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Inédit

L'AMI DE LA REINE 145

Mais se disait-il, tant va la cruche à l'eau qu'à la fm elle casse et l'Assemblée finirait bien par s'écrouler sur ses propres erreurs. « Il faut qu'elle finisse de tout bouleverser », écrit-il à Gustave III en septembre 1790, « il faut même la protéger ; elle périra par elle-même, et lorsque le peuple sentira encore plus la misère et tous les maux que l'Assemblée a faits, c'est alors le moment d'agir. »

^ Que voulait dire cet « agir » ? Quelle était la politique d'action préconisée par Fersen en sa qualité de conseiller de la famille royale de France ?

En jugeant rétrospectivement la tactique politique employée, il n'y a, à vrai dire, qu'une seule chose qui soit clairement établie : il voulait que Louis XVI et Marie- Antoinette quittassent Paris. Pour lui c'était là le point de départ, la base de toute la politique contre-révolutionnaire sans quoi rien d'utile ne pourrait être fait, l'idée centrale autour de laquelle pivotaient dès le début toutes ses pensées et tous ses plans.

L'idée de la fuite était pour Fersen aussi vieille que la Révolution. Déjà, le 7 janvier 1790, cette question fut agitée dans une lettre de Fersen à Gustave III :

« Les détails, dans lesquelles V. M. a bien voulu entrer sur les affaires de Suède et de France sont une nouvelle preuve de ses bontés, à laquelle je suis extrêmement sensible ; celles de France sont affligeantes, et V. M. les a saisies sur leur véritable point de vue. Je crois comme Elle M. Necker très coupable, et il n'y .^ qu'une guerre extérieure ou intérieure qui puisse rétablir ,Ja France et l'autorité royale, mais comment faire tant que le Roi est prisonnier à Paris ? C'était une fausse démarche de s'yf^tre laissé mener ; maintenant il faut tâcher d'en sortir, et }a déd,aration donnée au mois d'octobre qu'il était libre et que, poi^r Je prouver, il irait au printemps visiter les provinces, cette dèctàr ration est un bon prétexte pour en sortir... » ^^' t^^yiiK

L'idée de partir pour donner une solution ëiti^ 1^^ problème complexe avait dès les journées tt(4t^fe'^''(ié juillet 1789 séduit Louis XVI et Marie-An'tbiiietté^-i-'^ët obsédait peut-être plus Marie-Antoinette que Louis XVI qui reculait toujours devant les efforts eFW,^!|.^|ii^^bj^^

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Marie-Antoinette contrairement au Roi approuva l'émîgration dès le début. Lorsque, avec sa génériosité coutumière, elle préparait ou facilitait la fuite de ses amis, ce n'était pas seulement l'amitié qui en était le mobile, mais aussi la constante préoccupation du sort de sa propre famille : elle attendait impatiemment de pouvoir suivre l'exemple des émigrés.

Les témoignages contemporains et postérieurs s'accordent pour affirmer qu'il n'était nullement question de quitter la France. La famille royale se transporterait seulement dans une petite ville près de la frontière, où elle serait en sûreté. Pour plus de sécurité on entourerait la famille royale de régiments étrangers dont la fidélité était à toute épreuve. Car on avait même prévu l'éventualité d'une guerre civile. Mais à aucun moment on n'avait pris en considération la possibilité d'une trahison venant du peuple. Son amour pour le Roi et la Monarchie était au contraire la pierre angulaire de tous les projets de fuite.

Fersen avait-il été en relations avec d'autres personnes qui avaient essayé de sauver la famille royale ? Il nous a lui-même fourni une indication précieuse, sur ses relations avec le malheureux comte de Favras dans une lettre à Taube du 15 mars 1790.

« Le comte m'a parlé de tous ces projets, mais je l'ai toujours évité et lui ai dit que ce serait de la folie. Informez-en notre homme » ^.

On ne sait si Fersen prenait personnellement part aux négociations entre la Reine et Mirabeau, mais c'est d'autaiit riipins probable que Fersen ne devait pas connaître Mirabeau. Il avait sans doute étudié les détails de la fuite avec Marie-Antoinette tout-à-fait en dehors des négociation^ qu'elle menait avec Mirabeau et il est certain qu'il ^ avait jpAS, du tout la même confiance en ce tribun populaire quç I,ouis XVI et Marie-Antoinette. Il approuvait

i. t Notre homme » désigne Gustave III. Inédit. L'original est en suédois.

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par contre ces négociations et estimait que l'appui de Mirabeau était très utile pour la famille royale, ce qu'il n'aurait jamais fait s'il eût été question de « l'Américain » comme il appelait souvent Lafayette. « La grande affaire touchant le droit pour le roi de faire la guerre et la paix fut décidée samedi dernier », écrit-il le 24 mai à Taube, « le roi perdit quoique le comte uaebarim i parla pour' lui, mais les autres avaient employé tant d'intrigues et de déloyauté pour gagner. C'est la nation la plus vile que j'ai jamais connue. Je serais heureux le jour où l'on introduira pour eux le despotisme illimité. » « Lui, uaebarim », écrit-il à Taube le 9 juin, « est complètement gagné par la Cour, et cela sans que al atteyaf 2 le sache ou y consente. Je crois qu'il pourra leur être très utile et il a des idées assez despotiques, mais c'est un grand coquin et il faudra le surveiller et se méfier de lui. Il a besoin de beaucoup d'argent pour le distribuer, ils sont très malheureux, car ils ne savent à peine où le trouver » ^,

Que Fersen jouissait de l'entière confiance de la famille royale dès le début de l'année 1791 nous est amplement prouvé par le fait que le Roi et la Reine élaboraient et discutaient avec lui tous les plans et tous les projets, ce qui ressort des lettres de Fersen à différentes personnes,' les réponses qu'il reçut et du mémorandum qu'il rédigea pour le compte de la famille royale.

Dans une lettre qu'il écrit à son père le 1er février 1790, nous trouvons un curieux indice de cette confiance :

« M. de Saint-Priest joint à l'esprit du caractère et de la fermeté, et si l'occasion s'en présentait, c'est le seul sur lequel le Roi puisse s'appuyer. Je suis fort bien avec lui, sa maison est la mienne, il me comble de bontés, de politesses et de confiances. Je sais par lui ce qui se passe, et souvent même il me consulte. Malgré tout cela, je ne lui dis que ce que je veux, et je suis prudent ; la réserve est plus que jamais nécessaire ».

1. Mirabeau. Fersen écrivait les noms en anagrammes en guise de chiffre.

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