Cf. App. I
ordinairement signalés par d’autres trouvailles que celles d’auxiliaires descriptifs ; les variantes témoigneraient de quelque originalité : or, bien au contraire, la plus uniforme monotonie caractérise l'invention des chansons d'amour. C’est que, même dans les duels où ils s’affrontaient, individu à individu, les garçons et les filles restaient avant tout les représentants de leur sexe et les délégués de leur groupe familial : c'est que, même alors, ils ne suivaient pas leur fantaisie, mais obéissaient à un devoir. Ce n’est pas, en effet, une beauté qui n’est qu’à lui, une grâce distinctive, qui librement attire vers l’être aimé: c’est ordinairement à son prestige que l’on cède, c’est de sa vertu qu’on subit l’ascendant, ce sont ses qualités patrimoniales et non privées qui, d'autorité, lim. posent comme un époux prédestiné. Puisque les sentiments de amour, avec leur air d’impersonnalité ont encore comme une allure obligatoire, on peut croire qu’il n’y avait pas plus de choix véritable dans les accordailles que d’invention libre dans le concours poétique. Aux temps classiques, les fiançailles se firent sans aucune liberté de choix et par l'autorité d’un entremetteur: un tel usage aurait-il pu s'établir si, d’abord, au cours des joutes, les époux s’étaient choisis librement ? et n’est-elle pas significative la tradition qui fait présider les fêtes sexuelles du printemps par un fonctionnaire, nommé, précisément, l’Entremetteur ! ? Apparemment, les joutes où naissaient l’amour, loin d’être propices aux caprices individuels et à la licence, mettaient seulement en rapport des jeunes gens déjà destinés l’un à l’autre et qui avaient à s'aimer. [ls s’aimaient aussitôt, d’un amour impersonnel et obligatoire, de l'amour qui convient à des gens entre qui l'alliance n’est pas moins nécessaire que l’est, entre parents, la parenté. Les fiançailles par entremetteur ne respec-
1. On remarquera que ce qui paraît abominable aux glossateurs c’est bien moins les réunions des sexes #7 ou même les rapprochements sexuels, que les conventions particulières, les rendez-vous privés HH. Cf. X, notes ; L, 13 notes et surtout XLIV, préf.
tèrent sans doute pas toutes ces règles positives de choix qui enlevaient jadis la liberté du choix ; elles obéirent, du moins au principe, que les préférences personnelles ne doivent point avoir de part à la conclusion des mariages. Aussi l'amour ne parut-il point, ne devint-il pas un sentiment capricieux, désordonné, fauteur de trouble et d’anarchie.
Il est, en effet, remarquable que ce qui apparut aux Chinois un principe de division et de discorde, ce ne fut pas l'amour, mais spécialement l'affection conjugale, l’amour entre époux ; et il est remarquable encore que ce soit précisément cet amour-là qui ait aussi fourni la première matière de la poésie personnelle. Une règle antique voulait que toutes les épouses d’un homme fussent parentes entre elles et même primitivement, qu’elles fussent sœurs (— cousines !): de cette façon elles ne pouvaient pas concevoir de jalousie l’une pour l’autre et les enfants de chacune étaient aimés par toutes comme par leur mère?, Cette polygynie sororaleë dérive, vraisemblablement, d’une forme plus ancienne de mariage où chaque groupe familial devait aller chercher dans une famille unique toutes les épouses non seulement d’un mari mais de tous ses frères. Tous les ménages de parents avaient alors une composition identique ; comme leurs maris, toutes les femmes, toutes les belles-sœurs avaient même esprit et mêmes intérêts. Le mariage, tout en servant à consolider
1. Sur la polygynie sororale, voir Granet, La polygynie sororale et le sororat dans la Chine ancienne. Voir Tsouo Tchouan Yin,.l: a., Legge, 3; Tch'eng. 8° a., Legge, 366; Tou yu: Il faut qu’elles soient de même nom de famille pour que, toutes trois étantintimement liées par les liens du sang, les conflits sexuels ES FA soient apaisés. Tch'eng, 9° a., Legge, 370; Yin, 7° a., Legge, 22; Tchouang, 19° a. Ho Hieou : On désire obtenir que, si une épouse a un fils, il y en ait deux autres à s'en réjouir ; par là, en empéchant les jalousies, on augmente le nombre de descendants. — Siang, 23° a., Legge, 500. Ajouter SMT, IV, 26, 78, 68 ; III, 178, 193, 239, 258, 366 et [, 53. Cet usage est souvent rappelé par les chansons IX, LXI. Wei sr 3; Chao nan, IT; Siao ya, IV, 4 (Couv., 200); Ta ya, III, 7; Couv.,