T.E PATRE
Oh ! Voyageur, dans tes vallons fidèles îe ne veux pas montrer ce front pâli.
N'ous allons paître au champ des asphodèles, Nou!> allons boire aux fleuves de l'oubli 1
3)6 di;kinères chansons
Musique
U.uand le vieil Amphion, la cithare à la main, Bâtissait les remparts de la ville thébaine; Quand le bon Josué, soufflant à perdre haleine, Ébranlait Jéricho de sa trompe d'airain ;
Ccrte ils avaient tous deux le rythme souverain, Bien qu'un effet contraire ait couronné leur peine; Et tous deux ont touché, poète et capitaine, A des buts différents, par le même chemin.
Amphion! Josué! musiciens antiques!
Le temps n'a pas brisé vos instruments magiques,
Prévoyant qu'après vous d'autres s'en serviraient;
Mais, hélas ! dans nos jours aux Muses difficiles. Pour un ou deux chanteurs qui bâtiraient des villes. Comme on en peut nommer qui les renverseraient!
Europe
Qpand, sur le grand taureau, tu fendais les flots bleus, Vierge phénicienne, Europe toujours belle, La nier, soumise au dieu, baisait ton pied rebelle. Le veut n'osait qu'à peine effleurer tes cheveux !
Un amant plus farouclie, un monstre au cou ners'eux Temporte maintenant dans sa course éternelle; La rafale en fureur te meurtrit de son aile; La vague à ton flanc pur colle ses plis baveux.
Tes compagnes, de loin, pleurant sur le rivage Et jetant leur prière à l'océan sauvage, Dans la paix du Passe veulent te retenir;
Mais tu suis, À travers l'immensité sans bornes. Pile, et les bras crispés a l'airain de ses cornes, G: taureau mugissant qu'on nomme l'Avenir...
33S DERNIÈRnS CHANSONS
La Source
Ils diront, mesurant la profondeur de l'onde
Et l'horixon bleuâtre où la vague se perd :
« Quel est ce fleuve étrange, épandu sur le monde,
Pur comme le cristal et grand comme la mer?
« Sans doute, il vient des monts avec un bruit immense; Il tombe des sommets où l'aigle fiiit son nid ; Ou du fond des déserts il s'allonge en silence. Comme un serpent d'azur sur le sable jauni ! »
Ni des monts escarpés ! ni du désert aride 1 Passez votre chemin, voyageurs curieux; La source du grand fleuve est cette perle humide Que j'ai bue au départ, en baisant ses beaux yeux 1
DERNIÈRES CHAKSONS 3 J9
Baiser de Muse
Je l'ai garJc, ce bon baiser de Muse I Comme une perle il rayonne à mon front; Ht désormais, qu'on me flatte ou m'accuse, Sans l'effacer les soucis passeront.
Je l'ai gardé, ce baiser de poète, Comme un bon vin qui réchauffe au départ, Q.uand sur le seuil, au chant de l'alouette, Le cheval brun hennit dans le brouillard!
Je l'ai gardé dans mon âme sereine Comme un espoir et comme un souvenir... Alain Chartier eut un baiser de reine.
Mais de plus haut un baiser peut venir 1
Je l'ai pardé, comme ces amulettes Qpi font le cœur plus solide; — et pourtant. Bien qu'il soit sot de sonijer i ses dettes. Que je voudrais vous le rendre au comptant !
A ma belle Lectrice
Oh ! votre voix sonnait brève, lente ou pressée, Suivant les passions et les rythmes divers. Puis, s'échappant soudain légère et cadencée, Sautait, comme un oiseau, sur les branches du vers!
Moi, j'écoutais — perdu dans de lointains concerts — Ma pauvre poésie à vos lèvres bercée, Heureux de voir glisser mon âme et ma pensée Dans votre souffle ardent qui remuait les airs !
Et j'oubliai bientôt — pardonnez mon délire ! — Paulus et Melîenis, Commodus et l'Empire, Pour regarder les plis de votre vêtement,
Votre front doux et fier, votre prunelle noire, Songeant que j'étais fou de réveiller l'histoire Quand j'avais sous les yeux un poème charmant!
Février liSj2.
Sur la première page d'un Album
Quoil vous voulez que, le premier.
Au seuil blanc de ce beau cahier, Je me pavane et me prélasse
Juste à l'endroit prétentieux
Où doivent tomber tous les yeux
Sitôt qu'on entre dans la place?
Ma foi ! sans chercher d'argument
Je m'exécute bravement;