Inédit
LA CATASTROPHE
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21 juin a présent ce seroit une lâcheté de ne pas savoir souf» frir. >
Dans cette même lettre, Axel rappelle au souvenir de sa sœur Sophie M^^® Bertin « c'est une si bonne personne sî attachée a la trop malheureuse Reine, elle ne cesse de la pleurer et sa douleur est bien \raie » et la prie d'essayer de « la faire payer ».
Et quelques jours plus tard, la veille de Noël, il écrit :
Ce 24 [déc. 1793].
« Dans ce moment je n'ai que la faculté de sentir ma douleur et mes regrets et non celle de fournir aucun désir et cela est
bien vrai Je ne vous parle pas ma chère amie de l'état de
mon ame il est toujours le même : penser a eFe et 'a regretter voila toutes mes occupations, rechercher tout ce que je puis trouver d*Elle et conserver ce que j'en ai, voilà tous mes soins et tous mes plaisirs, en parler c'est ma seule consolation et j'en joui:s quelques fois mais jamais autant que je voudrois, sa perte est pour moi le chagrin de toutte ma vie et mes regrets ne me quitteront qu'avec elle, jamais je n'ai autant senti tout le prix de ce que je possédais et jamais je ne l'ai autant aimée ma santé n'a rien souffert et elle se soutient telle qu'elle est c. a. d. bonne, mais affoiblie et dérangée de tout ce que j'éprouve depuis trois ans.
« ... Je ne vous parle pas, ma chère Sophie, de mes projets je n'en ai aucun et je suis incapable d'en former. Cet enfant m'intéresse encore, son sort augmente encore ma peine et cette infortunée fille que deviendra-t-elle, quelles horreurs quelles humiliations ne lui fera-t-on pas subir, le cœur se déchire en y pensant. Mon Dieu ne mettes vous donc jamais un terme a tant de souffrances et ne punirés vous pas bientôt tant de forfaits. Adieu, je finis ma chère Sophie car je ne fais qu'augmenter votre douleur par la mienne adieu aimés toujours et plaignes votre malheureux frère > K
La nouvelle année le trouve toujours dans le même état de prostration. Ce n'est pas à celle qui vient que vont ses pensées, mais à l'année qui vient de s'écouler et qui lui
E^l. Publié avec des modifications par M. de Heidenstam.
semble être le point culminant de ses malheurs et ses épreuves.
Il écrit à Taube :
Ce 1«' janvier 94.
« Je ne vous souhaitte pas la bonne année, il n'y en a plus de bonnes pour nous après tout ce que nous avons perdus et d'aileurs mes vœux pour votre bonheur et ma tendre amitié sont de tous les instants et sont inséparables de mon existence. Adieu donc Dieu vous conserve mon ami et vous rende plus heureux que je ne le suis. Adieu » \
Et à Sophie :
« ... Soyés tranquille, ma chère amie, sur ma santé, elle est mieux que je ne pouvois l'espérer, j'etois depuis si longtems accoutumé aux douleurs et aux émotions de tout genre, que rien ne me frappe plus et que mes sensations quoique fortes et longues ne sont pas dangereuses. Si je puis réussir a avoir quelque chose soyés sure que je le partagerai avec vous, ce sera ttn bonheur pour moi, car je sais qu'elle en auroit ete bien aise... Aimés toujours un frère auquel il ne reste plus de bonheur et qui ne peut trouver de consolation que dans votre amitié » ^ ^