Inédit
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Rome ce 24 janvier 1784.
«... Vous voyez, mon cher Père, par la date de celle-ci, que nous sommes encore à Rome. Nous devions être à Naples le 8 ou le 10 de ce mois, mais jusqu'à présent nous sommes presque toujours restés dans chaque endroit un mois de plus que nous n'avions compté. C'étoit de même à Florence et ce sera toujours de même partout. Nous ^ avons un principe de désordre et d'irrésolution qui est rare ; nous changeons vingt fois d'idées par jour^ et elles sont toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Je suis au désespoir d' [en] être; je l'ai toujours été dès l'instant que j'en ai été informé ; premièrement cela me privoit du plaisir de vous voir, et c'eût été une bien grande consolation pour mon cœur ; cela dérangeoit tous mes projets, et cela m'a obligé d'être tous les jours témoin de nouvelles folies, de nouvelles extravagances, et de nouveaux ridicules. Nous n'avons autres choses à faire, le baron Taube et moi, que de tâcher de les empêcher et de les réparer ; mais cela ne se peut pas toujours, et il est très désagréable de s'y être trouvé. Il est bien extraordinaire, qu'avec autants de talens, de connoissances et d'esprit, on ^ puisse avoir autant de travers. J'en suis très fâché, car je lui suis, et je dois lui être attaché toute ma vie ; il a tout fait pour moi et on ne peut le connoître sans lui être attaché et sans gémir sur ses faibloisses ». ^
Au cours de ce voyage, Fersen fit la connaissance de deux frères et de deux sœurs de Marie-Antoinette : le grand-duc de Toscane, l'Empereur Joseph II, qui voya^ geait sous le nom du comte de Falkenstein, Marie-Caroline de Naples, et Marie-Amélie de Parmes. De la Reine de Naples, Fersen dit :
« La Reine a de l'esprit ; elle est aimable et prévenante comme toute la maison d'Autriche et comme euH elle aime a gouverner et gouverne ; elle parle peut-être un peu trop. » Tous les membres de la maison d'Autriche trouvèrent d'ailleurs grâce devant les yeux de Fersen, qui appréciait beaucoup leurs manières simples et charmantes. Après avoir été présenté à Joseph II, il écrit le 24 janvier :