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de toute origine, et celui des militaires, avec un déploiement de troupes beaucoup plus considérable que lors de la fêle précédente. Des invitations furent envoyées aux différentes sociétés nationales, aux compagnies de pompiers, aux Hurons de Lorette, pour prendre part à la cérémonie. A l'exception de la Société Saint-Georges, tous acceptèrent l'invitation. Le secrétaire de la société St-Georges m’écrivit la note suivante: « Que le « comité de la société Saint-Georges voyait peu de probabilité « de pouvoir réunir les membres dans cette saison de l’année, «et qu'il regrettait qu’il leur fùt impossible d'assister en « corps à la cérémonie. »
Le commissaire ordonnateur avait tout préparé pour le 25 juin ; je programme de la fête était publié et distribué quand, tout-à-coup, la nouvelle circule de bouche en bouche qu'un vaisseau de guerre français avait été signalé dans le bas du fleuve, et qu'il allait arriver sous peu de jours dans le vort de Québec. A cette nouvelle, acclamée avec joie par la population, le comité d'organisation décida de différer la date de la pose de la pierre angulaire du monument, jusqu’à l'arrivée des marins français, afin de les inviter à prendre part à cette démonstration. Le gouvernement avait envoyé jusqu'au Bic le bateau à vapeur Advance, afin de remorquer la corvette française, la Capricieuse, jusqu’à Québec. Le 9 juillet, l’'Amiral, bateau à vapeur appartenant à feu l'honorable F. Baby, levait l'ancre, pour aller au devant de la corvette, ayant à son bord, outre le propriétaire, les honorables E. P. Taché, F. Lemieux, Joseph Cauchon et autres.
Le 10 juillet, la corporation votait une somme de neuf cents piastres (8#900.00,) pour recevoir dignement le commandant de la Capricieuse, M. de Belvèze, et ses officiers.
Le 13 juillet, à six heures du soir, la corvette faisait son entrée dans le port, en tirant 21 coups de canon pour saluer le pavillon britannique qui flottait sur la citadelle. La vue d'un vaisseau français, mouillé vis-à-vis de la vieille cité de Champlain, excita vivement la curiosité publique. Une foule enthousiaste stationnait sur les quais et sur la terrasse Frontenac, acclamant par de chaleureux vivats l'arrivée de ce vaisseau de guerre, si impatiemment attendu.
Le maire de Québec, feu le Dr J. Morrin, alla tout de suite à bord de la corvette, pour souhailer la bienvenue au commandant de Belvèze, et en même temps pour fixer l'heure de la réceplion officielle du lendemain. Le 14, à onze heures et demie du matin, Son Honneur le Maire, accompagné des conseillers de ville et d’un grand concours de cit.yens, présenta, sur le quai de la Reine, une flatteuse adresse à M. de Belvèze. Les braves marins de notre ancienne mère-patrie furent reçus à bras ouverts, et splendidement fêtés par tout le monde. C'était à qui aurait chez lui un de ces marins pour converser avec lui et lui faire les honneurs de l'hospitalité, Un grand bal public fut donné, et, comme nous n'avions pas de salle assez spacieuse pour la circonstance, on fit venir de Boston une immense lente qui fut dressée sur la terrasse Frontenac. De ce point culminant, nous avions à nos pieds le majestueux fleuve Saint-Laurent, sur les eaux duquel se baiançait une forêt de mâts, et, devant nous, la Capricieuse, brillamment illuminée aux feux de Bengale, lançant dans les airs des fusées de toutes couleurs. Jamais soirée dansante, qui se prolongea
jusqu'au lever de l'aurore, ne fut aussi attrayante sous tous les rapports.
Les marins français ayant été invités à prendre part à la
cérémonie de la pose de la pierre angulaire du monument, le commandant de Belvèze donna ordre à un détachement de soldats, sous la conduite du lieutenant Guiastrenney, de figurer dans les rangs de la procession.
Le 18 juillet fut le jour choisi pour celte démonstration. Le ciel semblait vouloir prendre part à la joie des citoyens, en nous ménageant une de ces belles journées du mois de mai. Les rues étaient de chaque côté bordées d'érables, et des pavillons aux mille couleurs étaient symétriquement placés de distance en distance. Outre une brise bienfaisante, l’atmosphère était rafraichie par des colonnes d’eau sortant des fontaines de l’aqueduc, sur tout le long de la rue Saint-Jean. La foule immense qui circulait dans les rues par où devait défiler la procession, faisait voir que grande élait la joie des ciloyens en ce jour où l’on devait immortaliser, par un monument, ja valeur des soldats de deux grandes nations qui, pour la dernière fois, sur le continent de l'Amérique du Nord avaient combattu avec tant d'héroisme.
À une heure et demie, le 18 juillet 1855, l'Esplanade présentait un coup d'œil ravissant. Là était massé tout le 16e régiment avec drapeaux, ayant en têle son beau corps de musique. Ce nombreux corps de troupes, en tuniques rouges, formait une section brillante dans les rangs de la procession. L'artillerie royale avec trois pièces de canon; un délachement de marins de la corvette française, l'arme au bras; les Hurons de Lorelte en grand costume de guerre ; un escadron de cavalerie, composé de volligeurs pompiers de la cité, avec leur beau costume français ; les trois nombreuses sections de la Société Saint-Jean-Baptiste, avec bannières, drapeaux, oriflammes, haches d'armes et
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lances, précédées de sa belle fanfare ; le corps des typographes avec un char de triomphe tiré par quatre chevaux, et portant une presse ; la belle et nombreuse Société Saint-Jean-Baptiste de Sainte-Foye ; les séminaristes externes de Québec, avec leurs riches drapeaux fleurdelisés ; les élèves du collége de Lévis et ceux des écoles de la Doctrine Chrélienne, et une foul: de citoyens invités à marcher dans les rangs de la procession : tout le vaste terrain de l’Esplanade était littéralement couvert de ces différents corps. Le déploiement des bannières, des drapeaux et des oriflammes, agités par une forte brise, la diversité des costumes, les baïsnneties scintillant à la lumière du soleil, la joie qui se manifestait sur {outes les figures ; tout annonçait l'importance et la solennité que devait avoir la pose de la pierre angulaire du monument projeté.
Les différents corps et les citoyens prirent rang dans la procession d’après le programme. (1)
L'ordre du départ donné, la procession se mit en mouvement aux sons des fanfares jouant lesplus beaux airs de leur répertoire. Elle déboucha par la barrière Saint-Louis, en passant par les rues d'Auteuil et Saint-Jean, pour se rendre sur le terrain où l’on devait ériger le monument. La procession couvrait un espace considérable : la tête de cette procession était arrivée en haut de la rue Saint-Jean qu’à peine les derniers corps quittaient l'Esplanade. Sur tout le parcours de notre procession, les marins de la corvette française furent chaleureusement acclamés par les spectateurs qui voyaient en eux des frères, revenant, après une bien longue absence, fouler, pour un inslant, le sol que nos ancêtres avaient défriché et
(1) Voir dans la IVme Partie, le programme.
qu'ils avaient illustré par leur vaillance. Cette ovation, poussée jusqu'à l'enthousiasme, est plus facile à comprendre qu'à décrire. Aussi, 1l faut le dire, leur présence dans les rangs de la procession ne contribua pas peu à rehausser l'éclat de celte fête.
Bien avant l'arrivée de la procession, une foule immense couvrait le terrain où l’on devait faire la cérémonie, à tel point que j’eus beaucoup de difficulté à placer avec ordre, les différents corps de la procession, désirant faire un large carré dans le centre duquel devaient se placer tous les officiers et les citoyens les plus notables. Peu de temps après notre arrivée, Son Excellence le gouverneur-général, Sir Edmund Head, qui avait accepté l'invitation de poser lui-même la pierre angulaire du monument, fit son entrée accompagné d’une nombreuse suite, Son Excellence vint prendre place sous un joli pavillon érigé pour la circonstance. En face, une tribune était dressée pour l’oraleur qui devait prendre la parole, A la demande du président de la Société, Son Excellence le gouverneur-général, entouré des principaux officiers de la Société et des ciloyens les plus marquants, prit le marteau que lui présenta l'architecte, M. C. Baillairgé, et fixa, en frappant de trois coups de maillet, le bloc de la pierre angulaire, au milieu des vivats les plus chaleureux.
Dans le bloc de pierre, on avait ménagé une cavité pour y déposer un bocal de verre contenant divers documents publics, le rapport de ia fête de l’année précédente, celui de la présente année, et l'historique de la bataille du 28 avril 1760.
Cette cérémonie terminée, Son Excellence reprit son siége sous le pavillon, puis l'honorable P. J. 0. Chauveau monta à la tribune et prononça un de ces beaux discours propres à élec-
triser la foule, discours qui fut interrompu par de fréquentes acclamations.