I1.—DÉFAUTS DU SYSTÈME ACTUEL
9° Comme on a coutume de le faire pour le choix des officiers publics et la nomination aux petits emplois, on a mis la colonisalion entre les mains des hommes politiques : et de là des abus incroyables, et bien capables d'inspirer le dégoût de ce système. Des hommes incompétents et très-souvent malhonnêtes ont été chargés de diriger les travaux. Ils ont tout déterminé par des considérations politiques ; ouverture des routes, travaux sur cours d'eaux, choix des conducteurs ou agents : les deux partis sont là pour l'avouer. Et cependant
(1) Courrier d:, Canada du 4 octobre 1878,
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il faut un certain courage, non-seulement pour dénoncer ce système dangereux, mais surtout pour entreprendre de le remplacer.
10° Quand il s'agissait d'allocations et de répartition des deniers publics, on s'occupait souvent d’abord de tous les autres services, el, quand il y en avait de reste, on en donnait une parcelle pour est objet, se réservant bien de ne pas laisser sortir un seul dem." qui ne rapportât un avantage politique ou ne favorisât une influence précieuse. Invariablement on répondait à ceux qui faisaient valoir l'urgence actuelle de certains travaux : « C’est bon, si votre député le veut bien, mais vous n’obliendrez rien sans sa recommandation. »
11° Lorsqu'il s’est produit des réclamations contre la manière de procéder ou la saison dans laquelle se faisaient des travaux, on a toujours fait la sourde oreille, lorsqu'un partisan politique était compromis. Sous prétexte de politique, on établissait dans nos campagnes des espèces de petits pachas, par les mains desquels tout devait passer et qui exerçaient une véritable tyrannie. La liberté du vote était même affectée, parce que bien des gens faibles n'osent souvent contredire celui dont l'influence croît avec les années et le nombre de créatures placées.
12° Pour la construction des ponts et chaussées, pour l'ouverture des routes, on a été loin de suivre les règles prescrites par l’art. Généralement l'ouvrage était si mal dirigé qu'il fallait en recommencer une bonne partie, au bout de deux ou trois ans. Les chemins des nouveaux établissements sont presque toujours horribles, et les colons se découragent, en voyant leurs voitures brisées, les animaux de trait estropiés el un temps énorme requis pour parcourir de cou:tes dislances.
13° On exige des colons l'intérét sur le prix de leurs lots, et on ne leur permet pas même, lorsqu'ils ont un permis, de se servir du bois de construction ; tandis que les étrangers n'éprouvent aucune telle restriction, et qu'on a soin, au contraire, de leur construire une habitation provisoire et de leur fournir les premières ressources.
14 On a laissé des sociétés de colonisation se former, mais on a paralysé leurs mouvements et leur efficacité, par toutes sortes de conditions mesquines. Si on leur a permis de se charger de distribuer des lots de terres aux colons, on
les a astreintes à toutes sortes de formalités, qui ne font que compliquer le rouage.
15° Dans bien des cas, certains officiers ont traité les sociétés de colonisation comme si elles devaient aller chercher dans leurs bureaux des connaissances pratiques sur l’établissement des terres, tandis que l'on aurait dù se renseigner auprès de ces sociétés et suivre l'impulsion venant de personnes établies au milieu des cultivateurs.