‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 15 sur 228 · Il · texte numérisé non relu

Il

disciple de Confucius, avait bien raison. Tcheng K’angtch'eng! a suffisamment d’ingéniosité pour se permettre d'éviter un lourd contresens sans détruire la valeur pédagogique du poème; en sollicitant doucement le texte, il met d'accord sa conscience de philologue et ses sorupules de moraliste orthodoxe.

Du même coup, il nous révèle un fait de la plus haute importance pour une étude méthodique du Che king : la philologie des commentateurs est, dans le détail, ërdépendante de leur morale. C'est une chose de montrer, dans une préface, les services que la chanson peut rendre aux bonnes mœurs ; c'en est une autre de lire le texte avec précision. Il ya le Che king tel qu’on l’explique et tel qu’on le cite dans les écoles et dans les conseils ; il y a le Che king tel qu'on le goûte et qu’on l'analyse en amateur d’art et d’antiquités. Je ne vois pas comment Tcheng K’ang-tch’eng aurait pu dépouiller les vieilles chansons de la morale qui est leur parure officielle ; je ne m’expliquerais pas qu’un fin lettré comme lui, et un bon vivant, ait pu se laisser séduire par le symbolisme pénible de l'interprétation classique. Avec cette sagesse parfaite qui ne discute pas la valeur du conformisme social, Tcheng a commenté le Che king tel qu’il lui parvenait, anecdotes explicatives et préfaces comprises. [l profite de la leçon de morale pour éclaircir autant qu’il peut quelques points d'histoire ou de droit ; il profite de la leçon de choses pour préciser, avec une érudition incomparable, le sens des mots anciens ou techniques ; et, s’il arrive que l'explication symbolique ait eu besoin de fausser un peu trop le sens de quelques expressions, il rectifie, doucement, de façon qu’un lecteur un peu attentif ne s’y trompe pas et que la morale, pourtant, soit sauve.

1. Tcheng k’ang-tch'eng 6 € HK (127-200 ap. J.-C.) le plusillustre des

commentateurs des classiques, remarquable par une érudition précise et un sens très vif de la langue ancienne.

On suivra, pour lire le Che king, et tout particulièrement | le Kouo fong, les règles suivantes :

1° On ne tiendra aucun compte de l'interprétation classique, pas plus que de ses variantes conservées. On ne devrait s’en servir que si l’on voulait connaître l’utilisation rituelle dérivée du Che king; il ne faut pas s’en servir si l’on veut pénétrer le sens original des chansons ;

2° On rejettera absolument la distinction établie entre chansons qui témoignent du bon état des mœurs et chansons qui témoignent de la perversion des mœurs. Il se peut qu'il y ait des chansons satiriques ! dans le Che king ; mais voir une satire symbolique dans une chanson telle que /e Carambolier est assurément un contresens ;

3 En conséquence, on ne distinguera pas des autres sections du Kouo fong les deux premières ; on n’hésitera pas à comparer entre elles des chansons classées dans deux sections différentes ?. On a déjà vu combien de telles comparaisons pouvaient être utiles ; ce procédé nous a permis de retrouver dans une prétendue satire politique une simple chanson d'accordailles ;

4° On rejettera toute explication symbolique ou qui prête au poète un métier raffiné ;

5v On recueillera avec soin, mais comme des données indépendantes, les renseignements sur l’histoire ou les mœurs qui servent à justifier l'interprétation symbolique. Par exemple, on notera que pour Mao les filles devaient se marier avant vingt ans et les garçons avant trente ans ; on notera que pour Tcheng les mariages devaient se faire au printemps. On ne se servira pas de ces données pour interpréter le Beau pécher.

6° On accueillera les explications sur les mots ou la syntaxe en faisant le départ entre celles qui sont données par

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