Le 16 octobre, l'anniversaire de la mort de la Reine
écrivant a notre ami et je le suis encore, je me rappelle encore plus vivement tout ce que j'ai perdu le 16 de ce mois, et ces regrets ne m'abandonneront jamais. Le passé m'afïlige, Le présent ne me console pas beaucoup, et l'avenir ne semble pas me promettre le bonheur et la tranquillitee intérieure que je desirois, tant. Peut être aussi l'empreinte de tristesse que des souvenirs chers et douloureux me causent, me fait-elle voir tout en noir. Dans tous les cas notre amitié me restera et fera ma seule consolation. »
Lettre à Sophie.
Frankfurt 22 novembre 1796.
< Votre lettre, ma Sophie, est bonne et tendre pour moi,
mais cela ne m'étonne pas, vous i'avés toujours ete, oui j'ai eu bien de chagrin le 16 et touttes mes chagrins et mes douleurs et mes regrets se sont renouvellées, elles ont ete encore augmentées, s'il se peut, par le manque de consolation et de pouvoir librement en parler à cause de la gène continuelle que nous éprouvons, et comme tout ce qui est triste, se présente toujours a la fois, quand l'esprit y est une fois disposé, toute mon incertitude sur l'avenir et tout ce qu'il m'offre de peu agréable s'est offert a mes idées et ne les a pas embellies. El : me rassure toujours, mais malgré cela j'ai de la peine à l'être... »
Le Journal Intime.
Février 1797.
« J\eudi] 9. Un bulletin de Hambourg dit que la majeure partie des diamants de la couronne ont été volés par des gens qui avoient l'intention de les rendre a la famille Royale, qu'après leur mort ils se sont tous disperses afin de pouvoir sortir plus facilement de France et les porter a Louis XVIII et qu'il en a déjà pour 18 millions ; la totalité etoit évalue à 36. Un des diamants, le Dragon, ajant ete mis en gage par le porteur à Hamb. faute d'argent. L'agent de France Adet en eut vent et demanda que l'homme fut arrêté comme voleur. Il en fut averti et instruisit 2 gardes du Corps sur la manière de retirer ce diamant, qui a ete porte au Roi. L'homme a ensuite ete relâche. Le ministre de l'emp a porte plainte de ce que M Adet sans être reconnu agissoit comme ministre. »
LE SOUVENIR
Lettre à Sophie.
Frankfurt 14 février [1797.]
« .... Je suis toujours occupé de l'affaire de mes pauvres vieilles Stegelman et de la faire finir a leur avantage, cela me fait donner au Diable et j'ai déjà écrit des volumes sur tout cela, en attendant je vais commencer a solliciter la remise de 1,000 ducats cette année comme l'année dernière ce qui ne fait même l'intérêt de leur argent. Je ne pense pas de sangfroid à la barbarie et à l'indignité de ne pas les payer. »
Lettre à Sophie.
21 février [1797.]
«... Je ne crains que ce que ma position exigera de moi, et de ne pouvoir toujours allier, avec cette position, mon sentiment. Et cependant, si ce dernier n'est satisfait je ne puis être heureux quelque brillant que fut mon sort d'ailleurs ; j'ai trop vécu dans le monde, j'ai trop vu et éprouvé des choses et des chagrins pour ne pas avoir senti que les jouissances du cœur sont les principales, et qu'elles sont les seules qui nous restent et que sans elles il n'est pas de vrai bonheur. Mon ambition est éteinte ou du moins extrêmement modérée, un caprice, une disgrâce pour m'oter des places, l'âge ou les infirmités peut me les faire quitter. Qui me consolera alors, qui aura soin de moi, si un sentiment mutuel ne remplace et ne tient lieu de tout. Voilà les tristes reflections, que je fais, malgré cela je saurai faire ce qu il faudra ma chère amie, même des sacrifices, mais je sens combien ils seront pénibles. »
Lettre à Sophie. 21 mars 1797.
« Vous aurez sans doute cru, comme moi, ma chère Sophie, que j'etois oubliée a Paris. Eh, bien, nous nous sommes trompés, car mon nom est dans toutes les feuilles de Paris comme étant chargé de suivre ici les interest et affaires contre la republique et de travailler de concert avec les Anglois, on parle de courriers que je reçois et que j 'envoyé etc. etc. je suis charmé qu'on me croit constant dans mes principes, mais j'aimerois mieux qu'on ne parlât pas de moi. »
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LE SOUVENIR
Le Journal Intime. Mars.
< L[undi] 6. J'écrivis encore a Madame, à M™« de Chanclos au baron Thugut pr mes : s Stegelman et Korfî et pour Goguelat. >
Le Journal Intime.
Mai.
n M[ardi] 23. Une lettre de Taube qui me mande qu'il doit partir a la fin du mois pour l'Allemagne chargé d'une commission du Roi qu'il ne peut pas encore me dire que tout le monde doit l'ignorer et qu'il faut qu'il prenne pour prétexte qu'il a une commission pour moi.
« Il m'est impossible d'imaginer de quoi Taube est chargé si ce n'est de choisir une femme pour le Roi, de voir quelque princesse et d'en rendre compte. L'idée m'est même venue que le Roi avoit peut être des vues sur Madame a Vienne, car je n'imagine pas qu'il veuille jouer un rôle dans la politique du moment ; cela est impossible, du moins directement. »
Lettre à Sophie.
[Juin 1797.]
€ ... Mon cœur etoit déjà emu par le souvenir de ce même jour il y a 6 ans, ou j'étois au comble du bonheur et où touttes mes sensations etoient satisfaittes, helas ce songe ne fut pas long et depuis je n'ai pas ete heureux. »
Le Journal Intime.
Juin.
« M[ardi] 20. ... Je ne cessai de penser que c'etoit Tanniversaire d'un jour bien mémorable pour moi et où j'étais bien heureux par ma position et mes espérances. Quels changements depuis et qui auroit pu prévoir dans 6 années tant de bouleversements. »
Le Journal Intime.
Octobre.
« L[undi] 2. Voici l'article sur moi qui etoit au mois de Sept, dans une gazette angloise \ Des lettres de Stockholm disent les papiers de Paris annoncent un fait très important. Le Cte de Fersen qui favorisa si loyalement le voyage de Louis XVI a Varennes £t obtint lui même des passeports a ete nommé par S : M : Suédoise députe au congres de paix pour VEmpire, Ce ministre plenipot:re qui n'est pas un partisan très décide des republiques est defa a Franckfurt (and obtained passports himself — who is not a very decided partisan of Republics). Je ne fus pas fâché de cet
article.
« V[endredi] 6. A pareil jour il y a 8 ans je n'etois pas si tranquille, jamais je ne l'oublierai.
a L[undi] 3. C'etoit une triste anniversaire et je fus très affecte de mes souvenirs et de mes regrets. Tout ce que cette infortunée Reine a du souffrir ne pouvoit me sortir de l'idée. »
Le Journal Intime.
Novembre.
« J[eudi] 30. Le Raron d'Edelsheim avoit ete voir la veille Ruonaparte, qui lui parla encore de moi, et lui a dit, qu'il etoit impossible et que ce seroit manquer au directoire que de traiter que j'avois servi en France et que j'y avois ete a la tête du parti le plus violent contre la révolution. Le Raron à qui j'en avois parlé hier repondit, qu'il savoit effectivement que j'avois ete au service mais qu'il croyoit avoir entendu que j'avois ete reformé et quitté le service en 89 ou 90. Ruonaparte lui dit qu'il ne savoit pas tout, que j'avois couché avec la Reine. Edelsheim repondit en riant qu'il avoit cru que les époques de l'histoire ancienne etoient oubliées. Ruonaparte répéta ce qu'il avoit déjà dit ajoutant que j'avois toujours agi contre la république et qu'on ne pouvoit traiter avec moi...»
1. L'article a comme toutes les appendices été détaché du Journal Intime.
iitiinj.
LE SOUVENIR
Lettre à Taube.
13 décembre 1797.
« . . J'ai été si loin, mon ami, de montrer de l'humeur aux républicains, que vous verrez par mes dépêches que j'ai cru devoir leur faire la première visite, et que j'ai décidé d'exemple les autres ministres, mais les francois sont extrêmement fiers et froids envers nous autres Suedois aucun excepté Bonnier et son secrétaire ne m'a rendu ma visite, ni à Bildt et hier Treilhard étoit venu dans la loge de M. Metternich qui est a coté de la mienne, j'ai fait ce que j'ai pu pour engager la conversation avec lui, mais cela a ete impossible, il est vrai qu'il avoit l'air d'être extrêmement embarrassé, malgré cela j'ai cru dans l'ignorance ou j'etois des relations du Roi avec la Republique devoir leur montrer de la prévenance, et je continuerai de même quoiqu'il puisse m'en coûter et en me mettant au dessus des petits désagréments particuliers puisque le malheur veut qu'on soit forcé de traiter avec ces gens la, il faut bien en prendre son parti et leur passer bien des choses, d'ailleurs la nécessité n'a pas de loix — je me suis trompé sur le sens du discours de M. Buon[aparte| il n'était relative qu'a l'envoi d'un ministre a Paris dans le cas ou le Roi s'y decideroit, il faut être bien républicain pour avoir pu imaginer que je puisse jamais être employé dans ce foyer de tous les crimes. »
Le Journal Intime.
Janvier 1798.
« S[amedi] 6... Les gazettes angloises The Times du 18, 19 et 20 parloient de moi et de Buonaparte, tout y etoit inexact il y avoit cependant du \rai dans ma conversation avec lui, mais on parloit de moi et de l'infortunée Reine, ce qui me choqua. »
Mars,
« S[amedi] 24. Le Cte Coblenz reçut le présent de la republique pr la paix de Campio Formio, c'etoit une montre et une chaîne en diamants, qui pouvoit valoir 30 a 25000 fl., il y a un solitaire dans la chaîne, qui est très beau, mais le tout est monté sans goût, et je ne sais mais je me trouvercis toujours embarrassé d'avoir un présent d'eux ; il me sembleroit toujours porter les dépouilles de quelqu'un. »
Axel Fersen resta à Carlsruhe près d'une année. C'est de nouveau une période morte. Ses pensées tournaient toujours autour du Congrès de Rastatt, et il rencontrait fréquemment les différents ministres qui y participaient, de temps en temps il y allait lui même. Il fit aussi quelques voyages à Francfort pour voir madame Sullivan, mais seulement pour constater sa coquetterie avec d'autres hommes. Les sentiments de Fersen pour elle se refroidissaient de plus en plus. Lorsqu'il quitta Carlsruhe pour aller à Carlsbad, accompagnant Sophie et Taube, qui s'y rendaient pour soigner la santé de celui-ci, la rupture définitive, due à un hasard, se produisit : le vieux Simolin qui était dans toutes les confidences, avait commis l'erreur, en envoyant les lettres de madame Sullivan, d'expédier à Craufurd une lettre destinée à Fersen. Mais cette rupture ne fit que confirmer un état de fait déjà existant.
La dernière étape dans les pérégrinations de Fersen, fut ce séjour à Carlsbad où il passa quelques semaines heureuses avec Taube et Sophie. Ici un deuil cruel frappa Axel et sa sœur : la mort de Taube, le 15 août 1799.
Le frère et la sœur pour qui tous les liens sacrés, volontairement noués, étaient maintenant brisés, se sentaient encore plus unis dans la douleur. Après les funérailles de Taube, ils quittèrent Carlsbad le 19 août 1799 et s'apprêtaient à rentrer en Suède, où commencerait enfin la carrière glorieuse de Fersen.
Les notes sur Ma rie- Antoinette que Fersen fait pendant ces années et celles qui suivent, sont très rares. Il avait l'occasion de parler de ses souvenirs avec Sophie, dont il ne fut guère séparé, ce qui explique en partie ses peu de confidences au Journal.
Le Journal Intime.
Avril 1798.
'( J\eudi] 5. Toutte la famille du Marg : fit ses dévotions. Je dinai a la fcour a 1 h. il n'y eut pas a souper. Je fus a 10 h : a l'église.
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LE SOUVENIR
C'etoit a la chapelle de la cour, elle me rapella en entrant celle de Versailles et j*eprouvai un sentiment de souvenirs et de regrets douloureux. Elle est plus petitte, mais c'est la même forme et même arrangement de tribune vitrée, et des bas cotés, on y entre de même. J*etois placé de même dans une travée et du même coté. 1 out cela m'affecta beaucoup. »
Juin.
€ M\ardi] 19. Je ne fis toutte la journée que me rappeller ce i?ieme jour il y avoit 7 ans, c'etoit la veille du départ, a touttes les heures je pensois a ce que j'avois fais alors. Heureusement j'avois retrouvé des nottes sur cela. Or quelle différence de position, j'etois l'ami et le confident de 3 souverains, a la tête d'une grande entreprise, elle a manquée et ces trois princes ne sont plus.
€ M[ercredi] 20, Je ne fis que penser touttela journée a pareil jour il y avoit 7 ans. C'etoit celui du départ et j'avois heureusement retrouvé des notes sur tout le mois de Juin. »
Octobre.
« V[endredi] 5. Je me rapellai bien vivement de ce jour il y avoit 9 ans et de toutes nos angoisses a Versailles, que n'est on parti et on auroit tout sauvé.
«M[ardi] 16. Ce jour est un jour de dévotion pour moi et je ne puis jamais oublier tout ce que j'ai perdu ; mes regrets dureront autant que moi.»
Juin 1799.
« J[eudi] 20. Je ne cessai de penser a cette journée il y a 9 ans et combien j'etois occupé pour leur départ. J'en esperois un meilleur succès. )>
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« S[amedi] 1er. C'etoit le jour de naissance du Roi. Je fus a 9 h : du mat : a Drottningholm et revins a 5 h : pour Topera,
on donnoit Oedipe L'opéra me fit plaisir, la musique quoique
mal rendue ainsi que la pièce etoit toujours et me procuroit de tristes souvenirs.»