‹ Festons et astragales. Melaenis. Dernières chansonsChapitre 9 sur 23 · KEL£SIS · texte numérisé non relu

KEL£SIS

-~ Tu me détestes donc? — Non, reprit-elle; pose Fa nuin, là, sur mon cœur : il en sait quelque chose ! • 'je. bon Pantubolus crut trouver le défaut, ilit l'escarcelle au vent et la fit sonner haut : lis! » dit Melxnis; puis après une pause: !.it, c.irJc ton or; c'est du fer avi'il me fauti

I Tu m'aimes, n'est-ce pas? Eh bien ! il est au monde Jn homme que je hais d'une haine profonde, Iclui-la voit le jour!... — Comment l'appclle-t-on? — Celui-là n'eut pour moi ni pitié ni pardon! lelui-làl... je l'aimais!... Q.uc le ciel me confonde! c crois l'aimer encor ! — Son nom ! son nom ! son nom 1

- Cet homme, écoute bien, de mon amour se joue, 1 en fait un haillon qu'il traîne dans la boue! iiand j'ai prié, quand j'ai pleuré, quand j'ai rampé, 1 a ri ! Par une autre il était occupé!

1 me le faut, demain, mort; veux-tu? Je l'avoue, e t'aime ! Prends ta lame, et qu'il soit bien frappé !

- Son nom ! dit le soldat. — C'est Paulus qu'on l'appelle.

- Eh bien ! mort à Paulus ! — Ëcoute, reprit-elle, rest Paulus, le préfet du prétoire, celui

i^c l'empereur adore et qui règne après lui.

- Mais..., dit Pantabolus. — Mais ton âme chancelle ! e vois bien que sur toi je me trompe aujourd'hui ! •

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Elle voulut partir; comme dans une chaîne, Pantabolus tremblant la retint dans ses bras. «Laisse-moi! lui dit-elle, il me faut son trépas! Crois-tu que j'aie un coeur si large?... Cette haine Doit en sortir d'abord, pour que l'amour y vienne 1 Tu sais tout : lui vivant, je ne te connais pas!...

« Mais si l'on te disait qu'en baisers de ma bouche Je paierai sa blessure et tous ses cris d'effroi ! Mais si l'on te disait, pour que cela te touche, Q.ue cet homme, après tout, est mon maître et mon roi QjLi'il veille, gardien sombre, au chevet de ma couche! Q.u'il ùut marcher sur lui pour arriver à moi !

« Que, lui mort, nous pouvons nous aimer sans partag Qu'il est de douces nuits et des jours sans nuage! Qju'il serait dur vraiment qu'un autre nous gênât, Et que l'amour vaut bien qu'on ose l'attentat!

— Va! fit Pantabolus, j'accepte le message!

— Demain? dit Melsenis. — Demain! » dit le soldat.

Elle tendit sa lèvre au gros légionnaire. « Nous nous verrons ici, ditrelle, c'est juré! » Puis, glissant de ses bras, elle bondit à terre. L'hôtelier, sur le seuil, paraissait affairé : Il repassait le gain de la journée entière, Il avait le nez rouge et le front balafré.

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ij,ii.ind Melacnis reprit le chemin de Suburre, La lune, au fond du ciel, ébauchait sa figure. Le soleil descendait, et ses derniers rayons

lit un manteau rouge à l'épaule des monts.

,,'lissait rapide à l'œil, à l'aventure. Comme pour fuir son cœur. Au faite des maisons

Le vent du soir tordait la fumée en spirale, Et, fixant sur le seuil la barre transversale, L'échoppe des marchands se fermait i grand bruit; Qjjclques rares flambeaux brillaient par intervalle, Tandis qu'on entendait, sur la brise qui fuit, G;t adieu qu'en partant le jour jette à la nuit...

Comme elle s'engageait dans une voie obscure crpente et se tord au pied de l'Iîsquiliu,

réflexion vint la frapper soudain :

«Si le soldat tremblait, dit-elle; qui m'assure !c fer jusqu'au fond fouillera la blessure,

i.. vj.;c Paulus, au cœur, sera percé demain?...

Mais elle tressaillit d'une joie inconnue. Et ses yeux, qui sondaient les maisons de la rue, rcnt tout à coup un regard triomphant; ,-unc esclave noir passait en ce moment, Avec un vase plein sur son épaule nue : «Staphylal cria-l-cUe. — tu ùccï a dit l'enfant.

Stcipliyla ! Stapliyla ! la vieille Campanionne,

Q.ui va hochant la tête et murmure tout bas

Des mots mystérieux que l'on ne comprend pas!...

MeUcnis y courut, puis, respirant à peine,

lille frappa trois coups à la porte de chêne,

Et dans la grande salle on entendit des pas.

La sorcière allongea, par un étroit passage. Son front, qu'avait rayé l'ongle du désespoir; Sa peau mate tranchait sur son costume noir; Ses cheveux longs encor, mais blanchis avant l'âge, Tombaient plus en désordre autour de son visage Q.u'en cette nuit fameuse où Paulus vint la voir.

« Qui frappe ? — Ouvre sans peur, dit la danseuse pile, C'est l'amour outragé!... c'est la vengeance aussi. — Qu'ils entrent! fit la vieille, on les connaît ici. » Et, dans l'ombre, grinça la porte de la salle. Et leurs pieds, tour à tour frappant la froide dalle, Éveillaient maint écho sous le dôme noirci.

Pour peu que mon lecteur ait la mémoire agile, Il reverra, d'un trait, la maison de Staphyle, Tout ce monde effrayant qui se tord sur les murs, Se suspend aux cloisons, bruit aux coins obscurs; Et la lampe de fer, dont le rayon mobile Fait dinscr aux lambris mille groupes impurs.

MELANTS 247

lien n'était donc changé; seulement, la poussière, ' ' lu que l'oubli donne aux choses de la terre,

.lit la table antique et le vase sculpté; 'aiidis que, se berçant au plafond solitaire, ,'araignéc aux longs bras partout avait jeté ur les squelettes nus un linceul argenté.

«s lieux prennent leur part de la tristesse humaine, 1 nous laissons au mur l'ombre de notre cœur : hi jugeait, en entrant, que la magicienne burbait son front plus bas, sous le poids du malheur; a pierre des pavés semblait suer la peine, t tout l'antre gémir d'une immense douleur.

[clxnis s'arrêta : « Toi, qui sais tout sur terre

l dont l'art souverain marche au niveau des dieux.

! l'aimais! j'étais folle!... il a ri de mes feux!...

cnge-moi!... » Puis soudain, pour aider sa prière.

Ile jeta de l'or, luisant dans la poussière.

■ vieille, à cet aspect, crispa ses doigts nerveux

rapide et clair jaillit de sa prunelle : j>hiltrcs, ces onguents, tout est pour toi, dit-elle irle! • Et sa main glacée entraînait Melxnis. Vcux-tu voir, en un jour, ses jeunes ans ternis? m Iront chauve, creusé d'une ride éternelle? ; tout son corps tremblant 5ur se5 pieds engourdis?...

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« J'ai le cumin sauvage et l'herbe de Colcliide Qui font pâlir la face et s'éteindre les yeux. Du serpent Sépédon j'ai le venin fameux : Quatre gouttes au plus de ce poison fluide Changent l'adolescent en un vieillard livide, Qui va, le dos courbé, sans barbe et sans cheveux.

« S'il traverse les flots, si son coursier l'entraîne, S'il tend, près du foyer, sa coupe à l'échanson, Ma fille ! avec trois mots j'arrêterai sans peine Son vaisseau sur la mer, son cheval dans la plaine, Ou, d'un cercle fatal fermant son horizon, J'enchaînerai ses pieds au seuil de sa maison I

— Non! cria Melœnis, ce n'est point mon affaire I Avant d'avoir sa mort il me hut son amour!

— Alors, je puis t'offrir, répliqua la sorcière, Dans une peau de grue un poumon de vautour Ou ce pourpier charnu, cueilli dans l'onde amère, Qu'on mêle à l'orge blonde et qu'on dessèche au fou

Puis la vieille, joignant les gestes aux paroles,

De sa torche rougeâtre éclairait les fioles,

Les coupes, les bassins suspendus aux lambris:

« Voici le sang caillé d'une chauve-souris,

Voici des dents d'aspic avec leurs alvéoles

(Mais ces charmes ne vont qu'aux femmes). Tout coni]

I C'est un philtre d'amour? » demanda la sibylle.

La danseuse reprit : « Qu'il soit aussi de mort ! ■

Et jetant sur la table une autre pièce d'or :

I Je veux qu'il m'aime, et puis qu'il meure! — C'est facile;

[1 faut, dit Staphyla, quelque recette habile,

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