‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 205 sur 228 · Cf. App. IIT, Bonitacy, p · texte numérisé non relu

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liale: c’est l’époque des travaux d'intérieur et hommes et femmes sont alors réunis. Au contraire, les fêtes printanières préludent à la saison des travaux rustiques pendant laquelle les groupes locaux vivent sans doute dans l'isolement, mais pendant laquelle aussi hommes et femmes forment des corporations distinctes, adonnées à des travaux différents. Avant que dans la vie domestique ne s’exaltât le particularisme familial, une fête automnale consolidait l’unité des communautés locales ; de même avant que la vie corporative ne vint rendre plus aiguë l’opposition entre hommes et femmes, une fête printanière, avec sa joute, ne voulait-elle pas rapprocher les sexes par d’universelles accordailles ?

La joute chantée refait d’une double manière l’unité sociale dont elle exprime aussi la complexité : elle rapproche les Jeunes gens de village différent, de sexe différent, elle atténue l’antagonisme des groupes secondaire, elle atténue celui des corporations sexuelles. L'opposition des groupes locaux est comme l'opposition des sexes à la base de l’organisation chinoise ; mais tandis que la première ne repose que sur une distribution géographique, l’autre s'appuie à une division technique du travail ; elle est la plus irréductible des deux. elle semble fondamentale. Si la division du groupe social en deux corporations sexuelles est primordiale en effet, une fête qui opposait et rapprochait ces deux moitiés de la société en rétablissait l’unité première: dès lors l’union sexuelle devait sembler le principe de toute alliance. Dans une société plus complexe où, par l’effet d’une segmentation poussée assez loin, se trouvent réunis en une communauté des groupes traditionnellement associés, l’alliance matrimoniale ne pouvait encore manquer d’apparaître comme le plus efficace procédé d'union. C’est pourquoi la joute amoureuse par laquelle se concluaient tous les mariages de l’année, avait droit à la première place dans les fêtes saisonnières de la Concorde paysanne et tout particulièrement dans la grande fête du

printemps.

Par le fait même que l’union sexuelle était, primitivement et par essence, un principe de cohésion sociale, elle ne pouvait manquer d’être réglementée. Les obligations symétriques. d’endogamie fédérale et d’exogamie familiale n’étaient, apparemment, que les premières, les plus générales et les plus simples des règles auxquelles devait obéir toute alliance matrimoniale ; ces règles devinrent sans doute plus minutieuses quand la structure sociale se compliqua. Je vois une preuve de cette stricte réglementation dans ce fait que l’amour resta étranger aux fantaisies du désir et aux caprices de la passion. Et, en effet, dans les chansons improvisées, il garde toujours un air d’impersonnalité ; il ne s’exprime pas selon le libre jeu d’une inspiration originale mais par des formules ou des dictons mieux faits pour traduire les sentiments usuels d’une collectivité que les émotions singulières des individus !, Lorsque, au cours des joutes, dans l’ardeur du concours, des protagonistes s’avançaient qui se défiaient l’un l’autre et face à face improvisaient, leur invention n’avait point sa source dans le fonds particulier de leur âme, le mouvement propre de leur cœur, la fantaisie de leur génie, elle se faisait au contraire sur le patron de thèmes traditionnels, selon un rythme de danse par tous suivi, sous l’impulsion, enfin, d'émotions collectives. Et c'était par proverbes? qu'ils se: déclaraïent leur amour naissant. Mais si cette déclaration d'amour pouvait ainsi recevoir une expression proverbiale, c’est que le sentiment lui-même ne résultait pas d’un attrait. particulièrement senti, d’une élection du cœur, d’un choix. S'il en avait été autrement, si les protagonistes avaient été poussés l’un vers l’autre par une vocation spontanée, il ne se. pourrait pas que jamais ils n’aient fait entendre un accent personnel ; ils ne se seraient pas toujours adressés à un être vague, anonyme, indéfini ; les couplets nouveaux se seraient.

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