‹ Fervaal: action musicale en trois actes et un prologueChapitre 30 sur 33 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ARFAGARD.

Fervaal I es-tu vivant ?

ou serait-ce ton âme errante qui paraît ici devant moi? •

FERVAAL, sans faire un mouvement j le regard vague, parle à la nuit.

Terrible nuit ! Nuit de deuil et d'horreur !

enfin tu vas terminer ma misère...

// tourne la tête vers Arfagard.)

Oui, mon <;orps est vivant, mais mon esprit flotte comme en un rêve...

Je ne suis plus déjà... et je ne puis mourir I

(// remet son épée dans le nœud du baudrier^ puis descend vioement à droite jusqu^aux côtés d* Arfagard. )

iW combattu jusqu'à Fheure suprême où j'ai vu tous les miens tomber autour de

et la Mort, tant de fois appelée, [moi...

la Mort ne m'a pas répondu !

Alors, désespéré, tout seul, je me ruai au travers des bai'bares,

offrant ma poitrine à leurs coups,

mais... en vain !

La Mort semblait émaner de mon être, je la donnais sans pouvoir la subir...

Et maintenant... je reste seul debout sur les ruines de ma patrie !

— Mais te voilà, toi, prêtre : sois béni !

viens célébrer l'insigne sacrifice.

Lève 'ton bras, mon père, et frappe fort ; la vengeance d'Esus sur moi soit ass.ouvie :

la nouvelle Vie Va naître de la Mort.

ARFAGARD, attendri^ se rapproche de Feroaal et lui prend la main.

Ah ! Fervaal, mon cher fils...

dernier espoir de ma vieillesse, je te retrouve enfin digne de tes aïeux !

{R l'entoure de ses bras, comme un enfant.)

Naguère, j'ai pris soin de tes jeunes années et mon cœur t'aima tendrement ; c'est moi qui t'enseignai les grandes lois du monde, les arcanes sacrés et la

[crainte des Dieux ; malgré ton crime, malgré ton parjure, je t'aime encore, ô cher enfant, je te pardonne et j'accepte ta vie en un suprême et tendre embrassement.

FERVAAL incline la tête sur la poitrine d'Arfagard, qui l'embrasse au front ; puis, se dégageant de Vétreinte du druide, il s* agenouille, résolu, en posture de victime.

Puissant Esus, accepte la victime !

Esus n'est plus...

Yésus approche, lantique cycle est à jamais fermé.

Mais, puisque TÂmour envahit le monde, puisque le Feu a chassé la Nuée, rouge Bélen, à toi je veux sacrifier...

trouveras-tu la victime assez haute ? sera-t-elle digne à tes yeux, si j'immole, ô Bélen, en sublime holocauste, le dernier rejeton de mes dieux ?

(Arfagard tire de la gaine d'argent son large couteau de sacrificateur, puis, inclinant de la main gauche la tète de Fervaal, il élève hiératiquement le couteau vers le ciel.

A ce moment, on entend à gauche un appel désespéré.)

GuiLHEN, de loin.

Fervaal t à moi, Fervaal I

FERVAAL saisi, se relève à demi et arrête le bras d^ Arfagard.

Arrête I... cette voix... n'entends-tu pas ?

ARFAGARD.

J'entends au loin la bise qui se lève :

L'heure est propice, à genoux !

[La lune éclaire pleinement la scène.)

GUILHEN, plus près.

A moi, Fervaal I à moi, mon bîen-aimé I

FERVAAL recule, repoussant Arfagard, et regarde, anxieux, du côté

d'oàpart la voix.

Puissances du ciel I c'est elle ! c'est bien elle I L'Amour me reste encore !

Fils des Nuées, plus rien n'est pour toi sur terre... Victime dédiée^ tu appartiens aux dieux I

Tes dieux I je ne lès connais plus !

Un pouvoir plus grand s étend sur le monde, un pouvoir plus haut m'impose sa loi :

L'Amour, Tardent Amour possède mon être ; Arfagard, laisse-moi passer !

ARFAGARD, terrible, se dresse de toute sa hauteur entre Fervaal et le côté gauche, d'où vient la voix de Guilhen ; il marche vers le Jeune homme le couteau levé,

Béleu réclame le sacrifice, il te commande de mourir.

Mourir?... Ha t ha !... je ne veux plus mourir. Et je renie tes dieux, et je ne vois plus qu'elle !

Elle!

. Laisse-moi donc passer !...

{Fervaalf éperdu, fou, abat Arfagard d'un revers de glaive, et y passant sur son corps, s'élance vers la gauche au moment oii paraît Guilhen.J

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