Publié par M. de Heidenstam
encore lorsqu'il rencontra Fersen en Amérique, mais qu'il connut lors de son retour en Europe, et qu'il se vengea en évitant soigneusement de mentionner le nom de son heureux rival dans ses Mémoires ?
Nous n'avons pas voulu faire un récit détaillé du séjour de Fersen en Amérique, mais les lettres suivantes sont assez caractéristiques de son état d'esprit à cette époque pour valoir d'être citées.
Porto Cabello mars 1783.
«... j'en désir d'en recevoir des vôtres c'est la seule consolation que nous ayons dans ce vilain pays. Nous y périssons d'ennui, nous maigrissons, nous desechons, nous vieillissons, nous jaunissons de chaleur et d'ennui. Dans ce vilain païs il n'y a aucune ressource ; on ne peut y satisfaire aucun de ses cinq sens. On n'y voit que du noir — pas un trait de blanc nulle part. L'homme n'est pas fait pour y vivre, tout au plus les tigres, les ours et les caïmans. On nous dis que Caracas, qui est de 36 lieus d'ici, est une belle ville, qu'il y a de la société, de jolies femmes, qui n'ont de noir que les yeux. Je compte y aller voir dans quelques jours.
« Si la guerre dure je suis décidé de ne pas quitter, si elle finit, il le faudra bien, mais je compte même en quittant rester toujours attaché au service de France, peut être même pourroisje y rester comme col. propriétaire d'un Regt, c'est à dire avoir un Regt en propriété, cela n'exige pas ma présence et est très agréable, ne parlés de ce que je vous dis là à personne...^ »
De Cap, Fersen adressa le 26 avril 1783 la lettre suivante à Gustave III, où il exprimait le désir de voir la guerre bientôt finie et de rentrer en Europe :
« Ce n'est qu'a mon arrivée au Cap Sire que j'ai appris les nouvelles grâces dont Votre Majesté a bien voulue m'honorer, en m'accordant le Brevet de Colonel, et la survivance d'une compagnie de ses gardes, je dois ces grâces aux bontés dont Votre Majesté n'a cessé de me combler, rccevés en Sire mes très humbles remercimens, et les assurances de mon respectueux attache-
1. Publié par M. de Heidenstam, qui a complètement modifié le texte du dernier alinéa.
LE FAVORI DE VERSAILLES
ment, et du zèle infatiguable que j'ai voué au service de Votre Majesté, tous les instants de ma vie lui seront consacrés, heureux si je puis jamais trouver des occasions de reconnoître autant de bienfaits, et si mes peines, mes soins, et mes études, peuvent un jour être de quelque utilité à mon Roi, et à ma Patrie. Ajoutés Sire a tant de bontés, celle de me permettre de différer mon retour en Suéde jusqu'au printems prochain, cela me donneroit le tems d'arranger mes affaires, et de ne pas perdre en France le fruit de trois années de guerre.
« Depuis longtems j'ai la perspective d'avoir un Régiment en proprie tée. Permettes Sire de l'accepter au cas que je puisse l'obtenir, comme on me l'a fait espérer cette place n'exige pas ma présence, elle ne me privera pas du plaisir de remplir mes devoirs auprès de Votre Majesté et de consacrer a son service le reste de ma vie — elle est simplement honorifique, mon Père a eu un Régiment de son nom en propriété, je serois bien aise de jouir du même avantage, cette possession fera d'ailleurs une augmentation dans ma fortune ; J'espère que Votre Majesté approuvera mon projet, et qu'elle voudra bien y donner son consentement.
« Notre campagne aux Isles n'a rien qui puisse mériter l'attention de Votre Majesté elle n'a ete que fatiguante et ennuyeuse, et nous avons tous reçu la nouvelle de la paix avec le plus grand plaisir.
« Nous sommes ici depuis treize jours, et la lenteur et l'inactivité de notre marine, qui n'est jamais prette pourroit bien nous y retenir encore une huitaine, on dit cependant que nous partons le 30, et que nous aurons 40 jours de traversé, mais IMonsieur de Vaudreuil qui n'est pas plus heureux qu'habile pourroit bien en mettre 50 ou 60, je désire bien que nous ne soyons pas long-
tems
Nous voyons donc par ces lettres qu'Axel Fersen s'était décidé à prendre du service en France. Cette idée n'était pas nouvelle et il l'avait déjà formulée à la fin dé 1778 ou au début de 1779, selon la note suivante qui se trouve à la dernière page de son Journal Intime de 1778.
« Le Comte de C. : me dit qu'il valoit mieux lorsque j'entrerai au service de France de fair pendant un an ou deux le service