Publié par Klinckowstrôm avec une légère modifleation
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rompus pour quelque temps lorsque Marie-Antoittettê, le 19 décembre, mit au monde son premier enfant. C'était une fille. Après les quelques semaines qu'exigea le rétablissement dé la Reine, les plaisirs reprirent de plus belle.
Pendant ces six mois heureux et insouciants, Fersen n'a rien écrit dans son Journal Craignait-il de parler de cette vie brillante dont il était un des personnages principaux, cette existence fastueuse qui ne lui semblait souvent être qu'un rêve, ou plus simplement le temps nécessaire pouf prendre les notes fit-il défaut ? Il faut croire que cette dernière hypothèse soit la vraie, puisque les pages blanches attestent de son intention de les utiliser plus tard. On n'a retrouvé aucune trace des brouillons qu'il préparait d'habitude et dont il se servait ensuite pour écrire son Journal Les lettres qu'il adressait à sa famille ne fournissent pas non plus de renseignements bien détaillés sur cette période, comme nous l'àvoiis vu par ce qui précède.
Ces six mois englobent pourtant la première période importante des relations amoureuses de Fersen et Marie- Antoinette.
Elle avait alors 22 ans — le même âge que Perseh — et était toujours l'objet de l'intérêt de toute l'Eufdpe. Les étrangers accouraient pour lui faire leur cour, princes et courtisans lui mendiaient sa faveur. Tous faisaient son éloge : « Elle était, ainsi que l'étoile du matin, brillante de santé, de bonheur, de gloire », écrit Burke. Horace Walpole, qui est venu à Paris pour les noces de Madame Clothilde avec le prince de Piémont, a donné d'elle ce portrait :
« On ne pouvait avoir d'yeux que pour la Reine. Lés Hébés et les Flores, les Héléhes et les Grâces ne sont que des coureuses de rue à côté d'elle. Quand elle est debout ou assise c'est la statue de la beauté ; quand elle se meut, c'est la grâce en personne. Elle avait une robe d'argent semée de laurier-rose, peu de diamants et de grandes plumes. On dit qu'elle ne danse pas en mesure, mais alors c'est la mesure qui a tort ».
Peut-être n'était-elle point aussi belle que l'avait faite
LE FAVORI DE VERSAILLES
la légende, mais elle avait au plus haut point une auréole de charme dont le pouvoir était infaillible. Nous citons ici une description d'après les Souvenirs du baron de Tilly dont le témoignage a d'autant plus de valeur qu'il n'était pas un admirateur de Marie- Antoinette.
« J'ai beaucoup entendu parler de la beauté de cette princesse, et j'avoue, que je n'ai jamais absolument partagé cette opinion : mais elle avait ce qui vaut mieux sut le trône que la beauté parfaite : la figure d'une- reine de France, mêtne dans les instants où elle cherchait le plus à ne paraître qu'une jolie femme.
« Elle avait des yeux, qui n'étaient pas beaux, mais qui prenaient tous les caractères : la bienveillance ou l'aversion se peignait dans ce regard plus singulièrement que je ne l'ai rencontré ailleurs : je ne suis pas bien sûr, que son nez fût celui de son visage. Sa bouche était décidément désagréable : cette lèvre épaisse, avancée et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à sa physionomie un signe noble et distinctif, elle n'eût pu servit qu'à peindre la colère et l'indignation, et ce n'est pas là l'expression habituelle de la beauté ; sa peau était admirable, ses épaules et son cou l'étaient aussi ; la poitrine paraissait un peu trop pleine, et la taille eût pu être plus élégante, je n'ai plus revu d'aussi beaux bras et d'aussi belles mains. Elle avait deux espèces de démarche : l'une ferme, un peu pressée, et toujours noble ; l'autre pllis molle et plus balancée, je dirais presque caressante, mais n'inspirant pourtant pas l'oubli du respect. On n'a jamais fait la révérahce avec autant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois, et donnant de la tête et du regard, à chacun^ ce qui lui revenait. En un mot, si je ne me trompe, comme on offre une chaise aux autres femmes, on aurait presque toujours voulu lui approcher Son trône. »
Il poursuit :
«Quant aux traits distinctifs de son caractère. ..j'en citerai seulement deux... : je veux parler dé son dégoût pour les formes environnantes de la royauté, plus nécessaires en France qu'en aucun lieu que je connaisse, et de
son incurable prévention (quoique en général elle fut d'un naturel incertain et hésitant) pour ou contre ceux qui étaient signalés à ses bontés ou à sa haine, ou qu'elle même y avait souvent désignés sans réflexion » i.
Lord Holland a tracé d'elle un portrait qui figure dans ses Souvenirs :
« Je ne crois pas, même dans ses meilleurs jours, qu'elle ait une physionomie agréable. Une peau blanche, une taille très droite et un air imposant, que ses admirateurs appelaient dignité, et ses ennemis orgueil et dédain, voilà selon moi en quoi consistait la beauté de la reine. Un caractère irritable et peu de jugement contribuèrent sans doute aux désastres... » 2.
La Marck, qui la connaissait bien, a formulé sur elle ce jugement :
^ « Marie-Antoinette n'avait pas une très grande étendue d'esprit; mscis elle saisissait et comprenait rapidement les choses dont on lui parlait. La gaité de son caractère lui inspirait pour la plaisanterie un certain penchant qui quelquefois allait jusqu'à la moquerie; c'était un tort dans une personne placée comme elle ; car les gens qui l'entouraient, lui connaissant cette faiblesse, cherchaient à la divertir aux dépens des autres ; et comme il régnait alors en France, dans la bonne compagnie un ton léger accompagné de beaucoup de grâce et finesse, on ne manquait guère d'amuser la reine et de lui plaire en flattant son goût pour la moquerie ^, »
D'une gaité franche et raifleuse, riant des plaisanteries ou moqueries des autres, personnelle jusqu'à la partialité naturelle et pas du tout cérémonieuse quand tel était son bon plaisir — n'était-elle point faite pour être le point de mire d'une Cour avide de plaisirs ? A cette époque elle Ignorait encore les soucis. Ses relations ou absence de relations conjugales avec Louis XVI n'alimentaient