Écrite après la more du feld-maréchal herseu
Août
« V[endredi] 15. Diné chez l'électeur i. L'archiduchesse Christine y etoit elle est terriblement viellie, maigrie et jaunie du visage et épaisse de corps, elle me parla peu et eut l'air affectée en me parlant.
« D[imanche] 31. Nous eûmes la nouvelle de la mort du Cte de Mercy. Il avoit eu a Hellesvoetsluis un de ces rhumes ordinaires, il s'etoit embarqué malade etoit arrivé le 16 a Londres malade, n'avoit jamais pu sortir de sa chambre et étoit mort ie 24 du[ne] maladie de nerfs inflamatoire. Cette nouvelle inattendue me fit une peine sensibles Sans être lie avec lui ce qui etoit difficile par le froid et le personel de son caractère j'aimois a le voire, j'avois eu des rapports avec lui et il me les rapelloit. Ils me seront toujours chers de même que la personne qui en etoit l'objet. Mais independemment de mon sentiment particulier cette mort est une perte incalculable pour les affaires.
Septembre.
« V[endredi] 12. Je fus le soir a Godesberg, j'y trouvai l'archiduchesse, elle y demeure, elle etoit soucieuse. J'aime a la regarder, elle me rappelle, quoique en mal, la malheureuse Reine de Fr[ance].
« L[undi] 22. Piomene le matin avec El. et sa fille, bien triste de la quitter. Je n'avois cœur à rien, il me sembloit en me séparant d'une societée ou j'avois vécu depuis trois ans tous les jours, perdre de nouveau tout et que tout fmissoit en m'eloignant des personnes que j'avois toujours vues dans mes malheurs.
« J[eudi] 25. Je m'occupois a faire le matin des dispositions des affaires que j'ai laissées entre les mains d'El. Je lui laissai tous mes couverts d'argent et toutte la vaiselle, qui etoit a Londres et que j'avois achetée de l'Eveq de Pamiers. Je passai aussi un acte par devant notaire par lequel je reconnoissois avoir reçu d'Elle 400.000 L : s a 6 pr cent de* rente viagère^ pour laquelle j'hipotequois tous mes biens. Je voulois qu'en cas de mort elle eut un souvenir de moi, et qu'elle eut un revenu indépendant. »
1. Fersen a pris cette note à Bonne, après la fuite de Bruxelles.
iM
Octobre.
« L[undi] 13. Je passai ma journée tristement chés moi a réfléchir sur le passe, le présent et Tavenir. Le passe avoit ete charmant mais tout paroit fini et mes beaux jours le sont sans doute. Le présent est triste et Dieu sait ce que sera l'avenir. Cetoil la le résultat de mes reflections, si j'obtiens ce qui m'est du a Vienne, je serai fort bien et je pourrai encore être heureux dans une vie tranquilc avec El :, si non je serai moins heureux, car je serai moins aise, mais il me semble toujours que sans El : je ne puis l'être. 11 me faut une societée, je ne puis rester seul, la sienne me convient et il faut d'ailleurs que je sois soigné i.
« Jleudi] 16 2. Tems obscur, s'eclaircit a midi, vent foible et changeant à tout moment de S : a l'E : N : E. Nous n'avions fait que 14 meil nous en avions 38 a iaire. Il n'v avoit aucun mouvement ou très peu et je ne fus pas malade mais bien contrarié de penser que je serois peut être plusieurs jours a faire un trajet qu'on fait ordinairement en 24 a 36 heures. A 5 h du soir le vent fraichit de l'E :. Ce jour etoit un jour mémorable et terrible pour moi, c'est celui ou j'ai perdu la personne, qui m'aimoit le plus au monde et qui m'aimoit véritablement. Je pleurerai sa perte toutte ma vie, et je sens que tout mon sentiment pr El : ne peut me faire oublier tout ce que j'ai perdu. »
« Les Suédois, qui voyagent ne doivent pas rester trop longtemps hors de chez eux. C'est un malheur pour eux », écrivait Fersen dans son Journal le 5 décembre 1794, après un séjour de six semaines dans sa patrie. Ces lignes expriment les sentiments contradictoires, joie et déception, qui l'animaient lorsqu'il rentrait à la petite cour de Stockholm, laissant loin derrière lui le vaste monde. Un esprit nouveau était né au lendemain de la mort de Gustave III dont la politique antirevolutionraire avait été abandonnée et la mémoire déjà oubliée. Fersen subit l'afîront de voir la Suède reconnaître la République en France par Staël,