CHAPITRE II
PREMIÈRE SÉANCE SOLENNELLE DE LA CONVENTION.—PROCÈS-VERBAL, D'SCOURS.——RÉSOLUTIONS.
La séance s'ouvre à sept heures et demie, sous la présidence de l'hon. P. J. O. Chauveau, président général.
Sont présents sur l'estrade : L'hon. J. G. Blanchet ; L'hon. juge Routhier ; L’hon. P. À, Landry ; Dr. F.-X. Valade, viceprésidents ; L’hon. C. A. P. Pelletier ; L'Hon. F. X. Trudel ; M. Claudio Jannet et M. le comte de Foucault ; MM. Amédée Robitaille, Jules Tessier, Alphonse Pouliot, H. J.J.B. Chouinard, secrélaires. Sont aussi présents aux siéges d'honneur, dans la salle : Monseigneur l’Archevêque de Québec ; Monseigneur Laflèche, évêque des Trois-Rivières ; Monseigneur Antoine Racine, évêque de Sherbroobe ; l'hon. J. A. Chapleau, premier ministre de la province de Québec ; l'hon.
Dr. Ross, président du Conseil législatif, et M. J. P. Rnéaume, x président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.
Le parterre de la grande salle est complètement occupé par le public et les dames remplissent les galeries.
Monsieur le président général de la Convention prononce le discours d'inauguration,
MEsseIGxLuRs, MESDAMES ET MESSIEURS,
«En me faisant le très grand'honneur de présider cette Convention, honneur dont je ne pourrais jamais trop vous remercier, vous m'avez imposé le devoir d'ouvrir cette séance par quelques remarques.
« Ce que vous désirez faire dans cette Convention, c’est de rendre aussi permanents qu'il est possible, les résultats de la grande démonstration d'hier.
« Cette démonstration, c'était la profession de foi relig'euse et nationale de tout un peuple, rendue aussi solennelle qu'on peut l'imaginer par la grandeur historique du lieu où elle se faisait, par le spectacle que la nature offrait à nos regards, par la pompe magnifique de votre procession, par le discours d’un orateur sacré qui a traité les grands sujets de la religion et de la nationalité sous toutes leurs faces; enfin par la célébration du plus auguste et du pius touchant de nos mystères sur le terrain même où s'est accompli pour nos pères le plus douloureux des sacrifices.
« La mémoire des jours de deuil, ei celle des jours de triomphe, les préoccupations et les difficultés sans nombre du présent, d'heureux présages d’une part, de l’autre des craintes trop légitimes pour l'avenir qui nous est réservé, formaient dans l'esprit de chacun de nous comme une lutte intérieure qui va se traduire ici par une élude, je ne dirai pas complète, mais au moins sérieuse de notre condition présente et des ressources que nous avons à notre disposition pour l'améliorer.
«Mais avant de nous engager dans cette étude pratique de tout ce qui peut intéresser la race française en Amérique, constatons encore une fois le sentiment qui nous fait agir. Après le sentiment religieux, c’est le plus noble de ceux qui honorent l'humanité, c’est le culte des traditions, l'amour de la langue et des mœurs des ancêtres. Chez les populations qui ont eu le bonheur de conserver avec l'unité de race, l'unité religieuse, ces deux sentiments sont si élroitement liés l’un à l’autre qu'il est impossible de les séparer. C’est le cas pour nous, c'est celte double unité qui nous rassemble de toutes les parties de l'Amérique.
«La notion à la gloire de laquelle se rattachent loutes nos gloires, que nous aimons encore malgré uue si longue séparation, malgré notre fidélité à nos gouvernements respectifs, cette nation s'appelle la Fille aînée de l'Eglise. Klle à porté ce nom noblement pendant des siècles, elle l'a mérit:: autrefois par ses combats contre tous les ennemis du christiinisme, elle l’a mérité par l'établissement de ce pays, où elle a écrit avec le sang de ses guerriers, avec le sang de ses missionnaires, une des plus belles pages de l’histoire religieuse: elle l’a mérité
DES CANADITNS-FRANÇAIS. 263
aux plus mauvais jours de sa propre histoire par le courage, par la fidélité héroïque de la plus grande partie de ses classes dirigeantes, qui ont racheté par leur martyr les fautes de leurs devanciers; elle le mérite encore aujourd'hui par la foule de prêtres et de religieux qu'elle produit et qui vont annoncer l'évangile aux extrémités du monde.
« Notre destinée séparée depuis si longtemps de la sienne s’y rattache encore par des liens mystérieux et invisibles ; que nous le voulions ou que nous le voulions pas, nous ne pouvons nous empêcher de nous réjouir avec elle, de nous affliger avec elle, de nous humilier avec elle, et s’il nous échappe quelques paroles amères à son adresse, elles sont dues à notre amour qui nous fait sentir comme si elles étaient failes à nous-mêmes les mutilations qu’elle s’inflige dans le délire de ses révolutions.
«Cette fête de la Saint-Jean-Baptiste, dès le prineipe fut à la fois la commémoration de cette partie de l’histoire de France qui nous est propre et de toutes celles que nous avons le droit de reclamer à titre d'hérilage.
«Et pour mieux vous le prouver, permetlez-moi de vous lire quelques passages d'un discours que j’eus l'honneur de prononcer au banquet de la seconde célébration faite à Québec, en 1842. J'avais élé chargé de porter un toast à la France, « pays de nos ancêtres ».
« Je sais qu'il n’est guère permis de se citer soi-même, mais quand on le fait à près de quarante ans de distance, le mauvais exemple ne saurait être contagieux. Je souhaite aux jeunes oraleurs du jour de commettre la même inconvenance après le même laps de temps, certain que je suis moi-même de ne pas récidiver.
« Cette fête, disais-je, à laquelle tant de Canadiens prennent pari aujourd'hui, c’est, messieurs, deux grandes choses dans une seule. C’est d'abord un tribut d'amour et d'espoir au pays que nous habilons, à ce Canada, belle et vigoureuse contrée qui, malgré ses revers, tiendra bien à l'avenir tout ce qu’elle lui a promis. C'est ensuite un tribut d'amour et de souvenir à la belle France, le pays de nos ancêtres qui, pour être {a première nation du monde, n'a qu’à demander à l'avenir de se modéler sur le passé... ss rss cesse
« Cependant on a osé dire que nous ne pouvions nous larguer de tous ces beaux souvenirs, que la gloire de la France
n'élait pas la nôtre, que uous étions dégénérés, Ceux qui l'ont dit prétendraient-ils que nous soyons dégénérés pour nous être mêiés avec eux ? Je ne le crois pas. En mettant en commun les grandes quali'és de leurs ancêtres, les descendants des deux plus grandes nations du monde ne sauraient qu'y gagner. Nous, des français dégénérés ! Maïs, messieurs, ce n’est pas une ealomnie, ear la chose n'est pas croyable ; c’est une absurdité. Partout Porigine française se trahit ellemême, vous la renieriez qu'elle parlerait plus fort que vous. C'est une observation que tous les voyageurs, que tous les historiens oni faite : Jes populations que la France à laissées après elle sur Lous les points du globe qui lui ont été soumis, se conservent et se développent malgré tous les obstacles.
«Si vous rencontrez quelque part une maison rustique, blanchie soigneusement au dehors, que sur le seuil un homme hospitalier vous souhaite la bienvenue, vous fasse partager de tout cœur le peu qu'il possède, si la gaieté la plus vive et læ plus franche préside à son foyer, messieurs, ne cherclrez point : la France à passé là !
« Si vous trouvez quelque part des hommes qui, au seu} mot d'honneur, sentent bouillonner tout leur sang, qui, à ce mot magique. s'élancent vers le champ de bataille et comptent le danger jour un plaisir, messieurs, ne soyez pas en peine : La France à passé À !
« Si vous trouvez quelque part un groupe d'hommes plus sensibles encore au bienfait qu'à l’injure, et à l'injure qu'au malheur, aussi enthousiastes de ce qui est beau et grand que bons et tendres pour tout ce qui est faible, encore une fois la France à passé là ! »
«Ainsi s’exprimait-om8, dans notre bon vicux Québec, il y a près de quarante ans.
«Bien des événements se sont passés depuis ; la France a eu de nouveaux triomphes, de nouvelles gloire ; mais aussi de terribles désastres.
« Mes auditeurs d'aujourd'hui l’aiment-ils moins que l'aimaient ceux d'alors ?
« La race franco-canadienne s’est développée depuis dans toutes les parties de i'Amérique. Est-elle moins fidèle à ses traditions, moins dévouée, moins courageuse, moins conliante dans son avenir qu'elle ne l'était alors ?
«Votre enthousiasme d'hier a répondu d'avance à ces questions.
« La société Saint-Jean-Baqtiste n'existait à Québec que depuis un an ; ctéée à Montréal par Ludger Duvernay avant l'insurreclion de 1837, elle avait disparu dans les sombres événements de celte époque, elle y renaissait cette année-là, c'est-àdire après la première célébration faite à Québec.
« L'union législative et administrative avec ‘le Haut-Canada venait de nous être imposée par un acte suprême d'autorité de Ja part du parlement impérial ; le Haut-Canada s'était insurgé aussi bien que le Bas-Canada ; il était récompensé et nous étions punis. La nouvelle constitution nous paraissait pleine de rigueurs et d’injustices à notre égard, notre langue comme langue officielle était proscrite ; nous étions pour bien dire au lendemain d'une seconde conquête.
« L'objet de la nouvelle association était de relever les vourages aballus, de raviver le sentiment national, de l'empêcher de fléchir dans les dangers qui nous entouraient.
« On peut dire sans crainte que ce but a été atteint, que le sentiment national, loin de s'émousser, s'est accru, et que les premières célébrations ont contribué puissamment à tous les progrès que nous avons faits depuis.
«n'est done que juste de dire un mot de ecux à qui nous devons en grande partie ce que nous voyons aujourd'hui.
« Le président fondateurde la Société à Québec fut M. Pierre” Martial Bardy, et il n'eut pas seulement le mérite de se placer courageusement à la tête d'une organisation dont le suceès paraissait alors très-douteux, il rendit plus tard à la socièté et au pays un éminent service en assurant par un zèle infatigable à construction du monument élevé à la mémoire des héros de 1760 : monument, qui estun des plus beaux titres de la société à la reconniissanee publique. Son nom peut être placé à bon droit à côté de celui de Ludger Duvernay, le premier fondateur et le restaurateur de la société à Montréal dans celte grande cité où notre élément se maintient avec tant de persistance au point le plus contesté, au poste stratégiquement le plus important dans la grande lutte que se livrent ici les nationalités, puisqu'il se trouve pour bien dire au confluent non-seulement de lOutaouais el du Saint-Laurent mais aussi de ces grands fleuves d'émigralion et d'immigration qui menacent de modifivr de plus en plns notre caractère comme peuple.
« Cette sociélé comme celle de Québec a été présidée tour à tour par les hommes les plus importants. Denis Benjamin et Jacques Viger furent parmi ses fondateurs et l’homme qui devait exercer une si grande influence sur nos destinées, sir George Cartier, y débutait par un chant patriotique, qui se chantera longtemps partout où il y aura des Canadiens.
« Je ne saurais nommer tous les fondateurs, tous les organisaleurs de la société de Québec, mais je ne puis oublier les noms de M. Réné Edouard Caron, qui a été son second président, qui a occupé cette charge pendant de longues années, et terminé à Spencer Wood une des carrières les plus brillantes et les plus heureuses ; ni celui de M. Louis Panet, qui succéda à M. Caron et est encore au milieu de nous un des plus beaux types du gentilhomme canadien.
QA la première célébration se trouvaient le président actuel, aujourd'hui aussi actif, aussi vaillant, aussi heureux dans ses allocutions, marquées au coin du véritable esprit gaulois, j'oserais dire aussi jeune qu'il l'était alors, et M. Napoléon Aubin, premier secrétaire archiviste de la société, qui a mis dès l'origine et pendaat si longtemps à son service un remarquable talent d'organisation et un dévouement sans bornes. C'est à lui et à M. Louis-Gonzague Baillairgé, le commissaireordonnateur des grands jours qui, avec sa volonté de fer, aurait fait passer la société à travers n'importe quel obstacle, que l’on doit en grande partie ses suceès.
«Parmi les orateurs des deux premiers banquets se trouvaient deux autres futurs lieutenants-gouverneurs, Sir Narcisse Belleau et M. Cauchon, un homme d’une grande intelligence et d’une grande activité, M. Glackmeyer, aujourd'hui le doyen des nolaires de toute la province, plusieurs jeunes litlérateurs et futurs hommes publics, qui y faisaient leurs débuts, MM. Réal Angers, Charles Taché, Auguste Soulard, François Derome, et l'homme qui alors tenait le sceptre du journalisme politique, M. Etienne Parent, l’un des esprits les plus vraiment français que nous ayons eus.
«Messieurs, nos deux grandes sociétés nationales de Québec et de Montréal, ces sœurs rivales mais jamais ennemies, ont montré le même zèle, le même patriotisme ; elles ont tenu haut et ferme le drapeau national ; elles ont donné l'impulsion à loutes les œuvres patrioliques, et la société de Montréal est en ce moment présidée par une de nos gloires canadiennes,
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gloire de la politique, de la Mltérature et du barreau. J'ai le regret d'ajouter qu'invité à prenftre ici la parole, l'honorable juge Loranger en est empêché par l'état précaire de sa santé.
« À celte époque nous commen:ions à peine à compter dans l'administration, dans là direction des affaires publiques ; les hautes charges de l'Etat avaient été rarement le partage de nos nationaux : nous avions eu des iribuns plutôt que des hommes d'Etat ; mais, depuis, combien de carrières, qu'un ostracisme aussi maladroit qu'injuste nous fermait ne nous ont-elles pas élé ouvertes !
« Notre histoire, celte grande source du patriotisme était à peine connue ; Garneau et F'erland préparaient les savantes recherches qui ont servi de base à leurs livres admirables ; bientôt vulgarisée par des abrégés, elle répandait dans touies nos écoles, dans toute notre population l'amour des ancêtres, le culte de la patrie ; elle faisait connaître la vie des fondateurs de notre pays, celle des continuateurs de leur œuvre, tandis qu'une série de manifestations comme celle d'aujourd'hui faisait retentir au loin les noms de ces grands hommes.
«Notre littérature qui n'était guère sortie des limites du journalisme, mais que les écrits des Viger, des Morin, des Etienne Parent avaient déjà fondée, notre littérature s'est développée, un nombre considérable de livres et de revues ont été publiés ; et, bien que la carrière des lettres soit plutôt eficore un accessoire heureux et brillant qu'une occupation exclusive pour nos écrivains, nous touchons au moment où nos jeunes auteurs pourront prendre leur part de la grande et lucrative publicité qui est l'apanage de leurs ainés en Europe.
«Depuis nos premières célébrations que de changements se sont opérés ! Que de questions difficiles ont trouvé une heureuse solution ! Que de questions nouvelles se sont élevées !
« L'émigralion vers les Etats-Unis était à peine commencée, Cet exode si regrettable pour la province de Québec fut le signal d’études importantes.
« Des mesures législatives et administratives furent prises pour dégrever notre sol de la tenure féodale, pour mieux organiser notre système municipal, pour développer notre instruction publique, pour donner aux colons l’aide de routes nouvelles,
«Des associalions patriotiques, auxquelles le clergé donnait son puissant patronage et des prêtres zélés leur initialive la plus
énergique, fondèrent d: nouvelles paroisses en mème temps qu'une véritable croisade s’organisait contre le luxe, l'intempérance el l'ignorance. Les vastes régions du Saguenay et du lac Saint-Jean, des vallées du Métanédiac, du Saint-Maurice, de l'Ottawa et des cantons de l'Est, sont les témoins du succès de ces nobles efforts,
«Nous n'avions eu à lutter jusque-là que contre l'oliarchie locale, soutenue par le gouvernement de l'Angleterre ; les populations du Faut-Canada ne nous connaissaient que par les préjugés qu'on leur avait inspirés contre nous. Bientôt forcés de nous rencontrer avec elles sur le terrain de la politique, nos chefs ont dû apprendre et parler la langue anglaise, lutter tantôt dans une langue, tantôt dans l’autre et jamais avec trop d'inégalité ; ils ont su obtenir l'estime, le respect même des autres nationalités, et si des combats ardents, des disputes orageuses ont rendu nécessaire un nouveau chanzement constilutionnel, nous devons dire que bien des préjugés ont disparu et que notre élément a maintenu sa position.
«De notre union avec le [aut-Canada, datent de très-grands progrès dans f'instruction publique, dans le commerce, dans l'industrie, dans l'agriculture ; et si, d'un côté, il nous faut avouer qu'il nous reste encore beaucoup à faire, d'un autre côté. pour être justes envers nous-mêmes, nous devons tenir compte des obstacles que présentent nos conditions d'existence, notre climat et le fait que les grands capitaux ont été jusqu'ici hors de notre portée.
« Avant notre dernière transformation constitutionnelle nous n'avions que peu de rapports avec les papulations françaises de l'Ouest, ces pays d'en haut, qui exerçaient cependant depuis si longtemps une sorte de fascination légendaire sur un grand nombre de nos compatriotes : nous en avions encore moins avec nos frires de l’Acadie, dont la patience et la résignation s’exerçaient dans l'ombre, et sous le regard de Dieu. Nous les comptions perdus pour nous, de même que nous complions aussi perdus les descendants de tous ces hardis voyageurs el explorateurs, éparpillés dans les vastes plaines de l'Ouest, qui, d'élapes en étapes, avaient planté partout les jalons de la civilisation, grands hommes ignorés, dont les deux admirables volumes de M. Tassé ont révélé au monde l’héroïque histoire.
«Voiià cependant que, dès les premières années de la confédération, des questions difficiles nous ont rapprochés des uns
et des autres, et ils ont dù voir qu'ils avaient nos sympathies comme nous croyons aussi avoir les leurs. Ils ont appris à se compler, ils ont conquis leur place dans les conseils de leurs provinces et dans ceux de la confédération. Le Nouveau- Brunswick a un ministre acadien, dont j'ai entendu vanter sur les lieux-mêmes, par des hommes d'une autre race, les talents et la rare énergie ; et Manitoba a eu tout dernièrement son premier gouverneur français dans la personne d'un de nos vélérans politiques, d’un des écrivains les plus éminents de notre province.
« Nons avions presque désespéré de cette multitude de nos compatriotes émigrés aux Etats-Unis, qui y avaient fixé leurs pénates. Sur des rapports exagérés nous pensions qu'ils avaient été ou qu'ils allaient être bientôt fondus dans cette ardente fournaise où tant de nationalités ont déjà disparu. Nous nous élions (rompés ; faisons leur une amende honorable franche et solennelle ! Les nombreuses associations de Saint Jean-Baptiste qu'ils ont établies, leurs églises, leurs colléges, leurs couvents, leurs instituts littéraires, leurs journaux, sont la preuve d'une force vitale égale à la nôtre et peut être même supérieure, puisqu'elle s'affirme dans des conditions encore plus difficiles.
« Lorsque nous reprochions à notre ancienne mère-patrie de nous avoir oubliés, songions-nous que nous-mêmes nous négligions et ces nobles Acadiens, et ces courageux Mélis, et tous ces groupes de Canadiens épars dans les Etats voisins Ÿ
« Et cependant notre grande aspiration à nous-mêmes c'était de relier quelques rapports avec le pays de nos ancètres, c'était d'y être connus et appréciés. Cette partie de notre destinée s'est développée graduellement el nous avons élé en cela admirablerment servis par les circonstances.
« Pendant longtemps nous n'avons été connus que par les récits de quelques touristes plus ou moins bienveillants et plus on moins véridiques. Notre insurrection et :la présence de M. Papineau à Paris, les recherches qu'il y fit sur notre histoire fixèrent un moment l'attention. (1) À l'époque de l'union des Canadas, M. Gaillardet, qui avait fait de son journal l'organe des populations franco-améri-
(1) J'aurais dû mentionner ici les efforts faits par M. Barthe et la publication de son livre: Le Canada reconquis par la Frunce,
caines, donna dans ses colonnes une large part au Bas- Canada et écrivit quelques vigoureux articles dans lesquels il fut un des premiers à prévoir notre rapide développement, Mais les points de contact entre la France et son ancienne colonie étaient, par suil2 de l’etat de ses relations avec l'Angleterre, le plus souvent très difficiles et la situation de l'Europe trop tendue pour qu'il en fut autrement. Longtemps la vénérable et savante maison de Sairit-Sulpice, et quelques prêtres, émigrés en Angleterre pendant la révolution, et passés au Canada, furent les séuls traits d'union entre l’ancienne mèrepatrie et l’ancienne colonie. Encore l’oligarchie coloniale voyait elle d’un œil très jaloux ces rapports si inoffensifs,
« Au moment où se lerminait la guerre de Crimée, une corvetle française, la première qui ait remonté le Saint- Laurent depuis la cession du pays, profitant de la solidarité qui unissail les deux nations, vint jeter l'ancre dans la rade de Québec.
« La société Saint Jean-Baptiste posait précisément à cette époque la première pierre du monument de Sainte-Foye, et le commandant Belvèze et son équipage assistaient, avec le gouverneur général, Sir Edmoud Head, et toute la garnison anglaise, à cette touchante cérémonie. Dans la même année, le parlement canadien avait voté par parts égales unesomme considérable pour les veuves des soldats anglais et nour celles des soldats français, et pour les blessés des deux armées. Et la même année encore (1855) le Canada se présentait à l’exposition universelle de Paris dans des conditions bien propres à faire regretter à la France la perte de ses possessions d’Amérique.
« Un des fondateurs de la société Saint-Jeau-Baptiste, un de ces jeunes hommes aux ardentes aspirations qui avaient fait leurs débuts à nos premières agapes patriotiques, M. Charles Taché, présidait la commission canadienne, publiait à Paris un livre important sur notre pays, et recevait, lui, premier d’entre les Canadiens, la croix de la Légion d'Honneur.
«Tant d'heureuses coïncidences ne vous semblent-elles point providentielles, et n’y avait-il pas là comme le commencement d'une ère nouvelle, comme une double et touchante apparition de la France au Canada et du Canada à la France ?
«Ai-je besoin de vous rappeler tout ce qui s’est passé depuis : l'établissement d’un consulat général de France à Québec, les
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tentatives d'émigration et de relations commerciales entre les deux pays, el aussi avec un noble pays voisin la riche. et intelligente Belgique, pays charmant où brille notre foi, où se parle notre langue, où se trouve comme ici un dualisme national, et un gouvernement constitutionnel ?
« Ai-jebesoin de vous montrer les détachements successifs de nos zouaves, traversant la France aux applaudissements des catholiques, et combattant vaillammant les combats de la foi à côté des compatriotes de Jacques-Cartier ?
«Comment pourrais-je r mer tous les écrivains français qui ont cherché à nous faire connaître et apprécier : Faillon, Martin, Marmier, Ampère, Rameau, Lefaivre,de Bonnechose, Margry, Lamothe, Frary, Leroy (ee dernier est belge), comment pourrais-je vous dire les nombreuses faveurs accord'es par le gouvernement français à nos hommes publics, à nos institutions d'éducation, à nos bibliothèqnes ?
« Cette année même est, dans cet heureux mouvement, unede celles qu’à l'exemple des anciens, la patrie doit marquer d'un signe heureux, et, comme a dit Catulle: « quo lapide illa diem candidiore notet. »
« Pour la première fois les capitaux français reprenneni la route du Saint-Lanrent si longtemps oubliée, et c'est dans la bonne vieille ville de Champlain qu'ils débarquent heureusement.
« En même temps, pour la première fois, une œuvre canadienne est couronnée par l’Académie française, Un desquarante, un vieil ami du Canada, M. Marmier m'écrit à ce sujet ces simples et charmantes paroles :
.s'ai été heureux de présenter le rapport recommandant le livre de votre aimable compatriote. On prétendait qu'il devait être considéré comme étranger. J'ai de tout mon pouvoir protesté contre cette cruelle opinion, et de la solution d'hier j'ai une grande joie. »
« Ainsi, messieurs, contradictoirement comme on dit au palais, el à l'unanimité, l’Académie française a décidé que les Canadiens - Français n’élaient pas des étrangers et l’œuvre d'un de nos poëles, qui n’a jamais vu la France, a été jugé digne d’elle, par l'aréopage littéraire le plus sévère qui existe !
«Je ne veux pas diminuer la reconnaissance que nous devons à M. Lefaivre au profit de M. Marmier, ni la gloire de nos ministres au profit de celle de M. Fréchette, mais pour qui
connaît l'atlici:me de nos cousins d'outre-mer, le dernier succès est peut-être à certains égards plus mériloire que le premier. U:: capitaliste français risquera plus volontiers son argent qu'un académicien son suffrage.
« Si j'insiste sur ce développement de nos rapports avec la vieille mère-patrie, c'est qu'ils sont parallèles à l'agrandissement de notre rôle en Amérique et coïncident avec notre union plus intime à nos deux autres mères-patrie—car tout bien compté nous en avons rois—enfin c'est parceque tous ces succès sont dûs à notre fidélité et no‘re persévérance.
«En ce qui regarde l’Ang'eterre, après quelques hésitations, elle s’est dit que des hommes qui vouent un tel culte à une mère-patrie vaincue, et qui a pu leur paraître ingrate, sauraient bien s'attacher à qui leur donnerait justice et prospérité. Elle a vu aussi aue les fils des hommes de Carillon, des Plaines d'Aurahamet de Sainte Foye avaient été les hommes de Lacolle et deChateauguay, etque dans une religion quicommande avant tout l'obéissance, elle avait le plus puissant des auxiliaires. Elle a donc fait de fréquentes concessions favorables à notre autonomie et si ce n'eûl été dés efforts incessants de l’oligarch'e locale qui ont provoqué l'insurrection de 1837, ces concessions auraient conduit à un état de choses satisfaisant.
« Même, à la-suile de ces changements, après de nouvelles hésitations, après les injustices de l'acte d'union, l'Angleterre se laissa persuader que les fils des hommes de Saint Charles, de Saint-Denis et de Saint-Eustache, sauraient, une fois obtenues, conserver et défendre les libertés inhérentes à la forme de gouvernement qu'elle a pour bien dire créée et pour laquelle de fait, leurs pères avaient combattu. Elle nous accorda la pleine participation augouvernementconstitutionnel, et plus tard, elle consentit à nous rendre en partie notre autonomie provinciale et nous jouissons en commun avec tous nos concitoyens d'origine britannique des avantages du système représentatif dans la confédération aussi bien que dans notre province.
« La demande faite, sous le ministère Viger, de la réintégration de la langue française comme langue officielle fut promptement accordée par le parlement anglais, et lord Elgin inaugura gracieusement ce changement en prononçant le discours du Trône dans les deux langues.
« Dois-je rappeler ici tout ce que ce digne représentant de
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Notre Souverainc a fait dans le même sens, le zèle qu'il a montré pour obtenir directement de la Reine la charte qui régit l'Université-Laval, et dout la libéralité a obtenu de Pie IX des éloges répétés hier sur les plaines d'Abraham, dans l'éloquent sermon du jour. Qui n'a pas entendu parler da magnifique discours que ce gouverneur prononga lors de la pose de la première picrre de l'édifice où nous recevons maintenant l'hospitalité ?
«Les échos de cette salle retentissent encore des paroles bienveillantes de plusieurs membres de la famille royale, du gouverneur actuel et de son prédécesseur lord Dufferin. Ce dernier en s'adressant à l'Institut canadien français d'Ottawa, à la société Saint-Jean-Baptiste de Québec et à l’Université Laval, a proclamé franchement et sans détour l'immense service que rend à notre jeune confédération le développement de l'élément français. [la fait ressortir les avantages du dualisme national en des termes qui eussent peut-être fort étonné quelques-uns de ses prédéc2sseurs. [Il a invité nos concitoyens à prendre leur part de l'héritage de gloire, de science et de lumière que nous a laissé la France, de même que nous prenons si volontiers la nôtre de l'héritage de sagesse constitutionnelle, d'activié constante, de persévérance que leur a légué la Grande-Bretagne.
«Et hier encore, lereprésentant de notre souveraine, tant en son nom qu'en celui de la princesse son épouse, nous prodiguait es plus aimables paroles, et souhaitait la plus gracieuse bienvenue à nos frères des Etats-Unis. Je ne doute pas que ce discours ne soit considéré en Europe et en Amérique comme un nouveau gage d'union et de bons rapports entre les deux grandes races qui ont le plus fait pour la civilisation chrétienne. J'espère bien que cette convention ne s'ajournera pas sans exprimer sa reconnaissance au gouverneur-général dans une adresse aussi sympathique que l'ont été ses bienveillantes paroles.
« Voilà, messieurs, comment notre fidélité à nos traditions a été appréciée par notre ancienne et par notre nouvelle mèrepatrie.
«Mais j'ai parlé d’uneautre mère. Ah! vous l'avez nommée, messieurs, c'est celle qui a veillé sur nous dès le berceau de notre histoire, qui a donné au pauvre enfant desnérité le pain des forts et le lait de la gd divine, Cette grande institution
qui a pour le genre hui'ain tout entier la même personification que la patrie pour chaque peuple en particulier, « Vous voulez frapper l'Eglise, a dit l'illustre Montalembert, prenez garde ; c’est une lâcheté. L'Eglise est plus qu'une femme, c’est une mère.»
«Depuis les jours de Mgr de Laval jusqu'à ceux de Mgr Plessis, au centre de la catholicité, la plus grande sollicitude avait été montrée pour notre pays. Là, plus qu'ailleurs, on devait en effet prévoir le rôle que nous devions jouer plus tard. Cependant, nos rapports avec le Saint Siège furent longtemps difficiles, à raison de la distance et de l'état de perturbation où se trouvait l'Europe. Le voyage de Mgr Plessis ad limina fut un événement.
«À Rome comme à Londres et à Paris, le Canada français s’est révélé surtout depuis quelques décades. Aux jours des grandes épreuves du Vatican nos touchantes protestalions, nos ardentes prières, nos secours en hommes et en argent, remarquables eu égard au chiffre de notre population, ont été appréciés, el Pie IX et Léon XII ont répandu sur notre jeune Eglise des faveurs sans nombre, dont de plus anciennes pourraient à bon droit se montrer jalouses.
« Cette rapide esquisse vous prouve que la splendeur donnée à l’idée nationale en nous relevant à nos propres yeux nous relève aussi aux yeux du monde. La série des grandes manifestations dont celle-ci fait partie n'a pas peu contribué à ces résullais.
« Parmi les plu: solennelles, rappelons les trois commémorations de la bataille de Sainte-Foye ; translation des ossements, pose de la première pierre, et couronnement du moñ:ment en y plaçant la statue donnée par le prince Napoléon ; célébration successive par l'Université Laval de plusieurs grands évènements : arrivée de Mgr Laval, fondation du Séminaire de Québec, découverte du Mississipi, noces d'or de PieIX ; puis, en 1874, grande réunion provoquée par la sociélé Saint-Jean- Baptiste de Montréal, de toutes les associations canadiennesfrançaises de l'Amérique, et la même année, célébration du deuxième centenaire de l'établissement du diocèce de Québec ; le 31 décembre 1875, commémoralion, par la société littéraire et historique de Québec et par l’Institut-Canadien, de la défense de Québec contre les armées d’Arnold et de Montgomery ; en 1877, première convention des liltérateurs canadiens à l'occa-
sion de l'inauguration de l'édifice destiné à l’Institut-[anadien d'Ollawa ; puis enfin en 1878, translation des restes de Mgr de Laval, de la basilique à la chapelle du Séminaire.
« Il semble, Messieurs, que toutes ces affirmations de notre foi nationale et religicuse se soient déroulées comme les pages d’un livre ou comme les tableaux d'un drame ; et, croyez-le bien, elles n’ont pas été de vaines démonstrations.
QI y a pour l'âme humaine des courants intellectuels comme ily a pour le corps des courants atmosphériques ; il y a dans la vie morale des peuples des influences irrésistibles qui ne procèdent ni du calcul, ni du raisonnement, mais qui naissent spontanément des dispositions généreuses de notre nature excilées par quelque grand spectacle, par quelques paroles qui vont droit au cœur.
« Mais je m'oublie, Messieurs, dans ces souvenirs, dans ces considérations que le bel exemple que vous nous avez donné hier est si propre à faire naître.
« Vous êtes appelés maintenant à délibérer sur le vaste programme qui vous a été tracé.
«J'y lis d’abord : revendication de notre part d'influence et de patronage et formation d’une ligue franco-canadienne de toute l'Amérique du Nord.
«Ce sujet recevra, je n'en doute pas une attentionserupuleuse et pleine de sagesse et de prudence.
«Ilestdestemps où les revendications nationales ne sauraient être trop énergiques ; il en est d’autres où elles doivent être guidées par une grande modération ; dans tous les cas, elles doivent avoir pour limites la justice et le respect des droits des autres nationalités au milieu desquelles nous sommes appelés à vivre. C'est cet esprit de justice et de conciliation qui, ajouté à leur fermeté, a fait la force de nos devanciers et les a fait échapper à bien des dangers.
«J'y vois ensuite figurer plusieurs sujets qui n'ont cessé d'attirer l'attention de nos gouvernements et de tous les amis du pays, et sur lesquels, je veux bien le croire cependant, le dernier mot n'a pas encore été dit : l'industrie, le commerce, la colonisation, l’agriculture, les sciences, les lettres, lesbeauxarts,
« Vous avez encore signalé comme sujets particuliers d'étude, la situation des Canadiens Français aux Etats-Unis, le repatriement, la nécessité d'installer fortement notre race au
Manitoba et dans les vastes territoires de l'Ouest. Enfin, vous avez nommé une commission spéciilement chargée d'étudier tout ce qui concerne nos frères les /cadiens.
« Pour ce qui est de nos frères desEtats-Unis, leur repatricment aujourd’hui ne peut être que partiel. II est même des Etats af ils se sont implantés d'une manière st stable, si permanente, où ils sont devenus un élément si important, au point de vue du mouvement relgieux qui se fait dans ce pays comme en Angleterre, qu'il est impossible de ne pas y voir un fait providentiel. Diriger les forces éparses sur un immense territoire vers les points où elles ont le plus de chances d’être utilisées, acer à leur groupement le plus avantageux, telle doit être l'ambition de ceux de no: compatriotes des Elats- Uuis qui se sont mis à la tête du mouvement canadien dans cette vaste république. L'existence d'un semblable mouvement qui ne s'est produit que depuis quelques années, est déjà par lui-même un sujet d'étonnenæent ; il est évidemment destiné à une grande influence sur l'avenir de ee continent.
«Nous devons former des vœux pour que notre élément serve à eimenter P’alliance de l'Angleterre et du Canada avec Ja grande République, et je suis certain que «1 nous élions menacés de voir troubler l'harmonie qui existe si heureusement, les Canadiennes des Etats-Unis suivraient l'exemples des Sabines, et de toutes leurs forces essaieraient d'empêcher une lutte fratrivide.
« Nos concitoyens de l'étranger ne doivent pas cerendant trouver mauvais que nous soupirions ardemment après le retour du plus grand nombre possible d’entr'eux, que nous fassions tous nos efforts pour relenir ici tous eeux qui sont tentés de nous quitter, et pour diriger le surplus de notre population de préférence vers les terres incultes de notre grande confédération.
«Nous voiei réunis ici de toutes les parties de l'Amérique, et il n’a manqué à l'appel qu'une seule des oranches de la famille franco-américaine. La Louistane, où ua véritable réveil de l'idée nationale s’est produit, à la suite des malheurs de la yuerre eivile, la Louisiane, par un malentendu inexplicable, n'est point représentée dans cetle salle. Elle tient cependant au Canada par des liens bien chers, ell: a été comme une longue et lointaine expansion de la Nouvelle-France, sa population primitive a élé pour nos pères ecmme la chair de leur
chair, comme le sang de deur sang. Ses villes portent encore les noms des héros de notre histoire, et deux des freres Lemoine que l’on a si justement appelés les Machabées canadiens, Bienville et d'Ibervil'e, s'y sont illustrés et y ont laissé de glorieux souvenirs.
« La fondation comparativement récente d’un A thénée français et quelques articles bienveillants des journaux louisianais nous avaient fait espérer que notre appel avait été entendu et nous croyons au moins qu'il n'a pas élé dédaigné. Cette réunion ne sera pas la dernière de ce genre je l'espère, et nous devons former des vœux pour que la prochaine Conventiou n'ait pas à regretter une sembiable lacune. (1)
« L'essentiel pour nous tous, hommes de race française, quelque parlie de l'Amérique que nous habitions, c'est de nous rendre dignes de notre mission, de nous bien préparer à l'avenir qui nous est réservé ; c’est de cultiver avec sain nos esprits par l'étude, de nourrir nos cœurs par la religion, de vivre en harmonie avec les populations hétérogènes qui nous entourent, sans rien sacrifier de nos principes, et tout en prenaut notre large part du progrès matériel si cher à notre siècle et à notre continent, de nous rappeler que c’est surtout par la force morale que l'on est véritablement fort et que cette force n'existe pas en dehors de la justice et de la vérité qi ne sont que deux éléments de l'idée religieuse,
«Le développement intellectuel procure l'activité, le pragrès malériel, et loutes les jouissances littéraires et artistiques qui sont les compléments de la vie civilisée ; il rend les nations riches, brillantes et célèbres ; la conservation de l'idée morale fait seule ce qui les rend heureuses.
«Il y a plus; cette idée est leur condition même d'existence; les peuples et les individus s’étiolent et périssent sans elle, et pour être plus frappante peut-être de nos jours que jamais celte vérité n'en est pas plusneuve, puisqu'audivre deslivres les récompenses temporelles promises à la vertu sont une longue vie et une nombreuse postérité.
« Cette idée est aussi la source d’une merveilleuse activité qui {rouve son emploi dans la charité, dans le dévouement à tous les genres de malheurs et d'infortunes, dans la réhabilitation
(1) Voir à la IVme Partie la correspondance échangée depuis entre M. Chauveau et l’Athénée Louisianais à ce sujet,
de tout ce qui est déchu, toute chute dans le christianisme étant susceptible d'une réhabilitation.
«Pour ce qui est de l’autonomie nationale, celle n’a pas seulement pour sauvegarde des principes de vie, de progrès et de développement ; elle a à son service une force latente et indestruclible. Bien souvent toutes les menaces des iyrans, toutes les caresses, toutes les séductions qui plus encore que les menaces font les apostasies, sont venues s’échouer contre Ja volonté ferme, honnête et constante de quelques paysans, qui, empruntant à l'Eglise son non possumus, ont répété de généralion en génération avec une héroïque simplicité : « Nous ne voulons pas changer.»
« Ça été beaucoup notre histoire, Ça été plus encre l'histoire de la race acadienne, qui, brisée en plusieurs tronçons, dispersée à la Louisiane et au Canada, a formé dans ces deux pays une des grandes forces de la nationalité française, et ressuscite aujourd'hui comme par miracle dans ces belles et riches provinces maritimes d'où l'on avait voulu la bannir.
«Je regrelle, messieurs, qu'un homme qui a fait de si intéressantes éludes sur l'Acadie, qui est l'ami des Canadiens— mais plus encore et nous ne saurions en être jaloux, —plus encore celui des Acadiens, n’ait pu profiter de l'invitation qui Jui a été faite. |
«Quelle part utile n’aurait-il pas prise aux délibérations de la commission acadienne el aussi à celle qui doit s’enquérir de l'émigralion canadienne aux Etats-Unis ? Comme statisticien, M. Rameau nous aurait aidé à résoudre quelques problèmes qui se posent devant nous, car il se lient constamment au courant des mouvements de nos populalions.
«Nous avons pour nous consoler de son absenée, dans une cerlaine mesure, la présence de deux hommes distingués qui ont bien voulu répondre à l'invitation du Cercle Catholique et dont nous avons entendu avec une si vive émolion les paroles éloquentesetbienveillantes. Qu'ilsacceptent les remereiements de celte Convention pour l'intérêt qu'ils lui portent et pour les lumières qu’ils ont jetées sur d'importantes qnestions d’économie sociale.
«Maintenant, messieurs, qui vous êtes chargés de former les diverses commissions d'études, à vous de nous faire part bientôt de vos travaux et de justifier la confiance que ln areposée dans votre zèle et dans vos lumières. Non-seulement tout ce qui parle français de l'Atlantique au Pacifique, de la baie
d'Hudson au Golfe du Mexique attend avec anxiété le résultat de vos délibérations ; mais encore les grands hommes dont les noms ont resenli si souvett ces jours-ci, les fondateurs de notre pays, les héros de notre histoire, les défenseurs de nos libertés et de notre nationalité, s'associent là haut à vos pensées, à vos nobles aspirations, et comptent que vous serez de dignes continuateurs de leur œuvre. »
Monsieur le président général soumet ensuite à la Convention le projet d’une adresse de la Convention Nationale au Souverain Pontife :