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causes de celle diminution ou de ce ralentissement de la population dans les Etats que je viens de mentionner. Ces autres causes peuvent être attribuées principalement au mépris des lois sacrées de la famille et au relâchement des mœurs, qui a fini par se réconcilier avec l’austérité du puritanisme.
« Une cause puissante d’émigration a élé notre proximité d'un vaste pays, dont le développement matériel, encore inouï dans le monde par sa rapidité, a exercé une influence incontestable sur nos compatriotes en leur offrant une plus grande diversité de carrières et souvent mème un travail plus rémunérateur,
« La république américaine, on le sait, a réussi par le concours des circonstances et par une véritable fascination sur les autres‘peuples, à attirer dans une seule année plus de 400,000 émigrants, sortis des contrées les plus reculées de l’Europe. Des flots de peuples se pressent encore à l'heure actuelle sur lous ses rivages et viennent demander au continent du pain, de l’espace et parfois de la liberté. Il n’est donc pas étonnant qu'une population qui n'avait que la frontière à traverser, pour participer aux avantages réels ou imaginaires d’un changement, se soit laissée entraîner dans l’orbite américaine. La gravitation n’est pas seulement une loi de l'ordre physique, elle s'exerce encore à un haut degré au profit des grandes nationalités.
« À ce propos, j'aurais tort de ne pas signaler les courants de retour qui s’opèrent parmi nous et qui ont pris des proportions notables durant la crise financière qui a sévi chez nos voisins avant de nous frapper à notre tour. Je puis d'autant moins les ignorer que je fus moi-même ramené des Etats-Unis au Canada par cette maladie indéfinissable et touchante qu’on éprouve hors de la patrie—le mal du pays /—que je voudrais pouvoir communiquer au inème degré à tous nos compatriotes exilés.
« Laissez-moi signeier brièvement les autres causes, quoiqu’elles ne soient peut-être pas les moins importantes :
« L'accaparement de vastes étendues de terres contigues aux anciens établissements par des spéculateurs qui ont ainsi entravé l'œuvre de la co'onisation ;
« L'absence de chemins pour permettre au surplus de la population des vieilles paroisses de se déverser dans des territoires encore inexploités ;
« L'absence de manufactures pendant un long espace de temps pour répondre à nos besoins de consommation et procurer de l'emploi à ceux qui veulent se livrer à d’autres arts qu’à celui de l'agriculture ;
« L'état arriéré de notre système agricole qui nous empêche de retirer la totalité des produits que le so! du Bas-Canada est susceptible de donner ;
« Le luxe et l’intempérance qui, malheureusement, étendent leurs ravages à la ville comme à la campagne : deux maux contre lesquels un prélat, non moins savant qu'ami de son pays, s’est élevé, ce matin, avec tant de force et de vérité ;
« L'embauchage pratiqué par un certain nombre de personnes à gages des compagnies de transport, qui propagent de toutes leurs forces l’idée de l’émigration vers un pays que l'on peint sous les couleurs les plus brillantes, mais souvent aussi les plus fausses.
« Et n'oublions pas la fascination que produit le séjour des villes, au détriment des campagnes, fléau qui se fait sentir dans tous les pays de l’Europe et de l'Amérique, et auquel nous n'avons pas échappé. Aux Etats-Unis, l’ensemble de la population a augmenté de 22 pour 100 de 1860 à 1870, tandis que celle des villes s’accroissait de 78 pour 100. Ce même fait anormal est survenu ici, notre augmentation de population se faisant sentir principalement dans les villes et villages,
«Si malheur est bon à quelque chose, la crise financ'ère— qui a désolé tant de familles dans nos grands centres—devra avoir pour effet d’inspirer moins de dédain pour la vie des champs et de montrer au cultivateur combien son sort est heureux, stable et indépendant comparé à la vie précaire et soucieuse de l'ouvrier des fabriques.
«Onimium fortunatos sua si bona norint agricolas ! s’écriait, il y a deux mille ans, le chantre de Mantoue. Cette parole n’a cessé d’être vraie, et un poète français l’a admirablement rendue dans les vers suivants, que je voudrais pouvoir faire résonner à l'oreille de tous les habitants des came pagnes, envieux du sort de l'artisan et de l’homme de peine :
Aux voix qui vous diront la ville et ses merveilles N'ouvrez p&s votre cœur, paysans, mes amis |
A l'appel des cités n'ouvrez pas vos oreilles,
Elles donnent, hélas ! moins qu’elles n'ont promis,
1] le cri qu'il faut faire résonner aux oreilles du gouvernement ! » pie
| | | 368 FÊTE NATIONALE || : | |, Laissez chanter le chœur des machines stridentes, ce | | | Laisser les noirs engins hurler à pleins ressorts. m 1 | De vos sages aïeux gardez les mœurs prudentes, pa 1 Et comme ils ont vécu, vivez calmes et fortx, Le | | | A vos champs, à vos bois, demeurez donc fidèles, se | | nl | Aimez vos doux vallons, aimez votre métier. ta | | Auguste st le travail de vos mains paternelles, po | | C'est de votre sueur que vit le monde entier. al QU .«CAprès avoir exposé le mal dans toute sa gravité, il importe fe | | d'indiquer les remèdes que l'on pourrait adopter. (HAE «Le principal remède repose incontestablement dans la LUS colonisation, dans le défrichement de nos terres incültes. Or, ai | LE quels sont les principaux moyens d'activer la colonisation ? M | i 1 Il en est plusieurs, plus ou moins secondaires, mais tous ceux Les {L quise sont occupés de la question vous diront d'une voix | 1! unanime : Ouvrez des chemins pour relier les anciennes sde | | paroisses à la forêt. | po ai « Des chemins ! Des chemins aux terres nouvelles !! Voilà ur il s'écriait, il y a déjà longtemps, un grand patriote et un grand ler | esprit— celui-là même qui adopta la fière devise : « Nos insti h tutions, notre langue et nos lois, » qui est devenue notre credo Po national— je veux nommer le noble et regretté M. Etienne elll Parent, pal «Sans chemins »—disait encore un homme dont la vie a été associée à cette œuvre—« point de colonisation possible. 2 pas Les plus splendides allocutions des orateurs les plus distingués oh de Montréa! et de Québec, avec les pompeux procès-verbaux 1 des assemblées où l’on a nommé force présidents actifs (p. us Fou
ou moins), présidents honoraires (plus que moins), vice-pr'ésidents, secrétaires correspondants et même trésoriers (sans qu caisse loutefois) ; toutes ces magnifiques choses viennent s'engloutir dans le premier obstacle que le colon trouve sur sa
roule ; toutes les plus belles phrases Jui sont alors d'un moin- de dre secours que ne le serait un arpent de chemin couvert de He fascines.» C'était là l'opinion qu'exprimait M, l'abbé Marquis, Bi
il y a déjà longtemps, devant un comité de la Chambre d’As- No semblée, chargé de mettre à étude la question même qui fail sé, en ce moment l'objet de nos délibération:. …
« Ce ne sont pas les colons qui manquent, » me disait ré-
DES CANADIENS-FRANUAIS. 369
cemment un autre apôure de la colonisation « ce sont les chemins et les arpentages. » Et cet homme à acquis le droit de parler avec autorité. S'il est vrai que celui qui fait croître deux brins d'herbe là où il n'y er avait qu'un seul est un bienfaiteur publie, quel ne doit pas être son mérite ? A lui seul, il a établi sept ou huit cents famill:s dans la région de l'Outaouais—qui si vaste qu'elle soit, ne l'est pas trop néanmoins pour son zèle dévorant—et il en eut établi quatre fois autant, si les communications n'avaient pas fait défaut. Cet homme que vous admirez tous, c’est M. l'abbé Labelle, que j'appellerai le Pierre l'Ermite de la colonisation.
« Puisque je viens de citer les noms de deux prêtres méritants à lant de titres, laissez-moi vou$ dire que, dans mon humble opinion, l'œuvre de la colonisation ne p'endra un essor puissant que s1 le clergé se met à la tête du mouvement,
« Le clergé est le guide, l'étoile polaire, le Moïse de notre nationalité. Nos populations se défient assez souvent de nos politiciens, —ce n'est peu:-être pas loujours sans raison, mais ce n’est pas loujou s avec raison —au point de mettre en sus picion leurs mobiles les plus purs, leurs actions les plus désintérussées. Mais elles savent que le prêtre est avant tout l'homme du sacrifice, l’homme du dévouement; qu'il recherche pour récompense les palmes impérissables ; aussi suivrontelles son appel avec enthousiasme, s'il leur prêche la grande et patriotique croisade de Ja colonisation.
«Si noblesse oblige, tradition oblige aussi, Ne savons-nous pas que presque tous les grands mouvements colomsateurs ont été déterminés par des membres du clergé ? Ne savonsnous pas que ce sont des moines qui ont les premiers tracé des sillons dans une partie de la France et même de l'Europe ? Ne savons-nous pas que c’est l'exemple de leur rude labeur qui a détruit peu à peu les préjugés barbares existant contre l'art qui nourrit les hommes ?
« Sans remonter au berceau de la caloni:, qu'il me suffise de rappeler ce que les Racine, les Hébert et d'autres ont fait dans le Saguenay ; les Marquis, dans les Cantons de l'Est ; les Brassard et les Prévost, dans le Mantawa ; les Pères Oblats, à Notre-Dame du Désert, sans parl-r de la belle œuvre que poursuivent en ce moment l'abbé Labelle et le Rév. P. Lacusse avec une ardeur au-dessus de tout éloge. Je ne saurais non plus oublier que ce sont des Pères ruhes qui iront faire entendre
ALT TEE DU 370 FÊTE NATIONALE {Hill fl | {L les premiers la parole de Dieu e: dispenser le pain de l’instruc- où | | | tion sur les bords aujourd'hui solitaires du lac Nominingne. mi | [l: « Si le clergé témoigne d'un pareil dévouement, les laïques | ii Don doivent-ils se contenter de Fadmirer ? Leur abstention serait | êu nn coupable, anti-patriotique. A leur tour, ils doivent paye géné- | Ri | | reusement de leur personne el de leur bourse, “ toi pH « Qu'ils imitent l'exemple que leur donnait un homme qui a c'e "ne Jaissé par ni nous un souvenir impérissable. Cet homme n'a NT pas vo:lu être seulement l'un de nos plus vaillants défenseurs tri “REP dans Farène parlementaire ; il n'a pas voulu seulement qui | ile montrer que l’hermine doit toujours couvrir l'intégrité la plus Ell (pl l irréprochable et le sayoir le plus étendu ; il a cru qu'il man- ind | | | || querait un rayon à sa couronne s’il ne s’enfonçail dans la forét ap! ; | | et s'il ne s’anrblissait pour ainsi dire, au soir de sa vie, par noi NUE le noble et rude métier de défricheur. Ce n’est pas dans h div Lan plaine qu'il s'aventure—la tâche serait trop facile ! — mais qu’ | | | k b'en dans l’une de ces montagnes du nord, au front abrupt et ù | | sourcilleux, qui trop souvent épouvantent le colon, bien | réc L qu’elles recèlent parfois de véritables trésors agricoles et tv | industriels. He la € (lu l « À son appel, les défricheurs s'enfoncent dans la forêt, la le f Il j cognée s'attaque aux géants de la montagne, quelques éclaircies blis | laissent poindre d’abondantes moissons, la bonne nouvelle se que je répand qu'il y a là des terres nouvelles et fertiles à cultiver, pou ju des colons viennent grossir les rangs des premiers éclaireurs, ve il et bientôt surgit, au milieu de troncs noircis, la jeune et inté- pas IXb ressalte paroisse de Sainte-Adèle : premier anneau d’une aux TU longue chaîne d'établissements créés depuis, Le fondateur que QUE de celle paroisse, vous l'avez tous deviné, c’est le bon et toir
regrelté—je devrais dire l’immortel—Augustin Norbert Morin, l'un de ces lrommes véritablement grands parce qu'ils réunis-
sent à la fois lous les lalents et toutes les vertus. td
| « Tout le monde paraît unanime à reconnaître l’importanee avo qu ‘de la colonisatior, Consacrons donc lout ce que nous avons cor | Ut de force, d'intelligence et de ressources pour pratiquer de n'ai larges trouécs dans la forêt et faire pénétrer des milliers de *
colons dans les territoires de l'Outaouais, du Saint-Maurice, de indi
at la Gaspésie, de Rimouski et du Saguenay, que l’on appelait Can: | | autrefois un royaume. Des sommes immenses ont sans doute leur
| été dépensées pour la colonisation, mais souvent elles l'ont été armé
| sans discernement, pour satisfaire de simples intérêts de parti com
ou de clocher. C’est assez triste de nous voir divisés sur les matières purement politiques, sachons au moins placer la colomsalion sur un piédestal assez élevé pour qu’elle ne puisse être atteinte ni par les passions ni par les intérêts mesquins. Rivalisons de zète pour défricher et fertiliser nos vastes territoires encores incultes, car ne l’oublions pas, la colonisation c'est l’affermissement de notre race sur le sol canadien.
«Le second remède est l’'encouragement à donner à lindustrie canadienne. L'agriculture et l’industrie sont deux sœurs qui ont les mêmes intérêts et qui s'appuient l’une sur l’autre. Elles s’aident mutuellement et seules elles peuvent nous rendre indépendants des autres pays. Tous les hommes ne sont pas aples à embrasser la noble carrière de l’agriculture. Aussi nous ne devons rien néeliger pour satisfaire les aptitudes si diverses de notre race et exploiter les immenses ressources qu'une sage Providence a mises à notre disposition.
«En supposant que l’agriculture, le commerce el l'industrie reçoivent une impulsion énergique, sera-t-il possible de faire revenir un grand nombre de ces Canadiens expatriés—qui sont la chair de notre chair, le sang de notre sang—et d'endiguer le flot de l’émigration qui nous a malheureusement trop affaiblis ? Dans de pareilles circonstances—et je crois pressentir que le jour n’est pas éloigné où elles se présenteront—l'on pourrait repatrier des milliers de ces compatrioles, surtout ceux qui travaillent dans les usines ; mais cela ne m'empêche pas de penser aussi qu'une émigration quelconque se dirigera aux Etats-Unis tant que l’érable verdira dans nos vallons, tant que le Saint-Laurent roulera ses eaux au pied de ce promotoire.
« Comme il y aura toujours par conséquent une nombreuse population française établie de l’autre côté de la frontière, que nous reste-i-il à faire ? Je n’hésite pas à affirmer que nous avons un devoir sacré, un devoir solennel à remplir envers ces compatriotes émigrés : c’est d'empêcher que leur individualité n’aille se noyer dans l'océan américain.
« Pendant longtemps nous avons reproché à la France son indifférence ou plutôt son oubli pour ce million et quart de Canadiens restés invinciblement fidèles à son souvenir, dans leurs quelques arpents de neige, quand son appui moral eût pu améliorer leur situation à un haut degré et leur permettre de combattre d'une façotf autrement avantageuse les combats de
la patrie. L'écho de nos plaintes est sans doute venu jusqu'à elle, car pour la première fois depuis la cession elle fait briller à nos yeux l'or français, devenu sentimental pr exception comme on l'a dit heurcusement ; de toutes parts nous vient aussi la nouvelle qu'elle va venir féconder de son génie et de ses capitaux les inépuisables ressources de notre pays ; et en ce moment même de nobles représentants de la France sont au milieu de nous s’associant aux joies el aux espérances de leurs frères d'Amérique.
«Eh bien, ne méritons pas le reproche que nous avons adressé à l’ancienne mère-patrie. Ne perdons pas de vue les tiges nombreuses de l'arbre national, quelque soit le drapeau à l'ombre duquel elles s'épanouissent.
«C'est Joseph de Maistre qui a dit que la nature et l'histoire se réunissent pour établir qu’une grande république indivisible «stune chose impossible. Or, qui sait si dans un jour qui n'est peut-être pas très éloigné, le colosse américain ne se décomposera pas ? Qui sait si, réalisant les appréhensions de son fondateur, la patrie de Washington ne sera pas scindée en trois ou quatre grands Etats dans quelques uns desquels notre race pourra exercer ..ne influence salutaire ?
«Ce ne doit pas être sans un dessein secret de la Providence que lant de nos compatriotes se sont répandus aux Etats-Unis pour y jeter leurs fécondes semences, Aussi devons-nous faire tout en notre pouvoir pour rendre nos compatriotes dignes de la noble mission qui leur semble réservée sur la terre
étrangère.
« Avec une sollicitude pour notre race qui ne s'est jamais démentie, le clergé canadien leur a déjà envoyé bon nombre de ses membres les plus zélés qui leur ont communiqué la flamme de leur dévouement à la cause de la religion et de la nationalité. Mais on n’a encore creusé que les premiers sillons dans le vaste champ à exploiter. On a commencé par raviver le sentiment religieux de nos compatriotes en leur donnart des missionnaires. C'était là le besoin le plus pressant et le seul véritablement indispensable.
« Mais il faut aussi sauver la langue qu'ils ont apprise au pays natal. Arrière ceux qui prétendent qu’ils doivent la mettre de côté pour apprendre la langue de l'étranger ! Oui, l'école française manque à maints endroits, malgré les prodiges de dévouement que l’on a accomplis sur une foule de
points. Qu'on y réfléchisse, il n’y a encore qu'un seal collége classique canadien aux Etats-Unis, et ce collége—fondé par l'inaltérable dévouement de la congrégation de Säint-Viateur — est situé à Bourbonnais, sur les confins de l'Illinois. Ne devrait-on pas faire un effort puissant pour combler une lacune aussi sérieuse et jeter les bases de maisons d'éducation supés rieure dans quelques-uns au moins des principaux centres canadiens ?
«Je suis loin d'être un alarmiste, mais si l'on ne se met pas sérieusement à l'œuvre pour établir des écoles françaises partout où elles sont nécessaires, je crains bien qu’une forte parle de la jeune génération n'oublie par la suite cette belle Jangue que nous sommes si fiers d’avoir pu conserver ; — cette belle langue à laquelle nous devrons vouer un culte encore plus ardent après les grandes pièces d'éloquence que nous venons d'entendre, et qui seraient dignes des princes de la parole dans des pays plus prétentieux.
«Notre sollicitude doit aussi s'étendre aux groupes français d'Ontario, de Manitoba et de l'Ouest, qui déjà forment une chaîne d’une étendue considérable et donnent les plus belles espérances ; notre sollicitude doit s'étendre avec non moins d'énergie à ces autres compatriotes, les éclaireurs de notre race sur les côtes de Atlantique, le fier et noble groupe des Acadiens, qui, nouveaux Lazares, sont sortis triomphalement du tombeau où la persécution croyait les avair ensevelis pour toujours, en attendant qu’ils jouent un rôle dont l'importance future ne saurait échapper à l'attention de l'observateur.
« Serrons nos rangs, en tous lieux, en toutes circonstances. Aidons-nous et la Providence, qui a béni notre passé, nous aidera. Forts de nos droits, respectons les droits des autres, ne commettons pas l'injustice, mais ne la tolérons pas contre uous. Faisons des sociétés Saint-Jean-Baptiste—qui doivent avoir pour mission de ne jamais laisser éteindre le feu sacré —une vaste organisation se ramifiant sur toute la surface du continent, partout où notre race compte pour quelque chose.
« Nous avons signé l’autre jour le pacte de la Sainte-Alliance sur les lieux mêmes qui furent rougis du sang de nos pères ; nous avons affirmé en face du ciel notre inviolable attachement à tous les grands intérêts commis à notre garde; eh bien, jurons tous enser:vle de rester fidèles à ce pacte sclennel. Après une manifestation nalionale aussi éclatante, —suivant de près
A | (l | | 374 FÊTE NATIONALE i | | | | cette autre grande revue de la patrie dont nous fûmes témoins el Al | | à Montréal en 1874—il est impossible de ne pas avoir foi dans ll | | (N notre indestructibilité. Nous avons donné la preuve au monde [A LUE: entier que nous ne sommes pas plus menacés de destruction pa "A | que le roc des Laurentides lui-même dont notre race s’est fait ri [ll | un rempart inexpugnable. de | (LA « Oui, nous allons tous nous éloigner de la ville des Cham- : di | | je plain, des Frontenac et des Laval, l'âme remplie de nouvelles to HUE espérances, de nouvelles consolations, le cœur plein d'un | | Ï nouveau courage ; nous allons tous reprendre le chemin de él | |] nos foyers, sous quelques cieux que le sort nous ait jetés, avec {o Ut la douce conviction que, si jamais un danger sérieux menaçait | [ll | Ja nationalité, nous n’aurons plus, comme ce général romain, po DA qu’à frapper la terre pour en faire sortir des légions qui ac- fre "fi il coureront de tous les points de l'horizon pour se rallier autour gl | | du drapeau commun. » be Hu a D | ! | Voici le discours de M. Pamphile Lemay, sur la littérature fe |) À k canadienne-française et sa mission : | le a ji 4 | | | | MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MESDAMES ET MESSIEURS, pli fl | «Une voix solennelle, la voix du patriolisme, s'est élevée jh nous conviant tous, au nom de Jean-Baptiste notresaint Patron, A dans la vieille et glorieuse cité de Champlain. Et voilà que MAI de partout du nord et du midi, de l'orient et du couchant, AU vous êtes accourus, Ô mes compatriotes bien-aimés. Et main- ba | 1e tenant le peuple Canadien-Français se recueille. s’est arrêté un LR un moment dans sa marche et s’est interrogé, car il veut savoir pa AL où il va, ce qu’il a fait, ce qu’il veut faire encore. pe Qi LE « Spectacle merveilleux que seul pouvait donner un peuple a( LT non moins merveilleux par ses vertus, son accroissement et sa ve qui foi! Dans les temps anciens, le peuple d'Israël dont les des- ple Ut tinées étaient si grandes se réunissait ainsi à la voix de son po NE chef inspiré ; serions-nous donc le nouveau peuple de Dieu {a des temps à venir ? bi «Une vaine curiosité ne nous a pas seule attirés en ces co lieux ; une force mystérieuse nous y a poussés ; el Ja Providence, au jour marqué, versera sa lumière sur les causes un | secrètes de cet étrange événement. Dieu doni les desseins so | | sont admirables a réveillé l'amour de la patrie dans nos cœurs ; ell l | (ii | | i| |
et nos frères exilés ont tourné leurs regards vers le ciel nata!. ls se sont levés ; ils sont partis entonnant le chant de la délivrance. Soyez les bienvenus, Ô vous qui m'entendez, compatrioies que la destinée rappellera bientôt, hélas! sur des rivages étrangers, soyez les bienvenus : car tant que l’amour de la patrie reste dans le cœur d’un peuple, ce peuple, fut-il dispersé sur la face de la terre comme le Juif maudit, il vit toujours.
« Mais n’essayons point de redire ce que des bouches plus éloquentes que la nôtre ont admirablement proclamé. Apportons plutôt à l'édifice qui s'élève aujourd’hui l'humble pierre qui nous est demandée, Des hommes versés dans la science politique ont revendiqué les droits du peuple canadienfrançais ; des philosophes chrétiens ont prédit ses destinées glorieuses ; des savants ont vanté la sagesse de ses lois et la beauté de sa langue. D’autres viendront saluer le réveil de nos industries, mesurer l'étendue et la profondeur de nos forêts, louer la richesse et la fécondité de notre sol, pour moi, ignorant lant de choses utiles, égaré depuis mon enfance dans le domaine ingrat des lettres, je ne puis faire qu’une humble aqune de notre littérature et de la mission qu’elle doit remplir.
« Quand un peuple sort des ténèbres de l'ignorance et de la barbarie pour entrer dans la lumière de la civilisation, il garde un caractère spécial et des traits distinctifs ; il y a des goûts particuliers ; il voit à un point de vue qui lui est propre ; il pense el juge différemment des autres peuples ; son langage a des formes neuves ; sa poésie s'inspire à des sources nouvelles : et sa rhélorique revêt des ornements étranges qui plaisent souvent autant qu'ils surprennent. L’attention se porte vers ce peuple : sa littérature devient une chose importante, et on l'étudie avec curiosité. Et elle, sous le souffle bienfaisant qui l'anime, elle croît, grandit, monte et brille comme un soleil sur la terre où elle est née.
« Mais quand une nation se forme d’une autre nation, comme un rameau que l’on détache du tronc pour le planter dans un sol étranger, elle n'offre d’abord guère d’aspects intéressants ; elle n’a rien de neuf. La langue qu'elle parle est connue
récits ou enthousiasmés par leur ardeur poétique.
éton
NE LE | | | {lil ll | | 376 FÊTE NATIONALE | TILL [il (ll depuis des siècles ; et sa littérature, son industrie, sa science UN et ses beaux-arts ne sont qu’un rayon des beaux-arts de Ja de | ll science, de l’industrie et de la littérature d’un grand peuple. no | « Ce peuple colon, car c'est bien là le nom de ce rameau co fl 1] détaché de l'arbre, ses œuvres, fussent-elles marquées au coin ILE du génie, ne semblent jamais extraordinaires, et ne sauraient jot | | | | s'étendre au delà d'une sphère humble et circonscrite. ll. | « Le monde préjugé ne veut pas que l’on produise de l'é Il || grandes choses lorsque l’on est petit. et | {| l « De quel droit une nation de 500,000 âmes aurait-elle du Lu talent ou du génie tout comme une nation de 30 millions ? pli (Il (h On sourit de pitié au récit de ses gloires ; on écoute avec ho fin impatience ses appels à la justice ; on passe en branlant la de: jL LL tête devant les statues de ses grands citoyens. Le droit du le Il | plus fort brille ici dans tout son infernal éclat ; grandis, petit d'i an peuple, et quand lu seras assez fort pour élever autel contre cal Il (| autel, où plutôt, pour braquer canon contre canon, alors, en br Vi même temps que tes soldats inspireront la lerreur ou le bei Li] respect, tes écrivains, tes artistes, Les savants recueilleront les DL l'estime et l'admiration ! du fl 11] . CNous sommes un peup'e de colons, et voilà pourquoi pee ni j'appuie sur la condition désavantageuse, au point de vue des Par [il lettres surtout, des peuples qui commencent comme nous. fi tou ME « Nous parlons une belle langue, mais elle est même parlée ç jl | par des millions de nos frères ; nous écrivons des livres, chr LL mais le monde est inondé de livres écrits dans notre idiôme. VIC( LE | « Nous sommes enveloppés par des races étrangères, mais bril NU ces races haïssent une grande nation qui porte à un dégré Mon | éminent les traits qui nous distinguent. mo« cl « Pourtant nous avons au milieu de nous des hommes qui le p | brilleraient sur une scène plus vaste, et plus d’une renommée po | qui devrait s'élever jusqu'aux cieux, s'éteint dans la froide pl l atmosphère où elle s'agite vainement. Nous sommes relégués HULL | dans l'ombre, et jusqu'au jour où nos vallées profond s el nos CIRE l 1 plaines magnifiques seront peuplées d’une foule intelligente, PER: QUE jusqu'au jour où nous serons devenus un grand peuple, nous nt | {| devons courber le front et attendre dans la résignation. ele. D « Mais si l'on nous ignore à l'étranger, il ne nous est pas da ut permis, à nous, de méconnaître nos gloires et de perdre le es jf souvenir de ceux qui nous ont instruits et charmés par leurs qu'i | ; |
« Historiens et poëtes, biographes, et romanciers, écrivains de tout genre dont les noms sont inscrits en lettres d’or dans nos humbles annales, venez recevoir les hommages de vos compatriotes !
« Notre peuple est petit mais il se réunit tout entier en ce jour pour vous acclamer !
«Nos premières pages ont été écrites avec la pointe de l'épée et le sang des martyrs. C’est la littérature des héros ; et peu de peuples en ont une comparable à la nôtre.
« Après les soldats de l’épée sont venus les soldats de la plume ; car il fallut se défendre contre les injustices des hommes civilisés comme on s'était défendu contre la férocité des hordes sauvages ; el nos premiers écrivains n’eurent pas le temps, de s’adonner à la vie contemplative : les œuvres d'imagination doivent attendre, pour naître, une époque plus calme. C’est dans la presse, dans les feuilles éphémères, les brochures fugitives que notre littérature eut son berceau, berceau tristement agité par la politique, et qui n’entendit pas les doux chants de la paix, mais les plaintes et les invectives du persécuté, On retrouve alors des pages sublimes inspirées par l'attachement à la religion et à la patrie, et les noms de Papineau, Bédard, Bourdages, Blanchet et Plessis planeront toujours sur cette époque lointaine.
« Déjà un poète aimable, doué d’un esprit philosophique chrétien, Bibeaud, ridiculisait, dans des satyres piquantes, les vices de son temps ; et des jeunes gens dont les noms devaient briller dans la politique plutôt que dans les lettres, Viger, Morin, Mondelet, prenaient de temps en temps Ja lyre pour moduler de doux refrains, C'était le prélude. L'oiseau qui le premier chante le réveil du matin dans la forêt, jette une note isolée que l'écho seul redit au loin. Ainsi la voix de nos premiers bardes parut se perdre dans la solitude. La forèt s'anime peu à peu, cependant, les oiseaux répondent aux oiseaux, les feuilles tressaillent, et la mélodie srmble s’é: happer de chaque arbre, de chaque rameau. D'autres écrits suivirent les premiers, et depuis un demi-siècle, le concert a élé grandissant toujours. Bédard chante le sol natal dans des couplets que l’on n'a pas oubliés. Garneau, comme bien d’autres depuis, consacre à la France toujours aimée ses premiers vers, et glane dans le champ des muses, en attendant qu'il nous raconte dans des pages précieuses nolre courte mais étonnante histoire.
« La magnificence de notre fleuve, la fécondité de nos carnpagnes, la profondeur de nos forêts, la limpidité de natre ciel inspirent à plusieurs de gracieux sentiments, et la tourmente de 1837, que les hommes de la politique regardent venir avec inquiétude, ne saurait empêcher Petitclair, Barthe et Derome, de rêver lendresse et félicité. Mais en même temps des strophes ardentes volent de toute part, pendant que leurs auteurs demeurent inconnus. Garneau, Turcotte et Angers, protestent à la face du ciel, cependant, el avec un accent inspiré, contre la tyrannie de nos maîtres. Cartier s’écrie alors : «O Canada, mon pays, mes amours ! ».... ft c’est à ce cri de saint enthousiasme, peut-être, qu'il doit sa glorieuse carrière. Il rêvait déjà de reculer jusqu'aux deux Océans les bornes de son pays.
« Pendant que les stances agréables de la poésie primitive étaient chantées sous nos cieux éclatants, on lisait, au coin du feu, les essais de nos prosateurs : légendes simples, nouvelles timides que nos goûls modestes accueillaient avec plaisir.
« Les tristes événements de 1837 n’'arrêtèrent point l'essor de notre jeune littérature. On veut s'armer du glaive et de la plume. Les mêmes poètes chantent encore, les mêmes prosateurs reprennent leurs récits, mais le nombre s'accroît, Et Lévesque, Lenoir et Soulard se font remarquer par leur goût pour la poésie. Parmi toutes ces voix, l’une s'élève plus hardie et plus belle que les autres, c’est la voix d'un poète de 18 ans qui justifie l'insurrection. Elle n'a cessé de retentir au milieu de nous depuis un demi siècle bientôt, cette voix noble et harmonieuse. Hier encore, vous l'avez acclamée par vos applaudissements.
« Cependant la politique semble absorber de plus en plus les esprits ; l'enthousiasme poétique se calme. Il y a un moment de repos dans notre marche.
« Le souffle de l'inspiration passe sur un peuple pour se relirer ensuite, puis revenir encore ; comme ces brises mystérieuses qui soulèvent et inelinent tour à tour les flots de blonds épis. Toutefois, si les œuvres se font plus rares, elles deviennent plus importantes. Parent sème dans les Journaux et les revues ses pensées profondes et ses réflexions philosophiques. Un poète écolier, Gérin-Lajoie, ose aborder le théâtre et nouer une intrigue avec des alexandrins ; les nou-
velles naïves ou légères, comme la Terre Paternelle de La-
combe, ou Les Brigands du Cap-Rouge, de l’Ecuver, font place à un roman sérieux et bien agencé, le Charles Guérin, de Chauveau.
« Mais ce n’est que depuis quelques années que nous entrons hardiment dans la carrière des lettres, et nous y entrons en foule. 11 y a vingt ans, l'écrivain qui publiait un volume avait droit au repos ; il s'endormait sur ses lauriers et nul ne troublait—par une crilique méchante—ses rèves d'or. Aujourd'hui, je ne sais quelle flamme s’est allumée dans nos esprits, quel souffle a passé sur nos fronts, quel besoin de s'épancher ont éprouvé nos cœurs, que nous voilà tout à coup transformés en un peuple d'écrivains. Nous nous sommes épanouis depuis vingt ans, comme ces plantes vivaces que le soleil inonde et que la rosée désalière. Les œuvres liltéraires éclosent comme les papillons dans les chaudes effluves du printemps. L'histoire a ses peintres fidèles, la chronique, ses raconteurs charmants, le journalisme, ses athlètes infatigables ; la biographie a ses portraitistes habiles, la critique, ses juges trop souvent implacables ; le roman a ses inventeurs heureux et la poésie, ses amants passionnés.
« Nul pays ne possède une histoire aussi pure que la nôtre dans ses origines, aussi vraie dans ses affirmations, aussi noble dans ses enseignements, et c'est à vous, Bibaud, Viger, Garneau, Ferland, Laverdière.…. et c’est à toi, Turcotte, à loi qui fus mon compagnon de travail et min ami, que nous devons de la connaître si bien! Soyez bénis dans le tombeau où vous dormez, car votre œuvre est bonne et elle ne périra point !
« J'éprouve de l'embarras ; ma langue hésite, quand mon cœur me demande de parler. Je voudrais jeter dans cetle illustre assemblée, comme autant de notes éclatantes, les noms de ces vaillants champions des lettres canadiennes françaises, qui travaillent et luttent sans relâche, depuis un quart de siècle bientôt, affermissant les bases de notre littérature, et assurant à notre époque une renommée digne d'envie ! J'ai peur de blesser trop de modestie ou d'oublier trop de talents. Mais puis-je ne pas nommer de Gaspé, de Boucherville, Chauveau, Taché et l'asgrain ? Puis-je taire les noms de Buies, de Fabre et de Da. ! ? de Routhier, de Faucher et de Marmette ? Puis-je oublier Sulte, Bégin, Lareau, Tassé, Bourassa ? Et Legendre et Dick et LeMoine ? Qui n’a fait ses
| délices de la lecture desc Anciens Canadiens vet des « Mémoires » de M. de Gaspé ? Une de perdue et deux de trouvées de de Boucherville ? Qui n’a pas admiré les chroniques de Carl Tom, 1 hélas ! trop tôt parti! De Fabre, cet écho charmant de la | France spiriluelle et gaie ? de Buies qui rend à la vérité une |
| | | | | plume habile trop longtemps égarée ? Comment ne pas signaler il les biographies de David et celles de Tassé ? Lesunes évoquant (1 les héros de la révolution, les autres, les héros de la colonisa- (it tion et de la paix, ‘Comment oublier les éludes variées de Casgrain, de Sulte et Taché, les fines observations de Faucher, et les romans historiques de Marmette ?
LA « Que je me garde d'oublier la pha'ange des poëtes qui LA s’avance radieuse ! c’est Achille Fréchelle, c’est Poisson, c'est | il Beauchemin ! Et puis Chapman, Caron, kvanturel, et | Prad'homme ! Voici Legendre, Sulte, Routier! Voici Fréchette, Chauveau, Fiset ! Voilà Crémazie ! Les uns comme , Achille Fréchette, Beauchemin et Poisson, émaillent nosrevues AU de perles charmantes ; d'autres, comme Evanturel, battent dev en brèche les règles de l'antique prosodie, et laissent leurs vers courir selon leur caprice. Prudhomme néglige, dans un il repos {rop doux, une inspiration heureuse. Legendre aime les 1] choses gracieuses et fraîches, Routhier s'efforce de bien penser, M 1 Chauveau de raconter avec esprit, Sulte déborde de gaîté | EAN gauloise, Fréchette dédaigne l'arôme des prairies et le murmure | | des ruisseaux pour s'accrocher à la cime du rocher ou se SiO | | baigner dans les flots de soleil, Crémazie chante nos gloires sel | MEME nationales dans des vers éclalants comme le clairon des ell | | batailles. pr
«Comment tarder plus longtemps de {e convier à nos assises nationales, à grand poète ! un destin fatal t’enchaîna do sur des bords étrangers, mais la mort l'a rendu la liberté, Ton bi esprit peut venir au milieu de nous, et se mêler à nos patriotiques réjouissances. che « Le drapeau de Carillon que tu as immortalisé une seconde mi fois, porta, dans ses plis glorieux, lon nom qui ne périra point; qu Li et nos plaines illustres ehanteront longtemps tes hymmes Jet magnifiques.
« Comment, en effet, ne pas proclamer tous ces noms et Jar | toutes ces œuvres qui feraient les délices d'une époque moins on +1] injuste où moins préjugée que la nôtre ? Me | « Et voilà ce qu'est notre jeune littérature : un arbre sorti la | |
d'une graine féconde, qui pousse lentement mais profondément ses racines dans le sol, qui élève ses rameaux vers le ciel, et se couvre peu à peu de fleurs et de fruits, pour la gloire de Ja nalure et le bien de l'homme.
« La littérature est une arme dans la main de quelques so!dats privilég'és, et ces soldats doivent combattre ; elle est un flambeau, et ce flambeau doit éclairer ; mais trop souvent l'arme devient un fouet, et le flambeau dégage une fumée qui obseureit la lumière.
«Elle peut el doit être la plus haute expression de la civilisation et du progrès, car elle est une œuvre toute de l'intelligence. Cependant, comme la vapeur légère qui monte du sol tiédi par le soleil, s'élève dans les airs et retombe en pluie bie: faisante ou en torrent dévastateur, elle retombe sur les intelligences pour les féconder ou y porter le désordre.
« La littérature réflète les qualités et les défauts d'une société, car elle a ses sources dans les passions qu'elle développe étrangement et qu’elle guide presque toujours. De là des devoirs impérieux pour l'écrivain et des précautions sages pour le lecteur.
«Nous n'avons tous cependant qu'une seule et unique mission à remplir, mais nous devons employer des moyens divers selon le lieu où la Providence nous à mis et les facultés dont elle nous a doués. Or cette mission c'est le progrès ; et le progrès c’est la marche de l'humanité vers Dieu.
« La mission de notre littérature canadienne-française n’est done pas une mission nouvelle ; non, mais elle est une mission bien oubliée partout.
«Te, ce qui purifie le cœur éclaire l'esprit, élève la pensée, rend l’homme plus parfait et le rapproche de son Créateur ; mais l’homme peut fermer les yeux pour ne pas voir la lumière qui l’éblouit ; il peut toujours, dans son orgueil et sa liberté, jeter à la face de son maître le non serviam de l'ange maudit,
« Et ce cri de sédition retentit de nos jours plus haut que jamais parceque bien des écrivains ont oublié leur mission. Ils ont flatié les passions mauvaises au lieu de les flageller ; ils ont exeusé le vice quand ils ne l'ont pas glorifié, il ont négligé la vertu quand ils ne l'ont pas ridiculisée.
« Nous devons donc par nos écrits, inspirer l'amour du travail, le respect des lois, ie culte des beaux arts ; un peuple qui travaille est un peuple chaste et fort, et un peuplé chaste et fort résiste aux persécutions, grandit vite, et se prépare un bien être durable ; un peuple qui respecte les lois n'est point la victime des perturbations sociales et il jouit de Ja paix, le plus grand des biens.
«Un peuple qui aime et cultive les beaux-arts devient en quelque sorte le maître des autres peuples, car il ne saurait perdre, dans les catastrophes qui peuvent l’atteindre ses connaissances et son gfnie. Ses vainqueurs mêmes s’inclinent devant son prestige, et lui demandent le secret des merveilles qu'il opère.
« Nous ne sommes qu’une poignée de français jelés dans les vastes contrées de l'Amérique, et notre langue n’a plus la délicatesse et les beautés de celie de nos frères. Le devoir de nos écrivains est aussi de bien apprendre cette langue superbe que trop d'hommes négligent imprudemment, afin de l'écrire dans sa pureté, et de la transmettre dans son inlégrité.
« Les lieux, les temps et les circonstances lui apporteront sans doute certaines modifications ; mais le discernement et le goût de nos auteurs peuvent faire que ces modifications deviennent des charmes pour l'oreille et des richesses pour la pensée.
«Chez les infidèles, la littérature ne peut propager que la loi naturelle et les vertus humaines ; chez les chrétiens elle doit proclamer la loi divine et le triomphe de l'âme.
« Elle a pour mission de prévenir ainsi la décadence des grands peuples et de favoriser l'agrandissement des jeunes nations. Souvent elle suit les pas de ceux qu'elle devrait précéder, el caresse les caprices d’une époque. Que la nôtre ne subisse point un joug qu’elle doit imposer et qu'elle n’abdique point sa royauté pour se faire servante. Que le désir de plaire ne séduise pas l'écrivain et que l’auteur sache préférer les louanges des esprits éclairés aux applaudissements de la foule ignorante, Notre littérature, alors, n'en sera pas moins le peinture vraie de nos mœurs et de notre histoire intime.
« En effet on finira par croire ce qui sera enseigné de toute part, par aimer ce que tous les livres déclaréront aimable, el par pratiquer ce qui sera reconnu comme l’essence du bien.
D EP NE A EE EE RE er ER
« Dieu appelle à lui tous les hommes, mais les uns plus que les autres. Il appelle aussi toutes les nations, mais il a des bontés infinies pour quelques-unes ; et celles-ci, il les comble de bienfaits. Telle fut la nation juive ; telle est, dans notre ère, la nation française : tel sera dans l'avenir, —ses origines sacrées et le sang de ses martyrs en sont un gage,—le peuple canadien-français.
«Ecrivains qui m’entendez, comprenez donc votre tâche et ayez le courage de remplir votre devoir. L'avenir de votre pays dépend de vous. Il sera ce que vous le ferez: il deviendra ce que vous êtes. Vous n'avez pas à retirer un peuple des ténèbres, vous n'avez qu’à l’encourager dans la voie où il marche, sous l'égide de la foi. Votre mission est facile, parce que vous êles en communion avec la vérité. Vos paroles sont des semences prod'gieuses qui se répandent partout et se multiplient à l'infini. Vous êtes la force qui détruit ou édifie. Parlez de Dieu avec respect, et le peuple qui vous lit respeclera Dieu ; ne rougissez pas d'affirmer vos pieuses croyances, et la foule croira jusqu'au martyre ; enseignez la pureté du cœur, et la chasteté embaumera vos pages.
«On subit nécessairement l'influence du milieu où l'on vit, et de notre temps l’on vit surtout au milieu des livres. Les livres, voilà les amis de tous, les compagnons inséparables de chacun, de l'enfance jusqu'à la vieillesse. S'ils sont bons, la société est sauvée ; s’ils sont mauvais elle est perdue pour Dieu. Mais qu'ai-je à cramndre ? un suuffle admirable de foi s’exhale des pages que vous avez écrites, le venin de l'envie n’empoisonne pas vos pensées, la pureté triomphe, et la chasteté jette un voile gracieux sur vos œuvres, Comment alors la nation qui vous lit, et se forme d’après les modèles que vous lui offrez dans vos récits ingénieux, ne serait-elle pas une nation admirable ? Et comment une telle nation pourrait-elle se diviser contre elle-même, se laisser frustrer de ses droits et souffrir jamais l’ignominie d’un joug odieux ?.....Comment une telle nation pourrait-elle ne pas aimer le sol qui est son berceau, les institutions où elle s’instruit, le temple où elle prie, et la religion sainte qui lui ouvre les portes de l’immortalité ? »
Monsieur le président dit qu'il ne sa trop remercier M. LeMay pour son beau travail.
«J'ai, cependant, ajoute-t-il, deux reproches très-graves à lui faire : c’est d’avoir été beaucoup trop bienveillant à mon égard, et très-injuste à l'égard d’un écrivain canadien des plus distingués. J+ pense que nos amis les Acadiens qui sont ici lui pardonneront ditficilement de n'avoir rien dit de l’excellente traduction en vers que l’on a faite de J’Zï:ngéline de Longfellow, traduction dont l’auteur est cependant bien connu de M. LeMay. S', après avoir lu cette traduction, on se plaignait de notre pauvreté littéraire, ce ne serait certainement pas la plainte du «mauvais pauvre», mais bien la plainte du «mauvais riche». Du resle, on sera d'autant plus porté à en vouluir à M. LeMay, q 1e l’auteur qu’il a ainsi oublié a écrit un poëme intitulé : Les Vengeances, et que tous nous nous sentons disposés à le venger de cet injuste oubli. Enfin, je ne vois pas d'autre moyen pour M. LeMay d'obtenir son pardon que de faire un Pélérinage à la bonne Sainte-Anne.» (1)
Proposé par l’hon. H. G. Mailhot, secondé par M. J. E. Martineau :
Résolu: Qu'une adresse soit présentée à Son Excellence le Gouverneur-Général pour témoigner de notre gratitude pour la chaleureuse sympathie qu'il a muntrée aux Canadiens réunis à Québec.
Proposé par M. S LeSage, président-adjoint de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, secondé par l'hon. P. A. Landry, ministre des Travaux Publics, Nouveau-Brunswick :
Résolu : Que les délégués acadiens et canadiens-français du Canada et des Etats-Unis, réunis en Convention Nationale, sont unanimes à déclarer que les Acadiens et les Canadiens Français doivent profiter de celte circonstance solennelle, pour sceller un pacte d'alliance fraternelle indestructible, entre ces deux
rameaux si vivaces qui représentent le génie de la France en Amérique.
Proposé par l'hon. P. A. Landry, secondé par le Rév. Père Bourgeois :
(1) Les mots en italiques sont les titres d'ouvrages de M. LeMay.—C,
Résolu: Que cette Convention Nationale offre ses plus sincères remerciements à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec, pour la généreuse hospitalité qu'il a bien voulu offrir aux représentants acadiens el canadiensfrançais réunis à Québec le 25 juin 1880.
Que cette Convention remercie Monseigneur l’Archevèque de Québec et nos Seigneurs les Evèques et le clergé pour le bienveillant patronage et l'appui qu'ils lui ont accordé.
Proposé par M. Rhéaume, secondé par M. Jules Tessier :
Que la Convention Nationale réunie à Québec présente ses plus sincères remerciements à M. le Recteur et à MM. les Directeurs de l’Université Laval pour l’empressement et la bienveillance avec lesquels ils ont bien voulu mettre les salles de l’Université à l'usage de la Convention, el pour toutes les attentions délicates qu'ils ont prodiguées à ceux qui en forment partie ;
Que cette Convention forme les vœux les plus sincères et les plus ardents pour que cette glorieuse Université Laval continue à grandir et à prospérer pour l'avantage de la nationalité canadienne-française en Amérique.
Proposé par l'honorable M. Trudel, secondé par l'honorable M. Laurier :
Qu'il soit nommé un comité chargé de mettre à exécution les plans, projets et résolutions de cette Convention ;
Que ce comité soit composé du président ; des viceprésidents ; des secrétaires ; des présidents des différentes Commissions ; des rapporteurs des différentes Commissions ; du moteur et du secondeur ;
Que ce comité soit chargé de faire continuer les travaux commencés dans les Commissions, de publier tous les rapports, discours, etc., ainsi qu’un compte-rendu des procédés de cette Convention, et que les pouvoirs de ce comité soient continués jusqu’à la tenue d’une prochaine Convention que ce comité est, par : *s présentes, chargé d'organiser.
Monsieur le Président-général résume les délibérations de la Convention et félicite les membres présents sur le succès qui a couronné les efforts des différeniés Commissions.
| « J'ose espérer, dit-il, que toute mauvaise impression qui aurait pu résulter des oublis ou des malentendus inévitables dans une aussi grande entreprise, disparaîtra, el que ceux qui auraient ainsi à se plaindre voudront bien réfléchir à la tâche | immense que s'étaient imposée les organisateurs de la Conven« | tion, et au peu de temps qu'ils ont. eu pour s’en acquitter. || Leur zèle et leur bonne volonté ne sauraient être mis en doute, -non plus que le succès de la démonstration. Elle ne sera pas, il faut l’espérer, la dernière de ce genre ; et les malentendus ou les erreurs qui ont pu avoir lieu serviront de leçon pour | | une aulre occasion.
| «On vient, ajoute-t-il, de me signaler une lacune regrettable ; " mais je m’empresse de la réparer. On a donné de justes (LE 13 éloges au collège de Memramcook et au zèle de ses fondateurs. On a oublié de dire que dans une autre partie du territoire acadien, une autre institution du même genre, fondée avec aulant de difficultés et rendant d'aussi grands services, a donné lieu à un grand dévouement ; et que M. Richard, le | fondateur du collège de St. Louis, a souffert héroïquement | pour la cause de l’enseignement.
il, | « Ce n’est sans doute point la seule omission que l’on a droit | de regretter ; mais on doit comprendre que dans une circons- | tance comme celle-ci, on ne saurait être très-complet en toutes choses et que l'insuffisance n’est pas toujours de l'injustice, malgré qu'elle puisse y ressembler. »
(y Pl Après ce discours, monsieur le Président propose des accla-
! | malions à l'Angleterre, au Souverain-Ponlife, à la France, fi ja L'assemblée entière se lève et pousse des vivats chaleureux, ni 1 | au milieu d’un enthousiasme indescriptible.
2 s ‘ ZA P, | Le silence rétabli, monsieur le Président annonce la clôture ta fi de la Convention de Québec. Il est cinq heures du soir. ul in | | H.-J.-J.-B. Caouinann, ÿ | Secrétaire-Général ad
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