‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 38 sur 212 · MES FRÈRES · texte numérisé non relu

MES FRÈRES

«Lorsque, depuis son berceau, un peuple croyant a marché, sous l'œil de Dieu, dans la voie qui lui a été tracée, il lui faut, pour exprimer la reconnaissance qui remplit son âme, des fêtes nationales, où les espérances de la patrie de la terre s’unissent à celles de la patrie du ciel, dans la même joie et dans les mêmes cantiques. Alors, le peuple se reporte, avec un noble orgueil, vers les souvenirs du passé pour trouver ce qui a fait sa force et sa gloire ; il se réunit dans ses temples ; il fait profession de sa foi ; il offre à Dieu un tribut solennel de religion pubiique, pour reconnaître son empire et proclamer ses droits suprèmes : les élans de sa joie et de sa reconnaissance sont à la fois religieux et patriotiques. Ces fêtes de la religion et de la patrie sont saintes et dignes d’un peuple chrétien.

«Honneur à la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qui, dans le but de promouvoir les intérêts les plus chers de notre nationalité, a organisé et réuni cette grande convention de toutes les sociétés nationales canadiennes-françaises, dans la cité de Champlain {

«Honneur à la Société Saint-Jean-Bapliste, qui a inscrit sur ses bannières ces deux mots, que nous devons graver dans nos cœurs: Religion, Patrie!

«Vous avez noblement répondu à son appel ; vous êtes venus avec joie de toutes les paroisses du Canada, et jusque des parlies les plus reculées de l’Acadie et des Etats-Unis.

«Lève-loi, dans ta beauté et dans ta gloire, noble cité de Champlain! «Lève, autour de toi, tes yeux, et vois : tous ceux- «ci, Les enfants, se sont assemblés ; ils sont venus de loin.»

10) Sa Grandeur Monseigneur E. A. Taschereau, archevêque de Québec; Monseigneur L. F. Laflèche, évêque des Trois-Rivières.

F2 DE F3, Pay À ge es , K 4 Le 7, D SO CS <° € VAN €, ,< 4 32 8?

22 PÉLE — + S ë | 9 RE SO reine =) A EF Z® péatse RSA À F D > É A N 5 A LS ER LS N Cd À, VS N d LS ERP

« Ouvre tes portes à tes fils; ils sont l'œuvre de la main de « Dieu pour le glorifier. Elargis l'enceinte de tes tentes, et «étends les peaux de tes tabernacles ; n'épargne rien pour «l'agrandir ; allonge tes cordages, et affermis les pieux qui «les soutiennent.» (1)

« Venez avec vos insignes, vos chars allégoriques, avec vos nombreuses et brillantes bannières ; entrez avec joie dans ce vieux Québec, où chaque pierre est nn témoin des anciens jours ; venez le premier, vous qui êtes le digne représentant de notre Très-Gracieuse Souveraine ; venez, Puntifes, entourés de l'élite du clergé, vous dont toule la joie est de voir vos enfants marcher dans les sentiers de la vérité et du devoir ; venez, vous qui êtes préposés par l'autorité pour rendre la justice, et vous, législateurs. qui siégez dans les assemblées où s’agitent les plus grands intérêts de la nation ; venez, nobles enfants de la France catholique; venez, grands et petits, riches et pauvres ; venez, familles canaciennes, dont la foi est toujours restée vierge de toute erreur: à l'as set du spectacle majestueux que vous présentez, à vous voir si nombreux et si recueilhs, les montagnes qui entourent d’une magnifique couronne Ja cité de Champlain tressaillent d’allégresse, et tous les arbres du pays battent des mains : «Montes exultalis sicut «arietes, et colles sieui agni ovium» : «et omnia ligna re- « gionis plaudent manu.»

« Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, et vous, sociétés sœurs du Canada, de l’Acadie el des Etats-Unis, je vous salue par ces paroles du Psalmiste: «Ecce quàm bonum et quàm jucupdum habitare fratres inunum. » (2) Ah! que c'est une chose bonne et agréable que des frères soient unis ensemble ! qu'elle est belle cette harmonie des esprits et des cœurs, dans Ja confession d'une même foi, sous l'autorité de l'Eglise de Dieu, la colonne et le soutien de la vérité ! Qu'elle est admirable celte union du peuple canadien qui ne forme qu'un seul cœur et qu'une seule âme: «Cor unum, anima una!» (3)

« Du haut du eiel, qu’ils ont mérité par l'héroïsme de leurs vertus, les saints et les martyrs de notre patrie, suspendant un instant les célestes mélodies de leurs concerts, répèlent

(1) Isaïe, LIV, LX.

(2) Ps. CXXXII, 1.

(3) Act, IV, 32

avec nous les paroles du saint roi: «Ah! que c'est une chose «bonne et agréable que des frères soient unis ensemble ! »

« Mais quel est le but de cette imposante manifestation ? Pourquoi sommes-nous venus ?

«Nous ne sommes pas venus pour faire de la politique ; nous sommes venus pour le service d'une cause plus noble et plus haute, pour nous recueillir sous la main de Dieu.

« Nous sommes venus réciter tous ensemble, pendant le saint sacrifice de la messe, le symbole de la Foi, ce Credo qui a passé sur les lèvres de vos ancêtres, ce Credo catho'ique que les Apôtres ont recueilli de la bouche de l'Homme-Dieu, que les martyrs de notre patrie ont scellé de leur sang, et que nous avons appris sur les genoux de nos mères chrétiennes.

«Nous sommes venus, dans le but de nous unir, pour contribuer au développ:ment matériel, intellectuel et moral de la nation ; de conserver parmi nous le culte du passé, l'amour de notre belle langue ; de nous rappeler les événements dramaliques de notre histoire, et de graver profondément dans notre mémoire les noms des grande citoyens, qui ont aimé et servi la patrie. » (1)

« Descendants des premiers colons, qui n’ont jamais séparé l'amour de l'Eglise de l'amour de la patrie, nous venons avant tout faire un acte de foi et de patriotisme.

« Pour faire ressortir la beauté et la grandeur de cette fête nalionale, où les nobles traditions des aïeux se mélangent avec

la majesté et la foi, je m'eflorcerai de répondre à ces trois questions :

«I. Quelle a été la vocation du peuple canadien-français ?

IT. Le peuple canadien a:t-il été fidèle à sa vocation ?

QIIT, Que doit-il faire pour suivre la voie que Dieu lui a tracée?

«L'histoire de notre pays nous découvrira les desseins de la Providence sur nos destinées, et nous indiquera la route à suivre. « Interrogez vos pères, et ils vous diront ces choses : « consultez vos ancêtres, et ils vous les raconteront. Memento

«dierum antiquorum, interroga patrem luum et annuntiabit «bi; majores tuos et dicent tibi. »

(1) Manifeste de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, 14 octobre 1879,

« Quelle a été la vocation du peuple canadien-f'ançais ?

« Dieu, dont l'empire est souverain et universel, disposait en maître des nations, lorsqu'il disait à son Fils : «Tu es mon « fils, je lai engendré aujourd'hui ; demande-moi, et je te « donnerai les nations pour ton héritage. » (1) Par cette parole, la plus puissante et la plus efficace, le Fils de Dieu a oblenu l'empire sur tous les peuples, il a étendu sa puissance jusqu'aux extrémités de la terre.

«Il a partagé le monde en peuples divers, et il leur a laissé la liberté de choisir la route qu'ils devaient parcourir. Mais à chaque nation, comme à chaque individu, il a imposé une mission, « Cette mission, c'était d'accepter sa loi proposée à leur « libre arbitre, de l'aimer, de la conserver, de la défendre, de « la propager, d'en faire le fond de leurs mœurs et de leurs «institutions, d’user même de leurs armes, non pour l’imposer, « mais pour la préserver et la tirer de l'oppression, en assurant « à tous les hommes le droit de la connaître et de s’y confor- « mer librement... La vocation des races chréliennes, c'est « de répandre la vérité, d'éclairer les nations moins avancées « vers Dieu, de leur porter, au prix du travail et au hasard de «la mort, les biens élernels, la foi, la justice, la civilisa- «tion. » (2)

« Celui qui, du haut des cieux, a tous les cœurs dans sa main, préparait de grandes choses, lorsqu'à la fin du quinzième siècle, il inspirait à Christophe Colomb l’idée de découvrir le continent américain. Un monde nouveau, plus grand que l’ancien, s'ouvre à l'Evangile et à Ja civilisation.

« L'élan est donné : les explorateurs européens paraissent sur loutes lès côtes de l'Atlantique et du Pacitique; le célèbre navigateur de Saint-Màlo, Jacques Cartier, plus hardi que ses prédécesseurs, remonte le Saint-Laurent jusqu'aux lieux qui alors avaient noms Stadaconé et Hochelaga.

« Quel a’été le principal motif des rois de France, en jetant les bases d'une colonie en Canada? Se glorifiant du titre de rois.très-chrétiens et de fils ainés de l'Eglise, ils ont eu pour

(1) Ps 1,7 et 8.

(2) Lacordaire.

et

but premier de christianiser et de civiliser les peuples qui vivaient plongés dans la nuit de l’infidélité. Aussi, le premier acte de Cartier, en posant le pied sur la terre canadienne, est d’en prendre possession au nom de la religion. Il plante une croix ; sur celle croix il grave ces mots : « Vivent les rois de France!» Par cet acte solennel, Jacques Cartier proclame l'alliance avec Dieu: c’est l'heure de la prédestination du peuple canadien. (1)

ÇA la naissance de ce peuple nouveau, les enfants des bois, dans leur étonnement, durent se dire les uns aux autres, comme autrefois les habitants de la Judée, à la naissance de Jean-Baptiste, entourée de tant de prodiges: Quel sera l'avenir de ce peuple ? « Quis putas puer iste erit?» D'où viennent ces hommes nouveaux? Que nous présage ce signe mystérieux élevé au milieu de nos forêts silencieuses ? Ah! s'ils avaient pu lire dans l'avenir, ils auraient vu ce peuple marcher comme Jean-Baptiste, devant la face du Seigneur, pour lui préparer les voies, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort (2); ils auraient vu la croix briller, nonseulement au-dessus des bourgades de Stadaconé et d'Hochelaga, mais encore sur les points les plus reculés des deux Amériques, et sur les rivages des deux Océans.

« Mais comment ce peuple nouveau réalisera-t-il, sous une forme sociale, l'alliance avec Dieu ?

«Le Seigneur qui donne à qui il veut son esprit de prévoyance et de sagesse, choisit un homme dont le cœur est ouvert aux grandes découvertes et aux entreprises hardies. La Saintonge est la patrie de ce sage, de ce héros, de ce chrétien, digne de ce nom glorieux. Ame ardente et pleine de foi, noble cœur prompt à l'exécution des entreprises les plus difficiles, à quelle œuvre, dans le domaine de l'histoire de la découverte de l'Amérique, son nom ne se trouve-t-il pas mêlé ?

«Pour s’exerceraux grandes choses qui doivent immortaliser son nom, il visite les îles Canaries, la Guadeloupe, Saint-Domingue et Cuba; il pénètre jusqu'à la capitale du Mexique et Portobello, alors le grand entrepôt de l’Amérigue du Sud et de l'Amérique Centrale. C'est à Portobello que j'illustre naviga-

(1) Jacques Cartier fit planter, en 1534, sur la pointe de l’entrée du bassin de Gaspé, une croix de trente pieds de haut, avec cette inscription : “ Vive le Roi de France l”’ Les Sauvages contemplèrent longtemps ce signe mystérieux.

(2) Saint-Luc, I, 76 et 79.

teur conçoit l’idée de relier par un canal l'Océan Atlantique à l'Océan Pacifique.

« Son projet de faire de la côte de l'Atlantique la base de la puissance française dans le Nouveau-Monde ; l'opinion émise à la fin du seizième siècle de percer l’Isthme de Panama, vous disent assez l'intelligence de ses observations, la largeur de ses vues, l’audace de ses entreprises.

«Jetant sur l’avenir un regard de prophétiqne sagesse, confiant dars le secours d'en haut, il décide M. de Monts « de « s’aller loger dans le fleuve Saint-Laurent, à cent trente lieues « de son embouchure,» C’est là, au cœur du pays, qu'il veut créer une France Nouvelle.

« Heureux celui qui, au début d’un si grand ouvrage, suit la droiture de son cœur! Heureux celui qui « mettant le salut « d'une âme au-dessus de la conquête d’un empire,» proclame hautement «que les rois ne doivent désirer étendre leur domi- «nation sur les peuples idolâtres, que pour les soumettre à « Jésus-Christ.» (1)

« Quel est donc le nom de cet homme de génie qui apparaît au berceau de la colonie française, dont l’œuvre forte et durable resplendit de la gloire la plus pure? Son nom s'échappe de toutes vos lèvres, il est gravé dans vos cœurs reconnaissants. Nommer Samuel de Champlain, c'est nommer la foi, le courage, le zèle, la sagesse : c’est nommer le Père de notre pays, le fondateur de Québec, le plus grand homme d'état de notre patrie.

« Suivez, par la pensée, le noble Champlain, explorant et étudiant le vaste pays dont il veut enrichir le royaume de France; voyez avec quel coup d'œil sùr il fixe le chef-lieu de sa colonie naissante sur la pointe de Québec (2), « sur ce « superbe promontoire, au bord d'un fleuve majestueux et «profond, au milieu des principales tribus de la grande famille « algonquine ! » (3)

«Contre l'ennemi commun, le féroce Troquois, il fait alliance avec les principales nations qui habitent les environs de Québec, les terres de l’Acadie, les bassins du Saguenay et du Saint-Maurice, les rives de l'Ottawa et du lac Huron; il explore les pays de l'Ouest, et trente ans avant l'arrivée de M. de

(1) Maxime de Champlain.

(2) Fondation de Québec, en 1608.

(3) Laverdière, Histoire du Canada.

(U la nise ous r de

con- «de eues veut

it la salut lame omire à

araît luraa ppe nais-

foi,

otre at de

t et e de :u de ur ce x et mille

jance s de et du plore [. de

Maisonneuve, il désigne le site de la florissante ville de Montréal.

« Homme de guerre, Champlain commande l’armée de ses alliés, livre bataille aux Iroqnois, non pour leur imposer la loi de l'Evangile, mais pour assurer aux nations amies le droit et la liberté de recevoir le baptême, Sur le champ de bataille du lac Champlain, il affermit, il scelle de nouveau, en présence des tribus alliées, Palliance de la Religion et de la Patrie,

« Chrétien, comme Charlemagne et saint Louis, il veut que la religion occupe dans la nouvelle patrie la première place, parce que seule, par son influence salutaire, elle peut donner à un peuple naissant des assises durables. Dès 1615, il amène avec lui les premiers missionnaires. (1)

« Quittez votre belle patrie, premiers apôtres du Canada ; venez prècher l'Evangile et éclairer les peuples qui marchent dans les ténèbres de la nuit; venez, par le saint sacrifice, faire couler sur ce sol, encore infidèle, le sang de la sainte victime. En tête s’avancent les humbles disciples de saint François d'Assise et à leur suite les généreux enfants de Loyola. (2)

» Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de ceux qui «annoncent la paix ! 0 Sion! on entendra la voix de tes sen- «linelles ; elles s’écrieront loutes ensemble, elles éclateront «en cantiques de louanges, parce qu'elles verront de leurs « yeux le moment où le Seigneur convertira Sion. O déserts ! «retentissez d'allégresse ; tous ensemble éclatez en cantiques « de louanges : le Seigneur a racheté son peuple par la force «de son bras.» (3)

« Vous le voyez, les premières pages de notre histoire proclament hautement que la mission du peuple canadien-français est l'extension du règne de Dieu, et la conversion des nations sauvages qui dormaient dans la nuit de l'infidélité.

« Ce grand fait est lumineux comme le soleil qui embrase etillumine de ses rayons la ville de Québec. Dès le berceau de notre patrie, l'action de Dieu apparaît éclatante et admira-

(1) Les Pères Récollets Denis Jamay, Jean Dolbeau, Joseph le Caron, et le Frère Pacifique Duplessis.

(2) Les premiers jésuites destinés aux missions du Canada furent les Pères Charles Lalemant, Ennemond Massé et Jean Brébœuf; ils étaient accompagnés A Frères, Frère François et Frère Gilbert. Ils arrivèrent à Québec, en

(3) Isaïe, LIT.

ble, et les efforts de l’enfer pour détruire l'œuvre de Dieu en feront mieux comprendre la merveilleuse grandeur.

« La religion préside à l'œuvre, Ja bénit, la dirige par la foi de Jacques Cartier et de Samuel de Champlain, par le zèle de ses missionnaires, par la pureté de ses vierges, par le dévouement héroïque de ses enfants. La voie est préparée, à celui qui vient au nom du Seigneur, pour consacrer et consolider l'œuvre commencée : « Benedictus qui venit in nomine Domini.» (1)

« Le peuple canadien a-t-il été fidèle à sa vocation ? « Nos pères ont été appelés de Dieu à rendre trois témoignages à la vérité, à confesser publiquement leur foi, en face de l'infidélité, de l'hérésie et de la révolution.

«Cette sainte alliance de la religion et de la patrie, inaugurée sur son berceau, va s’affermir et se perfectionner par ceux que Dieu à choisis pour l'exécution de ce grand ouvrage.

« Champlain avait laissé une mémoire éternelle de sa foi et de sa sagesse ; ses successeurs se distinguèrent par le zèle pour les intérêts de la religion et de la patrie. (2) Dès 1635, le collège des jésuites est fondé par René Rohaull, fils aîné du marquis de Gamache, et quatre ans après la mort de Champlain, deux monastères s'élèvent sur le promontoire de Québec. La duchesse d’Aiguillon se charge de la fondation de l’Hôtel- Dieu ; madame de la Peltrie consacre ses biens et sa personne à la fondation du monastère des Ursulines.

«À Ville-Marie, l'Hôtel-Dieu est fondé grâce à la générosité de madame de Bullion, au zèle persévérant de mademoiselle Mance, à la protection de monsieur Olier (3). En face de l’enclos de l’Hôtel-Dieu, dans une pauvre étable, la vierge de Troyes commence à exercer ses fonctions d'institutrice en faveur des enfants (4). Saintes institutions qui touchent à tous les intérêts de la société civile et religieuse, et qui font

(1) Saint Jean, XII, 13.

(2) Champlain mourut à Québec, le jour de Noël, 1635.

(3) Fondé ie 17 mai 1642, par Melle Jeanne Mance.

(4) Congrégation de Notre-Dame, fondée le 16 novembre 1657,

en

foi de 1elui ine

produire en abondance les fleurs et les fruits des plus sublimes verlus,

« Pendant que l'Ha!e, la France et l'Espagne donnent à l'Eglise saint Charles Borromée et saint Philippe de Néri, saint François Régis, saint François de Sales et saint Vineent de Paul, saint Ignace de Loyola et sainte Thérèse, le Canada produira, à son tour, des fleurs de pureté angélique comme Marie de l’Incarnation et Marguerite Bourgeois, M°'° Mance, madame d'Youville et mademoiselle LeBer. Quels parfums de vertus héroïques s'élèvent de ces sancluaires, glorieux monuments de la foi et de la piété, où se sont succédées tant de saintes servantes de Jésus-Christ !

« Sept ans après la mort de Champlain, le 17 mai 1642, l'illustre de Maisonneuve prenait possession de l'ile de Montréal et fondait cette florissante cité, qui fait aujourd'hui l'honneur de la patrie et l'admiration des étrangers. Entreprise plus que hardie, que la patrie reconnaissante doit à la piété de Jérôme le Royer de Ja Dauversière, et à la foi d’un grand servileur de Dieu, le vénérable M. Olier, fondateur de la compagnie de Saint-Sulpice. L’héroïsme des premiers apôtres du Canada réveille toutes les idées du sacrifice, de l'oblation des âmes pour l'amour de Jésus-Christ.

« Le plus grand témoignage d'amour que Dieu puisse donner aux nations infidèles, c’est de les appeler à la lumière de la foi, L'heure du salut est arrivée pour les peuples sauvages du Canada, assis à l'ombre de la mort. Tout ce vaste pays était comme un champ funèbre où les morts ensevelissaient les morts. Le caractère farouche des sauvages du Canada, leur indépendance au milieu des vastes forêts, présentaient des obstacles presque insurmontables à l'action del’Evangile. Mais rien ne peut ébranler ke courage des premiers apôtres de notre pays: « C'est à qui ira aux lieux Les plus éloignés et les plus «dangereux. Voici leurs souhaits : «Allez, nous sommes «ravis que vous alliez dans un lieu d’abandonnement ; oh! plût «à Dieu qu'on vous fende la tête d’un coup de hache! Ils ré- «pondent : ce n’est pas assez, il faut être écorché et brûlé ; «souffrir ce que la férocité des plus barbares peut inventer de «plus cruel. Nous souffrirons tout cela de bon cœur, pour «l'amour de Dieu et le salut des sauvages.» (1)

(1) Marie de l’Incarnation,

« Voici donc la lutte qui commence. Pleins d’une sainte ardeur, les apôtres du Canada entrent en lice avec l'infidélité. La croix à la main, its pénètrent dans les lieux les plus reculés, ils ouvrent des sillons de lumière à travers les ténèbres profondes qui couvrent le pays, annonçant partout la bonne nouvelle de l'Evangile. A leur voix, ces peuples sauvagess'arrêtent, écoutent ka parole du missionnaire, courbent leurs têtes orgueilleuses et indociles devant la croix de Jésus-Christ, ils demandent de baptême. Le nom du Seigneur devient grand parmi ces peuples ; il se fait dans ces solitudes comme un immense concert de louanges, de prières, de cantiques.

« Mais quel est celni qui vient avec tout l'appareil de la « beauté, de la grandeur et de la force? C’est celui qui parle «pour la justice, c'est celui qui protège pour donner le «salut.» (1)

« C'est Brébœuf (2) à la tête de ses compagnons, empourprés dé la gloire du martyre ; ce sont les soldats, les martyrs de Jésus-Christ, laïcs el missionnaires, français et sauvages, « qui lavent leurs étoles dans le sang de l'Agneau,» (3) en signant de leur sang le témoignage qu'ils rendent à la vérité de la religion; c'est Daulac et ses seize compagnons q'i donnent leur vie pour le Christ, et pour sauver la colonie menacée d’une destruction complète. (4)

«Ces actes de dévouement religieux pour la conversion des infidèles nous transportent aux premiers siècles de l'Eglise, où combattaient et triomphaient en mourant les généreux soldats de Jésus-Christ. Le sang des martyrs alluma dans toutes les âmes un zèle ardent pour h foi, et Dieu, se laissant toucher par ces agréables holocaustes, répandit sur le pays ses plus abondantes bénédictions.

« Mais le sang du martyr, le zèle de l'apôtre, l’immolation de l'épouse de Jésus-Christ, le courage du guerrier, la sagesse de l'homme d'état, le travail et le dévouement du colon, ne suffisent pas pour former un peuple catholique : il faut de plus l'action créatrice de l’épiscopat. |

(4) Isaïe, LXITII.

(2) Martyre des Pères Brebœuf et Lallemant, les 16 et 17 mars 1644. (3) Laverunt stolas suas in Sanguine Agni, Apoc., VI, 14.

(4) Au printemps de 1660, Daulac et ses seize compagnons arrétèrent, audessous du sault de la Chaudière, l’armée iroquoise qui menaçait Montréal et Québec.

(3, lettre

LU Se 2

Au et

qu

« À qui Dieu réserve-t-il ce grand travail? Dieu le connais- «sait : il le prit dans une très noble ettrès illustre famille. (1) « Il lui donna le sacerdoce de son peuple ; il fit avec lui et «avec sa race une alliance éternelle qui durera comme les «jours du ciel.» (2)

« Dès son arrivée, Mgr de Laval comprit ce qu'il fallait de puissante énergie pour triompher des obstacles : l’œil ouvert sur l'avenir, il s'entoure d'hommes capables, par leurs vertus et leurs talents, da le seconder ; il fonde le Séminaire de Québec, institution vénérable, mère féconde des établisse ments du même genre qui ont été, avec lui, les sauveurs de nos institutions. (3)

« Elle est belle et sublime la mission que Jésus-Christ lui a confiée. Travailler à la sanctification des âmes, à l'exercice du culle, à l'administration des sacrements, à la conversion des infidèles, tel est l’objet continuel de sa sollicitude et le : noble but de ses travaux. Par l'impulsion énergique de son épiscopat, l'infidélité est partout attaquée, et les ténèbres de la barbarie fuient devant la lumière de l'Evangile. Il a donné à notre patrie les trois éléments de sa force : la foi, la science, la charité.

«Ses successeurs sur le siège de Québec continuent son œuvre avec une maturité active et calme, un esprit d'ordre et de discipline admirable : sentinelles infatigables, ils veillent à toutes les voies, protègent la cité et sauvent le peuple. Pour les seconder, le Canada eut ses gouverneurs dévoués aux intérêts de la religion et du pays, un clergé admirable par ses vertus, ses magistrats intègres, ses hommes de guerre, ses vierges, ses colons, ses découvreurs. C’étaient le chevalier de Montmagny, M. de Maisonneuve, lé marquis de Tracy, l'intendant Talon, M. de Courcelles, le marquis de Montcalm, le comte de Frontenac. Pendant que Joliet et Marquette découvrent le Mississipi, que Cavalier de la Salle achève cette importante découverte, Saint-Hélène, d'Iberville, Maricourt et Hertel, se couvrent de gloire et rendent à la patrie les services les plus signalés. Tous sont fidèles à suivre la route tracée

(1) François de Montmorency de Laval de Montigny, naquit à Laval le 30 avril 1623. Il mourut à Québec le 6 mai 1708.

(2) Ecclés., LV.

(3) Au mois d'avril 1663, Louis XIV, roi de France et de Navarre, donna par lettres patentes son approbation à l'établissement du Séminaire de Québec.

par le premier pasteur ; hommes grands par la foi, grands par le courage, grands par le dévouement. «Spectacle vraiment «grand! Deux furces se disputent le pays : les barbares et « l'Eglise ; les barbares pour prendre, et l'Eglise pour sauver; « les barbares tuent et détruisent, l'Eglise relève et vivifie ; «aux barbares la mission d’expiation et de vengeance, à l'E- « glise, la mission de salut et de civilisation, et à Dieu l'honneur « de ces grandes choses.» (1)

« Telle est l'œuvre accomplie par Mgr de Laval et ses successeurs ! Telle est aussi la cause heureuse de la fidélité de nos pères à conserver l'alliance de la religion et de la patrie. Grâce à celte puissante influence de l'épiscopat, notre pays eut la gloire de grandir et de se fortifier dans la foi. La preuve est sous vos yeux : contemplez votre belle patrie, où la société religieuse et la société civile, naturellement unies et in: éparables comme l'âme et le corps, marchent avec une parfaite harmonie, et se prêtent un mutuel appui. Jetez les yeux sur la paroisse canadienne : vous y trouverez l'Eglise où Dieu habite ; la famille chrétienne soumise à la foi, appliquée aux bonnes œuvres ; les écoles, où les petits enfants sont instruits et élevés dans la crainte de Dieu ; le couvent et l'hôpital, où des anges de pureté et de dévouement instruisent la jeunesse et consolent les affligés; près de l'église cathédrale, les séminaires, les collèges, qui préparent l'avenir de la patrie ; au faîte de l’édifice, l’épiscopat canadien gardant soigneusement le dépôt de la foi, dont touies les pensées s'élèvent vers ce siège auguste où Pierre est assis, et d’où lui viennent l'autorité et le dévouement.

«Aussi, lorsque les jours de deuil et d’infortune arriveront, lorsque, malgré les brillantes victoires de Carillon, de Beauport et de Sainte-Foye, Québee, le dernier rempartet la dernière ressource de la patrie, tombera au pouvoir du vainqueur, et que la blanche bannière de France ne flotiera plus sur la cité de Champlain, nos pères seront prêts à soutenir un autre combat. Le peuple canadien estimera sa foi plus que lesrichesses, les honneurs, les décorations que lui offrira le vainqueur ; il prouvera sa fidélité à son nouveau souverain, à la défense de Québec, en 1775, et sur les champs de bataille de Châteauguay et de Lacolle ; mais jamais l'hérésie ne pourra le faire dévier de la noble voie que ses ancêtres lui ont tracée. La piété de nos

(1) Cardinal dom Pitra.

pères n’a point défailli, et leur postérité se conserve dans l'alliance divine : «quorum pietates non defuerunt, et in leslaméntis stelit semen eorum (1). »

« Au fort de la lutte, un autre Laval, homme de parole et d'action, puissant par son aulorilé épiscopale, et plus encore par la sainteté de sa vie, d’une prudence consommée, d'un zèle brûlant, mais sagement contenu, prendra en mains les intérêts de Dieu et de son peuple, et se fera l’intrépide défenseur des droits de l'Eglise et de la cité. Tout le peuple s’incline avec amour dt it l’immortlel Plessis, combat avec lui pour conserver la patrie pure de toute erreur. Sa vie peut se résumer dans ces courtes paroles : Plessis a aimé l'Eglise, et il s’est livré pour elle : «Dilexit ecclesiam et tradidit se ipsum pro eà (2). »

« Voici des faits qui se sont passés sous nos yeux. Dieu demande un troisième témoignage ; ce n’est pas assez que le peuple canadien confesse sa foi en face de l’infidélité et de l'hérésie, Dieu demande qu'il fasse une profession de foi éclatante et solennelle en face de la Révolution.

« Assise en reine sur la plupart des trônes de l’Europe, la révolution se préparait, depuis vingt ans, dans le silence des loges, avec une persévérance diabolique, à commettre son dernier attentat. Rome est menacée : le chef auguste de la chrétienté a besoin de défenseurs. La cause du Pontife Roi qui n’est autre que celle d2 la liberté et de la civilisation trouva de magnanimes vengeurs. La France et la Belgique, l'Irlande el la Pologne, l'Angleterre et les Etats-Unis, l'Espagne et la Hollande, envoyèrent au secours de l'immorte! Pie IX des milliers de vaillants soldats.

« La flamme sacrée n’est pas éteinte dans notre patrie: se souvenant des exemples de leurs ancêtres, animée d’un amour sincère pour l'Eglise, l'élite de la jeunesse canadienne court spontanément à la défense des frontières de l'Etat pontifical. Levez-vous, enfants du Canada; traversez les mers; offrez votre sang pour la plus noble et la plus sainte des causes ; luttez pour la justice et le salut de votre âme : « Agonizare pro

juslilia, pro anima {ua (3). » Non, jamais mission plus haute

ne s'offrit à un peuple chrétien.

(1) Ecclés., LIV, 10, 12.

(2) S. Paul, aux Ephésiens, V. 25, (3) Ecclés., IV, 33.

« Scidats, écrivait Saint-Bernard, aux défenseurs armés de « l'Église, partez sans crainte, et montrez-vous intrépides à « poursuivre les ennemis de la croix du Christ. C'est à vous « qu'il appartient de dire: «Soit que nous vivions, soit que « nous mourions, nous sommes au Seigneur. » (1) Que de gloire «pour vous, si vous revenez victorieux du combat! que de « félicité pour vous: si vous tombez martyrs dans le combat ! «car si ceux-là 801. heureux qui meurent dans le Seigneur, « combien plus ceux qui meurent pour le Seigneur.» (2)

« Soyez donc bénis, enfants de la patrie ; vous avez donné 4 un grand exemple ; votre dévouement à la plus noble et à !a plus sainte des causes est un gage d’espérance pour notre pays. Et qui, plus que vous, était digne de formerune garde d’hon- ‘eur ae “Vrapeau de Carillon, «et de le porter haut et ferme «au milieu des pompestriomphales de cette solennelle démons- « lration.»

« Ainsi, par la grâce de Dieu, le peuple canadien-français a été fidèle à sa mission ; il a connu, aimé, servi, et confessé la vérité, en face de linfidélité, de l'hérésie et de la révolution.

Hi}

« Que devons-nous faire pour continier celle alliance de fa é religion et de la patrie, pour suivre la voie que Dieu nous a tracée ?

« À celle question la réponse est facile ; elle est écrite à toutes les pages de notre histoire nationale. Interrogez vos

pères, et ils vous diront qu'en dehors du principe religieux, “ il n'y a point de vie pour nous.

«11 me semble entendre vos ancêtres vous dire, avec cette \

franchise chrélienne qui ne connail ni flatterie ni détour : A Canadiens-Français, vos intérêts se confondent avec vos =. devoirs ; cherchez votre salut et votre gloire dans les voies de Ja vérité ; soyez toujours fidèles aux principes et aux traditions qui seuls peuvent vous éloigner de l'abîme. C'est dans la foi catholique, et dans elle seulement, que vous trouverez la vraie autorité el la vraie liberté. Soyez unis dans votre foi,

(1) Rom., XIV, 8.

(2> De laude novæ militiæ,

comme vous êles unis dans votre nationalité; gardez les fortes convictions, les bonnes habitudes de vos aïeux; gardez la langue dans laquelle vos pères ont prié, que vous avez anprise sur les genoux de vos mères. Là est voire grandeur, votre force, votre salut.

« Soyez dévoués à la chose publique; ne vous laissez pas séduire par le luxe et par l'amour des jouissances matériclles.

« Le luxe est la plaie de nos villes et de nos campagnes ; il est une des premières causes de l'émigration à l'étranger ; il est la ruine des famiiles et des peuples. Après avoir empoisonné les sociétés du vieux monde, il menace d’envahir toutes les classes de notre bon peuple de nos villes et de nos campagnes. Hélas ! il ne réussit que trop ; déjà il est l'assaisonnement de toutes les modes, de tous les feslins, de tous les plaisirs, de toutes les fêtes ; par son sublil poison, il corrompt les mœurs, il enivre les cœurs, il agite toutes les mauvaises passions, il détruit toutes les économies grandes &i petites ; tout cela avee d'autant plus de facilité qu’il se fait passer pour innocent, comme l'ami de la bonne société.

« L'économie, au contraire, est pour les familles et pour les peuples la source de la richesse. Soyez économes de vos biens ; gardez la terre de vos ancêtres: le patrimoine cest le soutien et la vie des familles. Mettez des bornes à votre ambition ; soyez contents du sort que la Pravidence vous a fait, ct n'aspirez pas à monter au delà de vos forces.

« N’échangez pas les usages et les coutumes de vos ancêtres «contre des importations étrangères qui ne les vaudraient à « aucun égard : quand les fils commencent à rougir du vête- « ment de leur père, ils sont bien près de ne plus savoir «respecter son nom. C'est pour vous le moment de vous « retremper dans votre foi, afin d'y puisser la force de résister « à l'assaut des fausses doctrines et du mauvais exemple.» (4)

«C'est le moyen de vivre heureux, et d'éviter pour vous mêmes de grands désastres. Il en serai de vous comme des Moabites, auxquels le Seigneur disait dans sa colère, par la bouche de Jérémie : « Mon cœur gémira sur Moab, comme la «flute des jours de deuil; parce qu'ils ont fait au delà de ce « qu'ils pouvaient, c'est pour cela qu'ils ont péri. (2)

(1) Mgr Freppel.

(2) Jérémie, XLVIII, 36.

« Interrogez vos ancêtres, et ils vous Je diront. Vos pères ont été missionnaires, colons et soldats. Ils ont aimé leur pays, ils l'ont défendu avec héroïsme, ils se sont attachés au sol, ils l’ont arrosé de leurs sueurs et de leur sang. Que de travaux, que de vertus, que de courage il a fallu à vos pères pour faire la patrie ce qu’elle est aujourd'hui. Tout ce vaste continent a été le théâtre de leurs exploits.

«Fils de laboureurs, restez dans celte maison où vos grands parents ont souri sur votre berceau, dans ce sanctuaire que I croix protège, où vous avez goûté les joies pureset saintes de la famille ; ne prêlez pas l'oreille à ceux qui cherehent à vous dégoûter de cette terre du Canada, que vous devez considérer comme une mère et une nourrice commune. « Les hommes «que Moïse avait envoyés pour reconnaître la terre promise «et qui en avaient dit du mal, furent mis à mort devant «Dieu.» (1)

«Contemplez les immenses territoires que votre pays offre à votre aclivité, à votre courage, à votre patriotisme. Quoi! vous, les enfants du sol, vous quitteriez le sol de la patrie, vous faibliriez à la tâche de vos pères ! Ne voyez-vous pas que, dans quelques années, ces terres que vous désertez, seront occupées par des milliers d'immigrants étrangers qui y trouveront le pain et la liberté ?

« Je ne suis pas prophète, mais je ne crois pas me tromper en disant que, avant longtemps, la plupart de ceux qui ont quitié leur pays, éprouveront des regrets amers. Il me semble entendre cette immense lamentation qui s’élèvera un jour, et bientôt, de ces familles, que l’imprévoyance, le luxe, le manque d'économie, ont détournées de la voie glorieuse de leurs ancêtres.

« Pardonnez-moi, si ce sentiment triste et pénible se mêle à Ja joie que j'éprouve en célébrant avec vou: les gloires de la patrie. Il faul dire la vérité, la dire hautement, et ne pas nier le mal immense que le peuple canadien-français se fait à luimême.

« Devons-nous perdre courage ? Non, au contraire : cher— chons le remède, et travaillons tous à arrêter ce courant d'émigration qui nous affaiblit, en diminuant et en éparpillant les forces vives de la nation. Dieu a ses desseins, qui nous sont

(1) Nombres, XIV.

1es Di

cachés. «On ne voit goutte, on marche à lâtons, et quoiqu'on « consulte des personnes très éclairées et d’un très bon conseil, « pour l'ordinaire, les choses n'arrivent point comme on les «avait prévues et consultées. La façon avec laquelle Dieu « gouverne ce pays est loute contraire, » (9)

« Ne désespérons pas toutefois : Dieu a fait les nations guérissables ; il est fidèle à son serment ; il n'abandonne jamais un peuple qui lui reste fidèle. Comme nos ancétres, ayons foi à la Providence ; quelque terrible épreuve que nous puissions subir, soyons toujours fidèles à notre vocation, et n'oublions jamais qu'il nous restera toujours Dieu et l'Eglise.

« Notre espérance est en Dieu, dans l'unité religieuse qui fait du peuple canadien un seul homme. Nos espérances se fondent sur l’action ferme et paternelle de l’Episcopat, sur le dévouement du clergé, sur les sentiments chrétiens gravés dans tous les cœurs ; elles reposent sur tous ces hommes d'élite, croyants et consciencieux qui, dans les positions les plus élevées, mettent leurs talents et leur énergie au service de la Religion et de la Patrie ; sur la prière et la pureté de nos vierges, sur le dévouement des Frères des Ecoles Chrétiennes, sur le patriotisme éclairé de nos maisons d'éducation, sur toutes ces âmes pures et saintes qui ne manqueront jamais à notre pays.

« Et ces espérances ne peuvent que s’affermir lorsque nous arrêtons notre pensée sur celte grande institution qui porte le nom immortel de Laval. Dieu nous a donné l'Université Laval pour rallumer et développer le flambeau de la science dans notre patrie ; il a mis cette grande institution dans nos mains pour fournir à toutes les intelligences, désireuses de selivrer à la cuilure des sciences, des lettres et des arts, l'occasion et l'opportunité de s’en rendre facilement maîtresses. Le Saint- Siège l'a sanctionnée par sa voix souveraine ; l'épiscopat la protège ; tous ceux qui aiment leur pays la désirent grande et forte.

«Le vénérable Séminaire de Québec, marchant sur les traces de sont saint fondateur, a édifié seul, sans le secours d'autrui, cette Université pour laquelle il a consacré plus d’un million de piastres.

« À la jeunesse studieuse du pays, il offre ses précieux mu-

(9) Marie de l’Incarnation, Lettre CVI.

sées, ses riches bibliothèques, ses cours publics, ses facultés, ses prix et ses bourses fournis par la munificence de ses bienfaiteurs.

«Une maison qui s'impose de tels sacrifices n’a-t-elle pas droit au respect, à la reconnaissance, au généreux concours de tous les hommes de bien ? N’a-t-elle pas surtout le droit de demander qu'on ne l'empêche pas de poursuivre l’œuvre éminemment religieuse et patriotique qu'elle a si bien commencée ?

« Saluons donc. de nos vœux et de nos espérances, celte université dont la foi est la base solide, et le bien des âmes : but glorieux : elle est l'espoir et l'honneur de notre patrie.

« Mais ne séparons pas, dans notre admiration et dans notre reconnaissance, les deux plus grands noms de notre histoirele Champlain et Laval ! Inscrivons-les en lettres d’or au sommet de nos édifices ; gravons-les dans nos cœurs reconnaissants. Le premier a été le fondateur de la cité : le second, son bienfaiteur et son sauveur.

« Ouvre tes portes éternelles, « Gloire, couronne ces héros, « Et que tes pages immortelles « Gardent à jamais leurs brillants travaux.

« Soseil ! qui vis sur nos parages « Mourir ces eux héros français, « Tu vois aujourd’hui nos rivages « Couverts des fruits de leurs bienfaits.

« Sur les bords de la jeune France, « O Laval ! ton nom respecté, « S'élève comme un phare immense « Rayonnant d'immortalité.

« Et de la croix et de l'épée « Ces deux champions glorieux « Font briller, dans notre épopée, « L'’éclat de leurs noms railieux.

« Que notre voix sonore « Sache redire encore « Et la gloire et les bienfaits « De ces deux héros français !»

Vive Laval! Vive Champlain! (l)

(1) Paroles d'Octave Cr‘ unie,

M... LR e-

« Moïse, âgé de cent vingt ans, voulant, comme dernière consolation, assurer un long avenir de prospérité aux enfants d'Israël, leur fit renouveler la promesse d’être fdèles au Seigneur.

«Il assembla devari lui to':: les anciens, selon leurs tribus et leurs docteurs, et il pre onça, en présence de toute l’assemblée, les paroles de son dernier cantique :

« Ecoutez, Ô cieux, ce que je dis; que la terre entende les « paroles de ma bouche.

«Que ma doctrine croisse comme la pluie, que ma parole «se répande comme la rosée, comme la pluie sur l'herbe, et «et comme les gouttes d’ean sur le gazon.

« Parce que j'invoquerai le nom du Seigneur ; rendez gloire « à notre Dieu.

«Les œuvres de Dieu sont parfaites, et toutes ses voies sont «justes : Dieu est fidèle, et sans aucune iniquité ; il est juste «el droit.

« Souviens-loi des anciens jours, pense à chacune des géné- «rations ; interroge ton père, et il te le recontera ; tes an- «cêtres, et ils te le diront.

« Quand le Très Haut divisait les nations, quand il séparait «les enfants d'Adam, il établit les limites des peuples.

« Mais la part du Seigneur fut son peuple, Jacob la corde « de son héritage.

« Le Seigneur le trouva dans une terre déserte, dans une «vaste solitude, il le conduisit par divers chemins, et il l'ins- «truisit, et il le garda comme la prunelle de son œil,

« Le Seigneur seul fut son guide ; il l’a établi sur une terre «élevée, afin qu’il mangeât les fruits des champs, le beurre du «troupeau, le lait des brebis et la moëlle du froment.

«Et il termina tous ces discours, parlant à tout Israël ;

QELil leur dit: Appliquez vos cœurs à toutes les paroles «que je vous certifie aujourd’hui, afin que vous enjoigniez à « vos fils de les garder et de les pratiquer, et d'accomplir « toutes les choses qui sont écrites dans cette loi.» (1)

« Héritiers de la foi de nos ancêtres, soyons aussi les héritiers de leurs vertus, Aimons notre patrie ; aimons-là d’un amour sincère et véritablement élevé ; soyons des citoyens

(1) Deut., XXXII,

dont elle n’ait pas à rougir, dont elle puisse au contraire se glorifier, soyons chrétiens dans tous les actes de la vie publique, comme dans toutes les circonstances de la vie privée : obéissons toujours à la loi de Dieu, soyons toujours fidèles à Jésus-Christ, dévoués à son Eglise, et nous serons les dignes enfants de Champlain et de Laval.

« Mais, M. F., dans cette grande fête nationale, n'oublions pas de faire monter vers le ciel nos ardentes prières pour l'Eglise dans ses épreuves, et pour Notre Père bien-aimé, Léon XII, le glorieux captif du Vatican.

« Puissent nos vœux et nos prières hâler l'heure de la joie, de la délivrance et du triomphe : «Que le Seigneur le con- « serve, le vivifie, le rende heureux, et ne le livre pas au pou- « voir de ses ennemis. Dominus conservet eum, et vivificet «eum, et beatum faciat eum in terra, et non tradat sum in «animam inimicorum ejus.» (1)

« Implorons tous ensemble la bénédiction de Dieu sur notre patrie.

«0 vous, très digne et très vénéré métropolitain, qui, sur le siége archiépiscopal de Québec, tout imprégné des souvenirs et des vertus des Laval, des Saint-Valier, des Briand et des Plessis, combattez le bon combat, et par la sûreté de la doctrine et par l'autorité de votre parole et de votre exemple, faites descendre, par vos pressantes supplications, les bénédictions de Dieu sur notre patrie bien-aimée.

« Que le très-saint Cœur de Jésus règne sur elle, par la toute puissance de sa grâce et de son amour, et que tous ses enfants soient tout à lui, en ce monde et dans l'éternité. Ainsi soit-il.»

Après le sermon, Monseigneur de Sherbrooke, annonce à l'immense concours de peuple présent, qu’en réponse à un télégramme adressé, la veille, à Sa Sainteté le Pape Léon XIII, par le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, le télégramme suivant vient d'être reçu : « Le Pape envoie sa « bénédiction apostolique à la Société Saint-Jean-Baptiste et à «tous les Canadiens-Français.

« Cardinal Nina. »

(1) Prières de l'Eglise.

Cette bonne nouvelle est accueillie avec un enthousiasme indescriptible, et le eri: « Vive le Pape Léon XIII ! » s'échappe de tous les cœurs. Les deux mères-patries, l'Angleterre et la France, ne sont pas oubliées dans ce concert d’acclamations Tout le peuple redit avec le Président de la Société: « Vive Léon XIII ! Vive l'Angleterre ! Vive Ja France! » Puis, la procession commence à se former.

« Nous avons rarement vu, dit l'Evénement du 25 juin, de spectacle plus imposant, plus grandiose que celui de toute cette foule qui avait envahi, avec chars et bannières, le terrain des Buttes-à-Neveu. Pas le moindre incident désagréable ; l’ordre le plus parfait dans tous les groupes ; l'organisation la plus complète de la procession et du défilé. Ce que nous disons là est encore au-dessous de ce qui s’est véritablement passé. C'est le compliment le plus flatteur que nous ayions à faire à tous ceux qui avaient sur les épaules la lourde et l'énorme res-

ponsabilité de la fête du 24 juin 1880. »

CITAPITRE II

Page 1