MANIFESTE DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-RAPTISTE AU PEUPLE CANADIEN
Compalrioles,
La Société Saint-Jean-Baptiste se propose de faire, dans le cours de mai prochain, une solennité imposante ; elle doit aller relever en granite poripe des ossements humains qu'on a découverts, il y a quelques anres, dans un champ qui borde le chemin de Sainte-Foye, à une demi lieue de Québec. Vous dire quels sont ces restes, c’en est assez pour nous assurer votre concours le plus généreux et le plus efficace. Ces restes sont ceux de vos pères qui ont succombé dans une mémorable bataille, livrée en ce lieu même le ?8 avril 1760.
L'armée française, cominandée par le Chevalier de Lévis et composée en grande partie des milices canadiennes de Montréal et de Québec, venait mettre le siège devant notre ville, occupée depuis plusieurs mois par les Anglais. Les deux armées se rencontrèrent sur la terre de Monsieur Dumont, appartenant aujourd’hui partie à M. Chouinard, partie aux héritiers Tourangeau, Après un combat acharné, après des prodiges de
valeur, la victoire se déclara en notre faveur, mais elle fut chèrement achetée, car on estime qu'environ quinze cents des nôtres tombèrent victimes de leur dévouement à la plus sainte des causes, ils luttaient contre l'invasion étrangère.
La bataille terminée, on creusa, sur le champ de bataille même, une fosse immense, où furent enfouis les morts, et parmi eux l’histoire signale le brave Coloëel Rhéaume, commandant un bataillon de la milice de Montréal. Or, depuis plus de quatre vingt dix ans, ces glorieux restes gisent là exposés aux profanations des passants et foulés aux pieds par les animaux. Et c’est en les voyant balayés par les pluies et mêlés au limon des ruisseaux, que la Société Saint-Jean-Baptiste a cru que c'était une obligation pour nous de les relever et de les transporter dans un lien plus convenable, par exemple dans le cimetière de l’Hôpital-Général, où reposent déjà ceux de leurs compagnons d'armes, morts dans cette asile des suites de leurs blessures. Ce pieux devoir sera l’occasion d'une grande démonstration à laquelle tous sans exception vous êtes appelés à prendre part. Dites-le, Canadiens, est-ce en vain que nous aurons compté sur vous? Songez que, pour plusieurs d’entre vous, ce sera un acte de piété filiale, car parmiceux qui liront ces lignes il s’en trouvera plus d’un dont le pere ou l’aïeul a succombé dans cette bataille.
Mais, si la Société Saint-Jean-Baptiste a pris l'initiative de ce projet, elle n'a pas de ressources assez puissantes pour faire seule les frais de son exécution, et elle se voit forcée de faire un appel à votre générosité. Des percepteurs nommés par elle vous visiteront à domicile et on ose espérer que vous Jeur ferez le meilleur accueil. Quels que soient vos moyens, donnez quelque chose. Si vous ne pouvez donner une piastre, donnez un écu ; si vous ne pouvez donner un écu donnez trente sols, quinze sols. Nous recevrons le denier du pauvre, l’obole de la veuve; ce à quoi nous tenons surtout c’est que pas une seule famille ne nous refuse sa contribution toute légère qu'elle soit.
Et sachez-le, votre honneur national est intéressé à ce que cette fête ait lieu avec le plus grand éclat. Donnez afin «le inontrer que vous estimez le ‘dévouement et la valeur de vos pères, donnez pour témoigner votre reconnaissance à ceux qui versèrent pour vous jusqu’à la dernière goutte de leur sang.
Si vos contributions répondent à notre attente, nous nous proposons, d’abord d'élever dans le cimetière de l’Hôpital-Général une colonne funéraire en mémoire de la cérémonie ; ensuite, nous poserons sur l’emplacement du champ de bataille les bases d’un monument, que nous pourrons montrer avec o1gueil aux étrangers.
Pu. J. Joicœur, Secrétaire-archiviste.
Québec, 3 avril 1854.