‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 184 sur 228 · Tcheou li, Biot. I, 251; Li ki, II · texte numérisé non relu

Tcheou li, Biot. I, 251; Li ki, II

mier rang dans le banquet: ils y boivent la liqueur mélée d’aromates qui « soutient les forces des vieillards aux longs sourcils! » et l’on porte des santës de longue vie : « Vieillesse éternelle ! Vie illimitée! » #5 Æ 4e 5m 2.

De même la fête a pour fin de restaurer les choses vieillies LI À Æ dy, fatiguées d’avoir produit; comme aux hommes, pour les payer de leurs efforts, on leur donnait le repos. Une invocation disait#: « Que la Terre revienne à sa place ! Que les Eaux se retirent dans leurs conduits! Que les Insectes de l’été ne surgissent pas ! Que les Arbres et les Plantes retournent dans les lacs ! » Paroles obscures dont on peut trouver par ailleurs une interprétation fort claire.

Le Yue ling nous fait voir comment l'hiver se constitue par un double procédé d’occlusion : Les hommes s’enferment dans leurs maisons et y vivent dans l’isolement ; les choses se retirent dans leurs domaines respectifs et n’ont plus de rapport entre elles. Au dernier mois de l’automne « la gelée blanche commence à se déposer ; tous les travaux cessent...? le froid devient intense, les forces humaines ne le peuvent supporter, tout le monde rentre dans sa maison... 6, les animaux hivernants baissent la tête, ils se tiennent au fond de leurs retraites dont ils bouchent l’entrée. » Au dixième mois, dit le Che king « le grillon pénètre sous les lits, on bouche les fentes, on enfume les rats, on ferme les fenêtres tournées au nord, on enduit les portes de glaise. Allons, ma femme

. Che king, Couv., 440 et 163 ; cf. 450.

. Ibid., 165; cf. 183 et 285.

. Tcheou li A x v° Æ , Biot. II, 66.

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. Ibid., 389.

. Pin fong, 1; Couv., 163-164. Cf. T’ang fong, 1; Couv., 120.

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et mes enfants! l’année va changer! Rentrons dans notre maison !. Allons, mes laboureurs, nos grains sont ramassés, remontons, rentrons, réparons nos maisons ! » Et ailleurs : « (Quand je revins à l’automne) ma femme avait arrosé et balayé la terre et bouché les fentes. » Reprenons le Yue ling: « (Au premier mois de l’hiver) l’eau commence à devenir glace, la terre commence à se geler, le faisan plonge dans la grande rivière (Houai) et devient coquillage, l’arc-en-ciel se cache et n’apparaît plus’... Les émanations du ciel X $ sont remontées dans les hauteurs?; les émanations de la terre 4 % sont descendues dans les profondeurs ; le ciel et la terre ne communiquent plus K Hi Æ 3 ; l’occlusion est complète Ffj Æ et c’est l'hiver. (On) couvre les greniers... Il n’y a rien qui ne soit rassemblé. On répare les doubles enceintes ; on prend garde aux portes des villes et des bourgs; on arrange les barres et fermetures; on prend soin des clés: on consolide les levées de terre des frontières ; on munit de défenses les limites; on veille sur les barrières et les ponts ; on ferme les chemins et les sentiers*.. (Au deuxième mois de l’hiver) la glace épaissit, la terre commence à se crevasser ... Que les travaux de la terre ne soient pas commencés ! Qu’on prenne garde de ne pas découvrir ce qui est couvert ! Qu'on n’ouvre ni chambre ni maison ! Qu’on n’aille pas réunir des foules ! Que tout reste enclos! Que tout reste enfermé! (Sans quoi) les émanations de la terre s’échapperaient et se dissiperaient! Ce serait comme si l’on ouvrait les demeures du ciel et de la terre ! Les animaux hibernants en mourraient ! Le peuple n’échapperait pas aux maladies pestilentielles 5 !... Tout doit être parfaitement fermé... Si un paysan n’a pas recueilli et enfermé ses

. Li ki; Couv., 391.

. Ibid., 393. Cf. inversement l* mois ; Zbid., 336. . Ibid., 395.

. Ibid.; 398.

. Ibid., 399.

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récoltes, si un cheval, un bœuf, un animal domestique est laissé à l'abandon, qui s’en empare n’a point de tort 1... » On crépit les entrées. pour aider à l’ocelusion du ciel et de la terre 2... »

Les hommes, quand ils prennent leur repos, le donnent aussi aux choses et ils conçoivent ce repos de la nature à la ressemblance du leur. Parce qu’ils vivent en hiver, calfeutrés dans leur maison, enfermés dans le hameau de leur famille, ils regardent la morte saison comme le temps d’une claustration universelle où les choses retournent à leurs demeures originelles, y subsistent parquées par catégories et n’ont plus de rapport entre elles. Chaque espèce, maintenant impénétrable, est mise hors de toute atteinte, écartée de tout contact étranger, frappée d’interdit : La terre, sacralisée, n’accepte plus le travail humain ; le droit de propriété ne s’exerce plus à distance; il n’y a plus de liens qu'entre les êtres contigus et de même essence. Pendant que les hommes restaurent leurs forces dans la vie familiale, et, au contact des leurs, reconstituent en eux le génie de leur race, ils pensent que les diverses catégories d’êtres, qui restent aussi entre familiers, retrouvent leurs qualités spécifiques et que leur essence rajeunie s'apprête au renouveau. Ainsi la formule des Pa Tcha qui réalisait l’universelle dispersion, réalisait encore la restauration de toutes choses.

On a envisagé la fête sous ses deux aspects principaux ; on peut essayer d’en comprendre le sens profond. Fête d’universelles actions de grâces ; elle manifeste la concorde universelle ; fête de clôture de l’année rustique, elle prélude à la morte-saison où chacun va vivre dans un groupe étroit et homogène. Avant que chacun d’eux ne soit repris par le particularisme domestique, les gens d’un même pays se réunissent pour affermir en eux le sentiment de leurs affinités communes.

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