‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 22 sur 212 · S. LESAGE · texte numérisé non relu

S. LESAGE

« Le Commissaire-Ordonnateur,

QJ, N, Duquer. »

« Le Secrétaire,

« ALpn, Pouxior.

C’est ici le lieu de parler, pour la première fois, de la dette de reconnaissance que la Société Saint-Jean-Bapliste de Québec a contractée envers la presse de tout le pays, les journaux français des E ‘Tnis, mais plus particulièrement envers les journaux de Qu :. Nous enregistrons ici avec orgueil le témoignage flatleur que la presse de cette ville rendit à notre manifeste, en le reproduisant avec éloge d'abord, et ensuite en l'imprimant à sept mille exemplaires, dont elle fit cadeau à la Société, Grâce à celte générosité, il nous fut possible de répandre parloutce document dont la distribution donna à nos projets un immense retentissement en Canada, mais surtout aux Etats-Unis. Voici les noms des journaux à qui la Société vota des remercimen(s en celle circonstance : Le Morning Chronicle, Le Canadien, Le Journal de Québec, Le Courrier du Canaux, L'Evénement, L'Eclaireur, Le Nouvelliste et Le Quotidien, de Lévis,

NI

Le comité d'organisation, puissamment encouragé par tous ces témoignages approbateurs, voulut donner à ses projets la consécration du suffrage populaire. Il convoqua. pour le dimanche, 26 octobre 1879, une assemblée publique sur la place Jacques-Cartier, à Saint-Roch, pour exposer ses plans et les faire ratifier par tous nos concitoyens.

Nous empruntons à l'Evénement le récit de cette superbe journée, et quelques-uns des principaux discours prononcés :

« Dimanche, 26 octobre 1879, après les vêpres, une foule considérable s'était portée, place Jacques-Cartier, pour entendre certains orateurs qui devaient lui faire part du projet qu’a

conçu la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec d'inviter les Canadiens-Français du pays, ainsi que ceux des Etats-Unis, à

ette bec aux les l le otre een à la de nos aux vota icle, 1,

de

venir chômer la grande fète nationale à Québec, le 24 juin prochain.

« Cette réz::in est une des plus imposantes, par le nombre et le caractère, dont Québec ait jamais été témoin. On se touchait du coude, et semblable au fluide électrique, un même sentiment, une même pensée de patriotisme, animait cette population enthousiaste, qui est restée trois heures durant à entendre les éloquents discours qui ont éié prononcés par des oraleurs vivement pénétrés de l’avenir de notre race.

«Le temps était superbe, et la démonstration a été un vérilable succès. On porte à 10,000 le nombre des auditeurs, et nous sommes presque convaincu que ce n’est pas encore là le chiffre véritable.

« Le corps de musique de l'Union Musicale a joué, entre chaque discours, de ces airs nationaux, toujours sensibles au cœur du Canadien : Vive la Canadienne, par exemple.

«M. l’échevin J. P. Rhéaume, président de la Société Saint- Jean-Baptiste de Québec et l'un des membres fondateurs de la Société, a ouvert l’assemblée ; il a été salué par les acclamations unanimes de la foule.

«M. Alphonse Pouliot, secrétaire de la Société, a fait lecture de lettres d’excuses de la part des hons. MM. W. Laurier, C. A. P. Pelletier, et de MM. Jos. Shehyn, député de Québec-Est, et A. P. Caron, exprimant leur profond regret de ne pouvoir assister, pour des raisons majeures, à cette assemblée patriotique el toute nationale.

M. J. P, Rhéaume fait l'historique de ‘a Sociélé Saint- Jean-Baptiste depuis sa fondation, qui date 4e 1842 ; il regrette d'avoir à constater que la Société ne présente plus aujourd’hui la même physionomie qu'autrefois. 11 dit que la Société Saint- Jean-Baptiste ne compte ici, à l'heure qu'il est, que trois cents Canadiens-Français au nombre de ses membres ; à son début elle en comptait deux fois autant, quoique les honoraires d'entrée fussent le double, c’est-à-dire une piastre par tête. Cette apathie est dûe aux rivalités politiques qui divisent notre race et qui menacent de l’éteindre. Le temps est venu d'écraser la tête de l’hydre de la discorde qui règne entre nous, et pour accomplir ce noble projet il compte sur le patriotisme de tous les Canadiens-Français. 1] annonce à l'assemblée que si le hasard le porte vers la Convention, qui aura lieu le lendemain de la grande fête, son premier devoir sera de soumettre à cette

Convention pour les Canadiens-Français un projet demandant une juste part dans la distribution du patronage et des emplois publics en cette province. La fête que se propose de célébrer la Société Ssint-Jean-Baptiste de Québec est une œuvre purement nationale ; il compte pour en assurer le succès sur le patriotisme de tous les véritables amis du pays.

« L’honorable M. Chapleau annonce à l'assemblée qu'il ne croyait pas pouvoir répondre à la gracieuse invitation de la Société Saint-Jean-Baptiste, car hier soir encore il était à Ottawa, mais le hasard a voulu qu'il fût à Québec à temps pour être témoia de l’une des plus imposantes démonstrations patrioliques qu’il lui a été donné de voir dans le cours de sa vie publique. Que c’est beau ! a-t-il dit, de voir une fois dans Ja vie, tout un peuple se diriger vers un même endroit. Qu'il est beau de voir l'élément canadien-français se réunir dans une commune idée; d'entendre une nation, Gui sera grande bientôt, dire : «Je veux cela et je l'aurai.» Quoique citoyen de la ville de Montréal, il est forcé d'admettre que Québec est la ville canadienne-française par excellence, qu’elle est la seule qui ait conservé au milieu de nos luttes politiques ce cachet rational qui la distingue de la ville de Montréal. Parlant de nos divisions politiques, il eut un mot superbe : «Que sont les opinions politiques devant la nationalité ? »

«Il annonce que nos frères de Montréal viendront en grande députation jouir du spectacle grandiose de ce saint pèlerinage de la nation, et hier encore, nous a-t-il dit, il écoutait un de nos compatriotes de Bytown dire à haute voix, parlant à l’un de ses compagnons : «Nous irons.» L'émigration de nos compatrioles aux Etats-Unis, a-t-il ajouté, ne présente pas un danger réel pour notre race, il croit plutôt que c’est là l'œuvre de la destinée, et il répète les paroles de M. Rameau, l'écrivain le plus sympathique à notre race, qui a écrit que la présence des Canadiens-Français aux Etats-Unis était une preuve indéniable de notre vitalité.

QIÏl croit à l'avenir de notre sation, car elle est imbre d’une force de coalition qui empêchera toujours les divisions politiques ou autres de l’opprimer. Le Canadien-Français, toujours généreux, ne réclame que sa juste part au foyer du travail. 11 désire qu'il y ait toujours union parmi nous, et cette union n'est possible qu'à condition qu’il y ait entente parfaite entre tous les membres de la famille canadienne-française.

Quand, en 1837, on a voulu nous opprimer, s’est écrié l’hon. M. Chapleau, nous nous sommes soulevés. Nous manquions d’air et de liberté, et, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, nous avons troué de nos balles le drapeau anglais pour jouir de cet air et de cette liberté qui nous manquaient. Les pères de la confédération ont dit que nous étions la perle de ce pays ; celte perle doit être précieuse aux yeux de tous les Canadiens- Français, etilne tient qu'à nous de la conserver. Les provinces maritimes et celle d'Ontario travaillent lentement mais sûrement à leur avancement, la province de Québec ne doit pas rester en arrière dans la marche progressive du pays. Ce que je veux, a dit l’hon. M. Chapleau, en terminant, c’est l’union, la conciliation. Continuons ensemble les nobles traditions de nos pères, el l'avenir nous récompensera des sacrifices du présent. L'ordre fait l'union et l’union fait la f.rce. Entendons-nous, et l’union sera toujours la force dans la province de Québec.

«M. Charles Langelier explique les raisons qui ont empêché l'hon. M. Laurier d'assister à cette belle démonstration, et il annonce qu'il est délégué par lui pour le représenter et faire part aux citoyens de Québec de son ardent désir d'encourager par tous les moyens à sa disposition ce beau mouvement national. Il dit qu'il fait bon, après les luttes politiques que nous venons de traverser, de voir le peuple canadien-français réuni pour une même idée : chômer la fête patronale des Canadiens-Français. Où peul-on mieux parler de patriotisme qu’à Québec ? cette vieille cité qui est demeurée essentiellement française, malgré ses malheurs. Le but que se propose la Société Saint-Tcan-Baptiste de Québec est le plus louable, et pour accomplir pareil projet il ne fallait rien moins que la ville de Québec et ses généreux habitants, qui ont su conserver comme des reliques sacrées les nombreux monuments historiques qui constituent la plus belle page de notre histoire et protègent notre belle langue, nos nobles institutions, l’orgueil des Canadiens-Français. Il désire lui aussi l'union et la con-

ciliation, et il affirme que le moment est arrivé pour accomplir celte grande mission.

«M. L. G. Desjardins, M. le Dr Fiset, M. J. B. Caouelte, prennent successivement la parole.

«M. J, N. Duquet, commissaire-ordonnateur, fait connaître

quelques-uns des projets de la Société, et termine en faisant un chaleureux appel aux citoyens de Québec.

« On a ensuite adopté les résolutions suivantes :

« Résolu.—Que les citoyens de Québec ont appris avec une vive salisfaction, la détermination prise par la Société Saint- Jean-Bapiiste de Québec d'inviter, pour la célébration de la fête de notre glorieux patron, le 24 juin prochain, les différentes sociétés nationales du Canada et des Etats-Unis, et de tenir ensuite, à l'exemple de celle qui a eu lieu à Montréalen 1874, une grande Convention où seront discuiées les questions les plus importantes pour la nationalité canadienne-française, et que celte assemblée exprime l'espoir que tous les ciloyens de Québec rivaliseront de zèle, afin d'assurer à cette œuvre patriotique, qui doit produire en même temps les résultats les plus avantageux pour cette ville en particulier, le plus grand succès possible.

«Réscelu.—Que le projet de réunir à Québec pour la célébraiion de la Saïct-Jean-Baptiste, le 2% juin prochain, les différentes sociétés nationoles disséminées par ‘out le Canada et sur loute la surface des Etats-Unis, doit produire les résullats les plus désirables pour le pays en général et cette province en particulier, et qu'il est du devoir el de l'intérêt des marchands, industriels et de (ous les chefs d'établissement, qui ont à cœur l'avenir de la race canadienne-francaise, de prendre de suite l'engagement d'accorder pour la circonstance, au moins un jour de congé à leurs employés respectivement, afin de leur permetire de prendre une part active à cette grande démonstration.

«Toute l'assemblée, musique en têle, a reconduit le président chez lui où il est entré au milieu des plus enthousiastes vivais.

« Ainsi s'est terminée cette belle démonstration. »

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