‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 210 sur 228 · Cf. La Han, XLVI; Saulerelles des prés, LIX · texte numérisé non relu

Cf. La Han, XLVI; Saulerelles des prés, LIX

3. Cf. La Biche morte, LXIV; les Tiges de bambou, XLV; les Moueltes, LXI. La forme achevée de ce type serait le pantoum. Skeat (Malay Magic, p. 483) signale l'amour des Malais pour les luttes poétiques du génie bucolique. Les pantoums semblent être des chants alternés.

adéquate que dans les figures mouvantes dessinées par les chœurs alternants. De ces figures, il y en a deux sortes. Tantôt élémentaires, ce sont de simples gestes: émissions de voix et mouvement du corps à tel point solidaires que Le geste vocal retint à jamais, dans sa brève musique descriptive, toute la saveur concrète, toute la puissance évocatrice d’une représentation intégrale {. Le principal travail d’invention des joutes poétiques fut sans doute la trouvaille ? de ces auxiliaires descriptifs; elle eut, apparemment, une importance capitale dans la formation du vocabulaire chinois# si riche en mots concrets; capitale aussi dans la création et l'histoire de l’écriture idéographiqueS où le caractère vient

1. Cf. p. 93 sqq. Les gloses affirment à la- fois le caractère prodigieusement concret de ces auxiliaires descriptifs, qui les rend intraduisibles et inanalysables, et leur extrême richesse, grosse de tant de symbolismes. Par exemple l'expression Kouan kouan, cf. LVI, pour les Mouettes, suffit à peindre une certaine façon de voler et de crier par couples et évoque tout un ensemble de coutumes sexuelles communes aux hommes et à ces oiseaux.

2. Témoin le nombre de variantes conservées ; voir les notes aux chansons.

3. Un trait remarquable de ces auxiliaires est qu’ils sont formés d’un geste vocal redoublé. Il semble en être de même chez les Lolo (Cf. l'expression leu-leu du premier couplet de la complainte de la mariée, voir app. III) et il en est de même les suffixes descriptifs des Ewé (cf. Lévy- Brulh, les Fonctions mentales dans les sociétés inférieures, p. 183 sqq.) s'emploient toujours redoublés. Il serait intéressant d'en chercher la raison. On aperçoit d’abord que la répétition de l’image vocale en augmente l'intensité ; mais pourquoi n'est-elle que redoublée? Pour ce qui est des Chinois, une remarque mérite d’être retenue. Nombreuses sont les expressions doubles où un objet est représenté sous deux aspects antithétiques et solidaires, sous l’aspect du Yin et sous l'aspect du Yang (par

exemple SH et XF, # et XP, HT et XŸ, pour l'arc-en-ciel, cf. app. II et Chouo Wen, HTKK, 651 b, p. 11 v° et 653, p. 4 v°. Les images vocales seraient-elles redoublées parce qu’elles furent inventées par un double chœur d'hommes et de femmes? Je signale à tout hasard cette hypothèse : je crois plus volontiers qu'il y a là surtout une question de rythme ; les vers du Che King se composent le plus souvent en binômes de deux caractères.

4. Noter par exemple le grand nombre de vocables signifiant des états sentimentaux très concrets et qui semblent tous dériver de primitifs suffixes descriptifs. Cf. p. 93 et les notes des chansons.

5. Je ne puis m'empêcher de croire que les gestes, qui faisaient partie intégrante de l’expression trouvée par les hommes pour désigner les objets, sont intervenus pour suggérer et guider l'écriture naissante. Je crois

restituer au mot, toujours associé à sa vision, le secours d’un dessin et de gestes qui peignent. — Tantôt l’image, plus complexe, sort de l’organisation des mouvements rythmiques. Chacune des figures dessinées par les chœurs alternants et disposées en vis-à-vis s’oppose à l’autre comme une réplique, chacune peut être substituée à celle qu’elle réédite!. Or, d'ordinaire, l’une des deux sentences accouplées peint une action qui est relative aux hommes et paraît plus directement sensible ; l’autre, peignant les circonstances de cette action, ou, si l’on veut, les actions naturelles qui en sont symétriques, semble se rapporter moins directement au fait exprimé par l’ensemble?. Par l'effet du rythme, ou, si l’on préfère, par l'effet d’une figure de langage, l'une des deux formules mises en correspondances apparait comme le double symbolique de l’autre : une image naturelle semble exprimer indirectement et comme par allégorie le fait humain auquel l’accouple une expérience traditionnelle. Par ce qu’on y croit sentir d'artifice, les correspondances naturelles semblent se rapprocher des images telles que nous les concevons. Pourtant, loin que leur invention repose sur un jeu de la fantaisie aidée par une syntaxe savante, l'effet rythmique dont elles procèdent et qui est le principe premier de l’art poétique, ne fait que rendre apparent, sous divers aspects que la tradition consacra, le lien mystérieux qui unit les hommes et les choses.

D'où vient, en effet, cette vertu ou cet attrait dont sont parés l’allégorie et le symbole ? De bonne heure, on le sait, de même que si l'écriture chinoise demeura au cours des âges foncièrement idéographique, c’est que la voix ne suffisait pas à rendre intégralement les idées concrètes incorporées dans les mots dès qu'il ne s’y juxtaposait pas une représentation par le dessin ou les gestes. On sait qu'ilarrive souvent aux Chinois de dessiner avec les doigts les caractères qui correspondent aux mots qu'ils prononcent. Cf. Lévy-Brulh, Les Fonctions mentales, p. 167 sqq.

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