi écrit en Ang.
« V[endredi] 16. Sa mort ^ etoit une grande perte pour la malheureuse famille de Louis XVI ; s'il vivoit la R ne seroit pas abandonnée en ce moment comme elle l'est.
« L]undi] 19. Beau. Les gazettes du 13 ne disent rien de la R[eiDe]. A la sollicitation de La Marck le Cte de Mercy s'est décidé a envoyer quelqu'un aiParis pour savoir ce qui s'y passe et voir si on peut négocier pr de l'argent et lespoir du pardon la déportation de la R[eineJ, il a jette ses yeux sur Novere le maitre de Ballet qui consent a y aller et sur Mr Ribbes, un financier qui a toujours ménagé tous les partis pr son intérêt particulier ayant toujours bien pensé.
« M[ercredi] 23. Asses beau. M. Ribbes vint me voir le soir. J'en fus très content ; il a bien saisi la chose et ne désespère de remplir la commission, dont il ne peut cependant garantir le succès. Craufurd partit le matin avec Lord Elgin pour Dunkerque. )>
Mais c'est surtout dans les lettres à sa sœur Sophie