‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 14 sur 228 · quelle joie que tu n’aies pas de femme · texte numérisé non relu

quelle joie que tu n’aies pas de femme

IL. — Pré. [RH EX. EAU. MAKKHEZÉAXMEA EU F5 AS À: Le carambolier (exprime) le chagrin qu’inspire la débauche. Les gens du pays souffraient de ce que leur prince était débauché; ils pensaient avec envie aux êtres privés de sentiments et de désirs.

1 et 2. Mao : É comparaison. #4 ff. Æ MH : grâce douce ; souplesse, docilité (ces deux derniers termes désignent les vertus caractéristiques de la femme ; ils peuvent désigner le sexe féminin. Cf. Couv., Dict:,v° Æ.)

Pour Tcheng, le carambolier, qui pousse tout droit et donne en grandissant des rameaux flexibles, symbolise un homme qui, jeune, a de la rectitude et de la simplicité de cœur, dt Le et qui, avec l’âge, n'aura point de désirs (pervers) f# #4 (mais des désirs conformes |A aux règles).

3. IR IR wou wou (aux. desc.) peint la vigueur élégante HAS OS de

4. Tcheng Æf connaissance PE 4, — moitié, compagnon. Selon Tcheng on s'afflige des désirs pervers du prince, aussi (par opposition) félicitet-on, sous l'emblème du carambolier, un homme qui, au temps de sa jeune

vigueur, n'a pas le désir d'une femme € # 22 Z<. EX he À ED IR DE 22 Fe 2 AE de PC 2 | 8. 'cheng À ZX. 55 ME KR 4 Æ ZX 22 JE. N'avoir pas de mari veut

dire r’avoir pas d'inclination aux rapports conjugaux (sexuels). Tchou Hi donne à Æf connaissance le sens de sentiment : les hommes envient les végétaux qui n’ont pas de connaissance et partant n’éprou-

vent point de douleur À£ À 22 HE Æn If AE 2 HL.

Ed. des Ts'ing. Æn y est pris aussi dans le sens de sentiment. « On dit d'ordinaire qu'il est pénible de ne pas être marié. On n’entend jamais faire un sujet de félicitation du fait de n'être pas marié. Le peuple (du pays) du carambolier félicitait les gens non mariés : c'est là le point ex-

trème de labaitement. » | JR # € X 6 À À. À HUM E R AL. REZ ER. MAX X. MZ E 2.

Le sens de Tchou Hi et des Ts'ing semble se rapprocher de celui qu’'indique la préface. Celle-ci étant peu claire, Tcheng, pour donner à #Æ} son vrai sens, sans contredire la préface, a imaginé une allégorie assez différente : selon lui, on propose au prince une conduite dont le carambolier fournit l'emblème.

Variantes d'écriture sans intérêt aux deux premiers caractères du vers 2.

Chanson d'accordailles. Thèmes de l'essor de la végétation et de la rencontre dans les vallons.

La composition de cette chanson ressemble étrangement à celle du Beau pêcher: on y décrit de même un arbre de belle venue, et il semble bien qu’on y parle de mariage ; dans un couplet fleurs rime avec mari ; dans un autre, fruits rime avec femme ; serait-ce qu'au couplet restant le mot qui termine le quatrième vers désigne aussi, de façon plus vague, le couple conjugal, ou, de façon plus neutre, l'époux, le conjoint ? Si on l'entend ainsi on peut se passer de symbolisme pour comprendre la chanson ; il n’y est point question du méchant duc de Koueï : c’est une chanson d’accordailles. Dans un couplet la fille chante sa joie de voir que le jeune homme de son choix n’est engagé à aucune autre ; le jeune homme en dit autant de son côté; mais tous deux peuvent chanter le premier couplet et, sans doute, ils le chantent ensemble : « Quelle joie que tu n'aies pas de connaissance ! »

Je ne voudrais pas qu'on m’accusât de faire, pour traduire le chinois, de mauvais jeux de mots en français ; si l’on traduit mal, au moins faut-il rester grave, et c’est, chez nous, d’un style médiocre, que d’appeler son amie ou son ami « sa connaissance ». Dans le chinois, toujours si noble, en traduction, pourrait-il en être eabuit ?

Or il suffit d'ouvrir le dictionnaire du P. CoUveues pour apprendre que Æy savoir, sentiment, connaissance, à fréquemment le sens d’amni, et dans les textes les plus graves. Et cela n’a rien de surprenant. Mais ce n’est point assez: ce sens d'ami, l’a-t-il précisément dans notre chanson ? Est-ce moi, enfin, qui fais un jeu de mots et un contresens, ou les commentateurs symbolistes ?

Mao Tch'ang ne met point de note sous le mot, mais la préface est formelle : « Le peuple porte envie aux êtres privés de sentiments et de désirs. » La préface nous vient de Tseu Hia, disciple de Confucius : j’ai donc tort. Pourtant, voyons la glose! de Tcheng K’ang-tch'eng: « Connaissance veut dire moitié, compagnon Æn DE 4.» Tcheng me donnerait-il raison? Non pas : ce serait ruiner l’interprétation morale. Il ajoute donc: « On se réjouit qu’il n'ait pas... » — Vous attendez : de moitié, de connaissance ? Car il n’y a pas autre chose dans le texte... Mais ce n’est pas ce que dit Tcheng ; il dit: « On se réjouit qu’il n'ait pas le nésir de prendre une moitié, une femme.» C'est-à-dire qu’on le félicite (le carambolier, je suppose) de ne pas être assez imprudent pour aller se charger d’une femme sous un pareil gouvernement. Et voilà comme, pour se conformer à la préface, il est sans désirs. Ainsi tout s’arrange : les mots ont leurs sens et il ne faut pas les méconnaître; la morale a ses droits et il faut les respecter; Æ#n connaissance signifie bien ami et non sentiment et je n'avais point tort; mais, tout de même, /e Carambolier est une satire contre les mauvais bergers, et Tseu Hia,

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