‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 69 sur 212 · MESSEIGNEURS, M. LE PRÉSIDENT ET MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSEIGNEURS, M. LE PRÉSIDENT ET MESSIEURS

« Vous nous demandez quel est lerôle joué par les Canadiens aux Etats-Unis, Notre réponse est facile, la voici : ils jouent à peu près le même rôle que vous, au Canada ; c’est-à-dire, servant le même Dieu, ils pratiquent la même religion ; et parlant la même langue, ils conservent toujours leurs usages domestiques et sociaux. Oui, messieurs, nous sommes aux Etats-Unis Canadiens-Français, comme vous tous ici ; mais nous le disons avec fierté, nous sommes catholiques avant tout, Le Canadien émigré ne renonce pas à sa belle langue française. Ce précieux héritage, dépôt sacré que nous ont confié des ancêtres glorieux, nous tâchons de le conserver intact, et

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avoir aux Etats-Unis comme au Canada son ég et dans celte église un prêtre qui parle la langue de son pays. C'est pour cela qu'on a même des couvents, où la jeunesse reçoit une saine éducation ; ainsi Fall River a le bonheur d’avoir transplanté sur le sol américain une branche de Jésus- Marie, à l'ombre de laquelle viennent s’abriter déjà un bon nombre de jeunes âmes qui, il faut l’espérer, seront 1à comme ici, la gloire et la joie de notre société canadienne. Les Les usages domestiques ne s’oublient pas non plus. Et les usages sociaux se conservent en dépit de tout : la visite des familles, surtout au jour de l'an; la fête de Saint-Jean-Baptiste, chômée tous les ans ; les sociétés nationales et religieuses ; bref, on tâche d'être toujours et partout de bons canadiens. Comme je l'ai dit, il y a un instant, il en coûte des sacrifices. Pour n’en citer qu’un exemple, voyez, à Fall River, un enfant qui fréquente nos écoles françaises et catholiques, que nous avons établies et que nous maintenons, ne peut pas avoir d'ouvrage dans les manufactures, à moins qu'il ne fréquente pendant cinq mois les écoles protestantes. Cela seul montre quels sacrifices fait le bon Canadien aux Etats-Unis. Et j'espère que ceci servira d’antidote à ceux qui n'émigrent que par légèreté. Car, sachez-le bien, tout en aimant à protéger nos compatriotes aux Etats-Unis, nous déplorons avec vous l'émigration, la plaie du Canada. Et nous disons ici sans crainte d’être contredits : ce n’est pas le prêtre canadien qui a atliré nos compalrioles aux Étals-Unis, mais c’est bien notre peuple canadien qui nous a appelés à son secours sur la terre étrangère. Et s’il y a un espoir, c'est qu'après avoir conservés bons nos compatrioles aux Etats-Unis, nous prêtres, nous vous les ramenions sans trop de transformations. Toutefois, vous me permettrez de dire ici que je ne suis pas de l’idée de ceux qui veulent mettre une muraille de Chine entre le Canada et les Etats-Unis. Non! que celui qui a quelques chancesde gagnerson pain ailleurs qu’au pays, sache trouver la liberté pour le faire ; mais qu'en même temps on ne le méprise pas, et qu’au contraire on le protège. Ah ! quel plaisir pour nous d’avoir entendu le représentant de sa majesté la reine d'Angleterre, le marquis de Lorne, souhaiter la bienvenue, et avec tant de délicatesse aux Canadiens des Etats-Unis ; puis d'entendre faire écho à ces nobles paroles

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par son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, par M. le premier ministre, et par les membres du parlement de Québec, sans distinction de politique ! Après cela, il faut l’espérer, le Canadien des Etats-Unis, dira avec joie, et plus que jamais : Oui ! nos compatriotes du Canada sont nos amis, sachons les payer de retour, C’est pour cela que nous sommes venus en grand nombre de tous les points des Etats-Unis, respirer dans la vieille cité de Champlain, l'air toujours frais de notre belle nationalité.

« Avant de lerminer, vous me permettrez d'ajouter une réflexion. Cette royauté du Christ, dont nous a si bien parlé M. Jannet, et qu'il regrette de ne pas trouver dans les gouvernements de l'Europe, eh bien! le Canadien aux Etats-Unis, indifférent à presque tous les gouvernements, et je le dis après une expérience de plusieurs années, a celte royauté du Christ dans le gouvernement de ses paroisses. Oui! le Canadien semble ne se rallier qu'à l'ombre d’un drapeau, c’est celui du chrétien, le noble étendard de la croix. Ce que je dis là n’est pas inspiré par la flatterie—car ce n'est pas mon genre — mais bien plutôt pour rendre témoignage à la vérité. Soyons donc unis, puisque nous voulons jouer le même rôle. Et si par malheur quelques uns des enfants du sol avaient quitté le pays sous des circonstances plus ou moins sombres, ah! vous braves Canadiens réunis dans la vieille cité de Champlain, sur cette élévation qui semble dominer tout le pays, en nous souhaitant à tous la bienvenue, et nous vous en remercions bien sincèrement, vous faites comme le bon père de l'enfant prodigue, vous tendez à tous des mains amies. Vous ouvrez à tous des bras protecteurs, et surtout avec un cœur qui déverse tout autour de lui un patriolisme pur, embaumé par les nobles sentiments qu'inspire notre sainte religion.»

Monsieur le Président annonce que Monsieur Pascal Poirier, rapporteur de la septième commission (des Acadiens) est prêt à soumettre son rapport à la Convention et invile ce monsieur à prendre la parole.

Monsieur Poirier lit les conclusions de son rapport lesquelles sont unanimement adoptées, (1)

Le secrélaire-général annonce aux membres de la Convention :

1° Que toutesles commissons siégeront le lendemain, vingtsix juin, à l'Université Laval, et qu’en conséquence tous les membres des Sept Commissions sont convoqués à l’Université pour huit heures avant-midi.

2° Que la première commission invite la sixième commission dite des Canadiens des Etats-Unis, de Manitoba et du Nord-Ouest, à venir siéger avec elle pour délibérer sur le projet d’une Union générale de toutes les sociétés franco-canadiennes ;

3° Que la cinquième commission, dite des lettres, sciences et beaux-arts, siégera à huit heures et demie du matin, le vingt-six juin, à l'Université ;

4 Que la seconde séance solennelle de la Convention aura lieu le vingt-six juin, à dix heures du matin, dans cette salle.

Il est onze heures.

Monsieur le Président général annonce que Ja séance est ajournée à samedi matin, le vingt-six, à dix heures.

La séance est levée.

(1). Ce rapport et ceux de toutes les Commissions sont publiés avec le compterendu des travaux des sept Commissions, dans le Livre Second de la IIIme Partie.

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