‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 78 sur 212 · FÊTE NATIONALE Ÿ · texte numérisé non relu

FÊTE NATIONALE Ÿ

ment parfailement sincère de bon nombre de voyageurs qui n'auraient jamais cru que de si belles cultures, de si riches habitalions pussent se succéder dans notre province sur un aussi Jong parcours. Il me serait facile d'indiquer maint autre district également florissant sur la rive sud du Saint-Laurent, qui, la première fois que je les ai visités, m'ont étonné moimême par leur richesse, tant on a réussi à généraliser l’impression que l’agriculture est partout en souffrance.

« Ce que j'en dis n’est pas dans un but de vantardise, non, c’est afin de justifier la proposition que j'ai émise en commençant, que pour faire progresser notre agriculture il n’est pas nécessaire de faire table rase de toutes les méthodes que nous avons, puisqu'il y a une portion considérable de notre province où elles réussissent. Que notre ambition soit donc de perfectionner ce que nous avons et non pas de révolutionner.

« Cependant, il est un point sur lequel j'admettrais volontiers un changement de front. Jusqu'ici un trop grand nombre de nos cultivateurs ont compté sur la vente des grains comme appoint principal. Il devient de plus en plus évident pour tout le monde qu'il faudrait s’adonner de préférence à l'élevage du bétail, l’adopter comme base d'opérations, faire consommer sur place la plus grande partie des produits de la ferme, les convertir en beurre, en fromage et en viande de boucherie, C'est à cela que nous devons arriver le plus vite possible, si nous voulons participer au grand com” :"ce d'exportation de bétail vivant, qui ne fait que de naître, et qui est déjà en voie de devenir une des principales sources de richesse de notre pays.

« Au reste, personne ne conteste aujourd'hui qu'à la longue l'exportation des grains est ruineuse pour tous les pays qui s'y laissent entraîner trop avant.

« En fait d'élevage comme en fait de culture je serais de facile composition pour commencer, si l’on voulait s’y adonner sérieusement et sans retard. Nos grands éleveurs ne sont pas encore d’accord entre eux sur la question de savoir quelle est la race d'animaux qui devrait être adoptée de préférence ; les uns tiennent pour les Durhams, les autres pour les Ayrshires, celui-ci pour les Hereford, celui-là pour les Devon, enfin les Alderney et les Jersey ont leurs partisans non moins convainuus que les autres. Une chose qui m'étonne, c’est que les animaux de race canadienne n'aient pas comme les autres

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leurs partisans dans la presse agricole ct dans les expositions surtout.

« Cela tient, je suppose, à ce que les éleveurs d'animaux canadiens sont moins versés que les autres dans la littérature ; car je sais que c’est une opinion très généralement répandue parmi les habitants, qu'il est aussi profitable, même plus profitable de s’en tenir à l'élevage des animaux canadiens qu'à l'élevage des animaux importés, pourvu qu'on leur donne le soin et l'alimentation que les éleveurs d'animaux importés donnent à tous les grands personnages dont se composent leurs troupeaux.

« Si j'étais grand cullivateur, je serais tenté de faire une expérience raisonnée et chiffrée des résultats que l'on peut obtenir avec un troupeau de vaches canadiennes bien choisies et soumises au régime le plus propre à embellir leurs formes et à développer leurs qualités utiles. J'ai la naïveté de croire qu'avec une mise de fonds comparativement minime, j'arriverais à former un troupeau qui, par la forme, les couleurs er surtout par les qualités lactifères, se rapprocherait beaucoup des varhes Jersey ; car enfin nos animaux sont par leur origine de même provenance que les célèbres races des Iles de la Manche. Mais d'ici à ce que celte expérience soit faile, il faut je suppose se résigner à subir la domination des races en vogue, et laisser à chacun le soin de choisir celle qui lui donnera les plus gros profits. Ce qui importe, avant tout, c’est qu'on se pénètre sur toute la ligne de la nécessité, je devrais dire de l'urgence, de faire un grand effort pour donner à l'élevage la plece qu’il devrait occuper dans l'économie de nos fermes. Ce serait là le moyen le plus sûr de faire progresser rapidement les paroisses déjà formées et d’en faire surgir de nouvelles comme par enchantement, car les beaux troupeaux ne se forment et surtout ne se maintiennent que par les belles cultures. Ne vous semble-t-il pas aussi, comme à moi, que ce serait rehausser encore la position de la grande masse de notre population que de la pousser à outrance dans cette voie, et par là d'accentuer en elle ses traits de ressemblance avec les peuples pasteurs si renommés pour leur indépendance, leur fierté et la noblesse de leurs sentiments.

« Tels sont, suivant moi, les principaux moyens à l'aide desquels ceux qui ont vraiment à cœur d'entrer dans la voie du progrès agricole peuvent faire le premier pas. Si, emprun-

tant à la solennité de cette réunion une importance excep— tionnelle, ces vérités élémentaires pouvaient pénétrer et fructifier partout où il est nécessaire qu’elles soient entendues, j'ose dire que parmi tous les bons résultats que nous nous sommes promis de celte convention, celui-là ne serait pas le moins utile.

« Si maintenant nous jetons un rapide coup d'œil sur les grands projets qui s'élaborent autour de nous dans l'intérêt de l'agriculture, nous trouverons de nouveaux motifs d'avoir foi en l'avenir,

« Depuis plusieurs années le gouvernement de cette province fait ies efforts les plus louables pour introduire ici la fabrication Ju sucre de betteraves, et je me plais à espérer que nous touchons de bien près à la réalisation de eette féconde eutreprise. Une compagnie est déjà organisée à Farnham, et une aulre s'annonce à Berthier (en haut) sous les auspices les plus favorables. Les conditions avantageuses failes à cette industrie par notre larit actuel, conditions que la politique protectionniste de notre pays semble devoir lui garantir, durant bou nombre d'années, ne permettent jras de douter du succès de ces entreprises. 11 est possible que je m'exagère linfluence que devra avoir sur notre agriculture l’introdu:tion de celte nouvelle industrie, mais je crois voir en elle l’appât ke plus séduisant qui ait encore été offert à nos eullivateurs pour s’adonner surieusement à la culture des plantes sarclées, Que ces fabriques réussissent, qu'elles se multiplient, et avant peu la surface arable de notre province aura été renouvelée ; les labour s profonds, les riches engrais que nécessite la production de la betterave auront rendu à notre sol sa fertilité première,

« Je comprends que l’on diffère d'opinion sur cette question tant débattue du libre-échange et de la proteelion, quand il s’agit d'industries qui tirent de l'étranger leur matière première ; mais pour les industries à base agricole, comme celle de la fabrication du sucre de betteraves, il ne devrait y avoir qu’une voix dans le parlement canadien pour lui accorder la protection Ja plus large jusqu'a ce qu'elle soit assez solidement assise pour supporter sa part des charges de l'Etat.

« Mentionnons une autre entreprise nouvelle, destinée elle aussi à favoriser grandement nos cultivateurs. Je veux parler du Crédit Foncier Canadien. Par des prêts a long termes, et moyennant un intérêt modéré qui, joint au percentage d'amor-

tissement, restera au-dessous du taux actuel des prêts hypathécaires, celte institution pourra fournir aux cullivateurs endettés le moyen de se soustraire aux exigences des usuriers. Ceux qui sont à portée de connaître le mal incalculable que l'usure fait à nos campagnes peuvent concevoir l'all‘gement qu'un moyen de libération aussi facile leur apportera.

« À côté de ces deux entreprises, qui me paraissent deslinées à produire d'elles-mêmes une véritable révolution dans notre agriculture, je pourrais en placer une autre que notre gouvernement a grand espoir de voir se réaliser sous peu, l'utilisation des riches dépôts de phosphate de chaux que nous possédons dans la vallée de l'Outaouais. Puissent les négociations, entamées à ce sujet avec un éminent industriel de France, avoir l'issue désirée, et nous aurons du même coup le superphosphate à bas prix pour enrichir nos terres et une ligne de steamers entre la France et le Canada combinant le transport des phosphates bruts avec celui du bétail sur pieds.

«Il me reste un mot à dire de notre législation agricole qu'on est actuellement à refondre. Plusieurs sont d'avis d'y apporter des modifications importantes; pour ma part je n’en vois pas la nécessité. Je suis fermement convaincu au contraire que nous avons dans la loi telle qu’elle est tout ce qu'il faut pour faire naître et maintenir une saine émulalion dans l’éleage et la culture, et pour encourager tout progrès véritable. Mais le malheur est qu'en maint endroit on s'éludie à l'éluder. Pour combattre cette malheureuse tendance, je n’ai qu'un remède à offrir, c’est de faire appel à tous les hommes éclitrés et bien pensants, et de les supplier de seconder l’autorité, afin que les deniers publics accordés pour l’encouragement de l'agriculture ne tournent pas à son détriment, afin que le véritable but des exposilions soit mieux compris; que les concours des fermes, et surtout les concours de paroisses soient encouragés de toutes les manières possibles, comme le moyen le plus efficace pour couronner le vrai mérite et de mettre en plein relicf les plus belles et les plus profitables cultures de chaque localité. Sans négliger les expositions de comtés ni les expositiuns de districts, je voudrais voir les concours des fermes ies mieux cultivées, tellement bien compris, tellement bien conduits qu’on en arrivât par degrés à décerner un grand prix de comté, puis un grand prix de district, et enfin un grand prix provincial aux cullivateurs modèles qui l'auraient mérité, Mais

gone cela, je le répèle, il faudrait que lous les vrais amis de

agriculture s’entendissent, se donnassent la main pour écarter les préjugés et les intérêts mesquins qui trop souvent viennent entraver le bon fonetionnenient de nos sociétés d'agriculture. « L'organisation agricole ainsi entendue et comprise produirait, j'en suis convaincu, tout le bien que nous avons le droit d'en attendre.

« Avec cela si nos cultivateurs voulaient bien pour leur part répondre à l'appel chaleureux que nous adressait hier l’élo-

.quent évêque de Trois-Rivières : c’est-à ire s'ils voulaient

pratiquer l'économie à la façon de nos pères et n'avoir d'autre luxe que celui que peut produire l'industrie du foyer, ils formeraient avant peu sur tous les points de notre province une population tellement heureuse et prospère que tous les préjugés qui existent sur notre compte disparaîtraient comme par enchantement.

« Que d'autres dirigent s'ils le préfèrent leurs forces vives vers le négoce et l'industrie ; pour nous que notre principal moyen de contribuer à l'avancement du Canada soit de lui assurer un nombre toujours croissant de belles paroisses agricoles.

« Quel spectacle mieux fait pour réjouir le cœur d’un bon patriole que celui d’une paroisse eanadienne où règne la prospérité, compagne de la bonne culture ! La paroisse, c’est la pierre angulaire de notre édifice social, e’est la patrie en petit. Où trouver, je le demande, plus parfaite image du bonheur social que cette aggrégation de familles honnêtes et craignant Dieu, ayant pour chef naturel et chéri un pasteur véritable qui la préserve contre tous les dangers, lui prodigue les bénédictions du ciel, la guide dans le chemin de la vertu, élève son

. âme et la prépare de longue main, aux jouissances d’un monde

meilleur ?

« Ce spectacle vraiment ravissant et digne des plus belles civilisations nous serait offert sur tous les points be cette province, si partout l’on voulait bien saisir et meltre en pratique les vérités élémentaires que je viens d'indiquer. L'avenir nous serait assuré, car de ces ruches industrieuses s’échapperaient constamment des essaims vigoureux qui iraient fonder des colonies nouvelles, et des citoyens nés au sein du travail, aux sources les plus pures de notre nationalité, qui iraient s’installer bravement au limon de l'Elal ou sur les trônes de l'Eglise,

pour maintenir, la jeunesse et la vigueur de l’un et de l’autre et contribuer à la gloire de notre patrie. »

On pourra mieux juger de notre infériorité par le tableau suivant de la production du blé par acre dans différenis contrées (minots de 64 Ibs.)

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D’après le recensement de 1870 :

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Après M. LeSage, M. Tassé fait le discours suivant « sur l'émigration canadienne aux Etats-Unis » :

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