Inédit
LE FAVORI DE VERSAILLES
et que son père et Gustave III y étaient hostiles. Cette lettre d'octobre 1779 témoigne aussi de l'intérêt et de l'amitié que le Roi de Suède avait pour Fersen :
« ... J'ai fait une course depuis que je vous ai vu, mon cher comte, et je vous ai bien regretté dans ce voyage, étant depuis plusieurs années accoutumé à vous avoir pour compagnon dans mes pèlerinages. J'ai ete voir l'armée danoise
« Je ne sais si je vous dois dire, que je suis bien aise du refus que le R. de Prusse vient de me donner de recevoir des volontaires, si cela vous prive de l'occasion de vous signaler, cela épargnera à moi et à M. votre Père bien des moments d'inquiétude.... ^ ^)
Depuis 1776 la France était en guerre avec l'Angleterre. Il s'était créé, en 1779, un mouvement pour venir en aide aux États de l'Amérique du Nord dans leur tentative de se libérer de la tutelle britannique. Ce mouvement fut accueilli avec beaucoup d'enthousiasme par la noblesse française dont de nombreux représentants se groupèrent sous les drapeaux américains. Des amis de Fersen, les deux frères Stedingk y prirent également part. L'intervention française eut une importance encore plus grande du jour où la France décida d'envoyer un corps expéditionnaire en Angleterre et une expédition de secours en Amérique.
Dès le début, Axel Fersen avait eu le désir de faire partie d'une de ces expéditions, comme un autre Suédois, le baron Evert Taube, qui y prit effectivement part. On a prétendu qu'il cherchait ainsi à fuir la médisance et on a même réussi à faire accepter cette hypothèse comme la seule vraisemblable. Ses raisons avait sûrement un caractère moins romanesque. Si d'un côté, il estimait sage de fuir le danger et de donner à Marie- Antoinette un moyen de l'oublier, il était, d'un autre côté, heureux de saisir cette occasion d'apprendre le métier qui était le sien, celui des armes. Son désir de prendre part à une des nombreuses guerres européennes de l'époque était d'autant