D'une lettre envoyée par Lafayette qui était à Paris
la tête ; la garde nationale se rassemble, elle n'a qu'un seul cri : aller à Versailles !
— Et quand, dit la Reine, pâlissant malgré sa haute énergie.
— Tout à l'heure, Madame, sans répit.
A ce mot employé par M. de Fersen, mais à sens inverse, Sa Majesté me regardait avec l'expression du désespoir.
« Les grilles étaient fermées depuis longtemps. Après avoir entendu le comte de Fersen, la reine avait expédié un émissaire au roi, pour le prévenir de ce qui se passait. »
Dans la lettre que Fersen adressa le 9 octobre à son père et où il relatait ces événements, il ne dit pas qu'il avait pris part à la marche sur l'Hôtel de Ville. Il n'est pas sûr que la version de M^^e d'Adhémar soit conforme à la vérité, mais ce qui est par contre certain, c'est que cette version a donné naissance aux récits postérieurs selon lesquels Fersen aurait participé aux événements de l'Hôtel de Ville le 5 octobre 1789 ou bien à la prise des Tuileries en 1792, — à une époque où il se trouvait depuis longtemps fort loin de Paris.
Il accompagna les souverains dans leur voyage de retour à Paris le 6 octobre. « J'ai été témoin de tout », écrit-il dans la même lettre à son père « et je suis revenu à Paris dans une des voitures de la suite du Roi ; nous avons été 6 h. 1/2 en chemin. Dieu me préserve », ajoute-t-il, « de jamais voir un spectable aussi affligeant que celui de ces deux journées. Le peuple paraît enchanté de voir le roi et sa famille. La reine est fort applaudie, et elle ne peut manquer de l'être quand on la connaîtra, et qu'on rendra justice à son désir du bien et à la bonté de son cœur. »
Au lendemain de ces événements, Fersen abandonna sa maison à Versailles, vendit ses chevaux et revint à Paris. Sauf un bref séjour de sept jours à Valenciennes, il ne quitte plus Paris.
L'avenir de son régiment était fort incertain. « On parie beaucoup de reformes partout et encore dans l'armée »,
L'AMI DE LA REINE
— avait-il écrit le 14 septembre à Taube. « On croit que les Rgts étrangers seront renvoyés au moins en partie j'en serois fâché pour le mien auquel je suis attaché » ^.
Il était d'ailleurs fermement résolu à demeurer à Paris, malgré l'inquiétude qu'il causait ainsi à ses parents. Marie- Antoinette avait plus que jamais besoin de lui. Les amis de la Reine avaient tous quitté le pays. Les PoHgnac n'étaient plus là, Mercy et Breteuil étaient partis ; Fersen considérait comme son devoir de rester près d'elle.
Les lettres qu'il envoyait à Taube en novembre de l'année 1789 reflètent son désespoir de voir la situation politique empirer de jour en jour. Il ne dissimulait plus son angoisse derrière un masque d'aimable froideur. Le 20 novembre, il écrit à cet ami :
« Vous avez bien raison, mon ami, dans tout ce que vous me dites sur ce païs-ci, la nation françoise se deshonore aux yeux de toute TEurope et cela me fait d'autant plus de peine que je suis fort attaché à ce païs-ci et je ne puis voir sans une vive douleur sa ruine totale. Les étrangers seront fort réduits, s'ils ne sont pas tout à fait reformés, et tous les gens sensés voyent et disent que c'est une bien mauvaise politique mais leur voix n'est pas la plus forte, et tout se fait malgré cela. Bien obligé des inquiétudes que vous avez eu pour moi, je n'ai courru que le risque de tout le monde, je vis si retiré et me mêle si peu d'affaires que je dois être oublié.
« ... La conunission dont j'avois chargé notre pauvre amie^ était toujours pour la même affaire, pauvre femme je la plains bien et vous aussi. Ah, ou est donc le bonheur, lorsque des gens aussi faits pour en jouir ne peuvent le goûter» ^.
Et le 27 novembre :
« Les papiers publics vous diront assés touttes les nouvelles elles sont toujours de même, assés tristes, tout le monde est malheureux, et tout le monde se plaint, je suis bien malheureux aussi et je n'ai de consolation que par la certitude d'avoir des amis, il n'y a encore rien de décidé pour les Rgts allemands on