CHAPITRE IV
ÉCHOS DE LA FÊTE.—CONGRÈS DE SAINT-SAUVEUR.—FÊTE DE BEAUPORT,—MESSE A SAINT-JEAN.=——TÉLÉGRAMMES.
Le 24 Juin était fini. Mais le programme de notre démonstralion n’était pas encore épuisé.
Les organisateurs avaient été véritablement inspirés quand ils avaient décidé d'inscrire en lettres gigantesques, sur la base de la terrasse Froutenac, l'inscription qui, se détachant en noir sur une immense draperie blanche, saluait de loin les voyageurs et leur disait: ‘* Soyez les bienvenus. ”’ En effet, dans ce magnifique déploiement de nos forces nationales, tous s'étaient donné la main. Chacun avait voulu payer son tribut particulier. La Religion, l'Etat, les lettres, les beaux-arts, la musique, tout ce que l'initiative publique ou privée, tout ce que l'esprit d'association peut entreprendre, tout avait été mis à contribution pour rehausser l'éclat de notre fête.
Pendant que le banquet, la Convention et le Congrès Catholique réunissaient les chefs de la nation, les drames canadiens de M. L.-H. Fréchetle, ‘‘ Papineau, L'Exilé, ” et les concerts d'amateurs attiraient à la Salle de Musique et à la Salle Jacques Cartier les voyageurs appartenant à la classe aisée.
La foule, avide des spectacles qui ne coûtent rien, paradait dans les rues pour jouir de la vue de l’illumination générale de Québec et de Lévis ; —des feux allumés sur les hauteurs de Lévis, de l'Isle d'Orléans, de la côte Beaupré, des paroisses de Beauport, de Charlesbourg, des Lorettes, en souvenir des
feux de la Saint-Jean d'autrefois ;—-des concerts en plein air ; —des danses de guerre exécutées au son de la musique, par les Hurons de Lorette, sur la place Jacques Cartier ; —de l'exposition des chars et bannières réunis dans le Pavillon des Patineurs ; —de la visite des musées et des bibliothèques des sociélés littéraires, et de l’Université-Laval, ouverts au public.
Enfin, les excursions dans la campagne, aux environs de Québec, aux endroits pittoresques célèbres dans l'histoire et les joyeuses réunions de parents ei d'amis prenaient le reste du temps des voyageurs.
Ce n’est pas tout: plusieurs sociétés avaient profité de l’affluence des visiteurs, et du grand nombre de leurs membres présents à Québec, pour faire des assemblées extraordinaires, dont les programmes élaborés avec soin promettaient des débats intéressants et féconds en résullats. (C’est ainsi que l'Association de la Presse de la Province de Québec avait convoqué un congrès qui, malheureusement, n'a pu se réunir ;— que l’Union Allet avait fixé le 25 juin pour la tenue de son assemblée générale annuelle, à Québec ; —que les sociétés de secours mutuels avaient invité loutes les sociélés-sœurs à jeter, dans un congrès des sociétés canadiennes d: )ienfaisance, les bases d’une Union générale de toutes ces associations ; —que le Cercle Catholique de Québec avait organisé un Congrès Catholique.
Puis, couronnant toutes ces assemblées, venait l’imposante Convention nationale canadienne-française, magnifique réunion des représentants de tous les groupes de notre nationalité épars sur le continent américain.
L'œuvre de la Convention remplit la troisième partie de cet
ouvrage. Le Congrès Catholique a publié le compte-rendu de ses (ravaux.
Il nous reste à parler de l'Union Allet et du Congrès des sociétés de bienfaisance canadiennes-françaises, tenu à Saint- Sauveur de Québec, le 25 juin 1880.
Fondée en 4870, l'Union-Allet compte autant de membres qu'il y a d'anciens zouaves pontificaux canadiens. Elle a tenu ses assemblées générales à tour de rôle dans les villes les plus importantes du pays. Celle année elle avait convoqué ous ses membres à Québec, pour le 24 juin. La Société Saint-Jean-Baptiste de cette ville, ap:renant cette résolution, invita les zouaves pontiticaux canadiens à fournir la garde d'honneur qui entourerait l’autel pendant le saint sacrifice de la messe sur les Plaines d'Abraham, et leur confia la plus précieuse de nos reliques nationales, le vieux drapeau de Carillon.
Cette invilation fut accueillie avec enthousiasme par l'Union- Allet. Un chaleureux appel, adressé par la section de Québec, fat le signal d'une grande organisation de tous les anciens défenseurs du drapeau pontifical. Environ cent cinquante zouaves se rendireut à Québec, et assistèrent, la p'us part en uniforme, à toutes les grandes manifestations du 24 juin et des jours suivants.
Un comité de réception, composé de quatorze membres, leur avait préparé une magnifique hospitalité dans les salles
de l’Ecole-Normale Laval, généreusement mises à leur disposition par le gouvernement de la Province de Québec.
Le Bulletin de l'Union-Allet a publié dans son numéro des mois de juillet-août derniers, un compte-rendu complet de la part prise par les zouaves pontificaux dans les fêles de
Québec. Ilrend surtout hommage au zèle et à l'activité de MM. Bertrand, Guilbault, Trudel et Vallée, et au Rév. M. Bélanger, vicaire à la Basilique, principaux organisateurs. Le Bulletin publie aussi un rapport de l'assemblée générale annuelle tenue à cette occasion.
Dimanche, le 27 juin 1880, avait lieu à Beauport l'inauguration d'un marbre commémoratif de la naissance du lieutenantcolonel de Salaberry, né à Beauport.
Le comilé d'organisation de Chambly, qui a entrepris d'élever un monument à la mémoire du héros de Chateauguay, avait fait préparer un marbre portant une inscription, et secllé dans la façade de la maison où il a vu le jour.
Un grand nombre d'invités, et de nombreuses députations des différents corps publics et des sociétés, s'étaient rendus à Beauport pour assister à celte cérémonie.
On évalue à 7,000, le nombre de personnes présentes. La procession, formée à quelque distance, se dirigea vers la maison appartenant aujourd'hui aux héritiers Gugy.
Sur l’estrade, adossée au mur qui porte l'inscription sur marbre, prirent p'ace Son Honneur le Lieutenan!-Gouverneur de la Province de Québec, et les principaux invités. La fanfare de Beauport était chargée de la musique. Une députation des hurons de Lorette, et les personnages historiques du cercle Montcalm, portant leurs riches et pittoresques costumes, figuraient aussi dans la procession.
Plusieurs discours furent prononcés. Les orateurs invités élaient : Son Honneur le Lieutenant Gouverneur, MM. E. Gagnon, C. Langvlier, députés ; MM. Amyot, Rhéaume, Cloutier. M. Picard, chef des Hurons, MM. Pouliot, Dion et Chouinard, prirent aussi la parole. Les invités reçurent en-
suite la gracieuse hospitalité de la famille Gugy. Vers six heures, la foule se dispersait enchantée de la démonstration, dont l'organisation a fait honneur à M. J. O0. Dion, président de Ja Société Saint-Jean-Baptiste de Chambly et secrétaire de l'œuvre du monument de Salaberry.
Le 19 mai (1880), M. F. X. Simoneau adressait en sa qualité de président de l'Union Saint-Joseph de Sherbrooke, une lettre à M. Kirouac, maire de Saint-Sauveur. Dans cette lettre, dont chaque phrase respire la charité chrétienne, M. Simoneau disail : «A l’occasion de la grande démonstration nationale du 24 juin prochain, ne serait-il pas à propos de convoquer une convention des délégués des Sociétés de secours mutuels canadiennes-françaises et catholiques du Canada et des Etats-Unis, dans le but de discuter l'opportunité d’une affiliation de toutes ces sociétés entre elles? Ces sociétés font maintenant partie de notre existence nationale; leur unité d'action ne serait-elle pas de nature à servir les intérêts particuliers, non-seulement des membres, en créant une vaste confraternité catholique de charilé et de secours mutuel, mais même ne servirait-elle pas à créer un puissant et solide lien qui serait la plus ferme colonne de tout notre édifice national ? »
Celte communication de M. le président de l’Union Saint- Joseph de Sherbrooke fut lue en séance régulière de l’Union Saint-Joseph de Saint-Sauveur de Québec.
Après discussion, et malgré le peu de temps disponible, les membres nommèrent un comité pour tenter de mettre à exécucution le projet soumis par M. Simoneau.
Ce comité se mit à l'œuvre ; el avec le concours de quelques membres des sociétés-sœurs de Québec et des environs, il lui
es ui
fut possible de mettre à effet la suggestion magnifique d’une telle convention.
A cause des fêtes de toutes sortes qui devaient avoir lieu le 24, la réunion fut fixée au 25.
Le secrétaire du comité provisoire se mit immédiatement en communicalion avec les sociétés de secours mutuels du pays, le temps ne permettant pas d'entrer en relation avec les s0ciétés du mème genre aux Etats-Unis. Vingt-huit associations répondirent à l'appel et designèrent quelques-uns de leurs membres pour agir comme délégués à la convention.
Les délégués, au nombre d'environ 97, se réunirent vendredi matin, le 25 juin, à huit heures, et se rendirent à l’église de Saint-Sauveur, pour assister en corps à une messe solennelle chantée par le révérend P. Grenier, 0. M. I.
Le corps de musique de l'Institut Canadien de Biddeford, Maine, E. U., sous la direction de M. L. B. Painchaud, contribua à rehausser l'éclat de cette cérémonie.
Après la messe, on se rendit à la salle publique de Saint- Sauveur, où devait avoir lieu la réunion.
Sur motion de M. Simoneau, secondé par M. Leclerc, Frs. Kirouac, écuier, est appelé au fauteuil, et M. le docteur F. A. Dion, est prié d'agir comme secrétaire.
M. Kirouac expose le but de la Convention etinvite M. Simoneau, qui le premier en a eu l’idée, à prendre la parole.
M. Simoneau, dans un brillant discours, expose les avantages d'une affiliation des sociétés de secours mutuel entre elles. Puis, messieurs Gauthier, Leclerc, Chabot, Denoncourt, Taché, Vallée, Simoneau, Cabana, Lussier, Dion, Bourget, Frigon, Chabot, Cloutier et plusieurs autres, prennent successivement la parole.
M. Camille Lussier propose, secondé par M. H. C. Cabana,et il est résolu :
« Qu'il est désirable pour toutes les sociétés de bienfaisance et de secours mutuels catholiques et canadiennes-françaises, qu’une affiliation puisse s'opérer entre elles, en vertu de règlements qui pourront être adoptés. »
M. Camille Lussier propose, secondé par M. Jean Barbeau :
«Que tous les délégués qui prennent part à la présente Convention se forment en comité pour préparer des règlements, afin de mettre à effet la résolution qui vient d'être adoptée.
M. !1.-C, Cobana propose en amendement, secondé par M. Thomas Gauthier :
« Qu'un comité composé des présidents de l'Union Saint- Joseph de Saint-Sauveur, de l'Union Saint-Joseph de Lévis, de l'Union Saint-Joseph de Beauport, de l'Union Saint-Joseph de Saint-Colomb de Sillery et de l'Union Saint-Joseph de Sherbrooke, ainsi que M. Vallée, M. P., et M. le docteur Dion soit nommé, avec pouvoir d’adjoindre à son nombre pour préparer une constitution et des réglements tels que requis pour arriver à une affiliation des différentes sociétés de bienfaisance et de secours mutuels. »
Après discussion, l'amendement mis aux voix est adopté sur division.
Il est ensuite résolu :
« Que copies des résolutions ci-dessus, soient transmises à toutes les sociétés représentées à la Convention. »
M. Taché propose, secondé par M. Denoncouit, et il est résolu unanimement :
« Que des remerciements sont dûs et soient votés au comité d'orsanisation et au promoteur de la Convention, »
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M. le Président ayant laissé le fauteuil, M. Simoneau le remplace, et il est alors proposé par M. Cabana, secondé par M. Luss'er, et résolu :
«Que des remerciements sont specialement dûs et sont votés au Président de la Convention, M. Kirouac, et au secrétaire, M. le docteur Dion, pour la manière habile dont ils se sont acquiltés de leurs charges, adopté. » (1)
Le programme complet de la Convention comportait une demande à faire aux gouvernements d'Ottawa et de Québec, à l'effet de faire établir à Québec, pendant les fêtes du 24 juin, des bureaux de renseignements sur toutes les questions qui intéressent l'émigrant, l'agriculteur et le colon. Le comité d'organisation s'était de bonne heure adressé à l'honorable Hector L. Langevin à cet effet.
C'est à M. Langevin que revicnt l'honneur de l'initiative dans l'exécution de ce projet. L’honorable premier ministre de la Province de Québec, M. Chapleau, accueillit aussi favorablement cette idée.
M. Ernest Gagnon, secrétaire du département des Travaux Publics et d'Agriculture, fut chargé d'organiser un bureau spécial de renseignements, Il s’assura les services de deux employés actifs et intelligents, MM. Gauvin et Drolet. Environ dix-huit caisses contenant plus de vingt milles brochures furent distribuées au public avide de renseignements.
Nous n'avons pu nous procurer un élat complet de cette distribution. Nous aimons à croire que ces brochures, disseminées partout, ont pu contribuer à éclairer nos compatriotes, tant du Canada que des Etats-Unis, sur les ressources
(1) Ce-compte rendu est le résumé d’un rapport signé : “ F, KirouAo, Président, F. A. Dtow, Secrétaire.’
de notre pays, et à les convaincre que la patrie canadienne, si féconde en richesses de tout genre, n’est pas moins hospitalière que le ciel de l'étranger.
Voici une liste des brochures et documents distribués gratuitement dans l’espace de quarante-huit heures par le bureau de renseignements dont nous venons de parler :
500 exemplaires Traité populaire de culture de la Belterave par Octave Cuisset, 1880.
800 A Annuaire du commerce et de l’industrie de 200 + Extracts from Surveyors’ reports of Town-
ship Surveys in Manitoba, and North-West Territories, 1879.
000 F. Dominion of Canada, a Handy-Book, 1880. 3000 ff Manitoba et le Nord-Quest du Canada, par Thos. Spence, 1875.
2000 #e Dominion of Canada, the Province of Manitoba, and North-West Territory, Third Edition, 1879.
1000 +4 Puissance du canada, La Province du Manitoba et le Territoire du Nord-Ouest, Traduit de l'Anglais, 1880.
200 d Rapport du Comité Permanent de l'Immigration et la Colonisation, 1879.
1000 s. Pleuro-Pneumonia, 1880.
240 "1 Le Nord-Ouest, par Elie Tassé, 1880.
Dimanche, le 27 juin, une messe solennelle, dans l’église Saint-Jean-Baptiste, couronnait dignement notre fête nationale. C'était, pour ainsi dire, le jour d'actions de grâces de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, qui remerciait Dieu du succès de ses entreprises. L'église Saint-Jean avait ce jour-là, sa fête patronale, revêtu sa plus belle parure. Une foule immense se pressait dans ce temple renommé par l'excellence de la rausique qu'on y fait tous les dimanches et jours de fête. Le 24 juin 1880, les artistes rt amateurs, dont se composent
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le chœur de l’église Saint-Jean-Baptiste, montrèrent qu'ils étaient à la hauteur de leur réputation. Un grand nombre d'invités, choisis parmi les visiteurs, et dans les rangs les plus élevés de notre Sociélé, remplissaient le bas-chœur. Le Révérend Père Bourgois, prêtre acadien, du Collège de Saint- Joseph de Memramcook, chantait Ja grande messe. Le Révérend M. T. G. Rouleau, était chargé du sermon de circonstance. Nous publions ci-dessous (1) le programme musical de la messe. Nous l'avons déjà dit : c'était le chant d'actions de grâces et le digne couronnement des fêtes magnifiques qui venaient d'illustrer la vieille cité de Champlain. Chose remarquable et qui fait honneur à notre nalionalité : dans cette mullitude d'étrangers, la plupart inconnus, dans cette foule dont l'enthousiasme était surexcilés de toutes manières, il ne s’est pas rencontré un seul trouble-fète. Nos autorités civiques, qui avaient pris toutes les précautions exigées par une sage prudence, dans de pareils concours de
(1) ENTRÉE.— Orgue
NANTES inose dd ete en tentes eébreaces vastssessoseiser PL GAGNON,
Kyri1E.—Chœur et orchestre : 3ème messe... ss sosce sous soooc sous Hayow. Solo, Delle Louisa Morrisson Fiset.,
GLortra.—Chœur et orchestre: 3ème messe .. ,.,., .. ss sovses soooovone Hay.
Solo, Delle 0. Sawyer ; soli, Delle Lemieux et MM. Normandin et L. J. Demers. Qui tollis : solo basse, M. P. Laurent; Quoniam: chœur et orchestre. GRADUEL.—Salutation Angélique... ss sessssses sovosnuns sosocoses Gouxon. Delle Louisa Morrisson-Fiset; violon obligato, A. Lavigne.
CreDo.—Chœur et orchestre ; 3ème messe ner cesse ss evene HaYDN.
Et Incarnatus Est : solo, Delle A. Dessane ; Æt Resurreæit : chœur et orchestre, OFFERTOIRE,— O Fons AMOTIS ssssssne vosuns vonnrs sovocnnne sonne vovossees cesse BEETHOVEN.
Solo, Delle A. Dessane, avec accompagnement de voix d'hommes.
SaxCTUS8.—Chœur et orchestre : BÈme MESSE rss sosuos ose sosososss HAYDN:,
ÉLÉvATION.— Duo.— 0 Salutaris RE ET LT LE TETE CHERUBINI. Delle V. Lemelin et M. H. A. Bédard.
AGNus Drr.—Quatuor : 3ème MESSE esse sovssouss » D 6 06 G 06e 200600 pe en0 HaypN.
Mdes Morin et Bussière; MM. Dorval et Morin.—Dona nobis : chœur et orchestre. Sortie,—Marche de la Reine de Saba... … dodeuner Dénsonrdon ones Gouxon, Orchestre,
peuple, n’ont pas eu à enrégistrer une seule arrestation, et notre tribunal de police correctionnelle a chômé pendant plusieurs jours avant et après la fête. (1)
(Li Voici les télégrammos reçus par notre Société à l’occasion du 24 juin :