‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 67 sur 212 · SO · texte numérisé non relu

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sance muluelle, cette séparation forcée et regreltable, cette absence d'appui moral que nous vous devons et que nous vous accorderions au reste, avec la salisfaction du cœur dans des circonstances plus fortunées, toutes ces choses préjudiciables à nos intérêts et à notre avancement maltérit]s vont disparaître, el nous nous reconnaîtrons pour ce que nous sommes! pour des frères dont les ‘intérêts sont les mêmes, dont les aspirations sont identiques, dont les destinées ne diffèrent en rien, et pour l'avenir desquels nous ne pouvons que former un seul et même vœu.

Qu'il est beau et réjouissant de contempler cette vaste assemblée réunie dans le but le plus ‘noble et le plus louable ; qu'il est ravissant d'y voir les preuves les plus incontestables qu'un même sentiment y règne ; qu'il est doux el charmant de songer que désormais ces barrières qui ont si longtemps empêché le rapprochement politique et social entre les différents groupes français dans la Puissance — barrières érigées d'abord par les malheurs et les vissicitudes de nos pères et maintenues depuis par des circonstances incontrôlables—vont disparaître au milieu des démonstrations popu— laires et des réjouissances triomphales de ces mêmes groupes, vont faire place enfin à des liens de rattachement d'autant plus resserrés que la séparation avait été plus longue el plus accentuée, Ïl serait peu sensible aux mouvements du palriotisme loyal et pur, le cœur acadien qui ne saurait battre sous l'infuence du bonheur en constatant que la solitude et l'isolement du passé, que cet oubli presque complet dans lequel nous avons vécu depuis si longtemps vont enfin disparaître, et que désormais nous serons mieux connus, mieux appréciés el mieux servis comme portion de la race française dans la grande Puissance du Canada. Par le passé nous avons vécu, grandi même sans l’aide et sans l'appui d'autrui ; nous avons conservé notre langue avec une fidélité que ni les persécutions, ni l’adversilé, ni le contact des races parlant une langue étrangère à la nôtre n’ont pu nous dérober, et surtout nous sommes demeurés fidèles à la foide nos aïeux. Pendant de longues et de difficiles années nous avons combatlu pour notre existence et notre avancement sans compter sur le support d'autrui ; nous avons lutté seuls, entourés d'une population qui était celle de nos vainqueurs, qui nous élait étrangers par les mœurs, la langue et l'origine, et qui étaient nos supérieurs en

nombre, en richesses et en positions influentes. Dans une telle position il manquait à nos pères les moyens de faire instruire leurs enfants, et ils se voyaient forcément obligés de livrer le combat difficile de la vie sans éducalian, cette arme puissante dont se servaient leurs voisins plus fortunés ; el plus tard quand une persévérance de fer, une industrie et une frugalité extraordinaires leur donnèrent les moyens pécuniaires de faire instruire la jeunesse, les instituteurs leur faisaient défaut, Eul-il été étonnant si dans de telles circonstances nos pères eussent entièrement perdu leur identité, comme race, si leur langue se fut complètement perdue pour être remplacée paf celle de leurs vainqueurs, st en un mot toute trace distinetive de nationalité et de caste eût disparue chez eux ? Cependant ce ne fut pas le cas.

« Aujourd'hui, dans l'Acadie, une population de plus de cent mille âmes conserve encore la foi vive des premiers colons français, montre le même attachement à leirs coutumes, à leurs mœurs el à leur religion, —attachement qui faisait partie du caractère deleurpères,--aime surtout à demeurer français, et parle le beau langage de l'ancienne mère-patr'e, lequel, je dois le dire, se perfectionne chez eux d'année en année au lieu de se gâter et de se perdre. Ilest vrai que l'absence presque complète d'éco'es où était enseigné le français dans le Nouveau-Brunswick, pendant toutes les années qui ont précédé l'établissement du beau collège Saint-Joseph de Memramcook, semblait destiner les braves Acadiens à perdre le langage de leurs ancêtres, et à demeurer loujours les servileurs des étrangers, Cependant la Providence leur gardail, comme gage de leur fidélité et de leur bonne foi—si longtemps éprouvées au reste, —un sort plus heureux.

«L’avènement et l'ouverture du collège Saint-Joseph dans l'ancienneet belle paroisse de Memramcook, paroisse presqu’exclusivement habitée parles descendants descolons de Grand-Pré et de Beau-Séjour, et située à presque deux cents milles de la ligne sud de la Province de Québec ; l'ouverture du collège, dis-je, en 1864, par les bons et zélés Pères de Sainte-Croix devint pour les Acadiens l'aurore d’un jour ctheureux. La fondalion de ce collège fut un signe précurseur nous annonçant alors une vérité que nous ne pouvions comprendre, mais qui se réalise aujourd'hui. Cette maison surgissait pour nous prouver que celle position inférieure où

nous avait placés le règne de plus d’un siècle d’une ignorance forcée, était susceptible d'amélioration et devait bientôt s’uméliorer. Jusqu’alors l'intelligence et les talents dont étaient doués les Acadiens étaient demeurés en quelque sorte à l’état latent ; et nos voisins plus fortunés sous le rapport de l'éducation semblaient regarder ce manque de culture intellectuelle comme preuve d’une infériorilé de race. Malheureusement pour nous cet état de choses avait continué si longtemps que la pensée du plus grand nombre sous ce rapport prenait germe dans le cœur de ceux mêmes qui étaient les victimes de cette opinion injuste. Il ne nous manquait que les mêmes opportunités, que les mêmes chances de développement intelleetuel pour convaincre nos voisins d’origine étrangère de la réalité de nos aptitudes.

«Quant à nous, soit que l’on nous considérât indignes ou incapables de remplir la quote-part des fonctions publiques à laquelle notre nombre nous donnait droit, soit que nous nous méfiions nous-mêmes de nos talents pour les bien remplir, toujours était-il que la législation, l'administration de la justice, la magistrature, la distribution des deniers publics, la disposition des emplois et le réglement des affaires jusqu'aux moindres détails, étaient entre les mains des étrangers. Mais grâce au progrès que je viens de signaler sous le rapport de l'éducation, nous pourrons montrer que cette vitalité, cette vigueur dont faisaient preuve nos ancêtres dans les temps de leurs plus rudes épreuves, n'étaient pas mortes, mais vivaient en nous et n’altendaient que l'arrivée d’un temps plus propice pour se declarer avec un nouvel éclat. Le flot constant des races étrangères s'emparant des terres auxquelles la conquête leur avait donné droit, avait menacé de noyer et de perdre les pelits groupes d'acadiens qui avaient échappé à la famine; mais nous voyons aujourd'hui que le patriotisme, l'amour fraternel, l'esprit de corps qui avait fait la force de nos pères, n'avaient été qu'endormis et tenus en réserve pour éclater plus brillamment quand le flambeau de l'éducation luirait à leurs côtés. Les Canadiens si nombreux et si puissants aujourd'hui, aiment à se rappeler leurs gloires du passé ; aiment à comtempler leur prestige du présent et à nourrir des espérances, des mieux fondées au reste, d'avenir. Ils aiment à se rappeler les Cartier, les Champlain, les Frontenac, les de Maisonneuve, etc., elc., d'autrefois, etont une juste gloire à

préconiser leurs Langevin, leurs Masson, leurs Chapleau, leurs Dorion, leurs Laurier, leurs Mercier, leurs Langelier, leurs Fréchette et autres d'aujourd'hui. Nous Acadiens, nous avons moins de noms peut-être auxquels se rattachent les sloires du passé, et moins de personnages actuels qui nous donnent le même prestige el le même poids. Cependant ce qui a été possible aux Canadiens ne peut pas nous être impossible. Nous sommes plusnombreux maintenant que n'étaient les Canadiens lors de la conquête ; et j'ose dire ici que nous ne leur cédons en rien en patriotisme, en amour de notre langue, en attachement à notre foi el en énergie nationale. Vous allez me répondre peut-être que le temps qui s'est écoulé depuis la conquête est bien long, et que nous avons longtemps à attendre pour arriver à ce bel avenir vers lequel nous lournons nos regards. N'oubliez pas, messieurs, que notre qualité par excellence c’est la patience ; elle nous a été nécessaire el nous l'avons cultivée. Donc nous pouvons attendre. Mais ne sommesnous pas plus avantageusement situés aujourd'hui que ne J'élaient les Canadiens d'autrefois ? Ils étaient seuls à lutter d’une année à l'autre, comme nous avons été seuls jusqu’àprésent à combattre jour par jour. Aujourd'hui l'horizon si longtemps obseurei pour nous s'éclaire du soleil naissant de celle belle réunion, et nous donne espérance que nous allons remporter avec nous dansla belle Acadie toutes vos sympathies, votre support moral et l'assurance de votre appui réel et actif, quand il vous sera donné de nous aider, comme vous êtes certain d’avoir le nôtre en toute occasion. Un autre avantage c'est que peut-être nous sommes plus unis et plus en accord que vous ; et je crois que le frère aîné pourrait profiter de l'exemple du plus jeune à cet égard, quoique ce dernier ne soit qu'en bas âge et peu expérimenté, A regarder le passé et à le comparer au présent dans l'Acadie, l'élément français y a fait un progrès étonnant dans un très court espace de temps. Il n’y a que quelques années passées on nous accusait de rétrograder au lieu d'améliorer notre condition ; mais le récent progrès démontre que s'il y eut un pas en arrière ce ne fut que pour mieux illustrer le proverbe « qu'il faut reculer pour mieux sauter.» Nous avons fait le premier saut et avec un élan qui a donné du branle à notre avancement. Et nous ne sommes pas destinés à nous arrêter 1à. On a vu surgir au milieu de nous deux excellents collèges français, celui de Saint-

Joseph dont je vous ai déjà parlé, et celui de Saint-Louis, fondé en 1871, par le dévoué et infatigable prêtre acadien le Rév. monsieur Richard. On a vu se réveiller l'amour de l'étude chez ceux qui étaient habitués à regarder l'ignorance comme leur juste partage ; on a vu s'implanter dans les cœurs de nos bons et braves paroissiens une plus juste appréciation de l'importance de l'éducation ; on a vu que les places et les positions influentes pouvaient nous être ouvertes, comme elles sont accessibles aux autres, et de plus, que les nôtres sont tout aussi capables de servir les leurs dans ces emplois que l'est un étranger, Nous avons raison de croire que par le passé celle vérité n'a pas été reconnue, Pour guérir les maux il faut d’abord les connaître, et c'est pour cela que j'aime, au milieu des réjouissances, à signaler que lors de la Confédération nous fûmes malheureusement oubliés, pas un seul de notre nationalité n'ayant été alors appelé à remplir aucune des nombreuses positions publiques créées par ce changement, Le Sénat fut rempli sans qu'il fût question de nous, le service civil à Oltawa, prit son nombre complet sans qu'on réclamät un seul des nôtres ; l'inauguration du chemin de fer Intercolonial, avec ses nombreux emplois, fut fait sans appeler un des nôtres à y donner ses services ; et dans les nominations au Nouveau-Brunswick, occasionées par celle union, notre absence y fut tout aussi marquante. Dans la constitition même on eut soin de protéger les intérêts des minorités des deux plus grandes provinces, sans songer à la minorité du Nouveau- Brunswick. Espérons qu’aujourd hui, que l'on nous connait mieux, ces choses ne pourraient pas se répéter. Je parle ici de ces petits maux afin que nos médecins poliliques les connaissent quaud ils seront appelés à les traiter. Au reste, en vous déclarant ici tous les membres d'une seule el même famille, c'est dans le but, j'espère, que les plus forts aident aux plus faibles, que les ainés tendent la main aux plus jeunes et leur aident à porter leurs fardeaux el à améliorer leur condition.

« C'est à ces moyens que le monde entier vous reconnaîtra comme les protecteurs des Acadiens, c'est à ces signes d’intérêl et de sympathie que nous reconnaîlrons que nous pous vons tous ensemble travailler pour arriver à ce bel avenir qui doit être l’objet de nos vœux les plus ardents. »

Le rév. monsieur Pager, prêtre, curé de New-Bedford, Massachusetts, fait le discours suivant : « Sur le rôle des Canadiens- Français aux Etats-Unis. »

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