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SECTION DES BEAUX-ARTS

« La commission constate avec regret que quelques-uns des rapporteurs de cette section ont été empèchés de se rendre à l'invitation du comité d'organisation.

M. Charles Baillargé a soumis unrapport relatif aux arts et méliers suggérant, entre autres choses utiles, que le gouvernement devrait fonder en cette province une école centrale des arts et métiers, à l'instar de l’école normale, cù l'on formerait des professeurs qui seraient chargés de l’enseignement de leurs spécialités dans les différentes parties de la province.

« Le tout respectueusement soumis.

F. G. Mancuanp,

Président de Ja commission des Sciences, Lettres et Beaux-Arts,

A. GÉLINAS,

Secrétaire.

Université-Laval, Québec, 26 juin 1880,

Les conclusions de ce rapport et les résolutions qu'il renferme sont adoptées à l'unanimité,

La Convention entend ensuite les discours de M. Siméon LeSage, sur «l’agriculture » ; de M. Joseph Tassé, sur «l'émigration »; de M. Pamphile Lemay, sur la « La liftérature canadienne et sa mission. »

Voici le discours de M. LeSage :

Messeigneurs, Mesdames et Messieurs,

«En acceptant de trailer la question agricole dans cette Convention, je ne me suis pas dissimulé la difficulté de la tâche qui m'était échue, car ce n’est pas seulement avec de la rhétorique et du sentiment que l'on peut aborder ce sujet, S'il suffisait d'appartenir à l'agriculture par droit de naissance, d’avoir pour celte première industrie de l'homme un penchant irrésistible, et de croire avec nos hommes les plus éclairés que dans l’agriculture se trouve le ressort le plus puissant de notre nationalité, j'ose dire que je me croirais excusable de m'être laissé tenter par un pareil sujet; mais il y a plus : les fonc- {ions que je remplis dans le département de Pagriculture m'avaient, ce me semble, tellement désigné au choix de mes collègues du comité, et que c'eût été reculer devant le devoir que de ne pas faire acte de bonne volonté,

«C’est donc par devoir d'état, et avec le ferme désir d'être utile à nos compatriotes que j'entreprends d'émettre les quelques idées que je me suis formées sur la question agricole, dans mes rapports fréquents avec nos hommes publies, avec les agronomes les plus en vue dans notre province, et surtout dans mes rapports d'intimité avec les cultivaleurs que j'ai l'avanlage de compter au nombre de mes parents et de mes amis.

« Après les discours si éloquents et si émouvants que nous avons entendus depuis que siège cette Convention, je sens que j'ai besoin de toute votre indulgence pour que vous me suiviez dans le terre-à-terre, un peu réaliste parfois, où je vais être obligé de vous conduire, Mais si j'ai la bonne fortune de vous faire partager les saines émotions que fait naître en moi toute question qui se rattache étroitement aux intérêts vitaux de notre nationalité, j'aurai pris le bon moyen de vous intéresser ; car alors vous oublierez celui qui vous parle pour vous laisser absorber par le sujet. Et quel sujet plus digne de fixer un moment l'attention d'une assemblée comme celle à laquelle j'ai l'honneur de m'adresser ?

«On l’a dit bien souvent mais on ne saurait trop le répéter, c'est à l’agriculture fortifiée par la religion que nous sommes redevables de notre conservalion comme race distincte sur ce continent, c’est à elle que nous sommes redevables de cette force d'expansion qui nous distingue, et c'est encore sur elle que nous devons compler pour l'avenir,

« Je ne connais rien d'aussi difficile à entamer qu'une bonne paroisse canadienne bien organisée. Jln'y a de prise nulle part pour la transformation dans cette communauté d'honnêtes laboureurs. Ils vivent entre eux, se marient rarement en dehors de la paroisse et prennent à la longue une physionomie spéciale, qui fait de chaque paroisse un type particulier, une petite société complète, parfaitement reconnaissable dans la mosaïque dont notre province est composée. Si donc nous conservons chacune de nos paroisses telles qu'elles sont, st nous en fondons de nouvelles à l'image des anciennes, nous serons en mesure d'accomplir la tâche qui nous a visiblement élé assignée comme race dans celte partie de l'Amérique, Pour cela, il faut deux choses : rester propriétaires du sol que nous avons défriché, et continué à déverser l'excédant de population des vieilles paroisses sur les terres du domaine public.

« Or, pour rester propriétaires du sol, et pour continuer à agrandir notre domaine, il est nécessaire que nos cultivateurs déploient dans les travaux de leurs fermes l'adresse, le soin, le bon goût et l’intelligence qu’ils savent déployer, par exemple, dans leurs constructions, et qu'ils adoptent petit à petit les perfectionnements de culture et d'élevage qui soni à leur portée.

«Je ne suis pas de ceux qui croient que ce que l’on est convenu d'appeler la routine en agriculture puisse être attaqué de front avec succès. Le meilleur moyen d'en avoir raison, suivant moi, c’est de prêcher à la masse des cullivateurs de faire bien ce qu'ils font déjà. Cela paraît bien simple et à la portée de tout le monde : cependant quel merveilleux changement ne verrions-nous pas s’opérer, si, une bonne fois, chacun était bien convaincu de cette maxime élémentaire et la mettait en pratique? Cela signifierait : bons labours, bons hersages, égoûts suffisants, bonne récolle de grain et de fourrages, un peu de légumes pour utiliser les engrais recueillis sur la ferme, un pelit troupeau bien nourri, bien logé ; tout cela sans sortir du sentier battu.

« Au bout de quelques années de ce régime fortifiant viendra le temps de dire à ce cultivateur bien disposé : Il ne faut pas en rester là. Vous voyez ce que rapporte une culture soignée ; si, au lieu de garder toujours la même prairie autour de vos bâtiments et le même champ de patates sur le même

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côteau, vous faisiez des prairies nouvelles et un nouveau champ de légumes à tour de rôle jusqu'à ce que vous cussiez fait ainsi le tour de votre ferme, tout en augmentant par degrés vos cultures de plantes sarclées, vous auriez bien vite détruit les mauvaises herbes, vous augmenteriez beaucoup le rendement de votre terre, vous pourriez servir à votre bétail une nourriture plus riche, et vous en tireriez double profit, soit pour la fabrication du beurre et du fromage, soit en le vendant pour la boucherie.

« C'est ainsi que le progrès agricole s'est introduit dans plusieurs paroisses de ma connaissance, el qu'il S'y est propagé, à pas lents d'abord, puis ensuite l'émulation s'est mise de la partie et en peu d'années la bonne culture y est devenue presque générale. Cela s’est opéré sans bruit, sans grands déboursés, j'oserais dire presque sans efforts autres que le travail ; parce qu’une fois le bon exemple donné, les avantages qui découlent de la bonne culture l'ont fait adopter par le grand nombre.

« Dans la plupart des cas, les bons exemples dont je parle viennent de citoyens éclairés établis dans nos campagnes, qui savent mettre à profit dans leurs travaux agricoles les connaissances qu’ils ont acquises, et l'esprit de calcul nécessaire pour n'entreprendre que ce qui peut donner des bénéfices certains. Ici ce sera un marchand enrichi, là ce sera un digne curé, un médecin, un notaire, voir même un avocat, Mais pour que l’exemple donné par ces messieurs soit profitable et trouve des imitateurs, il faut de toute nécessité qu'ils produisent beaucoup avec peu d'argent et que ce dernier point surtout ne puisse être révoqué en doute ; car du moment qu'un cultivateur a d’autres moyens de subsistance que ceux que lui donne sa ferme, il est facilement soupçonné de n’opérer ses merveilles qu'à force d'argent, et alors le bon exemple qu’on s'efforce de donner, au lieu de favoriser le progrès, sert plutôt d'argument à l'encontre de toute innovation.

«Il se trouve aussi, mais de loin en loin, des habitants modèles qui ont puisé le goût de la bonne culture dans nos publications agricoles, j'en ai connu un entre autres, qui, à l'époque de son mariage, en était encore à se faire lire son journal d'agriculture, puis il a appris à le lire lui-même et est devenu un parfait cultivateur. Voilà un modèle qu'on ne saurait trop proposer à l'imitation des cultivatenrs.

« Nos écoles d'agriculture, si modestes qu'elles soient, ont contribué elles aussi pour leur bonne part au perfectionnement de la culture et de l'élevage du bétail, Le nombre des élèves qui ont suivi leurs cours est malheureusement trop restreint, mais ces élèves font école autour d'eux, et propagent par leurs succès marquants les bons euseignements qu'ils ont reçus de leurs professeurs. Ceux qui nient l’efficacité de ces écoles ne tiennent peut-être pas compte des difficultés qu'elles ont eu à surmonter, is exigent peut-être d'elles des cultures trop voyautes et trop au-dessus de la portée des cultivateurs qui les entourent, J'avouerai que pour ma part ce n’est pas sans une vive défiance que je verrais nos écoles se lancer exclusivement dans ce qu'on peut appeler la culture transcendante et dans l'élevage des animaux trés,

«Donnons à nos écoles d'agriculture encore un peu de temps pour faire leurs preuves et pour se conformer à ce que le conseil d'agriculture leur prescrit; donnons à nos écoles élémentaires le temps d’inculquer à la jeune générationle petit catéchisme agricole, qui vient si heureusement d'y être introduit; tàchons de répandre de plus en plus dans les campagnes nos excellentes publications agricoles, et avant qu'il soit longtemps toul cela portera ses fruits,

« C'est une habitude par trop uniforme, parmi ceux qui s'inlilulent les amis éclairés de l'agriculture, de dire sur lous les tons que nos gens n’y entendent rien, qu'ils perdent leur temps en travaux improductifs, et que d'autres à leur place feraient beaucoup mieux ; habitude tellemeut uniforme q'on a fini par croire à la lettre ce qu'ils disent, et par le laisser dire aux autres, Au risque de passer pour un optimiste, je me permettrai de dire que je ne trouve pas que notre agriculture en soit rendue à un élal aussi désespérant, et qu'on l'a souvent jugée et surtoul laissée juger au dehors avec une sévérité qui frisait l'injustice,

«Ceux qui ont eu l'avantage de parcourir les belles paroisses que sillonne aujourd'hui le chemin de fer de la rive Nord, depuis Québec jusqu’à Ottawa, ont pu se convainere que, sur la plus grande partie de ce vaste territoire, la prospérité apparente de ces cultivateurs ne le cède en rien aux meilleurs districts ruraux des autres parties du pays. de signale cette partie de la province parce que je la connais mieux et surtout parceque J'ai été lémoin en Rhusienrs occasions de l’étonne-

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