‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 160 sur 182 · Le Journal Intime, mars · texte numérisé non relu

Le Journal Intime, mars

LA CATASTROPHE

Septembre,

« D[imanché\ 22. Tems gris, pluye, très froid, Je reçus une lettre très ridicule de Staël avec une brochure très inutile et insignifiante de sa femme ; c'ét( it des mots et pas de choses. Je reçus aussi une lettre de Deux-Ponts assés intéressante sur le retour de Mr d'Esebeck, qui avcit ete enlevé par les francois. Ce qu'il dit du projet de livrer la R[eine] a la populace me fait horreur, je ne puis y penser sans rage et sans douleur. Ce que j'éprouve sur cela ne peut être que senti, et je pense quelquefois que je serois plus heureux si son sort etoit décidé d'une manière ou d'une autre, mais je sens alors en même tems que si je la perd, je perds tout et je me trouverai presque seul au monde. J'aurai perdu alors trois souverains, mes bienfaiteurs et amis, et je suis encore a la veille de perdre mon père. Il ne me restera qu'une femme, que j'aime, qui m'aime, mais son caractère est bien différent du n ien et elle est a un autre, elle ne peut me suivre et je ne puis la sui\Te toujours. Sophie et Taube me restent, eux seuls peuvent me consoler, mais je ne puis me résoudre a m'eloigner de tout et à vivre en Suède, et ma fortune ne me permettra pas de \oyager sans cesse. J'aime d'ailleurs la tranquillitée, je désire et j'ai besoin de repos et ou le trouver. Quelqueiois quand j'y pense je suis bien triste, bien affligé. Nous n'avions pas encore de nouvelles de la tentative de Ribbes et cela m'inquiettoit fort. Je serois plus tranquille, si j'etois sur que Danton ait reçu sa lettre.

« L[undi] 23. Beau le matin, pluye et vent a : d :, froid. Les gazettes de Paris du 16 ne disent pas grand chose ; il n'est pas question de la R[eine]. La n?oitie de Lyon brûle, Carteaux devant Lyon, Nice pas évacue, le Duc de Nivernais arrêté.

« J[eudi] 26. Un commis de Perregaud arrivé ; il etoit parti le 27 août, il dit que le déficit de av :, may, juin et juil : se montoit a 1 milliard 256 millions, que celui d'août est de 400 et quelques milhons. On lui a mandé, que la Reine avoit subi un interrogatoire au Trib : rev :, qu'on lui a demande, si elle etoit la veuve de Louis Capet, qu'elle a rep : Vous saves, que je suis la veuve de votre Roi. Sur une seconde question elle repondit : Vous pouves être mes bourreaux, mes assasins, mais jaxnais vous ne seres mes juges, qu'alors il lui prit une attaque de nerfs, qifi obhgea de la ramener ches elle. »

Déçu et angoissé, il retournait ses sarcasmes contre les

chefs des Alliés et leur façon de faire la guerre, contre ceux, qu'il accusait de laisser la Reine agoniser en prison. Aucune expression ne lui semblait assez forte pour qualifier la conduite des armées alliées. Il répétait jusqu'à satiété les mêmes griefs : les généraux étaient des incapables et des imbéciles guidés uniquement par leur étroitesse d'esprit et leur égoïsme. Mais il n'y avait pas que les généraux qu'il comblait de sarcasmes, les princes régnants ne furent nullement épargnés. Personne ne trouvait plus grâce devant lui. Fersen, homme d'habitude réservé et courtois, autant que fermement royaliste allait jusqu'à insinuer que l'Impératrice de Russie avait trempé dans l'assassinat du Roi de Pologne. Sa douleur l'aveuglait. Il était blessé et humilié de voir que ceux qui pouvaient faire quelque chose pour venir en aide à Marie-Antoinette, ne voulaient rien entreprendre et qu'il était lui-même condamné à rester un spectateur impuissant.

Sa haine de la Révolution augmentait en même temps que son mépris pour les Alliés. La vue de ceux qui avaient trempé dans cette « bagarre » provoquait en lui des sentiments de vengeance et le rendait injuste et cruel. Tout ce qui y avait trait mettait son sang en ébullition. Le destin prit soin de placer sur son chemin les personnes que Fersen accusait d'être directement responsables de l'horrible sort, subi par Marie-Antoinette. Un jour c'est Drouet, le maître de poste de Sainte-Ménehoulde, celui-là même qui avait dénoncé Louis XVI à Varennes. Fait prisonnier une première fois à Maubeuge, Drouet avait réussi à s'échapper, mais avait été repris. Poussé par le désir de le voir et d'avoir des nouvelles de la Reine, Fersen s'en va contempler le prisonnier, mis aux fers, exposé à la curiosité de la foule. Il note ses impressions dans son Journal.

Octobre.

« S[amedi] 5. Asses beau très doux, pluye le soir. On avoit pris Drouet, commissaire de la Convt : a Maubeuge, qui avoit «ssayé de s'échapper la nuit avec une escorte de 100 Dragons cela ait honneur a l'activité des postes autrichiens. On croit que cest

PLANCHE Xf

Madame Royale iMarie-Thérkse Charlotte

f Peintre inconnu)

Madame Royale

Marie-Tiiérkse Charlotte

(Peinture de WerlmuUer)

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