‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 161 sur 182 · PLANCHE MI · texte numérisé non relu

PLANCHE MI

Hans Axel de Fersen

(Miniature par Lafrensen)

IIans Axel de Fersen

f Peinture par Breda)

LA CATASTROPHE

îe maître de poste de St Menehoult j'en doute je crois que c'est son frère, il doit être transféré ici.

« D[imanche] 6. Asses beau, doux, pluye le soir. Drouet arriva a 11 h : je fus avec le Col.: Hervey le voire dans sa prison a St Elisabeth. C'est un homme de 6 pouces, de 33 ou 34 ans qui seroit asses bien de figure sil n'etoit un aussi grand scélérat, il avoit les fers au pied et à la main, nous lui demandâmes sil etoit le maitre de Poste de St Menehould qui avoit arrêté le R. a Varenne. Il dit que oui que cetoit lui qui avoit ete a Varennes mais que ce n'etoit pas lui qui avoit arrêté le Roi. Nous lui demandâmes s'il etoit sorti de Maubeuge de peur detre pris, il dit que non mais pour remplir une commission dont il etoit chargé. Il ne vouloit jamais ouvrir sa redingotte pour ne pas faire voire la chaîne qui prenoit du pied droit a la main gauche. La vue de cet infâme scélérat me mit en colère, et l'effort que je fis pour ne lui rien dire a cause de l'abbe de Bimon et du Comt : Fitzjames qui etoient avec nous me fit mal. Jaurois voulu pouvoir lui présenter toutte son infamie et les tourments qui alloient la suivre ; je fus fâche de voir qu'il etoit trop bien loge ; j'aurois voulu le voire dans un caveau humide et infect et dans des souffrances de touttes les minutes, c'est cet infâme scélérat qui est cause de tous les malheurs et de la guerre. J'en parlai le soir a M°^e de Metternich et je lui demandai de le faire traiter bien mal et de rapeller tous ses crimes : la mort du Roi, la prison affreuse de la R.: — tous les massacres, les maux de la guerre etc. etc. etc. pour engager a le traiter comme il le mérite. Elle me le promit elle me dit que le C : te de Metternich a la demande du P. Coburg devoit le voire pour tacher d'en tirer quelque chose. Un autre off:r pris avec lui a dit que La R. — ne couroit aucun danger, qu'elle étoit fort bien traitée et quelle avoit tout ce qu'elle vouloit. Les scélérats comme ils mentent. Un anglois arrivé en Suisse dit avoir paye 25 Louis pr entrer dans la prison de la R. il y a porté une cruche d'eau, c'est dans un souterrein ou il n'y a qu'un mauvais lit et une table et une chaise. Il a trouvé la R. assise le visage appuyé et couvert de ses mains la tête enveloppée de deux mouchoirs, et extrêmement mal habillée; elle ne l'a pas même regardée et il ne lui a rien dit ; cela etoit convenu. Quel détail horrible je vais m'assurer de sa vérité.

« M [ardil 8. Beau, doux. Rien de nouveau. Beaucoup de gens avoient ete \ oir Drouet ; on debitoit même en ville que le bourreau l'avoit montré au public assis sur une chaise enchaîne et qu'on avoit eu de la peine a empêcher le peuple de le maltraiter. Cela fait un mauvais effet pour ceux qui sont en

France et peut avoir des inconvénients pour la R. et sa famille. « Mei[credi] 9. Beau. Drouet a ete hier ches le Cte de Metternich, ou il a ete questionne. Il a conunencé par déclarer qu'il repondroit a tout, mais que s*il connoissoit un cote foible de Maubeuge et qui put en faciliter la prise, il ne le diroit pas. Voici le résultat de ses réponses sur la Reine : que sa vie tient a rien, que si les puissances ont des succès et marchent sur Paris, sa mort est certaine, et même sans cela il n'en repond pas ; que le jeune Roi n*a rien a craindre qu'il y a cependant des» gens asses féroces pour vouloir l'immoler, mais si cela arrive, cela sera contre l'avis du grand nombre, que la Reine repondra de sa vie a lui, Drouet, qu'on ne l'echangeroit cependant contre lui, mais que si on l'avoit propose dans le tems, on auroit donne la Reine et sa famille pour les 4 commissairse, livres par Dumouriez, que cela etoit décide, que la Reine n'etoit point mal traitée, qu'il avoit ete commissaire auprès d'elle a la Conciergerie, que lorsqu'elle y est entrée, elle n'avoit pour lit qu'un misérable grabat, que l'ajant trouvée enrhumée, lui en ajant demandé la cause, elle avoit dit que c'etoit l'humiditee de la prison, qui etoit une chambre basse, qu'alors il lui avoit fait préparer une chambre haute et l'y avoit installée, qu il lui avoit tait donner du linge et tout ce qu'elle demanda, qu'il lui avoit fait apporter un bon lit et deux matelats et avoit eu pour elle tous les soins et les égards possibles, qu'on pouvoit s'en informer et que sans doute la R[eine] ne se plaindroit pas de lui. Les raisons de sa translation et des mauvais traitements qu'on a l'air de lui faire ne sont faits que pour imposer aux puissances, mais que dans le fond elle n'etoit pas mal traitée, qu'elle avoit tout ce qu'elle vouloit, et qu'il n'étoit point vrai, qu'on eut mis le jeune Roi au pain noir.

« Drouet est encore ici », mande-t-il à Taube le 9 octobre 1793, « j'ai ete le voire, je voulois malgré l'horreur que m'inspire cet infâme scélérat le questionner, malheureusement il s'y trouva deux autres personnes et je ne pus rien dire. La vue de cet homme ou plutôt de ce monstre, et la contiainte que je me fis pour cacher tout te ma colère, me rendit malade toute la journée, c'est un homu^e de 30-35 ans et qui sans son crime seroit bien de figure, il parle bien et avoue sans honte qui il est ^... »

Quelque temps plus tôt il avait reçu — il en parle dans son 1. Inédit.

LA CATASTROPHE

Journal — une lettre de Staël, qui l'avait complètement bouleversé. Staël, c'est une ombre qui poursuit Fersen partout où il va, et qui ne le lâchera même pas dans ce moment de grande détresse.

Déjà au cours de l'automne 1790, Staël avait d'ailleurs ostensiblement fait voir à Fersen qu'il était désireux de renouer les relations avec lui et de se rapprocher de Marie- Antoinette. Parmi les projets de fuite, qu'on élabora au lendemain de Varennes, il y avait un qui avait pris naissance dans l'imagination de M^^ de Staël et à l'automne 1793 elle avait publié une brochure anonyme pour la défense de Marie-Antoinette. C'est cette brochure que Staël envoya à Fersen, accompagnée de la lettre suivante :

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^Coppet 9 septembre 1793,

(( Maigre ton injustice contre moi, maigre ton dessein prémédité de faire mon malheur je ne puis m'empecher de t'envoyer un témoignage des sentiments que moi et les miens n'ont cesses d'avoir pour celle qu'on persécute aujourd'hui si cruellement. Les malheurs affreux que tu éprouve et que je partage du fond de mon cœur, m'ont bien facilement fait oublier les chagrins que tu m'avois prépares je ne vois plus en toi qu'un ami malheureux que je voudrois consoler au prix de ma vie. »

La réponse de Fersen du 15 octobre est peut-être plus qu'aucun autre document un témoignage de l'amertume qui le rongeait :

« J'ai reçu votre lettre du 9 sept, dernier avec la Brochure qui l'accompagnoit et je vous en remercie, je vous remercie aussi de ce que vous voules bien me dire sur mes malheurs, ceux que j'éprouve et ceux qui m'attendent peut-être sont grands mais j'ai dumoins la consolation d'un cœur pur et d'une conscience sans reproche tant sur les choses que sur les personnes, j'ai rempli tous les devoirs que me prescrivoient mon attachement et ma reconnaissance envers eux a qui je de vois tout. Je n'ai a regretter que d'avoir si mal réussi a les servir et je seroi toujours moins a plaindre que ceux qui ont a se reprocher d'avoir oubhe leurs bienfaits et d'avoir contribué a leurs malheurs.

« La puretée de mes actions et de mes intentions me consolera dans tous mes chagrins et m*aidera a les supporter. » ^

Dès le mois d'octobre, personne ne se faisait plus d'illusion sur le sort de la Reine. On n'attendait que la nouvelle de sa mort. Par le Journal, nous voyons que Fersen ne gardait plus aucun espoir :

« J[eudi] 10. Le jugement de la Reine me fait trembler ; s'il a lieu cette grande et infortunée Princesse est perdue, jamais la Con[vention] ne se donnera le tort de l'absoudre, les monstres, et Dieu permet qu'ils vivent. Veuille ce Dieu tout-puissant sauver une tête si chère. J'aurai Jrop perdu si je la perds.

« V[endredi] 11. Très beau. Les gazettes du 5 ne disent rien de la Reine, et cela ma fait frémir et me fait craindre, que le procès se fait. Helas, je crois sa perte certaine. Peut-être n'avons-nous plus que des regrets a lui donner. Cette idée est affreuse, ce qu'il y a de plus cruel c'est la contrainte a laquelle je me vois forcé.

« S[amedi] 12. Les nouvelles sur la Reine sont un peu plus rassurantes. L'accusateur public se plaint de ne pas avoir les pièces ; on derrete de les lui donner, c'est du moins un retard, mais cela ne rassure pas.

« D[imanche] 13. Le Cte Metternich me dit qu'on savoit par un voyageur que l'accusateur s'etant plaint de ne pas avoir les pièces pour le procès de la Reine, il avoit ete décrété qu'elle seroit jugée en deux heures. Cela ne me paroit pas vrai ni même possible. Eleonore me parla de sa position ; elle en est ennuyée a l'excès ; elle me dit être résolue a finir cette vie qui lui etoit insupportable. Elle m'assura qu elle viendroit avec moi, mais qu'elle ne pouvoit aller en Suéde, dont le climat etoit trop froid et qu'elle ne pouvoit rien finir, avant que je me fus décidé. Cela m'embarrassoit fort ; je l'aimois, j 'au rois ete bien aise de vivre avec elle, j avois en outre besoin de quelqu un qui me soigne. Mais si elle ^ vis, je ne veux et je ne peux l'abandonner, si je la perds, conunent renoncer a mon pais, a l'existence que j'y ai, au rôle que j'y peux jouer. Quoique ie sois fort dégoûté aux affaires et que notre théâtre suédois soit très subalterne,

1. Fersen a copié ces lignes dans une lettre à Taube du 30 octobre 1793.

LA CATASTROPHE

j'ai de la peine a ne rien faire. J'avois bien le moyen, si elle périt, de me faire envoyer ministre en Italie a la place d'Armfelt, qui n'y veut pas rester. Je puis ensuite aller ailleurs et servir de cette manière selon mes désirs. C'est le seul parti qui me reste a prendre, car ayant perdu elle, je ne peux pas rester sans Eleonore, mais il faut avant tout, que les affaires de France soyent terminées et cette incertitude sur mon avenir me tourmente fort. Je le suis aussi sur ma fortune ; elle n'est pas très considérable, 50.000 a 60.000 voila tout. J'en dépense beaucoup trop dans la position ou je me trouve. Je l'ai toujours soutenue dans l'attente d'en avoir besoin, mais si cette attente est vaine, j'aurai fait une sottise, n'importe c'etoit pour elle, je le devois. »

Le 13 octobre Fersen écrivait à Taube :

î^« ...Malgré qu'il n'y ait pas de preuves contre cette infortunée princesse, comment peut-on se flatter de rien avec des scélérats qui en font quand ils n'en ont point et qui condamnent même sur des assertions vagues et sur des soupçons, non mon ami, ne nous flattons point, résignons nous a la volonté céleste, sa perte est résolue il faut nous y préparer et rassembler asses de forces pour supporter ce coup terrible. Depuis longtemps je tache de m'y préparer et il me semble que j'en recevrai la nouvelle sans une grande émotion. Dieu seul peut la sauver, implorons sa miséricorde et soumettons nous a ses décrets. »*

Et dans son Journal le 19 octobre :

« S[amedi] 19. Il y a un détail d'interrogatoire du jeune Roi, qui fait frémir ; et par lequel il est prouve qu'ils veulent que l'enfant serve d'instrument pr la mort de sa mère. Mon Dieu, n'y a t-il 'donc pas de châtiments pr de tels scélérats et Votre justice ne|se^deployera-t-elle pas sur eux et en faveur des innocents. »

Marie-Antoinette mourut*sur''la^guillotine le 16 octobre. A Bruxelles c'était un jour comme tous les autres avec les occupations habituelles et journalières et « un temps un peu froid ». C'est quatre jours plus tard, un dimanche, que l'horrible nouvelle parvint à Fersen.

« D[imanche\ 20. Tems gris, beau. A 11 h: Grandmaison 1. Inédit.

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vint me dire que Ackerman, un banquier, recevoit mie lettre de son correspondent a Paris, qui lui mandoit que le jugement de la Reine avoit ete prononcé la veille, qu'il devoit être exécute sur le champ, mais que des circonstances Tavoit retardé, que le peuple, c'est-à-dire le peuple payé, commencoit a murmurer, et que c'etoit ce matin que Marie-Antoinette doit paroitre a la fenêtre nationale. Quoique j'y fus préparé et que depuis la translation a la Conciergerie je m'y attendisse, cette certitude m'accabla. Je n'eus pas la force de rien sentir. Je sortis pour parler de ce malheur avec me., amis, et Mme de Fitz-James et le Baron, que je ne trouvai. Je pleurai avec eux surtout Mme de Fitz James. La gazette du 17 en parle ; c'etoit le 16 a 11 1 /2 h que ce crime exécrable a ete commis et la vengeance divine n'a point éclatée sur ces monstres. J'etois étonne moi-même de ne pas être plus vivement affecté ; il me paroissoit ne rien sentir, sans cesse je pensois a elle, a touttes les circonstances horribles de ses souffrances, a ses enfants, a son malheureux fils, a son éducation qui sera manquee, aux mauvais traitements qu'on lui fait peut-être éprouver, au malheur de la Reine de ne le pas voire dans les derniers moments, au doute ou elle aura peut-être étée sur moi, sur mon attachement et mon intérêt. Cette idée me dechiroit. Ensuite je sentois tout ce que je perdois de tant de façons différentes : sentiment, intérêt, existence, tout etoit réuni en elle et tout etoit perdu. Enfin je pensois a tout et a rien. J'avois même des moments de degout pour Eleonore ; ce n'etoit pas le même sentiment, cette délicatesse, ce soin, cette tendresse, d'ailleurs le sien pour moi me paroissoit diminué. Je me sentois bien malheureux, et tout me sembloit fini. Je vis le Baron le soir, il etoit très afflige, je crois plus pour lui-même que de son sentiment. Rien ne fut plus pénible que d'écrire mes lettres le soir en Suède.

« L[undi] 21. Beau, frais. Je me promenai un peu a cheval. Tous ceux que je rencontrai furent a merveille pour moi, on ne me disoit rien, mais on avoit l'air de me plaindre ; La Marck fut fort bien. Je ne pouvois penser qu'a ma perte, il etoit affreux de n'avoir aucun détail positif. Qu'elle ait ete seule dans ses derniers moments sans consolation, sans personne a qui parler, a qui donner ses dernières volontées, cela fait horreur. Les monstres d'enfer I Non, sans la vengeance, jamais mon cœur ne sera content.

« M[ardi] 22. Beau et froid, il gela la nuit. Toutte ma journée se passoit en silence sans parler, je n'en avois pas l'envie.

Je ne pouvois que penser et penser sans suite, je fcrmois mille et mille projets. Si ma santé me l'avoit permis, j'aurois ete servir la venger ou me faire tuer. Ah, je me sentois bien malheureux, et je ne pouvois sentir autre chose. Voici l'acte d'accusation avec les noms des juges assasins, auxquels je voue une haine éternelle et qui ne peut finir.

« Mei\credi] 23. Beau et froid, il gela la nuit. Ma douleur au lieu de s'appaiser augmentoit a mesure que la surprise et l'etonnement diminuoient.

« J[eudi\ 24. Beau et iroid. Voici encore un extrait sur la trop infortunée Reine. Son image, ses souffrances, sa mort et mon sentiment ne me sortent pas de la tête, je ne puis penser a autre chose. Oh î Mon Dieu, pourquoi faut-il l'avoir perdue et que vais-je devenir. Je lus ces interrogatoires, ils font bouillir de colère en pensant que la Reine de France ait étée asses avilie pour être menée devant des gueux et des scélérats de cette espèce. Ses réponses sont belles et bonnes, et il n'y a rien à sa charge. Mon Dieu, seroit-il possible, seroit-il de votre justice, que de tels scélérats restassent impunis. Donnes-moi donc au moins la consolation de la pleurer vengée.

« V[endredi] 25. C'est l'Imp : de Russie qui en est la cause maigre le génie qu'on lui accorde elle n'a pas vue en grand homme l'affaire de France, elle ne la pas envisagée sous le point de vue d'un danger commun et par conséquent d'un intérêt gênerai. Elle n'a songee qu'e en tirer parti pour ses vues particulières sur la Pologne auquelles elle a associe le R : de Prusse en ne donnant à la malheureuse famiUe de Bourbon et a la restauration de la France que des démonstrations et qui tendoient plus a embrouiller les affaires par l'appui direct qu'elle s'obstinoit a vouloir donner aux P : ces maigre la volontée bien énoncée du feu Roi de Fr : et en opposition avec les vues des autres Puissances. Sa conduitee vis a vis de la feu Reme a ete indigne ; elle n'en a jamais répondue a la lettre qu'elle lui écrivit au mois de novembre 1791.

« S[amedi] 26. Tous les jours j'y pense et tous les jours mon chagrin augmente. Tous les jours je sens davantage tout ce que j'ai perdu. Depuis 4 ans je suis bien malheureux. ...Il (Mercy) parla beaucoup de son attachement pour l'infortunée Reine et de sa douleur sur son sort, mais toujours fondé sur son respect pour la mémoire de Marie-Therese, car il a toujours affecté de n'être attaché a la Reine qu'a cause de sa mère, tandis qu il auroit du l'être par touttes les boutées et la confiance que cette trop malheureuse princesse lui avoit témoignée.

« I)[imanché\ 27. Asses beau, un peu de pluye, doux. Je dinai chez La Marck avec Tabbé de Montesquieu ... Nous causâmes longuement avec l'abbe de Montesquiou sur tous les événements et ils furent obligés de convenir avec moi que depuis le 6 Oct : 1789 tout ce qui etoit arrivé etoit inévitable avec une nation comme la francoise, légère, indiscrette, inmiuable, remplie de vanitée et de prétentions et dans une position de choses et de personnes ou les amis faisoient autant de mal que les ennemis. Il me dit des horreurs sur Staël, sur sa conduite et son ingratitude, qu'il etoit méchant dans le fond de l'ame, qu'il faisoit la cour a une Me Duquesnoy, ou il etoit sans cesse avec tous les Jacobins même avec Semonville et qu'il leur disoit sans cesse : Prenes garde a vous, on vous trompe aux Thuillerîes, je le sais, prenes y garde.

« M[ardi] 29. Staël m'avoit écrit une lettre en m'envoyant une brochure de sa femme intitulée : « Sur le procès de la Reine par une femme ». Il y a d 'asses bonnes choses et qui seroient encore meilleures si on ne connoissoit l'auteur. On y retrouve ces phrases étudiées et entortillées. Elle y affecte une grande sensibilité, mais l'esprit constitutionel perce partout, et elle cherche à défendre la Reine en la faisant Jacobin.

« Mei{credi] 30. Je reçus une lettre de 2 Ponts. Elle donne bien de regrets pour la Reine. »

Surmontant sa douleur, Fersen avait informé dès le premier jour par des lettres privées ou oificielles, ses amis, lises maîtres en Suède de la mort de la reine.

Voici la teneur de sa lettre au jeune roi de Suède :

Bruxelles 20 octobre 1793.

« Je remplis un triste devoir en annonçant a votre Majesté la mort de la Reine de France elle a etee mise a mort le 15 par suite de l'acte d'accusation que le B : on de Taube aura l'honneur de communiquer a Votre Majesté. Une chose me console dans ce pénible recul c'est la certitude que l'ame grande et sensible de Votre Majesté partagera vivement la douleur d'un tel sort et les regrets que celte grande et infortunée princesse laisse a tous ceux qui comme Vo^re Majesté savent aimer la vertu et le courage. J'aurai l'honneur de communiquer a Votre Majesté les détails que je pourrai recueillir sur les derniers

LA CATASTROPHE

moments de la Reine et sur la situation du jeune et malheureux. Roi » 1.

Au Régent de Suède, le Duc Charles, il écrit :

Bruxelles le 20 octobre 1793.

« Monseigneur,

« C'est avec la douleur la plus vive que j'ai l'honneur d'annon cer à V. A. R. la fm tragique de la Reine de France. Cette prin-^ cesse aussi grande qu'infortunée a ete assassinée juridiquement le 15 — en conséquence de l'interrogatoire si joint et après avoir fait servir par un rafmement de barbarie le fils d'instrument au supplice de sa mère en lui faisant déposer tout ce qu'on a voulu^

« Les détails de la mort de la Reine ne nous sont pas encore connus quoiqu'il puisse m'en coutef Yaurai l'honneur de les faire passer à V. A. R. dès qu'ils le seront. L'ame de V. A. R. est trop grande trop noble et trop généreuse pour ne pas désirer de connaître les derniers moments d'une Reine que les malheurs et son courage feront vivre a jamais dans la postérité » ^.

Il adressa une lettre déchirante à Sophie :

« Je n'ai que la faculté de vous dire que tout est fini pour moi Taube vous dira touts les détails. Soyes tranquile mon cœur est cruellement déchiré mais depuis 4 ans j'ai appris a souffrir ainsi soyes tranquile j'y résisterai l'espoir et le besoin de la vengerance me soutient je perd tout mes regrets seront éternels, mais je vivrai pour vous pour mes amis ils me resteront adieu aimés et plaignes votre trop malheureux jusqu'à la mort il ne cessera de vous chérir tendrement ., ^.

Voici la réponse que Gustave Adolphe, alors âgé de 14 ans, lui écrivit de sa propre main. Elle se trouve à Stafsund :

Stockholm le 15 nov. 1793.

« C'est avec Tetonnement le plus grand que j'ai reçu la triste nouvelle de la mort de la malheureuse Reine de

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