PROGRAMME DE LA FÈTE EN L'HONNEUR DES BRAVES DE
Cette grande solennité aura lieu lundi, le 5 juin 1854, à l'Eglise Notre- Dame de Québec.
Marche de la procession.
En tête —Un maréchal, Une escouade de six sapeurs, marchant de front.
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Un corps d’artilleurs, au centre le drapeau anglais, et le drapeau franais. surmonté de l'aigle impérial, avec trois pièces d'artillerie, commandé par le capitaine Marceau.
Une division de carabiniers en trois compagnies ; la première,commandée par le capitaine Martinette ; la deuxième, commandée par le capitaine Letarte ; et la troisième, commandée par le capitaine Gamache, sous le commandement immédiat de M. Louis LeMoine ; au centre de ces trois divisions sera placé le drapeau de Carillon.
La garde d'honneur militaire.
La bande Saint-Jean-Baptiste.
Le commissaire-ordonnateur avec quatre aides à cheval.
Neuf porteurs des coins du poële
Le char funéraire, tiré par six chevaux, escorté de deux drapeaux de la milice canadienne et haches d'armes.
Neuf porteurs des coins du poële.
L'honorable président de la Société, accompagné des présidents des autres Sociétés Saint-Jean-Baptiste.
Les ofliciers et sous-officiers de la garnison.
La bannière principale avec quatre lanciers.
L'honorable président-adjoint, accompagné par MM. le trésorier-général et le secrétaire-archiviste.
Les autres officiers généraux de la Société.
Le comité de régie.
Les présidents, vice-présidents et les officiers généraux de la Société, sortis d’oflice.
Les diverses députations des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Canada.
La bannière de la section Saint-Jean, avec lanciers.
La section Saint-Jean, précédée des vice-présidents et des officiers de la section, avec un drapeau de la milice canadienne et lanciers au milieu de
.la section.
La bannière de la section Notre-Dame, avec lanciers,
La section Notre-Dame précédée des vice-présidents et officiers généraux de la section, avec le grand drapeau blanc et lanciers au milieu de la section.
La bannière de la section Saint-Roch, avec lanciers.
La section Saint-Roch, précédée des vic--pr'silents et officiers de la section, avec un drapeau de la milice canadienne et lanciers au milieu de la section.
La bannière des séminaristes externes, avec lanciers.
La section des séminaristes, précédée des vice-présidents et officiers de la section avec leurs drapeaux blancs et lancisrs au milieu de la section.
Les sections se réuniront à huit heures et demie précises, savoir :
La section Saint-Jean à l’Institut Saint-Jean.
La section Notre-Dame, à l’Institut Canadien.
La section Saint-Roch, à la Chambre de Lecture de Saint-Roch.
La sertion des séminaristes, à leur lieu respectif.
De là. routes les sections se rendront sur l’Esplanade où elles devront être réunies à neuf heures précises.
Les compagnies des pompiers canadiens s’assembleront au lieu de leurs réunions respectives pour se trouver à neuf heures sur l’Esplanade.
A neuf et demie précises la procession se mettra en marche et débouchera par les rues Saint-Louis, du Trésor et Buade, pour se rendre à l'église métropolitaine, où un Dies ræ@ de Mozart, et un Libera solennel sera chanté par la Société Musicale des Amateurs Saint-Jean, sous la direction de M. Stanislas Drapeau, qui s’est adjoint pour la circonstance le
concours d'un grand nombre d'amateurs, qui formera un chœur d'environ 150 personnes, exercé par M. Ernest Gagnon, organi-te de l'église Saint- Jean, qui touchera l'orgue, assisté d’un nombreux orchestre scus la direction de M. Ant. Belleau, professeur 1e musique.
Aussitôt après la cérémonie, la procession formera ses rangs et suivra les rues suivantes : Fabrique, Saint-Jean jusqu'à la porte, Saint-François, Aiguillon, Saint-Augustin, Saint-Jean pour se rendre sur la propriété de Julian Chouinard, écuyer ; là les restes des Braves de 1760 seront déposés à l’endroit où un monument sera érigé par les citoyens de Québec. Un discours de circonstance sera prononcé, par l'honorable colonel Taché. Le canon tirera 19 coups et il y aura trois décharges de mousqueterie. La cérémonie terminée, la société reviendra en corps et dans le même ordre. Arrivée à l’encoignure des rues Saint-Jean et Saint-Augustin, la Société s3 séparera. Chaque membre devra être muni de sa décoration et marchera avec ordre par rang de deux.
Adopté, OL. ROBITAILLE, Pu. J, JoLIcœŒuR, Commissaire-Ordonnateur.
Secrétaire-Archiviste.
V.—POSE DE LA PIERRE ANGULAIRE DU MONUMENT DES BRAVES, SOUS LE PATRONAGE DE LA SOCIÉTÉ SAINT JEAN-BAPTISTE, LE 18 JUILLET, 1855.
Programme de la procession :
En tête—Un corps de po'ice.
Une oriflamme aux couleurs de la Société, portée par un voltigeur à cheval,
Deux trompettes à cheval.
Un escadron de cavalerie des voltigeurs pompiers.
Le corps de l’Artillerie Royale, avec trois pièces de cinon.
La bande du 16m régiment.—Le 16m régiment.
Un détachement des marins de la corvette française la Capricieuse.
Les Sociétés Nationales.
es Société Saint-Georges.—La Société Saint-Patrice.—La Société Saint- André.
Société Saint-Jean-Bantiste.
La bannière de la section ds Frères, avec lanciers.
La section des élèves des Frères, avec drapeau au centre de la section.
Les élèves des Frères de la Pointe-Lévis.
La bannière blanche avec lanciers.
La section des séminaristes avec drapeaux et lanciers au centre de la section.
Une députation des descendants des Hurons en costume de guerre.
Le drapeau anglais et le drapeau français surmonté de l’aigle impérial, tous deux unis par une banderolle, portant les mots : Alma, Balaklava, Inkermann, et escortés d’une garde d'honneur,
La bande Saint-Jean-Baptiste.
Le commissaire-or lonnateur, avec ses députés, à cheval.
La bannière principale, avec quatre lanciers.
Les drapeaux de la Milice Canadienne, portés par les miliciens décorés de 1812 et 1813.
L'honorable président de la société,
Les offieiers généraux de la Société.—Le comité de régie.
Les ministres, les juges, les conseillers législatifs, les membres de l'as. semblée législative, le maire de Québec et les membres de la corporation, les magistrats, l’état major de la garnison et l’état major de la corvette française,
Les colonels et officiers de la Milice Canadienne,
Les présidents, ler vice-présidents et officiers généraux de la Société, sortis d'office.
Le drapeau de Carillon, avec une garde d'honneur.
La bannière de la section Notre-Daine, avec lanciers.
La section Notre-Dame, précédée des vice-présidents et officiers de la section, avec drapeaux de la milice canadienne et lanciers au milieu de la section.
La bannière de la section Saint-Roch.
La section Saint-Roch, précédée des vices-présidents et officiers de la section, avec le grand drapeau blanc et quatre haches d'armes au milieu de la section.
La bannière de la section Saint-Jean.
La section Saint-Jean, précédée des vices-présidents et officiers de Ja section, avec drapeau de la milice canadienne et lanciers au milieu de la section.
La bannière de la Société Saint-Jean-Baptiste de Sainte-Foye, avec lanciers.
Le président, les officiers, et les membres de la Société Saint-Jean-Bahtiste de Sainte-Foye.
Le corps typographique.
Le corps des pompiers, sous le commandement immédiat de M. N. Wells, inspecteur du feu.— La compagnie du capitaine Martinette, la compagnie du capitaine Gleeson, la compagnie du capitaine Letarte, la compagnie du capitaine Wright, la compagnie du capitaine Bonmer, la compagnie du capitaine Craig, la compagnie du capitaine Gamache, la compagnie du capitaine Corneil, la compagnie du capitaine Burns et la compagnie du capitaine Marceau.
La procession se formera sur l’Esplanade à une heure précise, P. M. d’où elle partira en débouchant par la barrière Saint-Louis, rue d'Auteuil, porte Saint-Jean, rue Saint-Jean dans toute sa longueur jusqu’à l’emplacement où le monument doit être érigé. Arrivés sur le terrain, les divers cor; s prendront la p'ace qui leur sera assignée de manière à former un large carré dans le centre duquel se placeront tous les officiers.
Alors commencera la cérémonie de la pose de la pierre angulaire par Son Excellence le Gouverneur-Général. Après quoi, un discours de circonstance sera prononcé par l'honorable P. J. O. Chauveau.
1 y aura une salve d'artillerie de 21 coups de canon, trois décharges de mousqueteris et trois hourras en l'honneur de l’armée anglaise et de l’armée française.
La procession formera ses rangs dans le même ordre pour se rendre sur l’Esplanade où elle se séparera.,
Les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste devront être munis de leur décoration.
N. B. Perdant la cérémonie de la pose de la pierre angulaire, on fera une collecte en faveur du monument.
Dans le cas de mauvais temps la procession aura lieu le lendemain.
Approuvé, OL. RoOBITAILLE, Commissaire-Ordonrateur.
Ph. J. JozicœŒur, Secrétairc-Archiviste.
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VI.—LA SOCIËTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DK QUEUWEC ET LORD DUFFERIN. 8.— Adresse présentée le 26 juin 1876.
A Son Erce'lence le comle de Dufferin, Gouverneur Général de la Puissance du Canada.
« Qu'il plaise à Votre Excellence,
« Les membres de la Société Saint-Jean-Bantiste de Québec saisissent, avec empressement l’heureuse occasion qui leur est offerte de saluer en votre personn le représentant de Sa Majesté la Reine de la Grande Bretagne et d'Irlande, Imnératrice des Indes. Votre présence au milieu de nous est un gage de l'intérêt qu’Elle nous porte, et nous sommes fiers de lui er témoigner aujourd’hui, par votre entremise, notre sincère reconnaissanre.
» Loyaux sujets de l'Angleterre, nous remplissons ici un devoir dont vos éminentes qualités personnelles nous rendent l’accomplissement facile,
» Citoyens de Québec, nous ne pouvons oublier les nombreuses marques de votre hon vouloir pour notre vieille cité, nous aimons à voir dans vos efforts pour l’embellir la preuve de votre sympathie pour la race canadienne-française, dont Québec fut le berceau, et dont il reste le principal boulevard ; et nous sommes heureux qu’il nous soit donné de vous en exprimer notre gratitude, pendant la journée solennelle où nous nous réunissons pour célébrer notre fête nationale, et témoigner de notre attachement inébranlable à nos institutions, à notre langue et à nos lois.
» Que Votre Excellence veuille bien accepter nos plus sincères remerciements pour l’honneur insigne qu’Elle nous fait aujourd'hui ; nous vous prions en même temps, au nom «le tous les Canadiens-Français représentés par la Société Saint-Jean-Barptiste, d’agréer l'expression des vœux que nous formons pour votre bonheur, ceiui de votre gracieuss compagne, madame la comtesse de Dufferin, et de toute votre honoruble famille. »
» C. J. L. LAFRANCE, » Président de la Société Saint Jean-Baptiste de Québec.
» J. O. FONTAINE, » Secrétaire.»
& 2.—Réponse de Lord Dufferin.
« Messieurs,
‘Je dois vous remercier de la chaleureuse bienvenue que vous avez bion voulu me faire comine représentant de Sa Majesté la Reine, notre très-gra. cieuse Souveraine.
» Je sais bien que dans aucuna de nos colonies, pas même en Angleterre, elle n'a des sujets plus dévoués que ceux que je vois autour de moi, des sujets dont la loyauté repose non sur un sentiment capricieux, mais sur une noble appreciation des droits de iiberté et de gouvernement constilutionnel dont ils jouissent sous son régime. Je puis vous assurer, au nom ds mes compatriotes de l’autre côté de l'Atlantique, qu’il est bien peu d’uvénements historiques dont ils soient plus fiers que de celui qui a pu déci- «der la ponulation canadienne-française de ce continent à s’unir à eux, sur un pied d'égalité, pour fonder ici une grande netionalité, sous la protection de la Couronne britannique.
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» On ne pouvait espérer un tel résultat que du respect que les deux nations éprouvaient l’une pour l’autre, alors qu’il y a cent ans, elles étaient deux généreuses rivales. Si l’une peut indiquer du doigt les Plaines d’Abraham, l’autre avec non moins de fierté peut rappeler les lignes de Montmorency et le Plat-au de Sainte-Foye, tandis que des deux côtés les enfants léguaient comme inséparables jun de l’autre les noms immortels de Montcalm et de Wolfe,
» Toujours admirateur moi-même du génie français, j'ai goûté un plaisir tout particulier à remarquer avec quelle facilité ce génie a su fondre dans ses propres perfections ces aptitudes pour le gouvernement parlementaire que la race anglaise, à tort ou à raison, revendique comme trait caractéristique qui lui est particulier ; et j'ai rarement ressenti un plaisir plus vif, que lorsque j'ai eu occasion de rendre témoignage devant mes compatriotes, en Angleterre, à l'intelligence avec laquelle les Français du Canada avaient pris l'initiative de l'introduction du gouvernement du peuple par lui-même, en ce pays.
: C'est donc de tout cœur, messieurs, que je vous remercie de l’aecueil cordial que vous m'avez fait en cette occasion. Personne ne souhaite plus chaleureusement et plus sincèrement que moi prospérité à votre ville, à votre commerce, à vos manufactures, à votre construction de navires et à votre nationalite dont 1l y a déjà de si honorables traces de sa valeur, de son esprit d'entreprise, et de son intelligence, non pas seulement le long des rives du Saint-Laurent et dans les prairies du Nord-Ouest, mais sur toute l'étendue des immenses vallées du Mississipi, comme sur les rivages du golfe du Sud.»
(Signé) DurFEnin.
& 3,—Adresse rrésentée à Lord Dufferin le 14 seplembre 1878.
t A Son Excellence le très-honorable &ir Frédéric Temple, comte de Dufferin, vicomte et baron Clandeboye de Clandeboye, dans le comté de Down, dans la pairie du Royaume-Uni, baron de Dufferin et Clandeboye de Balleyleidy et Killeleagh, dans le comté de Down, dans la pairie d'Irlande, l’un des membres du très-honorable Conseil Privé de Sa Ma. Jesté, et baronnet, chevalier du très-illustre Ordre de saint Patrice et chevalier commandeur du très-honorable Ordre du Bain, gouverneurgénéral du Canada, et gouverneur et commandeur-en-chef de l'Ile du Prince-Edouard, et vice-amiral du Canada et de l'Ile du Prince-Edouard.
» Qu'il plaise à Votre Excellence,
» La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec est heureuse de profiter de cette circonstance solennelle pour vous présenter ses respectueux hommages, et pour vous remercier de l'honneur que vous lui faites en vous rendant à son invitation.
» Votre présence ici ce soir est un précieux témoignage de l'intérêt que vous nous portez, et c’est avec une légitime fierté que notre Société Na- Ne enregistre cette nouvelle marque de votre bienveillance envers elle.
» Mais à la joie de vous revoir parmi nous, se mêle un sentiment de tristesse que nous avons peine à réprimer au milieu de l'allégresse de cette fête qui présage déjà une séparation. Les regrets que le départ prochain de Votre Excellence fait naitre dans tout le pays ont été exprimes avec éloquence par nos concitoyens des cantons de l'Est, par la presse, et par la voix unanime de nos représentants,
» Mais, nous osons le dire, Excellence, nulle part ailleurs, dans la Puis. sance du Canada, la tristesse des adieux ne sera plus vivement sentie que dans Québec, dont vous aviez fait votre résidence préférée, dans Québec qui vous devra des monuments et des promenades destinés non-seulement à l’embellir mais encore à conserver des souvenirs militaires et des traditions héroïques, chers à tous ses habitants,
» Conserver parmi nous le culte du passé, rappeler souvent au peuple les événements ‘dramatiques de notre histoire et graver profondément dans sa mémoire les noms des grands citoyens qui ont aimé et servi la patrie, voilà entre autres choses, la mission que la Société Saint-Jean-Baptiste s’est donnée parmi nous.
» Si nos pères, dont nous aimons à évoquer les ombres dans toutes nos ftes, si nos pères pouvaient assister avec nous à la réunion de ce soir, sans doute ils applaudiraiert à la pensée de reconnaissance qui l’a inspirée, Peut-être seraient-ils étonnés des prodigieux accroissements de cot héritage arrosé de leurs sueurs et fécondé de leur sang, mais ils seraient agréablement surpris de voir que la fortune de la guerre, en changeant notre drapeau, nous a permis de garder notre foi et notre langue, et nous a dotés des franchises de la constitution britannique, Et cédant comme nous à la puissance de souvenirs qui se presseraient en foule dans leur mémoire, ils s1isiraient, sans peine. entre les événements dont ils furent les témoins, et les différents épisodes de votre administration, des points de ressemblance qu’ils ne manqueraisnt pas de signaler.
» Les uns, contemporains du fondateur de Québec, rappelleraient ces soins vigilants, cette sollicitude inquiète avec lesquels il recrutait dans la mère-patrie des amis et des protecteurs pour sa chère colonie.
» D’autres rediraient les acclamations joyeuses qui accusillirent M. de Montmagny à son arrivée, et les regrets universels dont il fut l'objet à la fin d’une carrière bien remplie, mais trop courte, au gré de ses administrés,
» Nous entendrions louer tour à tour la suprême élégance et le faste éblouissant du marquis de Tracy, et l’initiative éclairée de son intendant Talon qui honorait de sa présence les fêtes littéraires de nos maisons d’éducation tt récompensait avec une libéralité princière les travaux de la jeunesse studieuse,
» Ces hardis explorateurs, qui ont sillonné en tous sens le continent américain, goûteraient, comme nous, le charme des récits du voyageur qui, pour mieux connaître le peuple confié à ses soins, a visité les points les plus reculés de ce vaste domaine.
» Et l'immense popularité dn marquis de Vaudreuil, les vastes connais. sances de M de la Gallissonnière, la savante diplomatie de M. de Callière seraient tour à tour le sujet de leur entretien.
» Mais ils parleraient avec bien plus d'enthousiasme encore de la brillante administration du comte de Frontenac, et prompts à saisir les contrastes comme les ressemblances, ils ne manqursraient pas de signaler comme une ombre à ce tableau les cChagrins et les ennuis de l’illustre vieillard que le succès ne put jamais consoler dans l'isolement où le laissait sa femme, la comtesse Anne de la Grange Trianon.
» Pardonnez, Excellence, si nous nous laissons entraîner dans le domaine des souvenirs, Mais est:ce notre faute, à nous, si, dans votre trop court sejour parmi nous, vous avez fait revivre à nos yeux, dans votre personne, . les brillantes qualités de ces hommes illustres, ei si notre peuple, que vous avez aimé, inscrit déjà votre nom et celui de madame la comtesse de Dufferin sur la longue liste des bienfaiteurs et des amis de la Nouvelle- France ?
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; Plus heureux que Frontenac, vous avez pu nous donner l'exemple d'une vie partagée entre les soins de l'Etat et les joies du foyer domestique. Nos pères uniraient leurs voix aux nôtres, pour payer un juste tribut d'hom:mages à madame la comtesse de Dufferin, qui a mêlé tant de grâce et tant de charmes à la carrière publique que vous avez fournie avec tant d'éclat, et ils souhaiterdient comme nous que rien ne vienne interrompre le cours de vos brillantes destinées»
» Signé, > T, LeDroit, » Président.
» H, 9, J. B, Ctouinant, » Secretaire-général. »
4 4.— Héponse de Lord Dufferin.
Monsieur le Président el Messieurs,
«Il est inutile pour moi de vous exprimer tout le plaisir que j'éprouve en me retrouvant encore une fois au milieu de vous, pour prendre part à ces fêtes distinguées et artistiques, dont la race française aime à occuper ses loisirs, aujourd’hui surtout, où je me vois au milieu des membres patriotes et loyaux de la Société Saint-Jean-Baptiste.
» Un des traits caractéristiques de votre nationalité, a toujours été celui de pouvoir égayer les occupations sérieuses de la vie, et d'introduire comme contraste, à côté de l'ombre monotone des labeurs de chaque jour, cette diversité et cet éclat de couleurs qui donnent un cachet unique à vos relations sociales.
» Cette heureuse disposition de votre caractère s'étend non-seulement sur votre existence sociale, mais se retrouve partout où vous avez passé ; dans votre architecture, dans votre littérature et dans votre histoire qui brillent d'une individualité toute sympathique.
» L'éclat, la puissance dramatique et une inspiration chevaleresque sont les traits dominants qui, dès le commencement, ont donné aux premières annales du Canada, ce cachet romanesque que l'on ne rencontre nulle part ailleurs sur ce continent,
» Le génie de Washington Irvine et de Hawthorne a sans doute essayé de faire pour la Nouvelle Angleterre êt les contrées voisines, ce que Sir Walter Scott avait fait pour son pays, mais chacun de ces auteurs a été obligé d'imaginer des décors presque fantastiques ; et grâce au charme de leur style, ils ont pu un moment faire illusion. Fermez leurs livres, et vous “ons éveillez en face de la réalité, qui hélas ! est loin d’être ce qu'ils ont
écrit,
» De fait, plusieurs influences ont concouru à décider nos voisins de l’autre côté de la frontière à se séparer complètement de leur passé anti. révolutionnaire, et à laisser dans l’oubli les sombres annales des premiers jours de leur colonie.
» Mais chez vous, la chose est toute différente. Votre passé n'a pas voulu mourir, n’a pas voulu s’effacer ; sa vitalité était trop exhubérante, trop remplie par les exploits glorieux et brillants dus à la douce et gracieuse influence des dames ; par les œuvres des hommes d'étai, par le martyre des saints missionnaires et le dévouement des femmes ; tout cela ne pouvait rester enseveli dans l'oubli des âges, ou être étouffé dans le bruit des événements qui se succédaient.
» Bien que l’arrivée de vos compatriotes anglais parmi vous et les chan gements politiques qui ont accompagné leur établissement à Québec,
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eussent dû peut-être élever une barrière entre le présent et le passé du Canada ; la solution de la continuité historique a été bien moins définie dans ce pays qu'ella ne l’a été aux Etats-Unis.
» Et sans vouloir faire une époque dans l’histoire de cette colonie du changement de régime, le gouvernement et le peuple anglais, par un sentiment qui les honore autant qu’il vous honore vous-mêmes, ont préferé adopter votre passé, à condition que vous partagiez leur avenir ; et il n'y a pas un Canadien d’origine anglaise, de nos jours, qui n’éprouve pas autant d'orgueil et de plaisir à la vue des exploits militaires des capitaines français du {7e et 18e siècle :—-dans les découvertes héroïques et périlleuses des Pères Jésuites ; —dans les entrepris-s et les efforts qui furent couronnés par la fondation de Québec et de Montréal :—-dans les splendeurs semi-féodales de vos vice-rois, qu'aucun Canadien-français parmi vous. De plus, dans le charmant poème d’'Evangéline ; dans les romans émouvants de Fenimore Cooper ; dans les pages pittoresques, dramatiques et si bien écrites de Parkman, on voit que c'est au Canada, que le poëte, le romancier et l’historien, même des Etats-Unis, doivent recourir pour trouver le sujet le leurs romans et l'intérêt de leurs récits,
» Quant à moi, je puis vous assurer, que chaque fois queje parcours la plate-forme garnie de canons de votre citadelle, ou que je fais le tour da vos remparts ; ou bien encore, quand je passe devant vos maisons, ayant pignon sur rue, je me crois instinctivement, être aussi bien le successeur direct de ces braves et chevaleresques vice-rois qui ont présidé à l'origine de votre colonie, que je suis le successeur de Lord Lisgar, Lord Monk ou Lord Elgin.
» Comment donc pourrai-je ne pas apprécier l'honneur que vous m'avez fait, en joignant mon nom d’une manière aussi flatteuse que vous le faites aujourd’hui, à la mémoirs de cvs hommes illustres ? ou quelle plus douce assurance puis-je désirer que votre affection me conservera une place dans ces annales honorables ? 11 est vrai que mes prétentions à un tel honneur sont bien moindres et moins engageantes que les leurs.
» Ce sont eux qui vous ont conduits sur le champ de bataille et vous ont rendus victorieux. Ce sont eux qui ont partagé Vos souffrances, et qui, dans mille occasions, dans les temps d'épidémie et de famine, de siége et d'invasion, ont exposé leur vie pour vous
: Tout ce que j'ai pu faire pour vous, a été de vous prouver mes sympathies pour vos aspirations, mon respect pour votre caractère et votre génie ; mon espoir dans votre avenir, selon que les circonstances l'ont permis.
» Mais croyez-moi, en quittant ce pays, et en énumérant les divers motifs de reconnaissance que je dois au peuple canadien, la courtoisie, la bienveillance, l'hospitalité que j'ai reçues de la part de mes concitoyens canadiens-français, ne s’effaceront jamais de ma mémoire, et je suis fier de penser, que sous mes auspices et à mon humble suggestion, les remparts de Québec sont destinés à renaître à une nouvelle splendeur, et à perpétuer le souvenir de la tendr: soilicitude que j'ai toujours portée à la plus belle cité de ce continent et à ses aimables citoyens.»
14 septembre 1878.
(Signé) DuFFERIN,
Co
© 7” D ss à
VII.—ConNvenTIioN des sociétés de bienfaisance Canadiennes- Françaises : Saint: Sauveur de Québec, le 25 juin 1880.