‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 65 sur 212 · EE · texte numérisé non relu

EE

Me ee

ne comprirent pas celte mission providentielle. La cupidité et l'ambition remplacèrent l'esprit chrétien et civilisateur, et l'œuvre qui devait être apostolique devint une entreprise de lucre, de violence et de cruauté.

«L'Espagne m&nquant à sa mission, Dieu sc tourna vers la France.

«Cette terre magnifique qui est devenue notre patrie était alors couverte de forêts immenses, Notre grand fleuve, le plus beau du monde, roulait ses flots majestueux et féconds au milieu de vastes solitudes, el ne connaissait d'autre navire que le canot d'écorce de l'indien.

&A l'endroit où nous sommes s'élevait un amas de cabanes, abritant une peuplade .auvage qui ne connaissait pas encore le Christ après quinze siècles de christianisme !

«Quel Promethée allait donc apporter à cette terre la céleste étincelle, que l'étoile miraculeuse des Rois Mages avait laissé tomber en Orient ! Quel génie allait recevoir du “tel la vocation d'ouvrir à la civilisation chrétienne les chemins de ce pays inconnu et barbare ?

«Car, n’en doutons pas, messieurs, tous les acteurs des grands drames de ce monde et tous les chefs des peuples reçoivent une mission spéciale de celui qui les « créés.

«Le prophète Ezéchiel raconte qu’un jour l'Esprit de Dieu le souleva el l'emporta vers les exilés de Tel-Abid qui habitaient le long du fleuve de Chobar.

«Ce prodige est une image fidèle de l’action de Dieu sur les hommes el des vocations qu'il leur inspire. Que de grands hommes ont à certains moments de leur existence senti toutà-coup une idée sublime, une résolution généreuse s'emparer de leurs esprits et de leurs cœurs, les envahir, les absorber et leur communiquer une direction presque irrésistible ! C'est la main du Très-Haut dans les cheveux du prophète, c’est son Esprit soulevant et emportant les intelligences et les volontés pour en faire les exécuteurs de ses mystérieux décrets !

«Parcourez l'histoire, avec l'œil scrutateur du philosophe chrétien, et vous verrez la main de Dieu planant à ceriaines époques au-dessus de l'humanité, y choisissant un homme entre des milliers, le touchant à la tête ou au cœur comme

pour lui conférer un sacrement et lui inspirant une mission supérieure, ou le sacrant chef d’une race glorieuse.

«Les vraies noblesses ne sont pas toujours créées par les rois ou les empereurs, elles descendent quelquefois du ciel et sont choisies par Dieu.

QI y a de cesfrontsilluminés où semblent voltigeriles rayons d'aurore et d'avenir, el qui présagent la naissance d'une race nouvelle. 11 y a de cs veux profonds qui regardent au-delà de notre horizon rétréci ; il y a de ces cœurs ardents et forts qui résonnent sous les doigts de Dieu comme des claviers mystérieux !

« Ces âmes d'élite sont nées pour souffrir, mais aussi pour racheter ; c'est à e‘tes que le monde doit ses grandeurs et ses allégresses ; ce sons elles qui sauvent les nations ou qui leur donnent naissance |

«Messieurs, les pères de la nationalité canadienne-française ont été de ces élus de la Providence.

QUn jour, il s’estrencontrésur la vaillante terre de Bretagne, dans une pelite ville battue des flots de l'Atlantique, tn homme qui s'est frappé le front, obsédé d’un projet sublime. Il s'est trouvé un marin intrépide dont le regard d’aigle a regardé la mer et au-delà, dont le cœur, pris de la soif de l'inconnu, s’est dit : «Je ne suis pas né pour passer ma vie à naviguer misérablement sur ces côtes. Celle mer inexplorée je veux la traverser ! Cet abîime que nous regardons depuis des siècles comme infranchissable je veux le franchir et voir ce qui est au-delà. Je partirai, je cinglerai vers l'Ouest malgré les vents, les tempêtes, et j'irai si loin que je rencontrerai une terre nouvelle, des rivages que l'Europe ne connaît pas encore, et j'en donnerai le sol à mon rui et les âmes à mon Dieu!»

«C’est ainsi que parle le génie lorsque Dieu l'appelle à l’accomplissement de ses desseins, et c’est ainsi que durent parler les Cartier, les Champlain, les Brébœuf, ies Laval et les Maisonneuve. Tous ont eu leur jour de vocation.

«Comme le prophète Ezéchiel ils ont un jour senti l'esprit de Dieu qui les soulevait et les emportait de la terre de France vers les exilés des bords du Saint-Laurent ! Comme Abraham, père du peuple juif, ils ont un jour entendu des voix fortes qui leur ont dit: «Sortez de votre pays, egredere de terra tuà, traversez l'océan, et sur les ‘confins du monde je

Le]

oo

vous montrerai une terre où vous deviendrez les pères d’un nouveau peuple.»

«EL si vous désirez savoir comment ils ont accompli leur mission, ouvrez les premières pages de notre histoire, et vous y verrez qu'ils ont admirablement compris qu'en mettant le pied sur les rivages du Saint-Laureñi ils n'étaient pas seulement les envoyés du Roi de France, mais qu'ils étaient aussi les envoyés de Dieu. Fidèles instruments de la Providence, ils ont voulu être en même temps et ils ont été des citoyens soucieux de l'honneur et de la gloire de leur patrie, et des chrétiens jaloux de la gloire du Christ, et plein de zèle pour la propagation de leur Foi.

«Voyez, quel est le premier acte de Jacques-Cartier, abordant sur les rivages de la Gaspésie. De quelle manière prend-il possession de ce royaume qu'il vient de découvrir ? Quel étendard arbore-t-il sur cette terre nouvelle où va se lever l'aurore de la civilisation ?

QI fait faire une grande croix portant un écusson à trois fleurs de lys avec cette inscription : « Vive le roi de France »'; et lorsque cette craix est plantée il tombe à genoux, les mains jointes, et il vénère humblement ce signe glorieux de la rédemption du monde. Quel spectacle! Quelle grandeur dans cetle espèce de baptême que le ch-valicr chrélien cor fère à ce pays infidèle? La marque du chrétien, c'est le signe de la croix: eh bien ! cette terre de malédiction qui gémit depuis des siècles sous l'empire du prince des ténèbre, elles sera désormais chrétienne, Elle portera sur son front le signe vainqueur des enfants de Dieu, et c’est un fs de la France qui lui aura conféré ce sacrement du Père, du Fils et du Saint-Esprit ? Heureux temps, messieurs, où l’envové de la France pouvait dire: l’étendard de mon roi c’est l’étendard de mon Dieu !

« Et l'année suivante, le héros chrétienremonte le fleuve jusqu’à Stadaconé, il met ses navires en sûreté dans la rivière Saint-Charles qu'il baptise du nom de Sainte Croix, et il fait planter sur les bords une croix haute de 35 pieds, portant les armes de France et celte loyale inscriplion: « Francuis 1er, par la grâce de Dieu, roi des Français règne.»

«Encore la croix, toujours la croix protégeant les armes de la France et tendant ses bras vers les deux extrémités de cette terre qui recevra d'elle la vérité, la lumière, les bienfaits et

les gloires de la vraie SAR !

fl ' |

pi fl

« Voilà comment notre prière gloire nationale, Jacques- Cartier, remplit sa mission de découvreur. Il découvre pour son

roi, mais aussi pour le Christ.

« Le sol de la patrie est découvert, et la Providence y a inserit le nom de la France ; mais la colonie n'est pas encore fondée.

« Plusieurs tentalives ‘nt sans résullats. Dieu ies fait échouer parce qu'aucune 8 Da le caracière catholique, et plus d'un demi-siècle s'écoute avant que l'homme providcntiel, digne successeur de Jacques-Cartier, ne vienne jeter sur la grèe de Sladaconé les fondements de ce qui deviendra l'incomparable ville de Québec. Samuel de Champlain, âme d'élite, s'il en fut jamais, a fondé la colonie pour le Roi et pour le Christ.

« Mais, au commencement de toute œuvre providentielle, il faut un sacrifice, un holocauste à Dieu. Ha fallu le sang du Christ pour purifier la terre ; et l'arbre de la vraie civilisation ne croît qu'autant qu'il est planté sur un calvaire !

« Accourez donc, généreux fils de Loyala ! Les bourreaux sont prêts et altendent les victimes ! Paraissez noble Jean de Brebeuf et Jérôme Lallemant, lavez dans votre sang cette lerre

-Souillée de crime, afin que la semence de la vérité y plonge de

profondes racines !

«Le sacrifice est consommé. La nalionalité canadienne-

française est née, el elle a reçu le baptême de sang ! mais qui Ç D

veillera maintenant sur son enfance? Où est le père qui l'adoplera pour fille, qui l'aimera d'un amour vraiment paternel et qui sacrifiera tout pour son bonheur et sa prospérité ? "=

« Messieurs, levez vos regards, et vous lirez au frontispice de celte grande instilulion le nom de ee père dela patrie, François de Montmorency Laval !

«J'élais sûr que ce nom soulèverait vos applaudissements. Mais permeltez-moi, Messieurs, de les remeltre à leur véritable adresse, c’est-à-dire aux nobles continuateurs de l'œuvre de

. Laval.

« Le grand évêque a rempli sa mission, et le petit peuple qu'il a formé, devenu plus fort, poursuil courageusement sa carrière. Entouré d'ennemis cruels et infaligables, il lutte héroïque-

. ment pendant un siècle.

« Mais aumomentoüil va triompher enfin des tribus sauvages

. De 4

qui le harcèlent sans cesse, une guerre à mort s'engage entre l'Angleterre et la France. Il lutte toujours, malgré l'abandon de la mère-patrie, devenue infidèle à ses hautes destinées, et son sang généreux inonde les champs de bataille.

« Enfin l'époque fal::c <t douloureuse est arrivée. Le rire de l’impiété française est monté jusqu'à Dieu. 11 a détourné ses regards de la fille ainée de l'Eglise et son doigt divin

s’abaissant sur les rives du Saint-Laurent y a rayé le nom de la France.

« Est-ce donc fini ! le petit peuple né d’uneraceillustre que la Providence avait entouré de ses maternelles complaisances, est-il vraiment tombé pour ne plus se relever? Est-il mort tout-à-fail ?

« Non, messieurs, celte mort apparente n’est qu’une seconde naissance à la vie des peuples et ce que vous croyez un lombeau, c’est un berceau. Le nouveau-né parait à peine viable ; mais par bonhenr il a eu deux mères la France et l'Eglise,et si la première l’a abandonnée, la seconde est restée près de lui. File a pris soin de ses jours, et sous son égide il a grandi et prospéré,

« M. de Maistre a dit : «Quand la Providence efface, c’est

pour écrire. » Lors donc que la Providence a effacé le nom

de la France sur les bords du Saint Laurent, c'était pour y écrire celui de Canado, et il dépend de nous de le rendre désormais ineffacable sur la terre d'Amérique !

« Après ce coup d'œil etrospectif sur notre histoire, ei plus particulièrement sur notre origine, réunissons en faisreau les lumières qui s en dégagent, et comme les Colomb et es Cartier, qui s'élançaient hardiment dans l'inconnu, essayons de pénétrer l'avenir. Elevons les regards, et tâchons de découvrir, au-delà de cet horizon borné qui se nomme le présent, la route que la race française doit s’efforcer de suivre.

« Un des caractères les plus remarquables des œuvres de Dieu, c’est la variété dans l'unité, et ce caractère se retrouve dans la grande famille humaine. Les nations ont chacune leur type particulier, el leur mission spéciale dans le coin de terre où Dieu les a placéés. Les unes, comme la république voisine, possèdent à un degré suréminent le génie des affaires,

concentrent toules leurs facultés sur les développements de l'industrie et du commerce, et semblent n'avoir d'autre but que d'agrandir leurs intérêts matériels et d'accumuler des richesses,

«D'autres—comme notre ancienne mère-patrie—se préoccupent plus spécialement du progrès et de la marche des idées, de la diffusion des vérilés chrétiennes, de la culture des sciences, des lettres et des arts.

€ Or,rappelons-nous d'abord, messieurs,que la France, notre mère, a été pendant dix sièclés un foyer de civilisation chrétienne dont le rayonnement à été immense. E le n'a pas loujours marché à la tête du monde civilisé ; mais aucune nalion 1’a exercé une magistrature aussi vaste, aussi durable. Quand une rivale l'a devancée, ce ne fut presque toujours qu'une prééminence temporaire, et la France s’est hâlée de reprendre la première place.

« N'oublions pas non plus la date de notre naissance, et celle de notre séparation de la Couronne de France. Ces deux dates ont une importance majeure el ne sont pas un effet du hasard ; car rien n’est fortuit dans les destirées d’un peuple. Et d ailleurs ce que nous appelons hasard n’est qu’un pseudonyme de la Providence, ou, suivant l'expression d’un poëte, c'est Dieu agissant incognito.

QEbh bien, c’est à l'aurore du dix-septième siècle que la France’ est devenue notre mère, et nous en avons élé séparés à l'heure où elle glissait entraînée par l'irréligion sur la pente fatale de la Révolution.

« Nous ne sommes donc pas les fils de 89, mais les enfants de la France très-chrétienne, et nofts sommes nés à l’époque la pius brillante peut-être de la civilisation.

« Observons encore que la nation dont nous sommes devenus les loyaux sujets a été moins atteinte que les autres par les doctrines subversives de lout ordre social, et a su garder les fortes tradilions des crayances religieuses du respect, de la hiérarchie et de l'autorité.

«Messieurs, rapprochez maintenant eesobservations de l'exposé historique que je vous ai fait, et dites-moi s’il n’est pas évident que notre mission dans celte terre du Canada est de propager la foi et la civilisation chrétienne, morale et religieuse des races qui s’y rencontrent. d « Je vous l’ai fait entendre, le christianisme n’a pas réalisé

en Europe tout ce qu'il peut produire de perfectionnement social. Sa marche progressive el féconde au miheu des nations européennes a été malheureusement in'errompue par la Réforme et la Révolution, et l'idéal de société qu'il avait formé n’a pu arriver à son complet épanouissement.

« Les races latines qui devaient en Europe mettre la dernière main à ce chef-d'œuvre l'ont laissé défigurer par les hérétiques et les révolutionnaires, et l'idéal social chrétien est à refaire.

QI mesemble que Dieu veut reprendre ce grand œuvre sur la terre d'Amérique, et si cest là son dessein, c'est la race canadienne-française qui sera apprlée à l’accomplir.

« Messieurs, vous allez me dire que man ambition patriotique est exazérée, el que mes inspirations nationales sont des illusions. C’est possible ; mais permettez-moi de dire que je ne connais pas de gloire terrestre assez élevée pour qu'un peuple né de la France et de l'Eglise ne puisse y asp'rer.

«Sans négliger le soin de nos intérêts matériels, ne perdons pas de vue notre mission sociale, intellectuelle et religieuse. Que l'ambition de devenir un peuple industriel et riche, ne nous éloïgn: pas de la vie chrétienne et patriarchale de nos populations agricoles.

«Que la culture de la betterave ne nousempêche pas de eultiver l'éloquence française ; et si de nombreuses manufaetures s'élèvent sur les rives de notre grand fleuve, qu’elle n'y arrètent pas l’éclosion de la poésie et de l’art. La variété dans l'unité, voilà l'idéal.

«Et si vous désirez une preuve de l'influence desidées, et de l'avantage qui découle de leur culle, voyez ce que sont devenues les deux colonies rivales que la France et l'Angleterre ont établies en Amérique.

« Celle que l'Angleterre a fondée au prix des plus grands sacrifices d'hommes et d'argent n'existe plus. Elle a gardé la langue et la religion de sa mère, et cependant elle n’est plus ar glaise, elle est yankee ; tandis que la colonie française, abandonnée par sa mère, conquise, envahie par l'élément étranger, soumise à tous les régimes qui devaient l'absorber, est restée française dans sa langue, dans ses lois, dans ses coutumes, dans tout ce qui constitue son caractère. Pourquoi? Parce qu'avec sa foi elle a conservé le culte des idées, et parce: qu'elle a combattu pour sa foi et ses idées tandis que l'autre s’est battue pour des intérêts matériels !

Messeigneurs, Mesdames et Messieurs,

«Je termine par la naïve et grande parole d’un enfant.

« À sa mère qui lui racontait la vie du Sauveur, cet enfant disait qu'il aurait bien voulu vivre avec lui.

@—ÆEt qu'aurais-tu fait pour lui, reprit la mère ?

@—{Æt bien, dit l'enfant j'aurais fait ses commissions ! — » Messieurs, celle simple paro'e est l'expression lumineuse de la mission du peuple canadien-français sur la terre américaine,

ll y a éte jeté pour être le commissionnaire de la France et de Dieu ! Son patron, saint Jean-Baptiste, a été le Précurseur du Christ sur les bords du Jourdain, et le Canadien doit être le précurseur de la foi et de la civilisation sur les rives du Saint-Laurent.

«Faire connaître et aimer sur ce continent la langue, la littérature, les gloires de la France catholique, y propager la civilisation chrétienne et la foi catholique, apostolique et romaine, tel est notre rôle.

«C’est noble, grand et difficile.

« Mais pour le remplir dignement, nous avons un guide éclairé et sûr : l'Eglise.

En traversant l'Atlantiqne, il y a quelques années, je fus témoins d'un spectacle de la nature, qui me parut une image fidèle de ce qui se passe dans le monde moral.

«C'était la nuit, et nous longions les côtes d'Irlande dont les sombres falaises s’étendaient au loin comme un grand voile de deuil. De lourds nuages roulaient sur nos têtes, et par intervalles, à travers leurs déchirures, nous appercevions quelques étoiles craintives qui s’enfuyaient comme des colombes effrayées, et se cachaient dans les profondeurs du firmament.

« Peu à peu les ténèbres s'épaissirent, et bientôt le ciel et la mer se confondirent dans une obseurité profonde, d'où s’'élevait lugubre et solennelle la grande voix des flots.

« Le pilote ne pouvait plus chercher sa route au muieu des mystérieux flambeaux que Dieu a suspendus à la voûte céleste.

«Mais à l'avant du navire, sur les côtes lointaines, quelques phares lonrnants venaient d’apparaître. De temps en temps leurs lumières variées se montraient,randissaient, diminuaient et s'éteignaient, pour renaître, resplendir el mourir encore.

C'étaient les flambeaux de la terre qui suppléaient à ceux du ciel et nous traçaient la route.

«Tout-à-coup des brumes épaisses s’élevèrent de l'océan, enveloppèrent les phares tournants, s’étendirentsur nos têtes, et nous replongèrent dans une nuit plus sombre.

«Comment done alors le pilote pouvait-il connaître son chemin, quand les lumières du lirmament et de la terre lui faisaient défaut? Cest que la boussole lui restait et que ce prodigieux instrument suffisait à le diriger.

« Jelons maintenant un coup d'œil sur le monde 'noral, et nons y observerons le taîme spectacle,

« Les astresque Dieua donnés à l'homme pour le guider dans cette nuit de la vie que nous traversons, ce sont la conscience, la raison, les vérités primordiales qui s’y trouvent gravées, celles que Dieu même lui a révélées dès le commencement, et qui se sont transmises dans l'humanité de génération en gér“ration,

« Mais sur ce fond étoilé. bien souvent les nuages de la nature corrompue S’amoncellent et plongent l'âme humaine dans la nuit. Alors elle consulte les phares tournants, c'est-à-dire les grands génies, les savants, que Dicu envoie de siècle en siècle, que nous voyons naître, briller, grandir, puis disparaître— plusieurs dans la nuit, de l'erreur, tous dans la nuitde lamort

« Qui donc peut guider l'humanité dans ces époques ténèbreuses où le doute universel se répaud sur le morde et obscurcit à la foi la conscience et le génie !

« C'estalorsqu'il lui faut comme au navire une boussole invariable qui lui indique le vrai chemin. et cette boussole c'est l'Eglise de Jésus-Christ, que le Divin Pilote a donnée au monde pour le conduire au port à travers les obseurités et les écueils.

« Messieurs, et chers compatriotes, la route de l'avenir est loujouts pleine d'ombres

« Contemplons les cieux, etleurs astres sans nombre, examinons les phares qui projettent sur l'horizon leurs rayons intermittents ; mais surtout, consultons la boussole divine, el nous suivrons le droit chemin ! -

« Monsieur le président invite l'hon. P. A. Landry, l’un des

vice-présidents, chef de la délégation acadienne, à adresser la parole.

€L’hon. P. À. Landry fait le discours suivant sur la situation des Acadiens :

Page 1