‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 6 sur 212 · LES ORIGINES DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DE LA SAINT-JEAN-BAPTISTE

Si j'en crois Racine (les Plaideurs), il faui remonter au déluge pour expliquer un fait moderne. Il s’agit donc ici de soutenir que la Saint-Jean-Baptiste est plus ancienne que saint Jean-Baptiste lui-même.

Ce ne sera pas difficile. L'usage de célébrer le solstice d'été est vieux comme le monde. Il date des temps adamiques,

Lorsque le genre humain se nourrissait de glands.

Nous savons que les Perses, entre autres, honoraient la puissance suprême sous l’image du feu. Tant que les hommes n'ont pas connu le christianisme, ils ont été fidèles à cette superstition, après tout assez raisonnable, puisqu'elle était un

hommage rendu au Créateur ignoré. Le feu étant censé tout produire, on l'adorait.

Les Gaulnïs, nos aïeux, comme tous les peuples de l'antiquité, avaient des réjouissances publiques durant lesquelles ils allumaient de grands feux sur les hautes terres, les montagnes et les bords de la mer. Les habitants du pays de Galles, de la famille des Bas-Bretons, (ils parlent encore la même langue), ont conser. ,’habitude des feux du 24 juin.

Le christianisme, prudent et sage, n’atlaqua pas de front les coutumes populaires ; il se contenta de leur imprimer un cachet religieux. Ainsi, il plaça sous le vocable de saint Jean- Baptiste l'antique cérémonie des feux du solstice d'été. Plus tard, au moyrn-àge, lorsque les serfs furent privés de leur liberté, il multiplia les fêtes religieuses qui forçaient les seigneurs de suspendre le travail manuel. Ces jours de repos, contre lesquels on s’est élevé si fortement par la suite, étaient tout à l'avantage de nos pères les Gaulois, écrasés sous le joug des Francs. Si nous avons perdu mémoire de ces bienfaits, il est juste de les rappeler en temps opportun. Ceux qui ont placé le coq gaulois sur le clocher de nos églises n'étaient pas indifférents aux besoins du peuple.

L'on ne songe pas généralement jusqu’à quel point les coutumes et les traditions populaires sont tenaces. Le cas qui nous occupe est remarquable. En France, on voi!, par les anciens auteurs, que, du moment où quelqu'un apportait une bonne nouvelle, on s'écriait à la ronde : Faites-en les feux ! ce qui voulait dire : Réjouissons-nous ! Allumons les feux de fête.

Le Magasin Pittoresque renferme une gravure qui représente des paysans bretons de notre époque dansant une ronde

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autour de brasiers allumés sur la place publique. Les fiancés, ceux qui doivent s’épouser dans les douze mois, sautent par couple, se tenant la main, par dessus les tisons enflammés. (1)

Naturellement, les premiers colons du Canada emportèrent la coutume de fêter la Saint-Jean. Les allures mondaines de cette démonstration ne dûrent pas inspirer au clergé la croyance que saint Jean-Baptiste serait jamais un patron « religieux » pour ce pays. Il devait être bien difficile, en effet, de métamorphoser en solennité de l'Eglise une fête marquée depuis des siècles par les ébats bruyants et peu scrupuleux de la foule.

M. Ferland, s'appuyant eur l'ouvrage du Frère Le Clercq, intitulé : « L'établissement dela foi dans le Nouveau-Monde,» dit : (2) :

« L'année 1623 fut marquée, à Québec, par une solennité religieuse, à laquelle assistèrent tous les Français et plusieurs sauvages. Elle fut célébrée en exécution d’un vœu fait en l'honneur de saint Joseph, qui, dans cette occasion, fut choisi comme premier patron de la Nouvelle-France. Depuis ce temps, la dévotion envers saint Joseph s’est toujours conservée vive et efficace parmi les Canadiens, ainsi que l’attestent les

nombreuses églises placées sous sa protection et les confréries établies en son honneur.»

(1) Les parlements de France s’ajournaient autrefois lorsque la Saint-Jean tombait l’un de leurs jours de séance. Le Conseil Supérieur, pour suivre le coutume des parlements de France, s’ajournait, lui aussi, pour la Saint-Jean- Baptiste. Les conseillers d'alors étaient-ils plus pati'otes que nous ne le sommes aujourd’hui ?—0C,

(2) Cours d'histoire du Canada, I, page 212.—C.

Je suppose que, dans la pensée de ses fondateurs, la Saint- Joseph devait finir par supplanter la Saint-Jean. En tout cas, pendant quelqués années, on s’efforça de lui faire prendre, em dehors de l’église, un caractère populaire rivalisant avec la vieille fête du feu. Il ne faudrait pas, cependant, s’aventurer trop loin dans ces suppositions.

Depuis l’origine de la colonie, nous avons eu notre fête patronale, la Saint-Joseph, et notre fêle nationale, la Saint-Jean- Baptiste. Cette dernière avait pour elle, outre son ancienneté, l'avantage de tomber l’un des jours du solstice d'été, tandis que le dix-neuf mars, époque de la fonte des neiges, des giboulées et très-souvent du carême, n’a rien de comparable aux splendeurs du vingt-quatre juin.

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Il m'a paru curieux de relever les passages suivants qui concernent la célébration de ces deux fêtes dans les premières années de la colonie. Cela vaut mieux que tous les commentaires.

1636. « Un Sauvage, voyant la solennilé qu’on fait la veille de la Saint-Jean, croyait qu’on faisait cette fête pour ehasser le manitou et disait que nous entendions bien mieux l'éloigner et le bannir de nous, que non pas eux ; c’est pourquoi nous vivions plus longtemps. Cela me confirme dans l'opinion que j'ai qu’il font leurs tintamarres et battent leurs tambours pour chasser le diable, afin qu’il ne tue point les malades. Je crains que, l’un de ces jours, ils ne nous viennent prier de tirer nos canons pour les guérir. » (Le Père LEJEUNE).

La Relation de 1637 nous décrit longuement le feu d'artifice et loule la fête qui eut licu cette année à Québec à l’occasion

DES CANADIENS-FRANÇAIS. Hs)

de la Saint-Joseph. Un croquis fort curieux accompagne ce récit.

1646. « Le 18 mars, veille de Saint-Joseph, entre sept et huit heures du soir, se fit le feu de joie de la Saint-Joseph. Monsieur le gouverneur (M. de Montmagny) nous vint quérir ; nous soupions. Le Père Vimont y alla, qui fit mes excuses (ceci est écrit par le Père Jérôme Lalemant, supérieur) sur quelque incommodilé que j'avais. M. le gouverneur mit le feu ; les soldats firent trois saluts, et quatre coups de canon furent tirés ; il y eut aussi quelques fusées. Le 19, quand on sonna l'angelus, on tira un coup de canon, et à la messe, à l'élévation, trois ou quatre avec quelques saluts de mousquels.» Après la messe et les vêpres, on alla au monastère des dames Ursulines faire le salut de Saint-Joseph. (Journal

des Jésuites).

1646. « Le 23 juin se fit le feu de la Saint-Jean, sur les

huit heures et demie du soir. M. le gouverneur envoya M. Tronquet, (Guillaume Tronquet, son secrétaire), pour savoir si nousirions. Nous allâmes le trouver, le Père Vimont et moi, (le Père Jérôme Lalemant) ‘ans lefort. Nous allâmes ensemble au feu ; M.le gouverneur l’y mit, et lorsqu'il le mettait je Chantai l’Ut queant laxis et puis l’oraison. M. de Saint-Sauveur n'y était point ; il l'y faut inviter une autre fois. On tira cinq coups de canon et on fit deux ou trois fois la décharge de mousquets. Nous en retournâmes entre neuf et dix heures.» —(J. des J.) ï

M. de Saint-Sauveur était un prêtre, le même qui a laissé son nom à un faubourg de Québec.

1647. « À la Saint-Joseph, on ne fit point de feu de joie la veille comme de coutume ; j'en fus (le Père Jérôme Lalemant)

| une parlie cause, comme ne goñtant guère cetle cérémonie qui n'avait aucune dévotion qui l'accompagnât, et me semblait | 11 qu'un salut en l'honneur du saint était meilleur, comme en 4 ; | effe il fût fait la veille, à la paroisse, et le jour aux Ursulines, : | où le Hic vir despiciens ful chanté en musique. On tira, cette Ê | même veille, un coup de canon à une heure, et le jour, à k l'angelus du matin, quatre ou cing coups de canon. »— (J. des J.) ne 1647. «On fit le feu de la Saint-Jean comme l’an passé. de |! - Je n’y assistai pas. M. de Saint-Sauveur fit l'office.» — M (I. des J.) , | Ces deux textes montrent assez que le Père Jérôme Lale- | | | mant ne goûlait pas le eôté populaire des fêtes qui nous occu- |

pent. Pourquoi? parce qu'il ne croyait pas devoir encou- | rager ces pratiques ; il le dit clairement cette année, et en ILE 4649 il réussit à «séparer le matériel d'avec le spirituel, » comme nous le verrons.

| 1648. « Le 23 juin, le feu se fit à l'ordinaire. J'y assistai, à D ainsi que le Père Lejeune et le P. Greslon. M. le gouverneur # JL me vint (le Père Jérôme Lalemant) quérir sur les huit heures 1 il et demie. Nous allâmes promener en son jardin, et sur les neuf heures un quart nous allämes au feu. M. le gouverneur | (M. de Montmagny) le mit à son ordinaire. J'y chantai l'Ut LE queant laxis après le feu mis, le Benedictus et l'oraison de l'E saint Jean, le Domine salvum fac regem et l'oraison du roi, |. | le tout sans surplis. Nous en retournâmes à dix heurcs.»— ï

(J. des J.)

les eur

1649. «On refit cette année le feu, la veille de Saint-Joseph, mais on sépara le matériel d'avec le spirituel. On fit le salut sur les six heures, et sur les sept M. le gouverneur (M. Dailleboust) me vint prier de m'y trouver et voulut que j'y misse le feu, je l'y mis. Aux Ursulines, comme l'an passé, mais l'on oublia l’oraison pour la fondatrice, Pro devotis amicis. Le jour, le tout alla comme l'an passé et alla bien.»

Le Père Lalemant « mit le feu» sur les instances du gouverneur, mais «sans surplis» évidemment—comme l’année précédente.

1649. «On ne fit point de feu à la Saint-Jean aux Trois- Rivières, le gouverneur prétendant que le magasin le devait faire, et le magasin s’en remeltant au gouverneur. On en fit à Québec, ce fut le Père Vimont au défaut d'autre.»

Nouveau gouverneur-général ; nouveau gouverneur particulier aux Trois-Rivières ; grand nombre de nouveaux colons dans ce dernier lieu; questions agraires ; diminution de la traite ; embarras du magasin des Cent Associés : il y a peut-être là-dedans de quoi expliquer le désaccord dont le Père Jérôme Lalemant fait mention.

1650. « La veille de Saint-Joseph, il y eut un feu fort froid, c’est-à-dire tout simple, sans artifice ni fusée. M. le gouverneur me fil prier par sa femme d'y mettre le feu, lui étant indisposé ; je le fis avec une grande répugnance (1). On n’y

(1) Inutile d’insister sur les répugnances du Père Jérôme Lalemant ; toutefois, il ne faut pas dire avec le docteur LaRue qu’elles s'expliquent par les dissensions survenues entre ‘ nos anciens gouverneurs et Mgr de Laval.” M. Dailleboust s’occordait très bien avec les Pères Jésuites. Mgr de Laval ne vint dans le

13 chanta point parce qu’on doit supposer que le salut qui a pré- | cédé immédiatement, c’est-à-dire environ une heure devant, supplée à cela.»

ul 1650. «Le 23 juin, le feu de la Saint-Jean, duquel je (A m'excusai (le Père Jérôme Lalemant) prévoyant qu’on m'y { ferait mettre le feu à l'ordinaire, et ne jugeant pas à propos de | | laisser courir cette coutume, qui n’avait point été pratiquée | fl (par ie supérieur des Jésuites) du temps de M. de Montmagny. jai Ce fut M. le gouverneur qui y mil le feu. Le Père Delaplace y fl | assista en surplis et élole, avec Saint-Martin, pour y chanter juil le Te Deum.»

il 1651. «La veille de Saint-Joseph il y eut un feu comme l’an | passé, auquel M. le gouverneur (M. Dailleboust) me pria (le | Père Ragueneau) de mettre le feu. Je le fis avec beaucoup de | répugnance. J'avais mené avec moi le Père Le Mercier et le Père Gareau.»

Il n’y avait pas que le Père Jérôme Lalemant qui allât au feu [il de joie avec répugnance.

(fl Du Canada, transportons-nous un instant à Paris. Je tiens de M. Alfred Garneau la note suivante : «Ceci est tiré du Journal d'un voyage à Paris, 1657-58, publié à Paris, en 1862, par À. P. Faugères. Les auteurs de ce journal sont deux | jeunes gens appartenant à une des premières familles de Hol- (fl | lande, venus en France pour achever de polir leurs mœurs et

ji compléter leur éducation. Ils s'appelaient MM. de Villiers.

lil 4

| | pays, pour la première fois, que dix années plus tard. Le ‘feu fort froid” de 4 ET:

| | | 1650 n’a rien à déméler avec lui. 4 o!

| Puisque nous y sommes, notons que le docteur LaRue met au compte du Père n

Il | LeJeune quatre passages du Journal des Jésuites qui sont du Père Lalemant,. Il 4 SC

Il {l dit aussi que, après 1650, il n’est plus fait mention ni de feu ni de la fête de la à lir

{l || Saint-Jean à Québec; pourtant cette célébration eut lieu avec éclat en 1666. L.

| il B. 8, en

re

«Le 22 juin 1657, en passant par la Grève, nons vimes qu'on y faisait de grands préparatifs de feux d'artifice, pour la veille de la Saint-Jean, qu'on devait allumer sur le soir. La’ maison-de-ville élait fort bien tapissée par dehors et par dedans. MM. de la ville y donnèrent uue belle collation de confiture au gouverneur, aux principaux officiers et aux dames les plus relevées.» Le gouverneur de Paris, accompagné de milices sous les armes, tambours battant, enseignes déployées, alla mettre le feu à la nachine. «On a, dit le Journal, une superstition particulière pour cette fête, et telle qu’il n’y a presque pas un gentilhomme ou un bourgeois qui porte le nom de ce saint, qui ne fasse ce jour-là un feu devant sa porte.»

Revenons au Canada. Texte du Journal des Jésuites :

1660. « Le dix-neuf, jour de Saint-Joseph, se dit ici la messe, à l'ordinaire, à six heures ou cinq heures et demie, sans exhortalion, à raison de la première messe que devait dire M. de Bernières aux Ursulines, qui en effet la dit à sept heures. M. de Charny l'assistait. On y alla confesser et il y eut une très-grande quantité de communions. Le Père Dablon y dit ensuite la messe, et moi (le Père Jérôme Lalemant) la grande messe ensuite où le Pèrè Dablon et le Père Chaumonot me servirent de diacre et de sous-diacre. Le Père Chastelain el Monsieur l’évêque (Mgr de Laval, premier évêque du Canada, arrivé l'année précédente) y avaient dit la messe devant M. de Bernières. 11 y eut indulgence plénière appliquée par monseigneur l’évêque, de trois qu'il avait pouvoir d'appliquer, outre trois autres avec oraison de quarante heures. Le sermon solennel fut fait à la paroisse l’après-dinée et celui des Ursulines en même temps, sans solennité, à leur grille ; le salut ensuite solennellement, y fut fait par M. de Bernières, et la

musique en la manière qui suit, le saint Sacrement y étant exposé: on commença en musique par le Pange lingua, après quoi immédiatement les religieuses chantèrent un motet court du saint Sacrement, ensuite la musique recommença l'Iste Confessor, après quoi immédiatement les religieuses chantèrent un motet du saint, après quoi la musique reprit le Domine salvum fac regem, à la suite duquel M. de Bernières, officiant, dit la messe et les trois oraisons correspondantes ; après quoi les religieuses devaient chanter quelque chose pendant l’encensement et la bénédiction, ce qu'elles ne firent pas, pour n’en avoir élé suffisamment averties. Le tout fut conclu par un Laudate Dominum chanté par la musique. On en fut fort salisfait et la chose parut belle et dévote. Toute l'église était remplie. On manqua de mettre au dessus de la porte l’écriteau « indulgence plénière ». (Le Père Jérôme Lalemant.)

1661. «A la Saint-Joseph, il y eut trois feux le soir (nos écoliers, M. Couillard et les Ursulines). Point de diacre et sous-diacre aux Ursulines, parce que ceux qui le pouvaient faire étaient empêchés aux confessions, qui durèrent en notre chapelle jusques à neuf heures. Le reste à l'ordinaire. Pour le salut aux Ursulines, elles le firent seules, où le monde fut invité pour y gagner les indulgences. » (Le P. Jérôme Laleman:).

1661. Le 22 juin, le grand sénéchal Jean de Lauzon, avec plusieurs hommes, furent tués à l'île d'Orléans par les Iroquois. On les inhuma le 24, jour de la Saint-Jean-Baptiste. Il n’est pas fait mention de cette fête,

1662 «A la Saint-Joseph, aux Ursulines, monseigneur, une basse messe à sept heures. La grande messe à huit, et la dernière fut dite là même, et non céans : le salut solennel avec les instruments. » {Le Père Jérôme Lallemant.)

si

1663. «La Saint-Joseph venant le lundi de la semaine sainte, fut fêtée et point transportée. » (Le Père Jérôme Lalemant.)

1664. « À la Saint-Joseph, on ne fit céans ni salut la veille ni le jour. Il se fit aux Ursulines lejour.» (Le Père Jérôme Lalemant).

1666. « La solennité du feu de la Saint-Jean se fit avec toutes les magnificences possibles, Monseigneur l'évêque revêtu pontificalement avec tout le clergé, nos pères en surplis, etc. Il présente le flambeau de cire blanche à M. de Tracy, qui le lui rend et l'oblige à mettre le feu le premier, etc. » (Le Père LeMercier.)

Cette cérémonie était relevée, sans doute, par les soldats du régiment de Carignan arrivés l’année précédente.

Les origines de la Saint-Joseph et de la Saint-Jean-Baptiste nous sont donc clairement indiquées. La première de ces fètes a gardé son caractère religieux ; l'autre, ses allures populaires, sans se séparer de la religion. Elle réunissait les deux qualités voulues pour devenir notre fête natiorale lorsque M. Ludger Duvernay lui donna une constitution.

M. de Gaspé a consacré la majeure partie d'un chapitre des Anciens Canadiens à nous parler de la célébration de la Saint- Jean-Baptiste dans les paroisses du bas du fleuve, au siècle dernier ({).

M. le docteur Hubert LaRue nous raconte comment cette

(1) Je renvoie les lecteurs à ce curieux livre, comme aussi au chapitre troisième de ses Mémoires où il revient sur ee sujet.—B, S.

l | 12 FÊTE NATIONALE Îl fête était célébrée dans l’île d'Orléans au commencement de | | notre siècle.

|] Je n'ai rien d’aussi pompeux à rapporter touchant les | paroisses situées au de de Québec, mais à Saint-Jean | d'Echaillons et aux Trois ‘ières, ces coutumes subsistaient

| encore au temps de mon enfance. Le premier bain dans le tr fleuve se prenait le soir du vingt-trois juin, aux éclats des

| chansons et de la gaîté générale (1). Au collége de Nicolet, il

y a cinquante et soixante ans, il y avait grand congé, grand

pique-nique, promenades sur l’eau.

| | | | Telle qu’elle est aujourd'hui, l'association Saint-Jean- (Ut Baptiste a pour emblême un castor entouré d'une guirlande de fl feuilles d'érable. Sa devise est: « Nos institutions, notre langue | et nos lois. » Voyons jusqu'où remontent ces trois choses. | M. l'abbé Verreau nous signale dès 1673 la première mention connue du castor, comme symbole du Canada ou | de l'élément canadien, lequel, on le sait, fut toujours bien distinct de l'élément « français. » 4 A la date en question, le gouverneur Frontenac conseillait au ministre du roi de placer un castor dans les armes de la À ville de Québec. 4 Un castor figure sur la médaille frappée en 1690 pour com- 4 mémorer la défense de Québec. \ | En 1736, dit encore M. Verreau, la Nouvelle-France et les ne | | autres colonies françaises de l'Amérique portaient sur leurs D. |

armes trois fleurs de lys d'or. Pas de castor. F

(1) Les bains de la Saint-Jean sont restés en vogue surtout dans les paroisses des rives du Saint-Laurent et des lacs. —C,

les

Dissos

L'Histoire de la Nouvelle-France, du Père de Charlevoix, imprimée en 1744, porte une vignette sur sa page de titre qui représente une ruche &'abe:lles et deux castors placés sous des branches d'arbres.

Selon l’Antiquarian publié à Montréal (II, 190), une institution financière appelée Canada Bank existait en 1792. Sur l'un de ses billets, qui nous a été conservé, on voit un castor rongeant le pied d’un arbre.

Décidément, le castor paraît avoir orné notre écusson depuis très longtemps.

La ‘‘question du drapeau” occupait nos pères en 1807. On exprimait d'un côté le vœu d’avoir un drapeau canadien, et d'autr: part, on prétendait que celui de l'Angleterre nous devait suffire, de même que celui de la mère-patrie nous avait suffi sous le gouvernement français. Un poële milicien s’écrie :

« A notre brave milice

Quoiqu'il manque des drapeaux, On rendra bonne justice

En admirant ses travaux...

Yankés, Autrogoths, Vandalles, Ils braveront tous vos traits ;

Vous sentirez, canniballes Si la mort à des attraits.»

La pièce se termine par ces deux vers prophétiques :

«Oui, fiers Anglais, n’en doutez pas :

Pour vaincre vous aurez nos bras !»

C'était prédire Châteauguay à six ans de distance. (1) Vers 1815, M. le commandeur Viger avait fait dessiner un castor dans un écusson de fantaisie. Avant 1830, il le fit

(1) Pas mal pour un poète qui fait ses dents 1—B, 8

mettre dans les armes de la ville de Montréal. «J'ignore, ajoute M. Verreau, (de qui ceci est encore emprunté), si Québec eut jamais sous le gouvernement français des armes particulières. »

En tous cas, le castor que Frontenac voulait lui donner est aujourd’hui à Montréal,

Dans le Canadien du 29 novembre 1806, ca trouve un indice du choix que les Canadiens auraient déjà fait de l’érable comme un arbre national. C'est à propos des attaques francophobes du Mercury :

« L'érable dit un jour à la ronce rampante:

Aux passants pourquoi t’accrocher ?

Quel profit, pauvre sot, en comptes-tu tirer ?

Aucun, lui répartit la plante Je ne veux que les déchirer!»

Rare partout ailleurs, l’érable a dû frapper agréablement l'étranger dès la découverte du Canada. On peut supposer que les colons français lui prêtèrent une attention particulière et s’accoutumèrent à le regarder comme l'arbre canadien par excellence.

Au premier banquet de la Société Saint-Jean-Baptiste, qui

eut lieu à Montréal, le 44 juin 1834, on remarquait, dans les L

décorations de la salle, un faisceau de branches d'érable char- À

gées de feuilles. E:

Lorsqu'en 1836 on proposa officiellement à ia mème Société à

d'adopter la feuille d'érable pour emblème national, M. D.-B. à

Viger s'exprima en ces termes :

DES CANADIENS-FRANCÇAIS. 15

«Cet arbre qui croît dans nos forêts, sur nos rochers, d'abord jeune et battu par la tempête, languit, en arrachant avec peine sa nourriture du sol qui le produit ; mais bientôt il s'élance, et devenu grand et robuste, brave les orages et triomphe de l’aquilon. L'’érable, c’est le roi de nos forêts. C'est l'emblème du peuple canadien! »

La même année, M. Etienne Parent écrivait : «La feuille d'érable a été, comme on sait, adoptée comme embiême du Bas-Canada. »

En 1831, M. Etienne Parent rétablit le Canadien ; il lui donna pour devise les mots suivants :

Nos institutions, notre langue et nos lois,

résumant ainsi toute la poutique qu'il avait embrassée, «C'était là, disait-il souvent, mon étoile polaire, ou, si vous voulez une autre comparaison, mon lit de Pracusle : tout ce qui n’entrait pas dans celte mesure je le repoussais, je le com- Latlais. »

Les besoins du temps, eu inspirant ce mot d'ordre, venaient de compléter la bannière de la Saint-Jean-Baptiste.

En 1880, toute ia Confédération réclame le castor et la feuille d'érable. J'ai vu des Anglais qui croient avoir inventé ces emblèmes. Alors, pourquoi n’acceptent-ils aussi

Nos institutions, notre langue et nos lois ?

On n’est pas Canadien sans cela, el tous lus Anglais veuient maintenant être Canadiens.

pence 2

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