Inédit
LE FAVORI DE VERSAILLES
LÎ
« La Reine me traite toujours avec bonté. Je vas souvent lui fair ma cour au jeu, elle me parle toujours. Elle avoit entendu parler de mon uniforme ^ et elle me témoigna beaucoup d'envie de le voir au lever ; je dois y aller mardi ainsi habillé non pas au lever mais chés la Reine ^. C'est la princesse la plus aimable que je connoisse. »
C'est le premier témoignage public de l'intérêt que la Reine lui portait. Un jeune Suédois, plus tard le célèbre archevêque Lindblom, qui ne connaissait pas personnellement Fersen, rapporta le fait dans une lettre qu'il écrivit de Versailles le 24 décembre 1778 à un ami en Suède : « L'habit suédois... jugé au point de vue du bon goût n'est en aucune façon inférieur à l'habit français. Le Français qui croit posséder un goût raffiné, le reconnaît volontiers et tout Versailles ne parle que d'un comte Fersen qui est venu à la cour portant l'habit national suédois que la Reine, d'après ce qu'on m'a dit, a examiné très soigneusement » ^.
On s'amusa follement cet hiver à Paris.
« Mon séjour ici devient de jour en jour plus agréable », écrit Fersen à son père le 15 décembre 1778. « Je fais a tout moment de nouvelles connaissances, au point de ne pouvoir sans me gêner, les cultiver toutes... Toutes les personnes que j'avoient connues a mon premier voyage paroissent me revoir avec plaisir... Enfin c'est un lieu charmant, ou il ne me manque, pour être parfaitement content, que la satisfaction de vous y voir mon Père * ».
Cette dernière phrase ne constituait qu'une formule de politesse, car rien certainement n'eût été moins désirable pour Fersen en ce moment que la présence à Paris de son père ou d'un membre quelconque de sa famille.
Les jeux, les réceptions et les fêtes avaient été inter-