Comte de Saint-Priest : Mémoires
blait autour de lui ses fidèles. Fersen fut à ce moment nommé capitaine-lieutenant aux gardes du corps du Roi de Suède. Gustave III tenait donc à avoir Fersen dans son entourage, en cas de guerre. L'espoir de le voir bientôt à la maison était une grande joie pour son vieux père qui voyait avec une inquiétude croissante les relations amoureuses de son fils et les dépenses énormes que lui occasionnait son séjour en France. « Axel que je désire de fixer dans sa patrie », écrit le père dans une lettre à Fabian. A Tinquiétude déjà grande qui rongeait son cœur de père, s'ajoutait encore un autre sentiment d'essence moins égoïste : la crainte des troubles qui éclataient aussi bien à l'intérieur de la France que sur la frontière où séjournait Axel. Aussitôt qu'il fut question de la guerre, le sénateur Fersen estima que l'heure était venue de demander à son fils de tenir la promesse, qu'il lui avait faite lors de son départ, de rester deux ans en Suède. Fersen avait en effet promis à son père, au moment où il obtint son régiment français de rester un an sur trois en France et deux ans en Suède. Mais par le livre de correspondance d'Axel Fersen, on voit qu'il n'avait pas le moins du monde l'intention de tenir sa promesse. Il ne savait même pas s'il allait prendre part à la guerre de Finlande. Ces quelques notes extraites de son livre de correspondance nous édifient assez sur ses hésitations :
1788 janv, 30 Bolemanny : Que je ne peux pas me décider a
passer 2 ans en Suéde comme mon Père me propose, fevr. 27 : Sophie. Rep. a celle du 14 que je reviens au mois de may
et par en oct : que je prie mon frère de me louer des chevaux
et me chercher un laquai.
« Bolemanny. Que je reviens au mois de may ». mars. 2 Sophie. Que je ne reviens peut être pas le dire a Taube
et a ma sœur Hedda.
mars. 24 Boye. Demandé un post yacht à Stralsund le
24 avril \
Son devoir le rappela cependant dans sa patrie. D'après 1. Inédit.
une lettre à Sophie, il partit pour Valenciennes le 15 avril et de là directement pour Stockholm par Stralsund.
Les deux fils du feld-maréchal Fersen prirent part à la guerre contre la Russie. Axel suivit Gustave III déjà lors de la traversée, en juin 1788, Il écrit d'Helsingfors, le 3 juillet, à sa sœur qui craignait pour sa vie :
«... Ah, combien je serois plus heureux, si je pouvois être avec vous, je serois si tranquille et pour moi et pour les autres, mais leur inquiétude augmente ma peine, je souffre non pas tant pour moi que pour eux, mais n'ayés pas peur je les aime trop et je vous aime trop pour n'avoir pas bien soin de moi, les revoir et vous ma tendre amie, voila tout mon bonheur, voila le véritable, le reste ne sont que des chimères... »^
« Eux » désigne naturellement Louis XVI et Marie- Antoinette. « Le reste ne sont que des chimères ! » C'est bien Fersen ! Il ne se souciait jamais de chimères. Il n'avait pas un tempérament romanesque. Il ne s'enivrait jamais
de rêveries.
En pleine guerre, loin de Paris, ses pensées tournaient sans cesse autour de la France. On le verra par quelques lettres qu'il écrivait alors aux siens.
« Je n'ai pas encore reçu de Staël le paquet qu'il devoit m'envoyei, cela me surprend et m'impatiente. J'aurois tant de plaisir a le recevoir dans ce moment », écrit-il le 4 juillet » ^.
Dans une lettre de Lovisa, non datée, il répondit à une question de Sophie concernant le rôle qu'il avait joué à Paris. Une marquise de Duras qui venait d'arriver à Stockholm avec son mari Tavait entretenu Sophie du train de vie de son frère Axel en France :