Sophie
bientôt dehors, mon Dieu qu'elle me rendroit heureux et que j'en aurai de partager le votre.
«... Il y a un an, mon ami, que nous étions à Lovisa, nous étions malheureux, mais heureux d'être ensemble et il y a encore des moments ou je voudrois y être avec vous... » ^.
Le 29 décembre, Fersen partit pour Valenciennes où il resta une huitaine de jours et de là il se rendit à Aixla-Chapelle où il arriva le 5 janvier 1790. Le lendemain, il reçut de Gustave III une lettre avec l'ordre d'entrer en pourparlers avec la famille royale de France pour conférer sur les mesures à prendre. Cette lettre le flatta et le réjouit comme on le voit par sa réponse du 7 janvier :
« Rien ne pouvait me flatter davantage que les expressions et l'assurance de bonté qu'elle contient ; elles me seront toujours précieuses et j'en ai été vivement touché. Je n'ai pas été moins sensible à la marque de confiance dont V. M. a bien voulu m'honorer, et mon cœur a joui de voir qu'elle me rendait la justice de m'en croire digne. J'ose l'assurer, qu'elle ne s'est point trompée, et je saisirai toujours avec empressement les occasions de le lui prouver ».
« Pour remplir les intentions de V. M., je crois qu'il vaudra mieux ne pas trop avancer l'instant de mon retour à Paris ; cela pourrait donner lieu à des conjectures, surtout dans un temps où toutes les actions, même les plus simples, sont épiées et interprétées. Le baron de Taube a été de mon avis, ce ne sera d'ailleurs qu'un retard de dix jours et je serai le 17 ou 18 à Paris. »
La rencontre entre lui et Taube, au cours de laquelle la conversation roulait surtout sur les affaires françaises — ou comme les appellerait plus tard Gustave III, dans sa correspondance avec ses deux fidèles, « les affaires » tout court — jeta les bases d'une profonde sympathie qui devait durer jusqu'à la mort de Taube, en 1799. Taube trouva en Axel Fersen un royaliste convaincu et s'il eût jamais douté des intentions d'Axel à l'égard de l'ancienne monarchie, il était maintenant convaincu du contraire.