‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 69 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

Le 18 octobre il retourna à Paris et ainsi prit définitivement fin son séjour à Maubeuge. Son régiment fut transféré à Valenciennes, mesure dont il se déclara « bien aise ».

Fersen ne pouvait se décider à quitter Paris. De grands événements s'étaient déroulés pendant l'année 1787. La première Assemblée de Notables s'était réunie. Galonné, chef des conservateurs, avait été congédié et remplacé par l'archevêque de Sens, Brienne. Ce changement signifiait que le pouvoir était passé des mains des pnnces aux celles de la Reine — Brienne était son homme. Cela signifiait aussi que les relations entre la Reine et le cercle Polignac n'étaient plus aussi cordiales, puisqu'un de leure plus brillants représentants, Galonné, avait été renvoyé.

Fersen a écrit à la fin de l'année 1787 une lettre très intéressante à Gustave III où U expliquait la répercussion de ces événements et que la Reine avait en mains les affaires gouvernementales :

Paris ce 27 décembre 1787.

« M • me de Polignac se soutient toujours elle est toujours aussi bien qu'elle étoit, mais depuis le départ de M. Galonné les individus de sa société ne sont plus rien et n'ont aucun crédit. La Reine est assez généralement détestée, on lui attribue tout le mal qm se fait et on ne lui sait pas gré du bien. * , .

« Le choix de M. Necker seroit fort bon et l'Archevêque se seroit fait beaucoup d'honneur s'il l'avoit appelle quand il a été fait ministre principal. On a une grande idée, et avec raison, de l'honnêteté et des talens de cet homme... Le Roi est toujours foiblc et méfiant, il n'a de confiance qu'en la Reine aussi il paroit que c'est elle qui fait tout, les ministres y vont beaucoup et l'informent de touttes les affaires, on a beaucoup dit dans le oublie que le Roi commençoit à boire que la Reine entretenoit cette passion et profitoit de son état pour lui faire signer tout ce Qu'elle vouloit. rien n'est plus faux il n'a pas le penchant pour la boisson et dans la supposition qu'on fait ce seroit un vice trop dangereux pour les suittes qu'il pourroit avmr. car «ne autre pounoit surprendre au Roi une signature aussi bien que la Reine.

« Depuis que l'anglomame * s'est glissée dans tous les esprits, Versailles a été plus désert qu'a l'ordinaire, pour y ramener du monde on dit, qu'il va y avoir des soupers trois fois par semaine chés .a Reine, on doit s'assembler à 9 h. jusqu'à 11 h. Je crois que cela n'est pas encore décidé, il y a jeu les samedis et dimanches » ^.

Cette lettre est intéressante non seulement par ce que dit Ferseu sur la part que Marie-Antoinette prenait aux affaires gouvernementales, mais aussi par ce qu'il dit sur Mme (Je Polignac dont l'influence diminuait. L'amitié de Marie-Antoinette pour elle n'était pas moins grande, mais plus l'étourderic du cercle Polignac augmentait, moins Marie-Antoinette se trouvait à l'aise avec ses anciens amis. L'entourage de la Reine subit en effet pendant les années 1787 et 1788 un certain changement dont parle La Marck. Nous citons ici son témoignage :

«M. et M : me Polignac ne se montrèrent jamais soigneux de réunir chez eux les personnes qu'il aurait le mieux convenu à la reine d'y rencontrer : elle en était souvent peinée. Le comte de Mercy, qui connoissait ces particularités de l'intérieur Polignac, s'y montrait rarement et seulement ce qu'il fallait pour ne pas faire trop remarquer son éloignement. Le comte de Fersen, certainement inspiré par la reine, se refusa toujours de se montrer dans cette intimité quoiqu'on lui eût fait toutes les avances pour l'y attirer. Enfin, quatre ans avant la Révolution les choses en étaient venues au point que la reine, avant de sortir de chez elle, pour aller chez madame Polignac, envoyait toujours s'informer par un de ses valets de chambre des noms des personnes qui s'y trouvaient, et s'abstenait souvent, d'après la réponse. Elle avait une aversion prononcée pour M. Galonné ; elle avait fini aussi par en concevoir pour M. de Vaudreuil, dont le caractère impérieux et exigeant lui avait extrêmement déplu.

« Elle commençait de plus en plus à aller chez la comtesse d'Ossun, nièce de Choiseul sœur du duc de Grammont,

1. On désignait par ce mot les idées nouvelles, représentées alors par ropposition parlementaire.

Page 1