CHAPITRE IV
LES APPROCHES DE LA FÊTE.—BÉNÉDICTION DE BANNIÈRES A SILLERY. — DISCOURS DE M. CHAPAIS.—LE 23 JUIN.
Pendant nos travaux d'organisation, notre Société reçut à deux reprises des députations de sociélés-sœurs qui venaient
à Québec préparer l'arrivée des corps qu'elles représentaient.
C’est ainsi que nous reçûmes tour à tour la visite de M. A. Robidoux, du Moniteur Acadien, de Shédiac, N. B. ; une dépu- {ation de Montréal, composée de l'hon. T. J. J. Loranger, président, Jérémie Perreault, trésorier, et CG. Leblanc, commissaire-ordonnateur.
Notre Société crut devoir charger, en février 1880, son président. M. Rhéaume, d'aller à Montréal et à Ottawa, dans l’intérèt de la fête.
M. Rhéaume rapporta de son voyage de chaleureux encouragements et une souscription de $219.50, fournie par Montréal et Ottawa.
Plus tard, en mai, MM. J. P, Rhéaume, À. Pouliot et H. J. J. B. Chouinard furent délégués aux Etats-Unis, pour aller régler des difficullés et des malentendus qui s'étaient élévés dans quelques localités. M, Chouinard, retenu par les préparatifs de la Convention, n'avait pu faire avec eux le voyage. Les deux délégués visitèrent Fall River et Worcester, dans le Massachuselts ; Woonsockett et Providence, dans le Rhode Island ; et
reçurent partout un accueil empressé. Malheureusement leur mission n'eut pas les heureux résultats qu'on en attendait.
A deux reprises différentes, notre Société délégua son président. avec quelques officiers et nos députés de Québec, auprès de l'honorable H. L. Langevin, ministre des Travaux Publics, pour oblenir que les travaux d’embellissement Dufferin fussent poussés avec vigueur, et terminés avant notre fête; et aussi que les gouvernements fédéral et local s’entendissent, afin de profiter du concours de peuple attendu, pour établir des bureaux officiels de renseignements et de distribution de documents publics, de nature à éclairer nos compatriotes sur les ressources de notre pays, et sur les avantages qu'il offre à ceux qui veulent s’y établir. Semblables démarches furent faites auprès du gouvernement local, et dans toutes ces circonslances, nous n’avons eu qu’à nous féliciter de l’accueil cordial qui nous a élé fait, et de l’empressement avec lequel on s'est rendu à nos demandes.
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De toutes les sociétés nationales, fondées à l'occasion des fêtes de Québec, il en est une dont l’organisation s’est faite sous des auspices particulièrement heureux. Nous voulons parler de la Société Saint-Jean-Baptiste de Saint-Colomb de Sillery.
Fondé en 1637, dans un site enchanteur, par le commandeur Noël Brulart de Sillery, qui lui a légué, avec son nom, une mémoire toute embaumée du parfum de ses vertus chrétiennes, Sillery a vu tour à tour camper sur ses rivages les Jésuites plus particulièrement voués aux missions, et dont
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plusieurs allèrent au loin sceller de leur sang la prédication évangélique, tandis que les autres revinrent souvent dans ce lieu charmant, pour se reposer et retremper leurs forces, avant de courir à des conquêtes nouvelles, —les Religieuses Hospitalières qui l'habitèrent pendant quatre ans,—et les premiers sauvages chréliens que l’on ait (enté d’assujétir aux usages et aux mœurs de notre civilisation.
Contemporain de Québec au berceau, et intimement lié à sa fortune, Sillery garde l'empreinte et le souvenir de la domination franeaise et des religieux desseins de son fondateur, dans cette paroisse fortement constituée, dont rien n’a pu entamer l'organisation, dans ces vestiges de forts, dans ces traditions guerrières qu’exhalent ces champs fertiles, théâtre de combats ; et surtout dans ces restes d'église, de monastères et de maisons religieuses, souvenirs de la piété et des vertus de ses premiers habitants, précieusement conservés au milieu de la forte race canadienne-française qui l’habite encore. A côté de la grande et noble figure du commandeur, qui plane sur cette ville naissante, on voit briller la sainte et douce image du vénérable Père Ennemond Massé, le premier des Jésuites missionnaires en Acadie et dans la Nouvelle-France. Ses dépouilles mortelles reposent dans cette paroisse, entourées du respect filial de tous, protestants comme catholiques. Un monument empreint tout à la fois de grandeur et de simplicité marque l’endroit où l’on a retrouvé ses cendres, sur l'emplacement de l'église des Jésuites.
La découverte des ossements du Père Massé, en 1870, et l'érection de ce monument, ont profondément remué cette
population généreuse, et ont ravivé dans son cœur le culte du passé et le sentiment de la nationalité.
Aussi, lorsque des démarches ont été faites pour engager les paroissiens de Sillery à s'associer à notre grande démonstration de Québee, ils ont accueilli notre projet avec une spontanéité, un enthousiasme qui présageaient les plus beaux résultats.
Le 45 février 4880, le Rév. M. Drolet lisait, du haut de chaire de Sillery, l'appel de la Sociélé Saint-Jean-Baptiste de Québec. Une quinzaine de paroissiens s'assemblaient chez le maitre d'école, M. J. B. Gilbert, et décidaient la création d'une société nationale. Deux jours après, avait lieu l'assemblée générale dans Jar elle eelle association élait définitivement organisée. Les elections portèrent à la présidence M. Gilbert, l'inspirateur et le véritable fondateur de la Socicté, et qui a joué un rôle important dans l'organisation de la fête de Sillery. Connaissant bien notre histoire, il avait, pendant ses quatre ans de séjour à Sillery, où ilremplissait les humbles fonctions de maître d'école, étudié les origines de la paroisse, ses traditions, ses vesliges à demi effacés de la domination française ; il s'était épris d’un véritable culte pour la mémoire des saints missionnaires qui l'avaient habitée. L'idée lui vint de les faire revivre aux yeux de tous, en instituant une Société Saint-Jean-Baptiste dont le but serait d'exalter, dans leur personne, les Jésuites martyrisés dans la Nouvelle-France. C'était, en même temps, une œuvre de reconnaissance, et une prolestation contre les persécutions violentes dont leurs successeurs étaient menacés, et qu'ils ont subies depuis dans notre ancienne mère-patrie.
Les habitants de Sillery applaudirent avee enthousiasme aux projets de M. Gilbert. Leur digne curé, le Révérend M. Drolet, s’associa de tout cœur au mouvement de ses paroissiens. En quelques semaines, une souscription réalisa sept
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cent soixante piastres (8760.00). M. Gilbert traça lui-mème le plan de deux bannières et des insignes pour la nouvelle société, Nous donnons ailledrs (1) la description complète de ces bannières aux couleurs rouge et or, emblème et couleur des mar- {yrs.
Ces bannières, dont rien n'égale la richesse, et ces superbes insignes, sont de véritables merveilles d'art qui font honneur à Ja fois au talent, au bon goût et à la générosité des révérendes Sœurs de Jésus-Marie, de Sillery, qui les ont exécutés sans vouloir rien accepter pour prix de leur travail.
Le dimanche, 20 juin 1880, à l'issue des vêpres, avait lieu, dans l’église de Saint Colomb de Sillery, la bénédiction solennelle des bannières de la nouvelle société, Un magnifique discours était prononcé par le révérend M. Ls Pâquet, qui avait pris pour texte ce passage de l'Evangile : « Que pensezvous que sera cet enfant? car la main de Dieuest sur lui ; » dontil faisait l'application au peuple canadien.
Après les vêpres, la procession se formail, ayant en tête la fanfare de l'Union Musicale de Québec ; le président de la Société, M. Gilbert ; à sa droite, Son Honneur le lieutenantgouverneur de Québec, qui rehaussait de sa présence cette magnifique démonstration. Puis, venaient les officiers de la Société, avec lances, haches d'armes, maréchaux, escortant les bannières ; ensuite les membres de la Société, marchant deux par deux, au nombre de quatre cents ; enfin, les paroissiens, hommes, femmes, enfants, dans leurs plus beaux atours, la figure rayonnante d'orgueil et d’enthous'asme. I]
faut avoir assisté à cette fête pour se rendre compte du carac-
(1) Voir la quatrième partie de cet ouvrage.
tère émouvant de cette évocation de notre passé, que tout contribuail à rendre plus saisissante, et où la beauté achevée du paysage le disputait à la majesté des souvenirs.
Qui ne connaît, en effet, le site enchanteur de Sillery ? L'historien Ferland, pour le décrire, a employé toutes les richesses de son imagination, et l'a peint des plus brillantes couleurs dont un artiste puisse charger sa palette et son pinceau. (1)
(1) Nous empruntons à l’histoire de l'Hotel-Dieu de Québec, par le Rév. M. H. R. Casgrain, pages 95 et suivantes, ce passage de M. Ferland :
‘ De ce point, l’on jouit d’une des plus belles vues qu’offrent les environs de Québec. Vis-à-vis, la côte de Lauzon, avec sa rivière bruyante, ses chantiers, ees nombreux vaisseaux, le terminus du chemin de fer de Richmond, les villages et les églises de Notre-Dame de Lévis, de Saint-Jean Chrysostôme et de Saint- Romuald. A droite et à gauche, le fleuve se déroule sur une longueur de douze à quinze milles, sans cesse sillonné par les vaisseaux qui arrivent au port de Québec ou qui en partent ; vers l’est, le tableau, fermé à plus de douze lieues par le cap Tougmente et par les hauteurs cultivées de la Petite Montagne et de Saint-Féréol, présente successivement la côte de Beaupré,les verdoyants o6teaux de l’Lle d'Orléans, le cap aux Diamants, couronné de sa citadelle et ayant à ses pieds une forêt de mâts; les plaines d'Abraham, les Foulons, avec tout le commerce de bois, Spencer Wood et la résidence vice-royale, l’anse Saint-Michel, se courbant gracieusement depuis la côte de Wolfe jusqu’à la Pointe-à-Puiseaux.
“ Autour de ces lieux se rattachent les souvenirs historiques les plus intéressants de l’Amérique du Nord : le contact de la civilisation françuise avec la barbarie des indigènes; la lutte de deux puissantes nations pour la souveraineté du Nouveau-Monde ; un épisode important de la révolution qui a créée la puissante république des Etats-Unis. Voilà les grands mouvements qui ont tour-à-teur agité ce théâtre resserré. Partout vous y trouverez l’empreinte des pas de quelque personnage remarquable dans l’histoire de l’Amérique: Jacques-Cartier, Champlain, Frontenac, Laval, Phipps, d’Iberville, Wolfe, Montcalm, Arnold, Montgomery, ont tour-à-tour foulé quelque coin de cet espace. Tout près d'ici, dans l’anse Saint-Michel, M. de Maisonneuve et Mademoiselle Mance passèrent leur premier hiver en Canada, avec la colonie qui, sous leur conduite, allait fonder Montréal. Si l’on se tourne vers l’ouest, la vue, quoique moins étendue, rappelle encore de glorieux souvenirs. Là, au détour du Cap-Rouge, Jacques- Cartier établit ses quartiers d'hiver, la seconde fois qu’il hiverna sur les bords du Saint-Laurent. Roberval le remplaça au même lieu, à la tête de sa colonie éphémère. Près de l'embouchure de la rivière Chaudière, se dressaient les tentes des Abénakis, des Etchemins, des Souriquois, lorsque, des côtes de la Nouvelle-Angleterre, ils venaient fumer le calumet de paix aveo leurs frères les
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Pendant que nous contemplions du hant du promontoire de Sillery, le magnifique panorama qui se déroule au regard ravi du touriste, la procession se formait sus la place del’église. Bientôt 2lle s'ébranle au son joyeux de la musique. Le défilé s'opère dans la rue principale, ornée de drapeaux et de verdure, au milieu d’un double rang de spectateurs qui font retentir l'air de leurs joyeuses acclamalions, et des traditionnelles décharges de mousqueterie. Nous faisons halle au monument du Père Massé, où la foule s’est portée en plus grand nombre. De chaleureux discours sont prononcés par M. R. R. Dobell, et par Son Honneur le lieutenant-gouverneur, qui dépose sur le monument une magnifique couronne, offerte par les dames Religieuses de l'Hôtel-Dieu, de Québec, en souvenir du séjour de leurs fondatrices à Sillery, et de l’amitié constante qui les avaient unies à leurs directeurs spirituels, les révérends Pères Jésuites.
Français: la rivière Chaudière était alors le grand chemin qui reliait leur pays au Canada.
‘“ Plus près de la Pointe-à-Puiseaux est l’anse de Sillery, où les Jésuites réunirent les Algonquins et les Montagnais qui voulaient se convertir au christianisme et formèrent une réduction florissante. De là, les lumières de la foi étaient portées par les néophytes au sein des plus profondes forêts ; là venaient s'exercer, pour leurs missions lointaines, les apôtres qui se préparaient à annoncer la bonne nouvelle au pays des Hurons, aux bords du Missisippi ou sur les côtes glacées de la Baie d'Hudson. De là, le Père Druillettes partait pour aller porter des paroles de paix, de la part des chrétiens de Sillery, aux Abénaquis de Kennébékiet aux puritains de Boston. Près de ce lieu, le Frère Liégeois était massacré par les Iroquois, et le Père Poncet fait prisonnier et emmené par ces barbares...
‘ Une chapelle, une résidence pour les missionnaires, un fort, des maisons pour les néophytes, étaient sur le rivage et formèrent un village sauvage sutour duquel se rapprochaient, autant qu’on pouvait le permettre, quelques habitations de Français. La résidence de la famille d'Auteuil était sur le côteau qui s’élève en arrière : et la vénérable dame de Monceaux, belle-mère du procureur-géneral Ruette d'Auteuil, pour satisfaire sa piété, avait obtenu la permission d'habiter
de temps en temps une petite maison qu’elle avait fait construire près de la chapelle, ”
Mais à M. Thomas Chapais était réservé l'honneur de faire le principal discours de la journée, dans la partie civile de la démonstration. Nous avons pu recueillir ce remarquable discours, et nous sommes heureux de le rapporter ici en entier:
«MESsstEuRs,
«Ce monument, sur lequel vous venez de déposer une couronne en témoignage de vénération, de respect et de reconnaissance, parle en ce moment à nos intelligences et à nos cœurs avec une éloquence que ma faible parole ne peut songer à égaler. En même temps qu'il évoque en nous un souvenir du passé, il nous donne un enseignement d'une haute portée, et nous invite à entrer dans un ordre d'idées auquel il est bon de s’arrèter de temps à autre.
«Ce monument, messieurs, dans son muet langage, résume toute une époque de notre histoire. J1 nous reporte à ces temps héroïques où des hommes dévoués laissaient les rivages de leur patrie pour s’en venir fonder ici une patrie nouveile, faite à l’image de l’ancienne, c'est-à-dire catholique et francaise, Ces hommes, en s’éloignant de la France, brisaient des liens qui leur étaient bien chers. Ils disaient adieu aux splendeurs et aux bienfaits de la civilisation, pour s’ensevelir au sein de Ja barbarie ; ils abandonnaient des parents, des amis, pour venir demeurer au milieu de peuplades indisciplinées ; ils renonçaient à la paix, à ta tranquillité, peut-être à la fortune et à lagloire, pour embrasser ici une vie d'inquiétudes, de souffrances et de combats. Et cependant, ils n’hésitaient pas un instant, Animés d'un zèle ardent et d'un religieux enthousiasme, ils sacrifiaient tout sans rezret, et traversaient l'Océan pour venir jeter sur le sol d'Amérique la semence féconde du christianisme el de Ja civilisation. Cette semence, ils durent l'arroser de leurs sueurs et de leur sang. Je n'ai pas besoin de vous raconter l'histoire de leurs luttes et de leurs sacrifices. Vous la connaissez mieux que moi. Vous savez qu'ils ont accompli des prodiges, el tous ceux qui sentent battre dans leur poitrine un cœur canadien-français conservent et conserveront longtemps la mémoire de ces généreuxapôtres : Brébeuf, Lallemant, Jogues, Bressani, de Noue. Ennemond Massé ; de cesnobles femmes: Marguerite Bourgeois, mademoiselle Mance, Marie de l'Incarnation ; de ces vaillants guerriers : Daulac ct
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ses braves compagnons ; de tous ces héros de lo relig'on et de la patrie, qui ont lulté pour le salut des âmes et la gloire de leur race. a NE
« Voilà, messieurs, les souvenirs que doit éveiller en nous la vue de ce monument. Mais il ne suffit pas de se souvenir du passé, il faut surtout comprendre les grandes leçons qu’il nous donne, Lorsque le révérend Père Ennemond Massé,— comme le travailleur qui a fini sa journée, —se coucha dans la tombe pour dormir son dernier sommeil, dans quelle situation se trouvait ce pays? Il était ouvert à toutes les incursions sanglantes des lroquois féroces. Point de paix, point de trève pour ses habitants. Toujours les inquiétudes, les alarmes, la crainte des pièges ou des coups de main, toujours les cris de guerre et le tumulle des expéditions aventureuses. Du côté de la France, une déplorable apathie ; à l’extéricur de la colonie, une guerre barbare ; à l'intérietr, Ja disette, le dénûment, quelquefois, hélas! la discorde. N'y avait-il pas là de quoi désespérer les âmes les plus fortement tremj ées ? Nos ancêtres’ cependant ne se découragèrent pas. Tour à tour pionniers et soldats, ils reculèrent peu à peu les bornes de la forêt, et firent respecter le nom chrétien par les peuplades infidèles, pendant que les apôtres de la foi faisaient pénétrer l'Evangile jusque dans les solitudes les plus lointaines, et couronnaient leur vie en scellant de leur sang la doctrine qu’ils enseignaient.
«Voilà le spectacle qu'offrait le Canada, lorsque le Père Massé mourut à Sillery, le 12 mai 1646. Deux siècles et demi ont passé sur sa tombe, et si le vénérable missionnaire se levait en ce moment de sa couche funèbre et apparaissait soudain au milieu de nous, quel prodigieux changement s’offrirait à sa vue! Il verrait le Canada jouissant des douceurs de la paix et de la civihsation. Il verrait cette pauvre petite colonie, devenue un pays pleia d'avenir ; il verrait cette poignée de colons français, exposée à tous les périls, devenue une nation capable de faire respecter ses droits ; 1! verrait le rêve de sa vie réalisé; l'Evangile connu et pratiqué, la religion florissante, la patrie marchant à grands pas dans la voie du véritable progrès. [l verrait enfin, d'un bout à l'autre de notre pays, la croix triomphante couronner le front de nos églises, de nos
chapelles et de nos institutions de charité, sur les deux rives du Saint-Laurent,
«Ce miracle, messieurs,car nous sommes presque forcés
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de croire que c'en est un, lorsque nous considérons les dangers dontnotre berceau fut entouré, —ce miracle de notre préservation el de notre croissance, à quoi le devons-nous? Ah! je ne crains pas de le dire hautement : nous le devons aux souffrances, aux pénibles travaux, à la vie et à la mort des missionnaires et des martyrs de la foi au Canada. Depuis le moment où Jacques-Cartier, abordant nos rivages, prit possession du sol au nom du roi de France, en y plantant une croix, le Canada français a grandi dans les épreuves. Ce sont ies épreuves qui ont fait de nous un peuple fort, et qui nous ont permis de triompher des obstacles sans nombre semés sur notre route. Et voilà, messieurs, l'ei,=ersnement dont je vous parlais tout à l'heure. Ce monument, élevé à la mémoire d'un missionnaire et d'un confesseur de la foi, nous dit que la loi des grandes œuvres et des nationalités viv ces est la loi du dévouement el du sacrifice. Soyons donc des fils dévoués de la religion et de la patrie. Ne leur marchandons pas nos travaux, nos efforts, les fruits de notre intelligence ou de notre industrie, la sueur de nos fronts et le sang de nos veines. C’est ainsi que nous continuerons de grandir, et que nous conquerrons un rang de plus en plus élevé parmi les peuples glorieux, prespères et respectés.
« Dans quelques jours, messieurs, nous célèbrerons la fête 0" la patrie. Votre Société Saint-Jean-Baptiste, ayant à sa tête la bannière bénite par le prêtre, se dirigera vers un champ célèbre dans nos annales, où elle ira se joindre à toutes Îles autres sociétés franco-canadiennes, Là, en : ‘sence d’une foule immense, unie dans le même sentiment, auns la même foi et dans le même amour, en face d’une nature superbe, dont les magnifiques harmonies ne seront pas plus beiles que l'universelle harmonie des cœurs, à quelques pas de Québec, la vieille cité française, sur les bords mêmes de ce fleuve majestueux dont les Canadiens sont fiers, le chef spirituel de notre race en ce pays, se faisant l'écho de tout un peuple, demandera &u ciel de bénir nos destinée:
«En ce moment, messieurs, toutes les âmes seront à l'unisson, et, dans ce concert patriotique, il n’y aura pas une note discordante. Eh bien! en terminant, voici le vœu que vous me permettrez d'exprimer : Puissions-nous rester unis ainsi, au moins lorsqu'il s'agira de nos intérêts , itionaux et religieux ; car je suis sûr qu'alors nous saurons toujours s£u"'e-
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garder ces grands intérêts, qui trouvent leur expression parfaite dans celte devise souvent répétée, mais loujours belle,
parce qu'elle est toujours vraie: «Nos instilulions, notre langue et nos lois. »
Ces discours terminés, la yrocession se remet en marche pour saluer en passant l'endroit où s'élevait jadis l’hôpital des Dames de l’'Hôtel-Dieu, marqué par une inscription qui le rappelle. Puis, la procession gravit le côteau et revient par le chemin Saint-Louis jusqu’à l’église, où tous se dispersent enchantés de ce qu'ils ont vu et emportant un précieux souvenir de cette journée.
Le 24 juin au matin, dès cinq heures, les paroissiens de Sillery, au nombre de quatre cents, partaient pour les Buttes à Neveu. Ils y assistèrent à la messe, à leur rang, suivirent la procession pendant laquelle leur belle tenue, leurs magnifiques bannières et insignes leur valurent une véritable ovation, et s'en retournèrent pleins d'enthousiasme, mais un peu fati. gués : ils avaient sans cesse marché sous un soleil ardent, de cinq heures du matin jusqu’à cinq heures du soir, et avaient parcouru une distance de plus de six lieues !
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Pendant les huit jours qui précédèrent le 24 juin, Québec présenta le spectacle d’une activité, d'un mouvement extraordinaires. Ce n'étaient partout que travaux de décorations dans les rues, construction d'estrades sur le parcours de la procession, allées et venues d'officiers et de membres de la Société Saint-Jean-Bapliste, mettant la dernière main aux préparatifs de la fête. Sur les Buttes à Neveu, des milliers de promeneurs allaient visiter les constructions considérables
entreprises pour Ja fêle religieuse, et les ouvriers durent prolonger leurs veilles jusqu'au matin, en travaillant à la lueur des flambeaux.
D'heure en heure, des trains arrivaient aux gares du Grand- Troncet du Chemin du Nord, encombrésde passagers, venant de tous les points du Canada cet des Etats-Unis, et dont un grand nombre avaient fait plus de cinq cents lieues pour venir à Québec. Les bateaux à vapeur apportaient eux aussi leurs contingents. Ces flots de peuple, grossis encore le lendemain par l’arrivée des habitants des villages et des campagnes des environs de Québec, envahissent les rues et les places publiques, encombrent les hôtels et Iles maisons des particuliers, Rien ne saurait rendre l'enthousiasme et l'émotion populaires qui allaient grandissant à mesure qu'approchait l'aurore de la fèle, Cet enthousiasme se manifestla surtout le soir, pendant que les corps de musique, échelonnés de distance en distance, ou paradant dans les rues, versaient des flots d'harmonie à celle mullitude avide d'émotions, se promenant à ciel ouvert pour jouir davantage des splendeurs d’une belle et fraîche nuit d'été. Le dernier épisode de la journée fut l’arrivée, vers minuit, des Zouaves pontificaux, qui reçurent une véritable ovation: acclamations, promenade triomphale au son des fanfares et de nos chants canadiens répétés en chœur, pour les conduire à l'École Normale, transformée pour eux en caserne; rien n'a manqué à l'accueil fraternel fait à ce corps d'élite, dont le costume pittoresque et les allures militaires allaient jeter tant d'éclat sur la procession du lendemain.
Bientôt, vers une heure du matin, les derniers bruits de la rue cessèrent, et lout rentra dans le silence et dans le calme
de la nuit.
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