Inédit. D'après une copie de la main de Fersen
LE FAVORI DE VERSAILLES 57
d'y goûter non seulement la compagnie de ses deux amis, mais aussi les ragoûts fins que préparait la comtesse! Il passait aussi d'agréables soirées avec Julie, la femme de chambre de la maison.
Déjà au début de son séjour à Paris Fersen fit de nouvelles connaissances dont quelques unes joueraient un certain rôle dans sa vie. Parmi celles-là était la comtesse Fitz-James, dame d'honneur et amie de Marie-Antoinette 'dont il avait fait la connaissance le 24 août au cours d'une promenade au Palais Royal avec son ami suédois, le comte Curt de Stedingk, alors qu'elle se trouvait en compagnie du comte Creutz et de M^e de Brunoy. Le 25 août il fut présenté à M^^ Stegleman qui treize ans plus tard lui prêterait une partie de l'argent qui servit à la fuite de Varennes. Il rencontrait aussi la fille de Miûe stegleman, M^^ de Korff, veuve d'un ministre de Russie. Sa riche maison devint un lieu de rendez-vous de la société suédoise à Paris et Fersen en particulier y trouvait un point d'attache. On y allait quand on voulait et restait à souper sans être invité. Pour Fersen M^e stegleman était « une femme charmante, la bonté même », tandis que M^^ de Korfî, une femme de quarante ans, plutôt laide que belle, n'avait pas la douceur de sa mère, « car elle est remplie de prétentions et d'une humeur très bizarre ». Il fut aussi présenté à la comtesse de Boufllers. une dame qui l'intéressait beaucoup parce qu'elle avait la réputation d'être particulièrement en faveur auprès du Roi de Suède.
Dans la même journée du 25 août, il fut présenté de nouveau à la cour de Versailles. On n'en trouve aucune trace dans son Journal Intime, mais il le mentionne par contre dans une lettre à son père, datée du 26 août, tant de fois citée :
«... c'est mardi passé, lors que je fus à Versailles pour être présenté à la famille Royale. La Reine qui est charmante, dit, en me voyant : Ah, c'est une ancienne connaissance / — Le reste de la famille ne me dit pas le mot. »
L^exclamatîon par laquelle Marie Antoinette montra
Si,
qu'elle avait reconnu le gentilhomme suédois, avait cer-i^ tainement beaucoup flatté Fersen puisqu'il l'avait souli-» gnée dans la lettre à son père.
Fersen fut aussitôt introduit dans le cercle de Marie- Antoinette et était un des convives habituels à sa table de jeu. Il n'était pas encore assez intime avec Sophie pour en parler, mais il écrit dans une lettre à son père, le 8 septembre :
« La Reine, qui est la plus jolie et la plus aimable princesse que je connoissç, a eu la bonté de s'informer souvent de moi ; elle a demandé à Creutz pourquoi je ne venois pas à son jeu les dimanches, et ayant appris que j'y étois venu un jour, qu'il n'en avoit pas, elle m'en a fait une espèce d'excuse. Sa grossesse avance et elle est très- visible » ^.
La Reine s'intéressait déjà au jeune Suédois.
Un des preipiers soins de Fersen après son retour en France, une fois finies les présentations et les visites de courtoisie fut de prendre contact avec l'arniée française. Dans ce but, il se rendit en compagnie de son ajBÎ Stedingk, colonel suédois, à l'armée du Nord.
« Je songeai », écrit-il dans son Journal, tt. d'aller en Normandie voir le camp qu'il y avoit sous les ordres du maréchal de Broglie. Je proposai à Steding d'être du voyage. Il y consentit et il fut résolu, que nous partirions le 10. Nous fimes fair nos uniformes d'après le nouveau costume. M : me de Bouflers marqua beaucoup de curiosité de les voir, et nous allâmes chés elle, ainsi habillés, une couple de jours avant notre départ. Elle trouva l'habit très leste, mais seulement mon uniforme seul joli ».
Ce voyage dura plus de deux semaines. Fersen et Stedingk semblent y avoir pris grand plaisir. Ils arrivèrent le 11 septembre à Bayeux et repartiront le 12 pour le