CHAPITRE PREMIER PROJET.— ‘ÉSOLUTIONS.— LE MANIFESTE
La Société Saint-Jean-Bapliste de Québec, n'ayant pu se rendre en corps à Montréal pour la grande fête du 24 juin 1874, s'était fait représenter par l’hon. P. J. 0. Chauveau, l'hon. Hector Fabre, M. J. P. Rhéaume et M. C. J. L. Lafrance. Les délégués revinrent enthousiasmés de la fête, et leurs récits furent la première semence de l'idée féconde que nous avons pu réaliser, Depuis lors, la préoccupation constante des chefs de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec fut de travailler sans relâche à préparer, pour un avenir prochain, une manifestation nationale pareille dans la vieille cité de Champlain. Au printemps de 1879, des officiers pleins d'énergie et d'enthousiasme crurent que le temps propice était arrivé.
À une assemblée du comité de régie, tenue le 13 juin 1879, à l’Institut-Canadien, M. Octave Lemieux suggère l'idée que la
Société Saint-Jean-Baptiste invite les différentes Sociétés Saint- Jean-Baptiste des Etats-Unis et du Canada à venir à Québec pour la fête du 24 juin 1880.
A cette fin, il est proposé par M. Philéas Iuot, secondé par M. Octave Lemieux et résolu :
« Que l’année prochaine, le 24 juin 1880, la Société Saint- Jean-Baptiste réunisse, dans celte ville, les sociétés sœurs du Canada et des Etats-Unis, en une Convention Nationale, et que des mesures soient prises immédiatement pour atteindre ve but. »
A l'assemblée générale du 22 juin 1879, tenue à la Salle Jacques-Cartier, ce projet est soumis et ratifié à l'unanimité, par la résolution suivante. Proposé par M. Philéas Iuét, secondé par M. Amédée Robitaille :
« Que le comité de Régie prenne les mesures nécessaires pour que, dans l'année 1880, s’il est possible, il y ait une Convention Nationale des Canadiens-Français à Québec, et que tous les Canadiens-Français des Etats-Unis et du Canada soient convoqués en assemblée pour prendre en considération les meilleurs moyens de conserver intactes nos inslitutions, notre langue et nos lois. »
A l’assemblée générale annuelle du 1° septembre 1879, tenue à l'Hôtel-de-Ville, pour l'élection des officiers pour l'année 1879-80, M. Théophile LeDroit propose, secondé par M. Jules Tessier, et il est résolu :
« Que le président-général, le président adjoint, les viceprésidents des sections, le secrétaire-archiviste, le commissaireordonnateur, le trésorier-général et leurs assistants, forment le comité chargé d'organiser la Convention des sociétés canadiennes-françaises qui se réunira à Québec pour célébrer notre
fête nationale, le 24° juin prochain (1880) ; que ee comité a le pouvoir de s’adjoindre d'autres membres et devra faire rapport. »
Tel fut le point de départ de toute l’organisation. Une fois cette détermination prise, l’on se mit résolument à l’œuvre.
Le comité de régie comprenant l'étendue de laresponsabilité qu'il avait assumée chercha de suite les moyens de la faire partager par les citoyens de Québec. Pour y parvenir, il engagea le comité d'organisation, qu'il venait de nommer, à s’adjoindre des membres choisis parmi les hommes les plus marquants de Québec et de Saint-Sauveur : dans les professions libérales, le commerce, l’industrie et dans la classe ouvrière.
Le Comité d'organisation dont nous venons de parler, se réunit pour la première fois le 15 septembre 1879. Il nous est impossible de donner, dans cel ouvrage, même un résumé des travaux qu'il a accomplis. Qu'il suffise de dire que ce comité s’est réuni vingt-trois fois ; qu’il a compté parmi ses membres un très grand nombre de nos concitoyens, dont nous publions les noms dans la quatrième partie de cet ouvrage ; que dans ces longues et laborieuses séances furent étudiés, discutés tous les nombreux projets qui furent plus tard soumis au comité de régie ; qu’enfin la société a trouvé en lui un précieux auxiliaire qui a contribué à rendre notre entreprise populaire et nous a valu de puissantes et chaleureuses sympathies. Ce comité se réunissait deux fois par mois, le lundi, el servait d'intermédiaire entre le public et la Société Saint- Jean-Baptiste. Ses suggessions, recueillies dans des rapports, élaient soumis au comité général de régie qui, responsable de toute l’entreprise, les acceptait, les modifiait ou les jugeaient en dernier ressort. Ces attributions, mal définies du
reste, furent souvent le sujet de discussions très-vives au sein des deux comités. 11 suffit de réfléchir un instant pour comprendre que le comité général de régie, tout en demandant et acc plant avec reconnaissance le concours éclairé du public, ne pouvait renoncer au contrôle absolu d’une entreprise dont en définitive il porterait seul la responsabilité et paierait les frais.
Le comit ‘organisation fil adopter, par le comité de régie, certaines mesures préliminaires qui eurent une heureuse influence sur tout le travail d'organisation.
11 fut convenu : 10 Que la Société Saint-Jean-Paptiste lancerait un manifeste annonçant la démonstration et demandant le concours de toutes les sociétés canadiennes-françaises ; 20 Que des démarches seraient faites auprès de Mgr l’Archevèque et de nos Seigneurs les Evêques de cette Province pour leur demander leur haut patronage et afin d'obtenir l’aide et l'appui du clergé ; 30 Enfin, que pour rendre le travail plus prompt et plus facile, il serait nommé plusieurs comités permanents, aussi effectifs que possible,
Le 24 septembre, un sous-comité, composé de MM. Arthur Vallée, Alfred Dion, Michel Fiset, J. P. Tardivel, C. J. L. Lafrance et H. J. J.-B. Chouinard, fut chargé de rédiger le manifeste dont il est parlé plus haut. Ce manifeste, préparé par M. Chouinard, fut approuvé par le sous-comité ; approbation qui fut ratifiée par le comité d'organisation dans sa séance du 20 octobre, où des remerciments furent votés au sous-comité et en particulier à l’auteur,
MANIFESTE DE LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE QUÉDEC.=— PROJET D'UNE CONVENTION CANADIENNE-FRANCAISE À QUÉBEC.
« La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec se prépare à célébrer notre fête nationale, le 24 juin prochain, avec une splendeur inaccoutumée. Cédant au désir exprimé par un grand nombre de ses membres les plus dévoués, elle entreprend de réaliser cette année un projet qui, depuis longtemps, fait le sujet de nos entretiens : celui de réunir à Québec une Convention de toutes les sociétés nationales canadiennes-françaises, répandues non seulement dans la Province de Québec, et toute la Puissance du Canada, mais jusque dans les parties les plus reculées des Etats-Unis.
«Le comité de régie de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, croit devoir attirer l’attention de tous nos concitoyens d'origine française sur l'importance et la nécessité d’une pareille démonstration, et sur les considérations élevées qui doivent nous engager à travailler pour la faire réussir.
«Rappelons d'abord l’origine de notre société, et le but de ses fondaleurs.
«C'était en 1834, au plus fort de la lutte que soutenaient nos pères pour nous conquérir les bienfaits du gouvernement responsable et notre part légitime d'influence dans la politique, la distribution des deniers publics et des emplois, lutte qui devait se terminer par les événements de 1837-1838. Jamais nous n'avions eu autant besoin d’union et de concorde, et jamais non plus nous n’avions été dans une nécessité aussi impérieuse de montrer que nous avions pour nous le droit et le nombre. C'est à ce moment critique de notre histoire que nos compatriotes, s'inspirant des souvenirs de la domination française et des traditions joyeuses de la Saint-Jean, autrefois chômée par nos aïeux, d’un commun accord choisirent saint Jean-Baptiste pour patron, et célébrèrent pour la première fois à Montréal, le 24 juin 1834, la fête desaint-Jean-Baptiste. De ce jour on peut dire que saint Jean-Bapliste a été publiquement reconnu comme le patron de notre nationalité, et de ce jour date aussi la fondation de notre société uaRonsIe.
QUnir entre eux tous les Canadiens-Français afin de leur donner la force nécessaire pour défendre et promouvoir leurs intérêts les plus chers, telle a été la pensée patriotique qui a déterminé l'établissement de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, en 1834, à Québec, en 1842, et partout où elle s’est implantée depuis.
« Pour s’en convaincre il suffii de lire le deuxieme art'cle des constitutions de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.
« Le but de la Société Saint-Jeen-Baptiste est, au moyen « d’une organisation régulière et permanente :
« D'unir entre eux les Canadiens de tous les rangs ;
« De les faire se fréquenter, se mieux connaître, et par là «s’entr'estimer de plus en plus ;
« De promouvoir, par toutes les voies Jégoles et légitimes, « les intérêts nationaux, scientifiques, industriels ei sociaux de «la masse de la population du pays en général et de cette ville «en particulier...
«D'engager, enfin, ceux qui en feront rartie à pratiquer «mutuellement tout ce que la confraternité, la philanthropie et «l’honneur national preserivent aux enfants d’une mème « patrie. »
«Comme op le voit, le plan des fondoteurs de la Société Saini-Jean-Baptiste, si simple qu’il paraisse, est susceptible de magnifiques développements; aussi, sans jamais cesser d'être pour lous nos compatriotes un point de ralliement, notre Société a-t-elle exercé son influence et son activité sous les formes et dans les sphères les plus différentes. Mais presque toujours elle 2 tenu à honneur de manifester chaque année son existence et sa vitalité en célébrant le 24 juin, la fête de son glorieux patron, par des démonstrations plus ou moins enthoustastes, mais qui n’ont jamais manqué d’avoir du retenlissement. Comme toutes les institutions humaines, la Société Saint-Jean-Baptiste a eu ses jours heureux et ses jours mauvais ; mais elle a triomphé des difficultés et des obstacles, et ceux qui lui ont élé fidèles, dans ses épreuves comme dans ses plus beaux triomphes, ont noblement prouvé l'utilité de sa mission. Non! la Société Saint-Jean-Bapliste n'a pas été une œuvre éphémère inspirée par les événements de la veille pour parer aux éventualités du lendemain.
« Rien de tel n’entrait dans la pensée des fondateurs de celte
pis ess.
ible sser
ous ais que èle ins enété auet ses sa ne pur
pairiotique association. An contraire, ils ont assis leur œuvre sur des bases larges et solides ; et siloin que l'on regarde dans l'avenir, on ne voit pas que leurs successeurs puissent de sitôt réaliser en entier les plans de leurs devanciers. En travaillant à atteindre le but proposé, ils n'auront jama. à se plaindre de ce que les œuvres à occomplir n’offrent pas des éléments suffisants à leur activité et à leur zèle.
« Et quel meilleur argument pourrions-nous apporter au soutien de notre thèse que cet élan irrésislible avec lequel notre peuple tout entier s'est rangé sous les bannières de la Société Saint-Jean-Baptiste, partout où elles ont été arborées ? Dès son origine notre Sociélé s’est, pour ainsi dire, emparée des masses et elle a gardé chez elles une popularité que rien n'a puentamer. Si parfois elle a rencontré de l'indifférence quelque part, elle a toujours eu pour partisan dévoué le peuple, ce fidèle gardien de la langue, et des traditions, qui se conservent et se transmettent mieux qu'ailleurs autour des plus humbles foyers. -
« C'est pour cela que la fête du 24 juin est devenue, dans l'esprit de notre population, une des solennités qui font époque et que l'on se fait.un plaisir, un devoir, un honneur de célébrer. Partout où il s’est trouvé un groupe de Ganadiens- Français un peu considérable, —presque toujours on a vu Ja formation d'une Société Saint-Jean-Baptiste sur le modèle de la nôtre, et le 24 juin chômé comme fête nationale.
«Mais il ne faut pas confondre l'œuvre propre de la Société Saint-Jean-Bapliste, avec la célébration annuelle du 24 juin, qui se fait us ses auspices, et qui n’est que la manifestation extérieure de son existence. Le but que poursuit la Société Saint-Jean-Baptiste ne consiste pas seulement à faire parader dans les rues, avec plus ou moins de pompe, des foules immenses qui se forment en procession, et, au son de joyeuse: fanfares, étendards et bannières déployés, se livrent à des démonstralions bruyantes de leur patriotisme, uniquement pour satisfaire leur vanité personnelle ou leur orgueil national. Pour les vrais patriotes, cette fête a une toute autre signification.
« Ce jour-là, un peuple entier vient, à la face du soleil, affirmer son existence, et déclarer qu'il veut garder son autonomie, sans jamais permeltre que le contact des races qui l’entouæent lui enlève rien de son cachet national et de son caractère. Ce jour-là, un peuple entier oublie ses querelles de famille, les
divergences d'opinion, pour n'avoir plus qu’un cœur et qu'une âme devant l'image adorée de la patrie. Ce jour-là, enfin, tous ensemble, nous Canadiens-Français, nous consacrons quelques heures à faire revivre le passé, pour y puiser des leçons de patience et de force pour le présent et des espérances pour l'avenir. Au milieu des pompes triomphales et des divertissements populaires de celte journée, nous aimons à parler de nos aïeux, de leur vaillance tant de fois éprouvée sr les champs de bataille, de l'indomptable persévérance avec laquelle ils nous ont conquis le libre exercice de notre religion, l'usage de notre langue et le droit de rester français.
« Nous aimons à nous représenter les souffrances et le courage des premiers colons, leurs craintes continuelles des incursions des sauvages, et des desseins hostiles de la Nouvelle-Angleterre; le dévouement des saintes héroïnes, qui ont été et sont encore les premières institutrices de la Nouvelle-France ; les exploits des découvreurs et des coureurs des bois, allant planter le drapeau de la France jusqu'aux extrémités de ce vaste continent,. y rencontrant partout nos missionnaires qui les avaient devancés pour porter les lumières de l'Evangile ; nous rarpelons avec orgueil ces défenseurs intrépides qui ont déployé, dans des luttes non sanglantes, mais non moins difficiles, pour la conquête de nos droits, la même intelligence, le même taleut dont nos pères avaient fait preuve sur les champs de bataille ; et ces hardis défricheurs qui, aujourd’hui comme autrefois, agrandissent notre héritage en faisant de tous côtés reculer la forêt vierge.
« Ainsi comprise, la Saint-Jean-Bapliste c'est la fête de la patrie qui nous rassemble tous aux pieds de ses aulels, comme un joyeux anniversaire réunit autour d'un même foyer les enfants d'une même famille. Tous y sont invités, tous sont appelés à confondre leurs rangs pressés autour de drapeaux et de bannières qui servent de points de ralliement aux pauvres comme aux riches, aux ouvriers et aux artisans comme aux savants et aux hommes d'état.
« En résumé, unir entre eux les Canadiens-Français de tous les rangs ; prêter main-forte à tout ce qui peut contribuer au développement matériel, intellectuel et moral de la nation ; conserver parmi nous le culte du passé et l’amour de notre belle langue ; rappeler souvent au peuple les événements dramatiques de notre histoire et graver profondément dans sa mé-
moire les noms des grands citoyens qui ont aimé et servi la patrie: voilà la mission que la Société Saint-Jean-Baptiste s'est donnée parmi nous.
«Les considérations générales que nous venons de faire nous paraissent suffisantes pour démontrer l'importance et l'utilité de son œuvre au point de vue religieux et national. Mais ne pourrions-nous pas ajouter que— dansla position exceptionnelle où nous sommes placés, perdus, pour ainsi dire, au milieu de populations différentes de la nôtre, par le sang, la langue, les croyances religieuses et à qui le flot sans cesse renaissant de l’émigralion européenne apporte chaque jour des forces nouvelles—nous avons besoin de déployer plus de vigilance et plus Pi 9 pour garder intactes nos institutions, notre langue et nos lois ?
«Pour toutes ces raisons, l’œuvre de la Société Saint-Jean- Baptiste s'impose à l’attention de tous les hommes sérieux qui sont sincèrement dévoués à la cause de notre nationalité. Aussi, l’un des écrivains les plus sympathiques à notre race, M. Rameau, n’a-t-il pas craint de dire que la Société Saint- Jean-Baptiste poursuit une œuvre éminemment utile. Non content de lui prodiguer ses éloges, dès 1859, il exprimait l'espoir qu'un même lien unît un jour tous les groupes canadiens-français, dispersés sur le continent américain, et les rassemblât de temps à autre pour célébrer notre fête nationale. Ce rêve d’un de nos plus fidèles amis s'est en partie réalisé, le 24 juin 1874, qui vit réunis à Montréal des délégués venus de toutes les parties de la province de Québec et des Etats de la Nouvelle-Angleterre. Après avoir célébré la fête nationale avec une splendeur inonie, après avoir délibéré ensemble dans une convention où furent discutées des questions d’une haute importance pour notre nationalité, au moment de se séparer, ‘ls exprimèrent le désir de se revoir bientôt pour célébrer encore ensemble la Saint-Jean-Baptiste sur les bords du Saint-Laurent.
« Ce que nos amis de Montréal ont fait avec honneur et avec
éclat pour le nom canadien-français, en 1874, nous avons en- .
trepris de le faire, à Québec, le 24 juin prochain.
«Nous n'avons pas ici à démontrer combien ces conventions nalionales nous sont avantageuses: leur importance et leur utilité n’échappent à personne. Qu'il nous suffise de dire qu'elles rencontrent parfaitement les vues des fondateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste. Rien, en effet, ne peut con-
up
tribuer davantage à unir entre eux tous les Canadiens-Français. Et quel agent pourrait mieux que ces grandes assises de la nation, et avec une puissance plus irrésistible, promouvoir les intérêts les plus chers de notre nationalité ? On ne saurait trop le répéter : l'association centuple les forces des individus, et ce moyen tout puissant d'action, nous nous devons à nous-mêmes de l'utiliser à notre profit.
«Mais en dehors de cet argument d’une application générale, il est d’autres raisons qui nous engagent à réunir ure convention des sociétés nalionales dans les murs de Québec. D'abord, nous ne faisons, en cela, que continuer une œuvre commencée depuis longtemps, toujours accueillie avec enthousiasme, et appelée à produire les plus précieux résultats. Mieux que personne, nos compatrioles établis aux Etats-Unis en ont fait l'heureuse expérience, et lestravaux accomplis par leurs conventions franco-canadiennes depuis trente ans sont là pour le démontrer.
« De plus, une assemblée de ce genre, convoquée dans nos murs, fournirait à un grand nombre de nos compatriotes l'occasion de visiter Québec, qui revendique avec orgueil l'honneur d’avoir été le berceau de notre nationalité. L'histoire, Ja tradition et les souvenirs, les monuments, tout contribuerait à donner à une fête de ce genre, célébrée à Québec, un caractère particulier de grandeur el de majesté. Peut-être celle rencontre de frères et d’amis, venus de si loin pour chôr:er un joyeux anniversaire, aurait-elle pour effet, non-seulement de resserrer les liens qui nous unissent, mais encore d'amener la création d'œuvres durables ; par exemple l'établissement d’une grande ligue enrôlant, sous les drapeaux de la Société Saint-Jean- Baptiste, tous les membres épars de la grande famille francocanadienne, etayant pourinterprète un journal uniquement consacré à l’étude des questions d'intérêt général pour notre Société,
« Qui peut dire les œuvres importantes qui pourraient naître de ce mouvement enthousiaste de tout un peuple? Peut-être des mesures énergiques qui délermineraient nos frères, disper-
.sés dans les autres provinces britanniques et aux Etats-Unis, à prendre une part plus grande, plus active, dans les affaires publiques, à favoriser davantage l’agriculture, la colonisation, de préférence au commerce, comme carrières recommandées à nos compatriotes. La cause sacrée de l'éducation gagnerait aussi beaucoup aux délibérations de notre peuple ainsi assemblé, et cette belle langue française que nous aimons parce
qu’elle est harmonieuse et riche et parce que nos mères nous l'ont apprise, ne serait-eile pas notre unique interprète dans une pareille démonstration ? Oui, nous la parlerions avec amour cet avec fierté, et tous ensemble nous a'aurions qu'une voix pour proclamer que, dans loutes les familles canadiennes, elle doit règner en souverai. « , comme langue du foyer domestique. Sans méconnaître les droits d'autres idiômes, dont personne parmi nous ne conteste la valeur et lutilité, nous décréterions qu'à elle appariient la place d'honneur dans nos écoles, et notre peuple s’attacherait avec une ardeur nouvelle à conserver et à transmettre à la postérité la langue française, la langue \e nos aïeux. Nous conserverions de cetle réunion le souvenit que l’on garde d'une fête de famille; nous en reviendrions pénétrés de sentiments patrioliques, etconvaincus que la concorde, un travail incessant et que rien ne rebule, sont pour noas les plus sûres garanties pour notre avenir.
« La ville de Québec a des titres incontestables à l'honneur d'être choisie comme siège d'une convention des sociétés palionales canaliennes-françaises. N'est-ce pas elle, en effet, qui la première a vu se dérouler sur nos rivages le drapeau de la France, planté par Jacques-Cartier et Champlain ? N’a-t-elle pas été le centre bienfaisant, d’où la foi, la science et la charité ont d’abord rayonné sur tout le continent américain? C’est d'ici que nos missionnaires partaient pour aller évangéliser les Sauvages ; et c'est ici que, brisés par les privations, par les faligues, par les souffrances d'une vieillesse prématurée, où par les lourments inachevés du mariyre, ils venaient chercher le repos dans la {tranquillité ou dans la mort. C'est d'ici que s’élancèrent ces intrépides explorateurs, ces soldats courageux el ces défricheurs non moins intrépides, qui agrandissaient en tous sens le domaine de la France et de l'Eglise.
«Quand la fortune de la guerre menaçait d'ensevelir le drapeau blane sous les ruines de la colonie, c'est encore sur Québec que nos armées, écrasées par le nombre, se repliaient avec conliance pour tenter une dernière chance de salut. Toute notre histoire n'est-elle pas là pour témoigner du courage et de la patience avec lesquels ses habitants ont supporté les rigueurs du climat, la misère inévitable des établissements nouveaux, la famine et l'incendie, les souffrances de la guerre et des sièges plusieurs fois soutenus, et les sacrifices de tout genre si généreusement accomplis? Depuis, Québec n'a pas cessé
d'être, pendant près d’un siècle, un véritable champ de bataille où, dans des passes d'armes plus dangereuses que la lutte à main-armée, nos grands citoyens ont combattu pour nous conserver notre caractère distinct, et revendiquer les droits et les privilèges qui nous étaient garantis par les traités.
«Ces remparts, ces monastères, ees établissements de bienfaisance et d'éducation, ces églises vénérables, si souvent visitées par nos pères, et jusqu'à l’aspect sévère et modeste des constructions d’un autre âge, tout contribue à donner à la vieille cité e Champlain un cachet particulier de grandeur. Comment, en effet, ne pas se sentir ému quand on songe que chacune des pierres de ces monuments, ehaque parcelle de celte terre, garde le souvenir de luttes glorieuses et d'évépements remarquables, ou de vies consacrées tout entières à servir Dieu et la Patrie. Quelle voix plus éloquente que ces souvenirs pourrait nous rappeler que css glorteuses traditions sont la portion la plus précieuse de natre héritage, et que nous devons la conserver et l'accroîitre dans la mesure de nos forces, sans jamais permettre qu’elle soit dépréciée ni amoindrie ?
« C’est avec ces sentimerts que la Société Saini-Jean-Baptiste de Québec s'adresse à tous les Canadiens-Français pour les convier à une fête destinée à nous réunir à Québec, en juin prochain, pour célébrer ensemble la Saint-Jean-Baptiste, Tous vous y êles invités. Vous, d’abord, qui habitez la grande vallée du Saint-Laurent, cette patrie naturelle de la famille canadienne-française ; vous, surleut, qui, conduits par la Providence, avez fondé partout, au milieu de populations étrangères à votre foi, à votre langue, à votre sang, comme autant de Frances nouvelles, sans avoir pour eela oublié la paroisse du Canada, que vous avez quittée dès Penfance ou qu'ont habilée vos aïeux. Fous, vous vous rendrez à notre invilation, ou, si trop longue est la distance qui vous sépare de nous, si les chemins sont trop difliciles, vous nous enverrez des représentants. Vous viendrez de toutes parts pour témoigner à l'univers des prodigieux accroissements de la famille canadienne, dispersée du golfe Saint-Laurent aux grands lacs, et jusque dans les solitudes du Nord et de l’Ouest, depuis les fertiles vallées du Mississipi et de l'Ohio jusque dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, Vous viendrez, enfin, Acadiens courageux et fidèles, race indomptable que ni la guerre, ni la proscription n'ont pu courber ni détruire : rameau plein de
sève, violemment arraché d’un grand arbre, mais qui renaît et refleurit au soleil de la liberté. Tous ensemble nous célèbrerons la Saint-Jean-Baptiste par des réjouissances dont Québec gardera le souvenir. Suivant la louable coutume établie pour toutes nos fêtes, la première partie de celte grande démonstration sera consacrée par un acte public de religion. Après avoir accompli ce devoir de la reconnaissance pour les bienfaits reçus. après avoir imploré les bénédictions du ciel, nous déroulerons au vent nos drapeaux et nos bannières dans une procession immense, dans laquelle figureront des allégories et des emblèmes destinés à rappeler quelques-unes des plus belles pages de notre histoire. Dans ce déploiement des forces de la nation, il y aura place pour tous, pour ceux dont Ja science, les talents, l'illustration, le mérite, font honneur à notre nationalité, et pour les plus humbles, mais surtout pour cet élément si nombreux et si important dans la famille canadienne, la foule des ouvriers, des artisans, des travailleurs, dont le labeur intelligent et infatigable nous enrichit, et nous élève dans l'estime de nos concitoyens. L'avenir dira comment nous terminerons nos réjouissances, et quel sera le programme complet de eette démonstration.
«Canadiens-Français ! c'est à vous maintenant de répondre à notre appel: c'est à vous qu'il appartient de décider .du succès de cette journée.
«Citoyens de Québec ! voilà le projet de la Société Saint- Jean-Baptiste ! À vous, maintenant, de nous aider à l’exécuter.
« Si le succès couronne nos efforts, vous aurez contribué à une œuvre nationale qui fera honneur à la vieille cité de Champlain : vous aurez bien mérité de la patrie et de notre nationalité,
« Québec, 14 octobre 1879.
« Pour le Comité de Régie de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec :
« Le Président, « J. P. RuéauMe.
« Le Président-Adjoint,