‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 26 sur 182 · PuLUé par Klinckowstrom · texte numérisé non relu

PuLUé par Klinckowstrom

LE FAVORI DE VERSAILLES 59

camp. Voici la vivante description que Fersen a donnée de leur arrivée, dans son journal.

« Nous descendîmes chés le maréchal, au quartier gênerai II faisoit un temps affreux, une pluie horrible, et un froid très vif Nous étions fort embarrassés Tun et ^autre de nous présenter amsi, sans être connus, dans un habillement aussi extraordinaire, et notre embarras augmenta considérablement en voyant la quantité de monde qu'il y avpit et qui alloient tous nous examiner. Le premier moment, quand nous entrâmes dans la chambre ou étaient tous les aides de camp et les officiers, fut horrible, cl j aurais voulu, pour beaucoup d'argent, n'y pas être; cependant Il falloit prendre son parti. Nous trouvâmes tout de suite un dea aides de camp de Mr. de Bois-Rouvraye, qui nous accosta, nous lui dîmes que nous étions Suédois, et que nous avions des lettres à remettre au maréchal. Un moment après les portes s'ouvrirent et les officiers entrèrent pour l'ordre. On nous fit entrer aussi, et je trouvai un petit homme fort bien mis, qui avoit l'air fort éveillé. Je lui présentai mes lettres. Apres les avoir lues, il n^e fit les plus jolis comp du monde sur mon Père, en me disant que mon nom était très connu en France. Le prince de Beauveau et plusieurs autres dirent la même chose. On parja beaucoup de mon Père, je reçus beaucoup de compl. sur son compte, par nombre de personnes, qui vinrent me dire qu'elles avaient servi avec lui et me demandèrent de ses nouvelles.

J'étais fort content de ma réception. Le maréchal nous lit tout de suite donner un logement, et nous devions y faire porter nos effets. Le lendemain il nous présenta a sa femme, a sa fille, à sa sœur, etc., etc. Nous y dinames , il nous fit tout plein de politesses, on nous combla d'amitiés, et nous fit promettre qu^ nous entrerions dans notre nouveau logement le lendemain.

Le voyage se poursuivit dans d'aussi heureuses conditions. Que le temps fût bon ou mauvais, Fersen n'en paraît pas moins satisfait. Tous les gens qu'il rencontrait étaient aimables pour lui et son ami. Ils occupaient la même chambre que deux jeunes Français, le comte et le marquis de Roquefeuille que Fersen considérait comme de bons camarades. Le maréchal ne les reçut pas moins aimablement, prêtait ses chevaux aux jeunes Suédois et, pour employer l'expression de Fersen. « nous garda toujours

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à côté de lui, quoi qu'il renvoyât tous les autres ». Fersen trouvait les troupes « fort belles et bien exercées » ; la brigade Allemand-Bavière dans laquelle il devait lui-même servir, et la brigade La Marck étaient, selon lui, les premières « tant par la beauté des hommes que par la précision et l'attention dans l'exercise. » L'après-midi, entre les manœuvres, on dansait pour chasser l'ennui. Les dames dont les maris servaient au camp accouraient des environs. Voici M°^es de la Châtre, de Simiane, de Navarès, la marquise de Coigny, M^^ de Villequiers. « Madame Décajol et ses trois charmantes filles étaient le principal ornement du bal », dit Fersen. Quelquefois les deux Suédois étaient invités à dîner chez le Prince de Beau veau et la Princesse, « une des femmes qui a le plus d'éloquence, d'esprit et de savoir », plaisait beaucoup à Fersen. « Enfin », résume-t-il, « tout le monde nous fesoit des politesses, on nous regardoit comme françois, et j'aurois volontiers passé un couple de mois de cette façon, mais le camp devoit finir le 30 septembre et nous avions résolu de nous en aller le 25 » ^

Mais des faveurs plus personnelles que celle d'être regardé comme Français lui étaient réservées. Dès son retour à Paris, Marie-Antoinette semblait chercher toutes les occasions pour lui montrer l'intérêt qu'elle lui portait. Il est vrai, qu'il n'allait pas souvent à Versailles, mais chaque visite apportait une nouvelle preuve de la faveur de la Reine à son égard. Il écrit à son père le l^r octobre 1778 :

« Tout le monde me reçoit si bien ici et on me parle tant de vous, mon cher Père, qu'il me semble que c'est une seconde patrie, ceux mêmes qui ne vous ont pas connu, se font honneur de parler de vous et disent du moins qu'ils vous ont vus, il n'y a pas jusqu'à la Reine qui ne me fasse politesse et qui ne m'ait parlé de vous. » ^

Et le 19 novembre :

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